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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 02:19
697a1 Lerne
 
Lerne n’est pas bien loin de Nauplie. Puisque nous avons un lieu agréable à Nauplie pour nous établir, nous partons avec notre maison sur le dos pour jeter un coup d’œil à Lerne, et nous revenons pour la nuit à Nauplie. Nous avons vu tant de sites impressionnants jusqu’ici que celui de Lerne peut paraître bien pâle. Il est néanmoins intéressant, parce qu’il couvre une période très ancienne, d’environ 6000 à 1000 avant Jésus-Christ. Il est certain que le site a continué à être habité à l’époque classique et à l’époque romaine, mais les fouilles, qui représentent le septième de la surface occupée et le vingtième du volume, ont surtout révélé des traces néolithiques et helladiques.
 
697a2 Lerne, Maison des Tuiles
 
697a3 Lerne, Maison des Tuiles
 
La ville n’a jamais été grande, tout au plus à sa période de plus grande extension à l’époque mycénienne a-t-elle pu atteindre 150 maisons et 800 personnes. Dans le meilleur des cas on construisait un soubassement en pierre, mais les murs étaient montés en glaise ou en brique crue, ce qui les a rendus sensibles aux intempéries et les a laissés disparaître, sauf dans de rares cas où ils ont été enterrés lors d’un tremblement de terre ou par l’accumulation des détritus, ou lorsqu’un incendie a cuit la brique. Ce grand espace de 25 mètres de long sur 12 de large recelait nombre de tuiles de la toiture qui s’était effondrée. Pour cela on l’appelle la Maison des Tuiles. Pour la protéger elle a été enfermée dans un hangar à sa dimension et n’est pas ouverte à la visite. Or lorsque nous sommes arrivés, tout le site était fermé, mais des ouvriers travaillaient et un responsable était là. Fort aimablement, non seulement il nous a autorisés à visiter, mais en outre il est allé chercher la clé du cadenas et nous a laissés pénétrer aussi longtemps que nous l’avons voulu et sans surveillance, dans cette Maison des Tuiles. Ici, nous sommes dans un palais du début de l’helladique.
 
697b1 Lerne, tombe à fosse
 
697b2 Lerne, tombe à fosse
 
Dans ce lieu d’habitation ont été mises au jour deux tombes à fosses comme il y en a à Mycènes, où avaient été enterrés des adultes et des enfants. Elles n’étaient pas profondes, ce qui veut dire que le niveau du sol ne s’est pas élevé depuis cette époque, et leur situation signifie que le lieu a changé d’attribution car jamais à l’époque mycénienne on n’a enterré dans l’enceinte des palais.
 
697c Lerne, bâtiment du début de l'helladique
 
Ressortons de ce hangar. Ici, cette base de mur est celle d’un bâtiment du début de l’helladique, donc des premiers temps d’un habitat sédentaire sur le site. Mais il ne reste rien des murs friables qui surmontaient cette base.
 
697d Lerne, mur de terre sur pierre
 
Ici au contraire, à l’abri sous un toit de tuiles posé par les archéologues, on peut voir un fragment de mur en terre. On conçoit aisément que de telles maisons aient été aisément jetées à bas lors des tremblements de terre ou détruites par des incendies qui consumaient la charpente de bois. On réutilisait alors les parties de murs de pierre encore debout et on rebâtissait avec ce que l’on pouvait récupérer pour compléter les matériaux neufs. C’est ainsi que bien des fragments de tuiles comblent des vides dans les murs.
 
697e Lerne, maisons d'habitation, helladique moyen
 
La découverte d’objets ménagers dans les bâtiments de ma photo ci-dessus a permis de les identifier comme des maisons d’habitation. Mais en réalité, même si l’usage des bâtiments était différent, la technique de leur construction était la même. Nous sommes ici à l’helladique moyen, c’est-à-dire la période qui précède les Mycéniens.
 
697f1 Lerne, jarre
 
697f2 Lerne, jarre
 
En nous promenant sur le site pour tout examiner, nous nous trouvons face à ces grandes jarres qui ont été laissées là où elles ont été trouvées. Aucune explication n’est jointe, aucune précision de date non plus. Peut-être est-ce la réserve d’huile ou de vin de quelque grande habitation, ou celle du palais.
 
697g1 Marais de Lerne
 
697g2 Marais de Lerne
 
697g3 Marais de Lerne
 
La zone de Lerne est encore un peu marécageuse, comme je le montre sur les trois photos ci-dessus mais, pour être franc, je dois dire que j’ai dû un peu chercher pour trouver quelques marécages. Ce n’était pas ainsi dans l’Antiquité, et les parages de Lerne étaient malsains. C’est là qu’Héraklès dut effectuer un autre de ses travaux, débarrasser le pays de l’Hydre de Lerne. C’est Héra, toujours elle, qui avait placé là ce monstre pour éprouver Héraklès. Il n’empêche, c’était contre lui mais en attendant l’hydre ravageait le pays, dévastant les récoltes et tuant le bétail. C’était un monstre à corps de serpent gigantesque, et à plusieurs têtes. Certaines légendes lui en attribuent cinq ou six, mais d’autres lui voient jusqu’à cent têtes. Ces têtes sont décrites comme monstrueuses mais parfois aussi comme humaines. Elles exhalaient une haleine terriblement fétide (l’hydre n’ayant pas la télévision ne connaissait pas Colgate au gardol) qui tuait qui la respirait. La difficulté, pour Héraklès, est qu’à peine coupées les têtes repoussaient. Aussi dut-il se faire aider de son neveu Iolaos. Il mit le feu à la forêt, puis dès qu’il avait coupé une tête, Iolaos cautérisait la plaie du cou avec des brandons de la forêt, de sorte que les têtes ne repoussaient plus. Héra, voyant que le travail avançait et que les têtes tombaient, corsa un peu la situation en envoyant une écrevisse géante. Mais Héraklès régla le problème en un instant, il écrasa l’écrevisse d’un coup de talon et se remit à couper des têtes et Iolaos à les cautériser. La tête du milieu, qui était immortelle, continuant à vivre sa vie propre une fois séparée du corps, Héraklès dut l’enterrer et placer dessus un énorme rocher. Mais plus fort qu’Obélix lui-même, il le fit sans difficulté. Puis il trempa ses flèches dans le sang de l’hydre : on comprend bien que si son simple souffle était létal, son sang l’était encore bien plus. Lorsque le sage centaure Chiron, celui qui avait éduqué Achille et avait enseigné la médecine à Asclépios, fut blessé accidentellement par l’une de ces flèches, il se baigna dans le fleuve Anigros (en Élide), la flèche empoisonnée tomba à l’eau et de ce jour les poissons du fleuve n’ont plus été comestibles et l’eau de l’Anigros dégageait une odeur pestilentielle.
 
Un site et une légende, ce sera tout pour aujourd’hui, et nous reprenons le camping-car pour rentrer à Nauplie où nous passons la nuit face à la mer.

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Published by Thierry Jamard
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