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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 09:00

 

Parmi les monuments intéressants de San Leo, figurent particulièrement deux églises, toutes proches l’une de l’autre, situées en plein cœur de la ville. Ce sont le Duomo et la Pieve.

 

928a1 la co-cathédrale de San Leo, en Romagne

 

928a2 le duomo de San Leo, en Romagne

 

928a3 San Leo, Romagne, la cathédrale

 

Ce qui s’appelle duomo, c’est l’église principale d’une ville, même si ce n’est pas une cathédrale, c’est-à-dire le siège d’un évêché. Ici, le duomo porte le titre de co-cathédrale, car le pape Paul VI, en 1977, a créé un diocèse “Sammarinese-Feretrana”, c’est-à-dire de Saint-Marin et de Montefeltro conjointement, ce qui justifie la présence d’une co-cathédrale dans chacune de ces deux villes. Nous avons vu dans mon précédent article sur San Leo qu’en 1155 Antoine Carpegna avait reçu de Frédéric Barberousse la ville et les terres de Montefeltro, ainsi que le titre de comte de Montefeltro. Régnant sur ses domaines sous le nom de Montefeltrano Premier, il n’a eu de cesse d’embellir San Leo, et il a donc souscrit sans hésiter au souhait de l’évêque Gualfredus de se voir attribuer pour cathédrale une église plus vaste et plus moderne que la Pieve dont je parlerai tout à l’heure. C’est ainsi qu’a commencé en 1173 la construction de ce duomo de style roman mais, les travaux ayant duré jusqu’au treizième siècle, le bâtiment comporte des éléments gothiques. Dans le grès rouge utilisé pour ses murs, on remarque ici ou là quelques pierres blanches qui ont été récupérées de monuments romains antiques. Cette cathédrale était mitoyenne du palais épiscopal détruit vers 1454, palais lui-même mitoyen, de l’autre côté, avec la Torre Civica.

 

928b1 la co-cathédrale de San Leo, en Romagne

 

928b2 le duomo de San Leo, en Romagne

 

On ne pénètre pas dans la nef, comme on pourrait s’y attendre, par un portail de façade. En effet, la façade opposée au chœur donne sur la falaise et ne comporte pas d’ouverture. On entre par la porte latérale que l’on voit sur mes deux premières photos de l’extérieur de l’église.

 

928c1 chapiteau du duomo de San Leo

 

928c2 pied de colonne, duomo de San Leo

 

928c3 San Leo, cathédrale, pied de colonne

 

Selon certains, c’est à l’emplacement même du temple de Jupiter Feretrius et sur ses fondations que serait construite la cathédrale. Si ce n’est qu’une hypothèse, en revanche il est sûr que les colonnes de marbre de l’église chrétienne proviennent du temple païen. Comme on le voit ci-dessus, les chapiteaux romains sont pour certains d’entre eux devenus des pieds de colonnes.

 

928c4 San Leo, cathédrale, pied de colonne

 

928c5 San Leo, cathédrale, pied de colonne

 

Ce pied de colonne en forme de patte d’éléphant écrasant des lions ailés, quatre à l’origine, mais deux d’entre eux ont aujourd’hui disparu, provient vraisemblablement d’un autel ou d’un portail.

 

928c6 San Leo (Romagne), cathédrale

 

928c7 San Leo (Romagne), cathédrale

 

Et puis sur les murs on remarque quelques sculptures amusantes telles que l’on a coutume d’en voir dans les églises romanes. Les deux petits personnages sculptés dans une pierre bleutée, en position de recueillement, sont paraît-il d’inspiration grecque et égyptienne. Je dis “paraît-il”, parce que pour moi ce n’est pas évident.

 

928d1 San Leo (Romagne), cathédrale

 

928d2 San Leo (Romagne), cathédrale

 

Le large escalier qui, aujourd’hui, monte vers le chœur, date du seizième siècle et remplace les deux étroits escaliers latéraux de la construction d’origine.

 

928d3 San Leo (Romagne), cathédrale

 

928d4 San Leo (Romagne), cathédrale

 

Les deux petits escaliers latéraux qui descendent dans la crypte ont été taillés directement dans la roche. Ici comme au-dessus, on marche sur des dalles de terre cuite, et les larges voûtes entre colonnes donnent une sensation d’espace.

 

928d5 le sarcophage de san Leo (Duomo de la ville)

 

San Leo est censé être mort le 10 août 351, mais cette date a été fixée arbitrairement. On considère qu’il est mort “vers” 360. Il a été enseveli dans son église, son corps a été déposé dans un sarcophage de pierre sous la Pieve. Passent six siècles et demi. En 1014, Henri II, roi de Germanie, est sacré empereur du Saint-Empire Romain Germanique, à Rome, par le pape Benoît VIII. Sur la route du retour vers la Bavière, il passe par San Leo et décide d’emporter les restes du saint patron de la ville, il fait prendre le sarcophage, mais c’est trop lourd, il laisse le couvercle, que nous pouvons voir ici dans la crypte. Mais même sans couvercle, ce sarcophage était si lourd que, parvenant à quelque distance de Ferrare, ses chevaux ont refusé d’aller plus loin. C’était dans une localité du nom de Voghenza. Considérant alors que les chevaux obéissaient à une force surnaturelle et que telle était la volonté du saint de rester là, il décida de l’y laisser. La ville prend alors le nom de San Leo di Voghenza, et le corps de saint Léon s’y trouve encore aujourd’hui. Lorsqu’a été construite cette cathédrale dédiée au saint patron de la ville, les habitants y ont transféré le couvercle du sarcophage.

 

Sur ce couvercle est gravé un long texte en latin: “Saint Léon, prêtre, pèlerin ici. Tant que j’ai vécu, j’ai aimé ceci, j’ai dit ceci, j’ai écrit ceci: Nous tous, rendons toujours grâces à Dieu, toujours grâces à Dieu, toujours grâces à Dieu. Ceci est mon repos pour les siècles des siècles, ici j’habiterai parce que j’ai choisi cet endroit. Priez, priez toujours le Seigneur, priez toujours le Seigneur”. Et sur l’autre côté: “Saint Léon, prêtre, prie pour ton serviteur Constance, et prie pour moi, pour ton misérable serviteur”.

 

928d6 San Leo (Romagne), cathédrale

 

Avant de quitter cette cathédrale, encore un coup d’œil à quelques beaux objets, comme ce grand tabernacle tout doré.

 

928e1 Madonna del Rosario, duomo di San Leo

 

Cette Vierge à l’Enfant en bois doré, du dix-septième siècle selon le livre dont je dispose mais “settecentesca” (des années 1700), donc du dix-huitième siècle selon l’inscription auprès d’elle, est une Madonna del Rosario au visage très fin.

 

928e2 Madonna della Mela (Catarino Veneziano, 1375)

 

Sur ma photo de la nef, tout à l’heure, on a pu remarquer, au centre , un tableau. C’est l’icône ci-dessus représentant une Vierge à l’Enfant très byzantine, mais sur laquelle je n’ai pas trouvé la moindre information.

 

928f1 San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

928f2 San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

La Pieve. D’abord, la signification de ce mot que je trouve généralement traduit par “église”. Mais une église se dit communément chiesa, en italien. Il faut donc creuser un peu, et j’espère que mes lecteurs m’excuseront de ne savoir résister à ma passion (ma manie?) de la linguistique. Le latin plebs signifie le peuple, la foule. De l’accusatif (complément d’objet direct) plebe[m] dérive directement l’italien pieve. Le mot, au haut Moyen-Âge, désigne à la fois une communauté ecclésiastique (le “peuple de Dieu”) et l’église principale de cette communauté, celle où l’on célèbre les baptêmes, les mariages, les enterrements, les fêtes carillonnées. Et c’est exactement le cas de cette église, qui était cathédrale avant la construction de celle que nous venons de visiter, et qui en remplaçait une autre, ou plutôt en restructurait complètement une autre de la fin du neuvième siècle, très endommagée par un événement tel que séisme ou glissement de terrain, construite au temps où le diocèse n’existait pas encore, elle-même se substituant ou s’accolant à la première chapelle construite au quatrième siècle par saint Léon.

 

928f3 San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

928f4 San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

Dédiée à Santa Maria Assunta (Sainte Marie montée aux cieux, Notre-Dame de l’Assomption) comme la toute première chapelle de saint Léon qui avait pour Marie une dévotion toute particulière, elle a été construite au onzième siècle, comme le révèle son architecture préromane: en Italie, les églises paléochrétiennes, jusque vers la fin du huitième siècle, sont de style dit christiano-byzantin, et le roman est caractéristique des onzième au treizième siècles. De la fin du huitième siècle au début du onzième, on parle de préroman. Mais les matériaux de construction sont de réemploi, de l’église antérieure du huitième ou du neuvième siècle. Les murs sont constitués de blocs de grès, complétés avec des galets et des pierres ramassés sur les berges de la rivière, au fond de la vallée. Comme le Duomo, elle est construite au bord de la falaise, et ne comporte pas de portail de façade. Quant à ces logettes qui surmontent le portail d’entrée, elles sont néo-byzantines.

 

928g1 San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

928g2 San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

À l’intérieur, les matériaux de réemploi concernent aussi, bien entendu, l’édifice antérieur, mais ce sont surtout des éléments antiques romains que l’on remarque, provenant du temple de Jupiter ou des thermes. Par exemple, les quatre chapiteaux corinthiens, datés entre le premier et le quatrième siècles. De même, seul le réemploi de colonnes romaines peut expliquer leur diamètre très variable, entre 42 et 51 centimètres. On note que l’autel est situé très haut. En effet, à cette époque, l’aristocratie, les hauts personnages, les instruits, suivaient la messe dans le chœur, tandis que la foule ignare, la plèbe, devait se contenter de suivre les célébrations de plus loin, et symboliquement en bas.

 

928g3 San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

Très important est ce ciborium de pierre blanche sur quatre colonnettes de marbre cipolin au-dessus de l’autel. D’abord, parce qu’il se trouvait dans l’église du neuvième siècle. Sur le pourtour est gravé un texte en latin qui dit: “En l’honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ et de Marie, sainte mère de Dieu et toujours vierge, moi le duc Orso, pécheur, l’ai fait réaliser. Je vous le demande à vous tous qui lisez ceci, priez pour moi. En l’ère du Seigneur, au temps du pape Jean et de l’empereur Charles III. Indiction 15”. Il y a là les éléments permettant de dater très précisément ce ciborium. En effet, Jean VIII a été pape de 872 à 882 tandis que Charles III le Gros a régné de 881 à 887. Ils n’ont que deux seules années en commun, 881 et 882. Mais il y a l’indiction. C’est à l’origine une période au terme de laquelle on devait, dans l’Empire Romain, réactualiser les bases de l’imposition, car on était, comme de nos jours en France, imposé en fonction de ses possessions et de ses revenus, mais la déclaration n’était pas annuelle. Après plusieurs essais de durée, c’est une période de quinze ans qui a été choisie à partir de l’an 312. Puis l’indiction a été utilisée pour dater, indépendamment de l’impôt. “Indiction 5”, par exemple, signifiait la cinquième année de l’indiction en cours. Ici, le ciborium a été édifié l’année 15, donc la dernière année d’une indiction. Et comme (882-312)/15=38 tout rond, cela veut dire que 881 est “indiction 14” et 882 est “indiction 15” (à titre indicatif, il y a 113 fois quinze ans entre 312 et 2007, nous sommes donc dans l’indiction qui commence en 2007 et va jusqu’à 2022, et 2013 est “indiction 7”). La première Pieve, celle qui a été restructurée et reconstruite au onzième siècle, date de 882, année où l’autel a été placé sous le ciborium.

 

928g4 San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

928g5 crypte de la Pieve, San Leo

 

Cette église est superbe dans son architecture, dans ses proportions, pour son atmosphère, pour sa splendide crypte à trois absides également, elle m’a plu autant que le Duomo, mais à l’intérieur il n’y a ni statues anciennes, ni peintures intéressantes, ni ces sculptures murales qui apparaissent avec le roman, les dernières traces de fresques ayant été effacées lors de la restauration radicale des années 1930.

 

928h San Leo, Pieve di Santa Maria Assunta

 

Il n’y a que cet admirable tabernacle du haut Moyen-Âge, provenant donc de l’église antérieure. Si l’on avait rebâti l’église du tout au tout, ne réutilisant que ses fondations, ni le ciborium, ni ce tabernacle n’existeraient plus. C’est donc bien la preuve que, quoique très profonde, il ne s’est agi, au onzième siècle, que d’une restructuration avec reconstruction de parties effondrées.

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Published by Thierry Jamard
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