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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 23:08

415a Rome, Santa Francesca Romana

 

Deux églises ont été aménagées dans des temples païens du forum, et nous ne les avons pas encore visitées. Erreur à réparer au plus vite. Nous voici donc à Santa Francesca Romana. Ici se trouve le temple dédié à Vénus et à Rome par l’empereur Hadrien en 135. Hadrien lui-même avait voulu en être l’architecte, mais Apollodore de Damas, l’architecte en titre de Trajan, l’empereur précédent, lui a reproché en se moquant que si les statues gigantesques assises qu’il avait placées dans des niches trop basses voulaient se relever, elles se fracasseraient le crâne. Or il avait déjà osé critiquer le goût d’Hadrien. Trop, c’est trop : Hadrien le fit exécuter. C’est dans ce temple, plus précisément dans la partie tournée vers le forum –temple de Rome– que le pape saint Paul Premier a décidé d’établir une église dédiée aux saints Pierre et Paul.

 

Quelques mots des papes dont je vais parler.

– D’abord, Étienne II (752-757). Ce pape a aidé Pépin le Bref de son influence, puis il l’a couronné à Saint-Denis en 754.

– Lorsqu’il a été malade, en 757, son propre frère, sans attendre sa mort, a pris sa succession sous le nom de Paul I (757-767), et a poursuivi l’amitié avec Pépin le Bref afin de stabiliser et d’augmenter les États pontificaux.

– Clément VI (1342-1352), c’est une autre époque. La papauté est en Avignon depuis 1309. Lui, Pierre Roger de son nom, est un moine bénédictin français qui, en 1348, achète Avignon à la reine Jeanne I de Naples, afin de ne pas résider en terre étrangère. Prodigalité et népotisme lui ont été gravement reprochés par le clergé et par son entourage. Il est enterré en France, à La Chaise-Dieu.

– Grégoire XI (1370-1378) est également français. Je le trouve dans mon répertoire des papes sous le nom de Pierre Roger de Beaufort, mais rien ne me dit s’il est de la même famille que Clément VI. C’est lui qui rapatriera le Saint-Siège à Rome un an avant sa mort. Et il est enterré ici, à Sainte Françoise Romaine.

 

Je reviens à cette basilique. Du temps du pape Grégoire V (996-999), elle change de saints patrons et elle est dédiée à la Vierge en remplacement de Santa Maria Antica, sous le nom tout à fait logique de Santa Maria Nuova. C’est le cardinal Pierre Roger de Beaufort, ce futur pape Grégoire XI, qui en 1352 demande au pape de l’époque, Clément VI, que la basilique et le monastère qui y est lié soient confiés aux bénédictins de Monte Oliveto Maggiore (nous avons visité ce monastère le 27 octobre et avons été enthousiasmés), ce que cet ex-moine bénédictin lui accorde. Et voilà pour l’histoire.

 

415b Rome, Santa Francesca Romana

 

Il n’y aurait pas eu à aller bien loin pour trouver des colonnes antiques comme dans tant d’autres églises romaines qui ont pillé les temples païens, mais ce n’est pas le cas ici. Comme on le voit, l’ambiance de cette église est bien différente de celles que nous avons visitées ces derniers temps.

 

415c Rome, Santa Francesca Romana

 

Le plafond à caissons date de 1612. L’un des "caissons" représente sainte Françoise Romaine. Dans celui-ci, on voit la Vierge à l’Enfant, entourée de sainte Agnès et de sainte Cécile. Évidemment, sur ma photo réduite on ne voit pas les détails, et d’ailleurs au naturel non plus parce qu’on est loin du plafond, mais je peux dire ce que j’ai découvert en regardant ma photo en "qualité originale" et agrandie. Le Petit Jésus est adorable, avec une frimousse de poupée. Il est tout nu, et Marie le tient assis sur sa main droite en lui prenant un pied dans sa main gauche.

 

415d1 Rome, Santa Francesca Romana

 

415d2 Rome, Santa Francesca Romana

 

La mosaïque de l’abside date, comme le clocher, de 1161. C’est une Vierge à l’Enfant entre saint Jacques, saint Jean, saint Pierre et saint André. Déjà, les personnages ont acquis cette raideur, ce hiératisme, des représentations byzantines. Mais en même temps, les couleurs sont vives, variées mais avec unité, surtout au sommet de la voûte, avec la représentation des ombres, et cela est encore un reste de l’art de l’Antiquité. Il est donc intéressant de voir là une œuvre de transition.

 

415e Rome, Santa Francesca Romana

 

Ces pierres sont très curieuses. Il me faut parler de Simon le Magicien, ou plutôt laisser les Actes des Apôtres (VIII, 9-24) le faire à ma place pour commencer. "Il y avait auparavant dans la ville un homme nommé Simon, qui, se donnant pour un personnage important, exerçait la magie et provoquait l’étonnement du peuple de la Samarie. Tous, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, l’écoutaient attentivement, et disaient : Celui-ci est la puissance de Dieu, celle qui s’appelle la grande. Ils l’écoutaient attentivement, parce qu’il les avait longtemps étonnés par ses actes de magie. Mais, quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-même crut, et, après avoir été baptisé, il ne quittait plus Philippe, et il voyait avec étonnement les miracles et les grands prodiges qui s’opéraient. Les apôtres, qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean. Ceux-ci, arrivés chez les Samaritains, prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit. Car il n’était encore descendu sur aucun d’eux ; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit. Lorsque Simon vit que le Saint-Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l’argent, en disant : Accordez-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j’imposerai les mains reçoive le Saint-Esprit. Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent ! Il n’y a pour toi ni part ni lot dans cette affaire, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi donc de ta méchanceté, et prie le Seigneur pour que la pensée de ton cœur te soit pardonnée, s’il est possible ; car je vois que tu es dans un fiel amer et dans les liens de l’iniquité. Simon répondit : Priez vous-mêmes le Seigneur pour moi, afin qu’il ne m’arrive rien de ce que vous avez dit". De là vient ce que l’on appelle "simonie", à savoir la vente d’indulgences, de charges sacerdotales, etc. Arrivé à Rome, Simon intervient avec sa magie auprès de l’empereur Claude (41-54 après Jésus-Christ), puis devient le mage personnel de Néron (54-68). Parce qu’il vantait auprès de l’empereur ses pouvoirs supérieurs à ceux de l’apôtre, Néron ordonna une confrontation avec saint Pierre. Simon se mit à voler, comme un oiseau, au-dessus du forum. Saint Pierre s’est mis à genoux pour prier Dieu de lui donner la victoire, et il a prié tant et si longtemps que ses genoux se sont imprimés dans la pierre que l’on voit ici, mais Dieu a exaucé sa prière en faisant s’écraser Simon à l’endroit où 60 ou 70 ans plus tard s’élèverait le temple de Vénus et de Rome, et donc là où est aujourd’hui la basilique de sainte Françoise Romaine. On peut voir deux pierres parce que saint Paul se serait associé aux prières de saint Pierre et aurait lui aussi laissé l’empreinte de ses genoux.

 

415f Rome, Santa Francesca Romana

 

Je suis trop long, j’abrège. Ceci est une copie d’un tableau du Dominiquin (1581-1641) représentant la flagellation de saint André et datant de la dernière année de la vie de ce peintre. En arrière-plan de la scène du supplice, sur le parvis d’un monument de style romain à colonnes des gens assistent à ce spectacle, tandis que sur le côté gauche d’autres veulent aller s’en mêler, mais sont contenus par un centurion. Veulent-ils aller lyncher André, ou au contraire sont-ils scandalisés parce qu’eux-mêmes, peut-être, sont chrétiens ? Sans doute le peintre laisse-t-il volontairement le doute, chacun pouvant avoir sa propre interprétation. Noter l'enfant qui, à la vue de ce spectacle, se blottit dans les jupes de sa mère.

 

415g Rome, Santa Francesca Romana

 

Le pourquoi de cette femme nue, je l’ignore. Comme on le voit, un cadre a été peint autour d’elle, par conséquent aucun autre personnage ne me met sur la voie. Techniquement, ma photo n’est pas bonne, mais j’ai décidé de la publier quand même, tant le sujet paraît incongru dans cette église, et donc amusant.

 

415h Rome, Santa Francesca Romana

 

Je préfère montrer ainsi la crypte, sous l’autel. En effet, ce que l’on aperçoit sur la droite, au-dessus de l’autel, c’est le squelette de sainte Françoise Romaine dans son suaire, ou habillée de blanc, je ne sais pas, mais son visage et ses mains sont découverts, et c’est une vision terrible. Françoise, une aristocrate romaine, est née en 1384. Dès sa plus tendre enfance, elle fréquente cette basilique qui s’appelle encore Santa Maria Nuova. Mariée, mère de famille, elle perd ses deux filles, Évangelista et Agnès. Alors, vers l’âge de trente ans, elle décide de se vouer avec dix amies de la noblesse romaine à l’oblature, c’est-à-dire l’appartenance à la communauté des Bénédictins, mais en restant laïc et en vivant hors du monastère, marié ou non. C’est le premier noyau de la congrégation des Oblates. Dès lors, raconte-t-on, elle vivra accompagnée d’un ange et accomplira de nombreux miracles. Elle sera canonisée au dix-septième siècle et la basilique lui sera désormais consacrée.

 

416 Rome, le forum vu de S. Francesca Romana

 

De l’étroit parvis de l’église, on a une belle vue sur le forum, mais des grilles empêchent d’y accéder puisque de ce côté il n’y a pas de caisses pour acheter des tickets d’accès.

 

417a Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Un peu plus bas sur la Via dei Fori Imperiali, se trouve cette étroite et modeste façade par laquelle on a accès à la basilique des saints Côme et Damien (Santi Cosma e Damiano). En regardant les gravures antérieures au dix-septième siècle, on peut voir un magnifique campanile, léger, élégant, qui date du onzième siècle. Si on ne le voit plus aujourd’hui, ce n’est pas qu’un pape ou un cardinal ait voulu changer la physionomie de la basilique, mais en 1600 Rome a été secouée par un violent tremblement de terre qui a provoqué beaucoup de dégâts, et en particulier a jeté à bas ce clocher.

 

417b Rome, Santi Cosma e Damiano

 

417c Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Derrière le mur côté rue ne se trouve pas l’église, mais un porche menant vers cette cour ornée en son centre d’une belle fontaine contemporaine (en 1970 on a dû couper le grand palmier dont les racines mettaient en péril les murs des bâtiments et soulevaient le sol, et on l’a remplacé par cette fontaine de ciment qui intègre des éléments de pierre plus anciens), et c’est au fond de cette cour que se trouve l’entrée de l’église.

 

417d Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Là s’élevait à l’époque de la République (avant Jésus-Christ) un temple dédié à Jupiter Stator et, sur la droite, une maison close. J’ai parlé l’autre jour de l’empereur Maxence (306-312), membre d’une tétrarchie et qui régnait sur Rome, que Constantin a défait au pont Milvius grâce à l’intervention divine.

 

417e Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Cet empereur a perdu son fils Romulus, âgé de seulement cinq ans, en 307 (nous en avons parlé lors de la visite du Cirque de Maxence, sur la via Appia, le 16 janvier), et lui a fait construire un temple circulaire sur le forum, à la place du temple de Jupiter. Ce temple circulaire que l’on aperçoit sur la photo ci-dessus (prise à travers une vitre) est devenu le vestibule de la basilique que le pape saint Félix IV (526-530) a fait bâtir sur les dépendances du temple, derrière lui. Ces portes que l’on voit datent du quatrième siècle, et les moines en charge de cette basilique en possèdent la clé de bronze, qui fait encore de nos jours fonctionner la serrure.

 

Galien (vers 130- 201), né à Pergame (Bergama, en Turquie), étudie la médecine parce que son père a reçu dans un rêve la visite d’Asclépios, le dieu médecin. Il devient thérapeute dans le temple du dieu, il sera plus tard le médecin de l’école de gladiateurs (traumatologie) puis, à Rome, il donne des cours de médecine et d’anatomie et fait des démonstrations publiques, il pratique des interventions sur le cerveau et opère de la cataracte (avec une aiguille passée derrière le cristallin). Il devient le médecin personnel de l’empereur Marc-Aurèle (161-180) puis de son successeur Commode (180-192). Il soignera également Septime-Sévère (193-211). Brassens, dans Le Bulletin de santé, fait allusion à lui avec humour : "Hippocrate dit oui, c’est des crêtes de coq, et Galien répond non, c’est des gonocoques". C’est notamment dans la Bibliothèque de la Paix qu’il a donné ses conférences. Là avait été construite, à la même époque que le Colisée (73-74 après Jésus-Christ, du temps de Vespasien) la salle Flavia qui était la bibliothèque impériale. À la suite d’un incendie en 198, elle a été restaurée par Septime-Sévère et est devenue la Bibliothèque de la Paix où elle a accueilli les archives cadastrales de la ville, derrière le temple de Jupiter et en face du temple des jumeaux Castor et Pollux, les divinités guérisseuses.

 

Aussi, lorsque le pape voulut honorer les jumeaux médecins Côme et Damien, eut-il l’idée de placer leur basilique juste en face des Dioscures, leurs concurrents païens (qui, au sixième siècle, n’étaient plus leurs concurrents), et dans la bibliothèque même où avait exercé Galien. Ainsi, l’emplacement de cette basilique est hautement symbolique.

 

417f1 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

417f2 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

417f3 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Côme et Damien sont, disais-je, des jumeaux. Originaires d’Arabie, ils se rendirent à Eges, en Cilicie (aujourd’hui Ayash, sur la côte sud de l’actuelle Turquie d’Asie Mineure), où ils pratiquèrent la chirurgie. Convertis au christianisme, ils soignaient les malades gratuitement, ce qui de nos jours permettrait de réduire le trou de la Sécu. Cela leur amenait une clientèle considérable, parmi laquelle les conversions étaient nombreuses. Or nous sommes à l’époque du terrible Dioclétien (284-305) et comme leurs soins s’accompagnaient de prosélytisme ils furent arrêtés ainsi que leurs frères Antime, Léonce et Euprepius par un préfet cruel et tout dévoué à son empereur, et furent sommés d’abjurer leur foi en sacrifiant aux dieux du paganisme. Malgré les horribles tortures auxquelles ils furent soumis, ils refusèrent tous de se soumettre et furent en conséquence décapités tous les cinq en 303. La nef est décorée de scènes de leur vie. Ci-dessus, ils guérissent une femme atteinte d’une maladie incurable ; l’histoire ne dit pas si la guérison est miraculeuse, ou si leur art médical est tel qu’ils savent guérir ce que d'autres médecins jugent incurable. Puis on les voit guérissant un dromadaire. Enfin, on les voit tous deux, avec leurs tuniques vertes et leurs manteaux violets, mains liées, traduits devant le préfet en furie par un centurion brutal.

 

417g1 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

417g2 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Dans cette église, le plus remarquable est la mosaïque de son abside, qui date de l’origine, 527-530. On peut voir ici les agneaux figurant les douze apôtres (on en compte dix, mais deux sont dissimulés par l’image de la Vierge sur le ciborium). Le Christ, au centre de la composition, est représenté au milieu de nuages bleus, rouges, orangés, ces couleurs du soleil couchant signifiant sa gloire. Il est vêtu d’une toge militaire sur laquelle il porte le manteau des lettrés. Si l’on regarde bien, on voit un fleuve qui coule à ses pieds, et les autres personnages sont en-deçà du fleuve. C’est le Jourdain, symbole du baptême et de la grâce divine, qu’il faut traverser pour parvenir jusqu’au Christ.

 

417g3 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

417g4 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Sur la partie gauche, on voit saint Damien présenté à Jésus par saint Paul et tout au bout, le pape saint Félix IV apporte son église en offrande à Jésus.

 

417g5 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Du côté droit, c’est saint Côme qui est présenté par saint Pierre. Et au bout saint Théodore dans une chlamyde de la cour de Byzance sur laquelle est cousu un large carré pourpre distinguant les officiers et les magistrats de l’empereur Justinien (527-565). À propos de saintes Pudentiana et Praxède le 12 février, j’ai dit que l’usage pour faire un don à l’empereur ou pour en recevoir un de lui était de se couvrir les mains. On voit que c’est ce que fait Théodore, quant à Côme, à Damien et à Félix, ils rabattent un pan de leur manteau sur leur avant-bras et cachent la main qui porte l’église ou leur couronne. Ainsi, le Christ est présenté comme l’empereur, le maître suprême.

 

417h Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Sur l’arc triomphal, de chaque côté, il y avait dans le passé deux évangélistes avec deux anges. Mais lorsque le pape Clément VIII Aldobrandini (1592-1605) fit créer les chapelles latérales, cela a coûté la disparition d’un évangéliste de chaque côté, ce sont Marc et Matthieu qui en ont fait les frais. Ici, à droite, on voit l’aigle de saint Jean. En compagnie de ses deux anges, tenant dans ses serres son évangile, il flotte dans le ciel bleu et rouge comme celui du Christ.

 

À cette époque, après des siècles d’inondations du forum par le Tibre qui n’était pas canalisé, le forum était recouvert d’une énorme couche d’alluvions. Et comme personne n’envisageait qu’il puisse y avoir un quelconque intérêt à le dégager et à le visiter, la réfection de l’église a consisté à la remettre au niveau du sol, soit sept mètres plus haut que le forum et le temple de Romulus, tout en gardant les murs. Ainsi, quoique la hauteur sous plafond ait été nettement réduite, l’essentiel des mosaïques et des fresques a pu être sauvegardé. Mais parce que le plan était augmenté de chapelles latérales, ce "raccordement" a entraîné la destruction des parties de jonction.

 

417i1 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Legrand autel baroque est du dix-septième siècle. Il a hérité ses colonnes de marbre africain du baldaquin de l’ancien autel du niveau inférieur. Le ciborium (le tabernacle) est en ébène, marbre et bronze, avec une petite croix en ivoire que l’on devine sur ma photo.

 

417i2 Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Dès l’origine, il y avait une icône de la "Mêter tou Theou", en grec la Mère de Dieu, qui s’est rapidement couverte d’ex-voto. Au quatorzième siècle, on la remplaça par une copie, la "Vierge du Salut". Cette icône, comme sa copie, représentait la Vierge assise sur un trône mais, pour l’adapter au nouvel autel, on en a coupé la partie inférieure… En 1651, des couronnes d’or finement ciselées ont été ajoutées sur la tête de Marie et sur celle de l’Enfant Jésus, mais elles ont été volées le 29 novembre1988. Un vieux poème en vers latins de Joachim de Fiore (1130-1202), un Calabrais dit "le Prophète" qui fonda un monastère à Flora, fait parler cette Vierge à saint Grégoire. Il y a quatre saints de ce nom, tous papes, mais il s’agit très probablement de Grégoire I le Grand (590-604), qui a voulu le transfert des reliques des saints martyrs médecins dans la basilique qui leur était consacrée. J’ai le texte latin de ce poème, la traduction ci-dessous est de moi.

 

La Vierge Marie

Holà, toi ! Où vas-tu si vite, téméraire porte-clé ? Holà ! Arrête.

 

Saint Grégoire

Quelle est cette voix qui frappe mes oreilles ? Quel impie n’hésite pas à m’agresser de sa langue insolente, moi, qui porte le sceptre et la puissance du roi du ciel ?

 

La Vierge Marie

Arrête ! Tourne les yeux, vénère qui t’appelle.

 

Saint Grégoire

Ô chose incroyable ! Ô prodige ! Une image émet des paroles ! Mais peut-être un songe trompe-t-il mes sens endormis ? M’appelles-tu, ô représentation ? Je la vois, celle-ci, qui remue les lèvres et qui baisse la tête. Qu’est-ce que tu veux, image ? Qu’il me soit permis, image, de connaître ton nom.

 

La Vierge Marie

La sainte Mère de ton Seigneur t’est-elle donc inconnue, Grégoire ? […]

 

Saint Grégoire

Pardonne sa faute, image admirable, à qui ne savait pas, Vierge Marie que jamais encore je n’ai vue. Jamais encore je ne t’ai entendue parler : qui a déjà vu un tel prodige ?

 

La Vierge Marie

Je veux bien te pardonner. Mais garde bien en tête désormais que tu dois des paroles de salutation".

 

417j Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Ce candélabre roman torsadé destiné à recevoir le cierge pascal date du douzième siècle. À la base, deux petits lions très amusants.

 

417k Rome, Santi Cosma e Damiano

 

Il y a encore mille merveilles à voir dans cette basilique, l’orgue par exemple. Mais il faut bien terminer, j’ai déjà été bien trop long. Je finirai donc par ce Christ extrêmement curieux et rare. Il s’agit d’un "Kyrios" (en grec, un Seigneur, cf. "Kyrie, eleison") byzantin du huitième siècle. Il porte une couronne ainsi que la "dalmatique", cette robe des empereurs byzantins, signifiant par là qu’en croix, il est le roi de l’univers. Cette représentation du Christ, en croix mais vivant et régnant, change radicalement du Christ presque nu et mort dans la douleur que l’on voit partout, même si les attitudes, les expressions, la position même, varient d’une représentation à l’autre.

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Published by Thierry Jamard
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