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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 00:59

739a1 le palais minoen de Malia

 

739a2 le palais minoen de Malia

 

739a3 le palais minoen de Malia

 

Nous voici à Malia, le troisième palais minoen par l’importance avec ses 7500 mètres carrés, après Cnossos (que nous n’allons plus tarder à visiter) et Phaestos (que nous avons vu le 28 juillet), et avant Zakros (visité le 3 août). Ni placage de gypse, ni fresques n’ornaient les murs de brique crue de ce palais, à la différence des autres, il était donc moins luxueux, mais son organisation autour d’une grande cour centrale ne permet pas le doute, c’était un palais royal. Un premier palais a été construit entre 2000 et 1900 avant Jésus-Christ, détruit par un tremblement de terre vers 1700. Un nouveau palais est construit, un peu plus petit que le précédent, mais l’arrivée violente des Achéens vers 1450 le détruit de nouveau, comme Phaestos et Zakros à la même époque, comme Cnossos un peu plus tard (1375 ou 1350). Le lieu sera encore occupé, semble-t-il, jusqu’au douzième siècle, où il a été définitivement et complètement abandonné. Ci-dessus, la maquette des ruines dans leur état actuel, puis la reconstitution de ce qu’ont été les lieux à l’époque néopalatiale. Cette maquette n’est pas le fruit de l’imagination créative d’un amateur de science fiction, et malgré son extraordinaire modernisme et son architecture complexe, elle repose sur des observations concrètes et réalistes d’archéologues distingués. Les bases des façades, les seuils de portes et les entablements de fenêtres permettent de reconstituer le rez-de-chaussée. Les montants des ouvertures, tombés au sol, indiquent leur hauteur. Les escaliers informent sur la présence d’étages, et les trous dans les murs, qui recevaient l’extrémité des poutres, sont des indications sur les hauteurs sous plafond et la constitution des planchers. Ces maquettes sont donc, sans aucun doute, très proches de la réalité. Et si, un moment, on en a douté, c’est une preuve supplémentaire qu'il y a de quoi admirer l’expertise des Minoens et leur modernisme.

 

739b1 palais minoen de Malia, entrée sud

 

Plusieurs routes, dont celle venant du port, convergeaient vers la cour centrale. L’une des deux entrées principales était celle-ci, l’entrée sud. Curieusement, on le voit, la route est étranglée en un passage plus étroit à son arrivée au palais.

 

739b2 palais minoen de Malia

 

Certes, le palais de Malia, comme les autres palais minoens, est en ruines, mais ici ce qui reste des murs est assez élevé. On se rend bien compte de leur composition et de leur aspect (mis à part le crépi).

 

739b3 palais minoen de Malia, loggia

 

Partant de la cour centrale, cet escalier dessert des magasins et une pièce à banquettes. La moitié droite de la photo, sur le côté de l’escalier, montre la loggia, d’où le roi pouvait assister aux cérémonies.

 

739c1a palais minoen de Malia, l'agora

 

739c1b palais minoen de Malia, l'agora

 

Nous sommes ici, avec ce que je vais montrer ensuite, dans l’une des rares parties conservées de l’ancien palais. C’est un espace dallé de 30 mètres de long sur 20 mètres de large, avec quatre grosses bases de colonnes qui laissent penser qu’il y avait un portique. Certains ont avancé l’hypothèse qu’il s’agissait de la cour centrale d’un autre palais. Totalement invraisemblable, du fait que les palais minoens, pour des raisons religieuses, sont toujours orientés nord-sud, comme l’est l’autre cour, alors que cette cour-ci est est-ouest. Elle ressemble plutôt à une agora, avec son portique. Mais on considère généralement le roi minoen comme un souverain absolu, qui ne pourrait tolérer une agora, place publique ouverte aux discussions, en particulier politiques. Cette cour, ou cette place, disons cet espace de 1200 mètres carrés, intrigue. Mais voyons plutôt ce que l’on trouve à côté.

 

739c2 palais minoen de Malia, crypte hypostyle

 

Je disais tout à l’heure qu’avec la grande cour dont je viens de parler, ce bâtiment date du premier palais. On y trouve des magasins avec de grandes jarres, ce qui peut paraître curieux dans cette partie du site qui semble indépendante du palais du fait de sa situation, d’autant plus qu’au sein du palais il y a d’autres magasins. Outre les magasins (dans mon dos, à gauche lorsque je prends cette photo), il y a cette pièce à banquettes et, au fond, une autre salle, appelée crypte hypostyle (salle fermée et soutenue par une ou plusieurs colonnes). Ce genre de salle aurait pu être un sanctuaire, mais on n’y a rien retrouvé, ni vase à libations, ni statuette, ni aucun autre objet cultuel. On est donc amené à lui chercher un usage laïque. J’ai eu la chance de mettre la main sur la publication du rapport de la séance tenue le 11 janvier 1963 à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Elle contient essentiellement la transcription d’une communication d’Henri Van Effenterre, qui était alors membre de l’École Française d’Athènes et menait les fouilles de Malia, qui ont constitué sa grande œuvre d’archéologue. La communication fait plusieurs pages, mais je vais en citer ce qui concerne directement cette esplanade et ces salles, et qui révolutionne la connaissance que nous avions de la structure sociale chez les Minoens, surtout au début du deuxième millénaire avant notre ère.

 

"Les ressemblances [de l’agora] avec certaines installations civiles du Moyen-Orient nous rappellent l’existence, dès les temps protohistoriques, dans des cités mésopotamiennes, d’institutions politiques comparables. Certains textes mythologiques nous décrivent même l’arrivée des dieux dans l’Ubshuukina, la cour réservée aux assemblées plénières, et le banquet arrosé de bon vin qui précédait leurs délibérations. Plus proche de notre contexte, Homère parle aussi du repas que prenaient ensemble les sages Phéaciens avant de réunir l’assemblée du peuple. Et si l’on songe, plus tard encore, aux institutions spartiates, on y retrouve également ce double organe politique : un conseil aristocratique siégeant à l’abri et proposant aux acclamations de la foule réunie en plein air la ratification des décisions prises en secret […]. Le roi reste pour nous le prêtre, fils ou époux de la grande Déesse, juge de son peuple, responsable des récoltes et de la conservation des semences, maître en son palais des ateliers et des magasins. Mais pourquoi ce rôle religieux et économique de premier plan évincerait-il tout autre pouvoir, toute autre fonction dans l’État ? […] L’intérêt des découvertes de Malia est donc de mettre désormais en question la conception trop autocratique et totalitaire que l’on se faisait de la royauté minoenne".

 

Ainsi donc, cette esplanade serait bien une agora, place publique pour l’assemblée du peuple, et la photo ci-dessus montre la salle où le conseil des anciens, l’aristocratie, aurait banqueté avant de délibérer. Ainsi s’explique aussi la présence de ces magasins d’où l’on aurait tiré à cette occasion la nourriture et la boisson. Dans mes lectures de livres d’aujourd’hui, personne ne fait référence à Van Effenterre, mais il y a de frileuses allusions au fait que le peuple disposait d’une agora, et personne ne donne une autre explication concernant ces lieux.

 

739c3 palais minoen de Malia, salle hypostyle

 

Ici aussi, on voit des colonnes soutenant une pièce qui dispose pour toute ouverture d’une seule porte. C’est donc encore une salle hypostyle, mais celle-ci est au niveau du sol (ce n’est pas une crypte) et elle se trouve au contact du palais.

 

739c4a palais minoen de Malia, crypte à piliers

 

739c4b palais minoen de Malia, crypte à piliers

 

Encore une pièce à piliers, mais celle-ci est partiellement enterrée (crypte) et, disposant d’autres ouvertures, elle n’est pas appelée hypostyle. Elle est située au centre des bâtiments du palais, mais en plein en face du milieu de la cour centrale. Et j’ai été tout heureux, en examinant toutes les pierres, de remarquer sur le pilier le signe de la double hache gravé dans la pierre. On sait que cette double hache avait une valeur cultuelle dans la religion des Minoens.

 

739d1 palais minoen de Malia, silos à blé

 

739d2 palais minoen de Malia, silos à blé

 

Ces grandes fosses cylindriques creusées dans le sol ne sont pas plâtrées, et cette absence d’enduit hydrofuge exclut que l’on en ait fait des citernes. C’étaient donc des silos à grain. On sait que le roi était détenteur des ressources, et cela ne s’oppose pas à la théorie de Van Effenterre selon qui le roi détenait les pouvoirs religieux et économique. D’ailleurs, ce pouvoir économique ne peut être mis en doute, parce que la Crète entretenait des relations étroites avec l’Égypte, dont elle n’est, en fait, pas beaucoup plus éloignée géographiquement que de la Grèce continentale, et des textes hiéroglyphiques font état d’échanges entre le roi et le pharaon, non comme des cadeaux, mais sous forme de troc de denrées dont les pays ont besoin, puisqu’à l’époque et dans ces pays la monnaie n’existe pas.

 

739e1 palais minoen de Malia, autel

 

739e2 palais minoen de Malia, table d'offrandes à cupules

 

Ces deux photos se réfèrent directement au culte. La première représente un autel d’un modèle unique. Ces quatre piliers de brique étaient destinés à supporter une grille où l’on consumait la viande des animaux offerts en sacrifice. La seconde montre une table d’offrandes à cupules. Tout autour, dans les petites cupules, on pouvait déposer des olives ou d’autres petits fruits, et au centre on pouvait procéder à des libations. On se rend compte, en l’examinant attentivement (malheureusement c’est peu visible, parce qu’elle est de même couleur que son arrière-plan), que sur la gauche son arrondi se déforme en bec pour verser le liquide précédemment offert en son centre.

 

739f1 palais minoen de Malia

 

739f2 palais minoen de Malia

 

739f3 palais minoen de Malia

 

Cette grande jarre est située dans le secteur qui date de l’ancien palais. Comme je la trouve belle, j’en montre deux détails. C’est par elle que je terminerai cet article. Ce palais est très intéressant à visiter, mais je pense que pour mieux profiter de la visite, il convient de s’informer précédemment à son sujet. Par exemple, cette agora, un grand espace sans rien d’autre que des bases de colonnes, n’a rien de très passionnant à voir si l’on ne sait pas quel a pu être son rôle, cas le plus ancien connu à ce jour de démocratie en Europe. La Grèce, mère de la démocratie, oui, mais pas seulement avec Périclès au cinquième siècle avant Jésus-Christ, 1500 ans plus tôt, en Crète, à Malia…

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Published by Thierry Jamard
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