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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 21:22

Nous voici à Marathon. Les panneaux indicateurs n’étant pas toujours bien placés, voici les coordonnées GPS précises du parking du site :

 

38° 06' 59,43" N –et– 23° 58' 39,77" E

 

Tout a été dit sur cette bataille. Moi-même, montrant le casque que Miltiade a consacré à Zeus à Olympie (mon blog, 20 au 22 avril 2011, au musée), j’en a déjà longuement parlé, mais en ces lieux historiques je me dois de rappeler les faits. Hérodote, d’ailleurs, le fait bien mieux que je ne pourrais le faire, je vais donc de temps à autre le citer dans la traduction que j’ai sous la main (Andrée Barguet, Folio classique n°2130).

 

Des cités grecques d’Ionie (Asie Mineure, îles de la mer Égée) ont soutenu une révolte des Perses contre Darius, le Grand Roi, lequel lance une expédition punitive. Nous sommes en 490 avant Jésus-Christ, c’est la Première Guerre Médique. Ceux qu’Hérodote appelle les Barbares sont les héritiers des civilisations babylonienne et Assyrienne, une mosaïque de peuples regroupés sous l’autorité d’un monarque, et en face d’eux se dressent les Grecs, en particulier la toute jeune démocratie athénienne. Il est à noter que le mot grec barbaros ne désigne pas a priori un peuple primitif, sauvage, non dégrossi. Le mot est une onomatopée, “bar-bar-barrr”, comme on dirait “bla-bla-bla”, c’est-à-dire une langue que l’on ne comprend pas, des sons que l’oreille ne définit pas, autrement dit le mot désigne globalement tous les peuples qui ne s’expriment pas dans l’un des (nombreux) dialectes du grec.

 

 L’armée de Darius prend l’île de Naxos (une Cyclade de l’est) et y incendie les temples, puis Érétrie (côte ouest de l’Eubée, bien près de l’Attique) dont elle réduit la population en esclavage. Athènes se prépare : “Avant de quitter la ville, les stratèges dépêchèrent à Sparte un héraut, Philippidès, un Athénien, qui était courrier de profession [… et qui] fut à Sparte le jour qui suivit son départ d’Athènes. Quand il fut en présence des magistrats, il leur dit : ‘Lacédémoniens, les Athéniens vous prient de les secourir et de ne point tolérer que la plus ancienne des cités de la Grèce tombe sous le joug du Barbare’ […]. Les Lacédémoniens résolurent de secourir Athènes, mais il leur fut impossible de le faire aussitôt car ils ne voulaient pas enfreindre leur loi. C’était le neuvième jour du mois et, dirent-ils, ils ne partiraient pas en expédition au neuvième jour d’un mois, avant que la lune fût dans son plein”. Deux précisions. D’Athènes à Sparte par la route la plus directe mais difficile à travers la montagne, il y a 202 kilomètres. Une route plus facile, choisie par le moderne Spartathlon, fait 246 kilomètres. Le record y est tenu par le Grec Yannis Kouros en 20 heures et 25 minutes, soit une moyenne d’un tout petit peu plus de 12 kilomètres à l’heure. Le récit d’Hérodote est donc vraisemblable. L’autre précision concerne les conséquences du motif religieux qui contraint les Spartiates à attendre dix jours pour partir : “De Sparte, Athènes vit arriver deux mille hommes après la pleine lune. Ils avaient tant d’envie de prendre part à l’action qu’ils étaient en Attique deux jours après leur départ de Sparte. Arrivés trop tard, […] ils s’en retournèrent avec des éloges pour les Athéniens et leur ouvrage”.

 

805a1 Miltiade à Marathon

 

Miltiade (photo ci-dessus) avait combattu les Scythes, pour le compte de Darius, avec les Perses. Il connaissait donc fort bien les méthodes militaires des Perses. Ayant épousé une Thrace, il avait fui la Chersonèse de Thrace en révolte contre les Perses (à savoir la longue et étroite péninsule qui part de l’actuelle Turquie d’Europe et longe de très près la côte nord-ouest d’Asie Mineure, déterminant le détroit des Dardanelles) où son père, partisan de l’oligarchie et opposé à la tyrannie de Pisistrate, avait fondé une colonie grecque après avoir dû quitter Athènes. Notre Miltiade, administrateur de Chersonèse, se réfugie à Athènes avec sa femme. Pour son expérience, les Athéniens le choisissent alors comme stratège pour aller combattre Darius. À défaut de Spartiates, il part vers Marathon avec 9000 hoplites Athéniens renforcés d’un petit contingent de 1000 soldats envoyés par Platées (dont je parlerai dans un prochain article). Le fils de Pisistrate, Hippias, qui avait succédé à son père comme tyran mais avait dû s’exiler en 510, s’est mis du côté des Perses dans l’espoir, après ces vingt années, de rétablir la tyrannie, et il est chargé de mener au combat la très nombreuse armée de Darius, arrivée sur 600 trières, à Marathon. Cette armée est composée de deux cent mille à six cent mille hommes selon les Anciens, plus vraisemblablement entre vingt-cinq et trente mille hommes selon les historiens contemporains, ce qui représente quand même un rapport de 1 à 3. “Il amena les navires devant Marathon où il leur fit jeter l’ancre, puis les Barbares débarquèrent et il leur assigna leurs postes. Au milieu de ces préparatifs, il se prit à éternuer et tousser plus fort qu’à l’ordinaire. Or il était déjà vieux [N.B.: il a passé 70 ans], et ses dents étaient branlantes pour la plupart. Il toussa si fort qu’il en cracha une. Il fit tout ce qu’il put pour la retrouver dans le sable où elle était tombée, mais elle demeura invisible. Alors en soupirant il dit à ceux qui l’entouraient : ‘Ce sol n’est pas à nous, nous ne pourrons pas nous en rendre maîtres. Ma dent a pris toute la part qui m’en revenait’. […] Cependant les Athéniens prirent position sur le terrain  consacré à Héraklès, les Platéens vinrent les y rejoindre avec la totalité de leurs forces”.

 

805a2 Maquette du site de Marathon

 

Une intelligente maquette présente le site de Marathon. Face à un ennemi aussi nombreux, les Athéniens sont partagés, attaquer ou pas. Cinq jours durant, les deux camps s’observent. Mais enfin c’est le choix de Miltiade qui l’emporte. “Les Athéniens, lâchés contre les Barbares, les chargèrent en courant. Huit stades au moins séparaient les deux armées”. Un stade, c’est 600 pieds, mais le pied n’est pas le même dans toutes les cités. À Athènes, il mesure 308 millimètres mais chez Hérodote il en fait 296 le stade fait donc ici 177,60 mètres ce qui signifie que, selon Hérodote, 1400 à 1500 mètres séparaient les belligérants. “Quand les Perses les virent arriver au pas de course, ils se préparèrent à soutenir le choc, mais ils les prenaient pour des fous courant à leur perte, ces hommes si peu nombreux qui attaquaient en courant, sans cavalerie et sans archers […], mais les Athéniens les assaillirent bien groupés et combattirent avec une bravoure admirable [...]. La bataille de Marathon fut très longue […]. Ils poursuivirent les Perses en fuite et les taillèrent en pièces jusque sur le rivage, et là, ils s’accrochaient aux vaisseaux ennemis et demandaient du feu pour les incendier […]. Sept des vaisseaux perses restèrent ainsi aux mains des Athéniens, les autres purent se dégager et les Barbares […] contournèrent le cap Sounion dans l’intention de surprendre Athènes avant le retour de ses troupes […], mais les Athéniens coururent à toutes jambes au secours de leur cité et devancèrent les Barbares. […] Les Barbares, arrivés avec leurs navires à la hauteur de Phalère, où mouillaient alors les navires athéniens, y restèrent quelque temps à l’ancre, puis reprirent la mer et regagnèrent l’Asie”.

 

805a3 Phalère vue depuis Philopappos 

 Le port du Pirée, dont Thémistocle a fait commencer les travaux en 492, n’est pas encore opérationnel, et Phalère, juste à côté vers le sud, est le seul port d’Athènes à cette époque. De la côte de Marathon à Phalère, il y a une grosse cinquantaine de kilomètres que les Athéniens, après des heures d’un rude combat, chargés de leurs armes, épée, bouclier, casque, cnémides, etc., ont parcourus en 8 ou 9 heures, soit à 6 kilomètres à l’heure environ, le tour du Sounion ayant dû demander aux Perses 9 à 10 heures. Une performance remarquable, et une initiative géniale de Miltiade qui, après cette grande victoire qui met un terme à la Première Guerre Médique, est allé consacrer son casque à Zeus dans son sanctuaire d’Olympie. Ce casque, on peut le voir au musée archéologique d’Olympie. Émouvant. La vue ci-dessus, prise depuis le sommet de la colline de Philopappos à Athènes lors d’une promenade la semaine dernière, montre à l’horizon la baie de Phalère, premier port d’Athènes.

 

805a4 Marathon, stèle au guerrier grec

 

En face des 6400 Perses tués à la bataille de Marathon, auxquels il faut ajouter de très nombreux noyés, enlisés dans les marécages, les Athéniens ont perdu 192 hommes et les Platéens 11. Pour annoncer cette grande victoire, on envoie un soldat à Athènes. Hérodote ne parle pas de cet épisode, mais selon la tradition le nom qui est donné est Philippidès. Ou bien c’est le même coureur qui était allé à Sparte et qui a disposé d’une semaine pour revenir, ou bien il faut croire Plutarque qui, six siècles après les faits, dit que pour tout le monde la nouvelle a été apportée à Athènes, sur la colline de l’Aréopage, par Euclès, mais qu’en réalité c’est Thersippos qui a été le messager. Ou bien encore c’est une légende, parce que ce coureur, Philippidès, Euclès ou Thersippos, serait mort d’épuisement juste après avoir informé de la victoire sur les Perses. Mais cette distance d’environ 40 kilomètres a inspiré la course d’endurance des premiers Jeux Olympiques modernes, en 1896. Lorsque Londres, en 1908, a organisé les J.O., le roi Édouard VII a demandé que la course parte de son château de Windsor et que l’arrivée soit jugée face à la loge qui avait été dressée pour lui dans le stade olympique. Distance exacte 42,195 kilomètres. Depuis, c’est cette distance qui a été retenue et fixée pour la course de Marathon, par conséquent plus longue que la course de Philippidès ou Euclès ou Thersippos ou la légende. Les Grecs n’avaient pas de cavalerie à Marathon, et ils ont attaqué les Perses lorsque ces derniers venaient de rembarquer leur cavalerie. Néanmoins, la nuit, dans le grand silence de la plaine de Marathon, il arrive que l’on entende soudain résonner le fracas des armes et le hennissement des chevaux. Mais si, mais si.

 

805a5a Marathon, tumulus des hoplites athéniens

 

805a5b Marathon, tumulus des hoplites athéniens

 

Normalement, les guerriers tombés au combat étaient enterrés au Céramique d’Athènes, mais exceptionnellement les hoplites de Marathon ont été ensevelis sur le lieu de leur sacrifice. Pausanias a vu au sommet du tumulus les “pierres tombales avec les noms de ceux qui sont tombés et disposées par tribus”, mais ces pierres tombales ont disparu aujourd’hui. Le tumulus qui recouvre les tombes mesure 9 mètres de haut et sa circonférence est de 182 mètres. Schliemann, découvrant ici en 1886 des pointes de flèches en obsidienne, les a attribuées à une époque bien antérieure à cette bataille, mais l’armée de Darius comportait des archers Éthiopiens tout comme, dix ans plus tard, l’armée de Xerxès, où ils sont décrits par Hérodote : “Les Éthiopiens, revêtus de peaux de panthères et de lions, portaient des arcs de grande taille […]. Avec cet arc ils employaient des flèches de roseau, courtes, et garnies à leur extrémité, au lieu d’une pointe de fer, d’une pierre aiguisée”. Ces obsidiennes peuvent donc fort bien dater de 490.

 

805a6a poterie du tumulus des Athéniens, Marathon

 

805a6b poterie du tumulus des Athéniens, Marathon

 

805a6c poterie du tumulus des Athéniens, Marathon

 

Par ailleurs, des fouilles de 1890 ont révélé des ossements calcinés, des cendres et de petits lécythes à figure noire datés du début du cinquième siècle. Il s’agit clairement des poteries offertes par les familles des soldats tués, pour les accompagner dans leur tombe. Ces objets ont été transportés au musée de Marathon, où j’ai pris les photos ci-dessus.

 

805b1 Marathon, tumulus des Platéens

 

805b2a poterie du tumulus des Platéens, Marathon

 

805b2b poterie du tumulus des Platéens, Marathon

 

À l’entrée de Vrana, à gauche, le grand tumulus a été fouillé en 1969-1970. Les tombes à fosses contenaient des squelettes d’hommes jeunes et des poteries du début du cinquième siècle, aussi peut-on avancer qu’il s’agit des tombes des Platéens tombés à Marathon. Sur la première de ces photos, on voit ce tumulus, beaucoup moins imposant que celui des Athéniens, …mais leurs morts sont dix-sept fois moins nombreux. Les deux autres photos, prises au musée, montrent des poteries offertes par les familles à leurs morts, comme on l’a vu précédemment pour les Athéniens.

 

805c1 Marathon, dédicace à Héraklès

 

Quant au sanctuaire d’Héraklès, près duquel était stationnée l’armée athénienne, il est situé près de l’église Agios Dimitrios, à 800 mètres du musée. L’inscription ci-dessus (visible au musée) est gravée sur une pierre qui servait de piédestal à une statue dédiée à Héraklès en reconnaissance pour la part qu’il a prise dans le succès des Grecs.

 

805c2a Marathon, trophée de la bataille

 

805c2b Marathon, trophée de la bataille

 

Les Grecs, en souvenir de cette bataille mémorable, ont élevé un trophée, une haute colonne commémorative de marbre blanc. Elle a été brisée au cours des temps, mais des fragments en ont été retrouvés qui ont été transférés au musée (photo du haut). Puis, à l’endroit où ces éléments ont été trouvés, la Municipalité a fait dresser une reconstitution de la colonne originale (seconde photo). C’est à bonne distance des autres sites, mais la bataille s’est déroulée sur un vaste espace.

 

805d1 Marathon, cimetière de l'Helladique I

 

805d2 Marathon, cimetière de l'Helladique I

 

805d3 Marathon, cimetière de l'Helladique I

 

Laissons là cette bataille de 490 qui fait la célébrité de cette localité. Car il se trouve à Marathon d’autres choses intéressantes. En effet, de  très importantes preuves d’une occupation néolithique du site ont été découvertes il y a une cinquantaine d’années. Et notamment ce très vaste cimetière de l’époque appelée Helladique I, soit de 3200 à 2700 avant Jésus-Christ. Malheureusement nous n’avons pu le visiter, car nous ne disposions que d’un jour à Marathon et sites et musées fermant à 15 heures et se trouvant disséminés dans la plaine, nous sommes arrivés trop tard. Je n’ai pu faire que ces photos à travers les vitres du bâtiment qui l’abrite… En revanche, au musée, j’avais vu ce squelette d’un enfant qui avait été enterré dans une ruche de terre cuite (oui, une ruche, pas une cruche), dans ce même cimetière mais plusieurs millénaires après la majorité des tombes, puisqu’il remonte “seulement” entre la deuxième moitié du premier siècle avant Jésus-Christ et la première moitié du premier siècle de notre ère. C’est en 1969 que la première des 68 tombes de ce cimetière a été découverte. Presque toujours, le défunt était couché en position fœtale sur le côté droit, ce qui signifie que l’enterrement avait lieu très vite après le décès, avant que n’intervienne la rigidité cadavérique interdisant de mettre le corps dans cette position. Chaque tombe était familiale en ce sens que, lorsqu’il s’agissait d’enterrer une autre personne, on repoussait dans un angle de la tombe les ossements desséchés du précédent pour laisser place au dernier défunt. Ces tombes à puits, rectangulaires et recouvertes de dalles de schiste, sont de type cycladique, montrant ainsi l’étroit lien de civilisation entre les Cyclades et l’Attique dès le quatrième millénaire. 

     

805d4 Marathon, cimetière de l'Helladique I

 

805d5 Marathon, cimetière de l'Helladique I

 

805d6 Marathon, cimetière de l'Helladique I

 

Dans les tombes elles-mêmes et aussi dans un puits, les archéologues ont retrouvé beaucoup d’objets utilisés dans les rites funéraires. Les objets métalliques remontent au début de l’âge du bronze, plus tôt que dans les Cyclades, et par conséquent c’est sur le continent, en Attique, qu’a commencé l’artisanat du bronze. Ci-dessus, trois photos montrant des terres cuites. Le vase ventru de la première photo est, curieusement, coiffé du tesson d’une autre poterie. Il s’y trouvait des perles de couleur, des coquillages marins, un talisman pour enfant, et on en a conclu qu’il devait s’agir de la tombe d’une femme. On date cette poterie entre 3200 et 2700 avant Jésus-Christ. La deuxième photo représente un récipient de forme parfaitement circulaire, situé dans une fourchette très large, entre 3200 et 2000. Dans cette même fourchette s’inscrit l’objet de ma troisième photo, objet très intéressant puisqu’il s’agit d’une poêle à frire.

 

805d7 Marathon, cimetière de l'Helladique I

 

805d8 Marathon, cimetière de l'Helladique I

 

Cette statuette représentant une femme est, je trouve, très intéressante sur un plan plastique, alliant une figuration réaliste à une élégante stylisation. Quant à cette coupe, elle contient des reliefs de nourriture, sans doute du repas funèbre.

 

805e1 Marathon, cimetière de l'Helladique Moyen

 

805e2 Marathon, cimetière de l'Helladique Moyen

 

805e3 Marathon, cimetière de l'Helladique Moyen

 

Le même professeur Marinatos qui avait découvert en 1969 le cimetière de l’Helladique I, a mis au jour dès 1970 un cimetière de l’Helladique moyen (1800-1400 avant Jésus-Christ). Il est situé en un endroit, à cent ou deux cents mètres à peine du tumulus des Platéens, où vivaient cinq ou six familles de paysans portant toutes le vieux nom byzantin de Vranas. Il n’a pas été facile de les exproprier pour commencer les fouilles. À présent, ce cimetière est abrité dans un grand bâtiment qui jouxte le musée. Pausanias, qui a vu ces tombes, les décrit comme “une butte de terre contenue à l’intérieur d’une bordure de pierre”. Le premier tumulus comportait huit tombes. Dans l’une d’elles a été trouvé, dans un état de conservation remarquable, le squelette d’un cheval de petite taille dont, fort curieusement, les jambes sont absentes. Le deuxième tumulus, recouvrant une triple chambre comme un mégaron, ne comportait qu’une seule tombe, et cette tombe était vide, à l’exception de quelques ossements et de fragments de poteries. Ces deux tumulus font 17,50 mètres de circonférence, tandis que le troisième tumulus ne mesure que cinq mètres. Quoique très endommagé, il a cependant permis de constater qu’il avait contenu au moins quatre tombes à puits rectangulaires. Il y a encore, hors du bâtiment, quatre autres tumulus dont l’un est en extrêmement mauvais état, quant aux trois autres (dont l’un se trouve sous le musée) ils n’ont pas encore été fouillés. Des tombes de ce type se retrouvent dans l’île de Leucade (Lefkada), les plus anciennes, ainsi qu’un peu partout dans le Péloponnèse mais surtout dans la région de Pylos. La caractéristique de celles de Marathon est qu’elles ont encore été utilisées à l’époque mycénienne.

 

805e4 Marathon, cimetière de l'Helladique Moyen

 

805e5 Marathon, cimetière de l'Helladique Moyen

 

Le musée présente aussi quelques uns des objets trouvés dans ces tombes. Je me limiterai à montrer cette collection de pointes de flèches en obsidienne, en silex et en cuivre.

 

805f1a Marathon, sanctuaire des dieux égyptiens

 

805f1b Marathon, sanctuaire des dieux égyptiens

 

Transportons-nous dans un autre site. Le long de la mer, sur une promenade aménagée de façon sympathique et agréable, on rencontre les ruines d’un sanctuaire particulier. J’ignore si ce site, enclos derrière un haut grillage, aux heures habituelles des sites archéologiques peut se visiter. Mais à l’heure où nous nous y rendons, nulle part je ne vois où pourrait se trouver l’entrée des visiteurs, avec plaque indiquant les jours et heures d’ouverture, nulle part je ne vois de bureau de vente des tickets. Le sanctuaire a probablement été voulu et financé par Hérode Atticus (101-176 après Jésus-Christ), ce richissime citoyen romain et généreux mécène né ici à Marathon, rhéteur qui a enseigné à Athènes, qui a été archonte, questeur, préteur, consul, sénateur et se disait descendant de Miltiade. Il n’a encore que 17 ans quand on l’envoie en mission auprès de l’empereur Hadrien qui vient de succéder à Trajan, et c’est sans doute dans la propriété de sa famille qu’en 128, Hadrien est hébergé lors d’un de ses voyages à Athènes. Nous avons déjà croisé la route de cet Hérode Atticus en admirant l’odéon qu’il a fait construire au pied de l’Acropole d'Athènes (mon blog daté 9 mars 2011), dans le stade de Delphes (mon blog, 13 mars 2011), sa femme et lui à Olympie (mon blog, 20 au 22 avril 2011 [1, 2 et 3]), à Eva dans le Péloponnèse où il s’est fait construire une vaste villa (mon blog, 2 et 3 mai 2011)… D’ailleurs, ici, un bâtiment romain elliptique de plus de 120 mètres de long copie sans doute une architecture similaire de la Villa d’Hadrien à Tivoli. Ce sanctuaire du deuxième siècle de notre ère jouxtait des bains romains. Il a été édifié en plein marais, sur une île, dont les canaux de drainage et la végétation rappelaient le delta du Nil, car il s’agit d’un sanctuaire dédié aux divinités égyptiennes.

 

805f2a Isis, sanctuaire des dieux égyptiens, Marathon

 

805f2b Isis, sanctuaire des dieux égyptiens, Marathon

 

La déesse égyptienne Isis a intégré le panthéon grec dès le troisième siècle avant Jésus-Christ, ou même la fin du quatrième siècle. Force de la vie et de la nature, elle est souvent représentée tenant des épis de blé, et elle était alors assimilée à Déméter. Quand les Romains considèrent que leur Vénus “est” Aphrodite ou que leur Mars “est” Arès, quand les traducteurs de textes grecs croient bon de “traduire” le grec Héra par Junon, ce n’est pas nouveau. En effet, je lis dans Hérodote “Apollon et Artémis sont, pour les Égyptiens, les enfants de Dionysos et d’Isis, et Léto celle qui les nourrit et les sauva. En langue Égyptienne, Apollon se nomme Horus, Déméter Isis, et Artémis Boubastis”. Toutefois il arrive qu’assimilée à Aphrodite, Isis tienne des roses. Après la conquête romaine, elle a également intégré le panthéon des Romains, mais c’est surtout avec Hadrien qu’elle a tenu une place de tout premier rang dans la religion romaine. On se rappelle qu’Antinoüs, le favori d’Hadrien, s’est noyé dans le Nil, et c’est à partir de ce moment que l’empereur a amplifié le culte des dieux égyptiens. À chacun des quatre propylées donnant accès au sanctuaire, une statue de la déesse plus grande que nature accueillait le visiteur. Dans la nature ont été placées des copies, et les originaux se trouvent aujourd’hui au musée.

     

805f3a sanctuaire des dieux égyptiens, Marathon

 

805f3b sanctuaire des dieux égyptiens, Marathon

 

À chaque propylée, faisant pendant à Isis, il y avait une statue d’homme en tenue égyptienne, mais aussi dans la posture habituelle de la sculpture originelle, hiératique, les bras le long du corps, marchant. Aucun attribut ne permet d’identifier avec certitude le personnage, et pourtant on ne peut guère avoir de doutes quand on sait qu’Isis est la sœur et la femme d’Osiris qu’elle aime tendrement, et quand d’autre part on rapproche la mort d’Osiris noyé par Seth dans le Nil et celle d’Antinoüs suicidé ou assassiné dans le Nil. Après la mort de son favori, Hadrien l’avait divinisé. On peut alors avancer l’hypothèse d’un Osiris Antinoüs.

     

805f4a sphinx, sanctuaire des dieux égyptiens, Marathon

 

805f4b sphinx, sanctuaire des dieux égyptiens, Marathon

 

Dans une pièce du sanctuaire ont été découverts une statue d’Isis un peu plus petite et ce splendide sphinx. Le sphinx, avec son corps de lion (le dieu soleil Rê) et sa tête humaine (le pharaon), représente la toute puissance lumineuse du pharaon. Par ailleurs, les serpents n’ayant pas de paupières, ils sont considérés comme de vigilants gardiens, et le cobra femelle est pour cette raison le protecteur du pharaon et des dieux rois. C’est l’uræus qui coiffe les représentations du pharaon et, par conséquent, de ce sphinx.

     

805f5 Hérode Atticus au musée de Marathon

 

805f6 poème sur le retour d'Hérode Atticus, Marathon

 

Avant de quitter ce musée, je ne peux manquer de montrer l’enfant du pays, cet Hérode Atticus qui a dédié ce temple aux divinités égyptiennes. Et d’autre part cette stèle du deuxième siècle après Jésus-Christ (contemporaine, donc, du héros) sur laquelle est gravé “un poème commémorant la réception solennelle à Athènes d’Hérode Atticus après une longue absence”. Je suis réduit à mettre entre guillemets le texte que propose le musée parce que je suis malheureusement incapable  de le traduire moi-même. L’épigraphie, c’est-à-dire la lecture et l’interprétation des textes gravés, est une science pointue et ardue. L’alphabet varie d’un lieu à l’autre, d’un siècle à l’autre, les mots ne sont séparés ni par des espaces ni par des signes de ponctuation, les abréviations sont courantes, bref il n’est pas du tout suffisant d’être capable de lire un texte antique proprement imprimé pour se débrouiller en épigraphie. Je veux profiter de cette occasion qui m’est donnée pour attirer l’attention de mes lecteurs sur le lien (à droite de ma page de blog) qui mène à un site remarquable de clarté sur ce sujet. Il est l’œuvre d’une helléniste distinguée qui parcourt le monde grec en tous sens (Turquie d’Asie y compris) pour y déchiffrer les inscriptions.

     

805g1 Église Sainte Cyriaque à Marathon

 

805g2 Agia Kyriaki (sainte Dominique)

 

Sainte Cyriaque, à qui est consacrée la petite église qui jouxte le sanctuaire égyptien, était une riche romaine, veuve après onze ans de mariage, qui a vécu au troisième siècle et habitait sur le monte Celio. Durant les 32 années de son veuvage, elle a consacré sa fortune à aider les pauvres et à soutenir les martyrs, elle cache chez elle les chrétiens recherchés, elle ouvre sa demeure aux célébrations interdites. C’est chez elle que saint Laurent réunit mille cinq cents pauvres, malades et invalides quand le préfet l’a sommé de réunir, pour les lui donner, les richesses de l’Église, disant que là était la vraie richesse. Le 27 février 2010, sur le mont Celio à Rome, nous avons vu l’église Santa Maria in Domnica. Le nom est une contraction de Dominica, adjectif féminin signifiant “relative au Dominus”, au Seigneur (cf. le prénom Dominique, et latin [dies] dominica, [le jour] du Seigneur, qui a évolué phonétiquement vers le français dimanche). En grec, l’équivalent de Dominus est Kyrios, d’où l’adjectif Kyriakos = Dominicus, ce qui m’autorise à traduire sainte Cyriaque (Agia Kyriaki) par sainte Dominique. Cette sainte Cyriaque a offert un terrain, sur la Via Tiburtina (route de Tivoli), que les chrétiens ont utilisé pour ensevelir les leurs et où elle-même a été enterrée après avoir été suppliciée, battue à mort.

     

805g3 Ste Anastasie romaine et ste Irène

 

805g4 Saint Ephraïm

 

Les murs de l’église sont entièrement revêtus de belles fresques représentant des saints. J’ai d’abord montré la dédicataire de l’église, mais voici ci-dessus quelques autres exemples de ces fresques, d’abord sainte Anastasie et sainte Irène, et en-dessous saint Ephraïm.

     

805h1 Le lac de Marathon

 

805h2 Le lac de Marathon

 

À huit kilomètres environ du village moderne de Marathon se trouve un grand lac. “Le même Pausanias parle aussi du lac de Marathon et dit qu’il était, en grande partie, rempli de vase : les Perses, mis en fuite, s’y précipitèrent d’épouvante” (Diderot, Encyclopédie). “Le lac de Marathon est tout couvert d’herbes et de joncs, ce qui le ferait plutôt prendre pour une prairie marécageuse que pour un lac, ils disent même qu’il s’assèche quelquefois. Ce marais est fameux par la destruction de l’armée de Xerxès qui y périt” (George Wheler, Voyage de Dalmatie, de Grèce et du Levant, 1723). Les Perses (de Darius, non de Xerxès) se sont noyés dans les eaux d’un lac marécageux, et la bataille a eu lieu dans la plaine le long de la mer. Le tumulus des Athéniens, le tumulus des Platéens, le Trophée, témoignent des lieux du combat. Or le lac où nous sommes à présent est dans la montagne. Il ne s’agit donc pas du même lac. Celui de Diderot et de Wheler, c’est le marais dont une île a supporté le temple des divinités égyptiennes avec son aspect de delta du Nil, marais aujourd’hui assaini et très largement asséché. Notre lac à nous était, au début du vingtième siècle, très petit, mais un grand barrage construit par les Américains en 1927 en fait un important lac de retenue, principale réserve d’eau de la ville d’Athènes. Le barrage est intégralement construit en marbre, luxe qui s’explique par le fait que la pierre dont est faite la montagne, ici, est du marbre. Il est par conséquent plus simple et plus économique de l’utiliser sur place… Au sommet du barrage, une route très étroite, en circulation alternée par des feux, permet de passer d’une rive à l’autre de la vallée.

     

805h3 Le lac de Marathon

 

805h4 Le lac de Marathon

 

805h5 Le lac de Marathon

 

Ce lac est superbe et constitue un lieu de promenade dominicale ou estivale pour les Athéniens. C’est également un espace d’une grande richesse écologique. En 2009, un grand incendie dont il n’est pas exclu qu’il soit d’origine criminelle, a ravagé une grande partie de ses abords, plus ou moins selon l’orientation du terrain et les essences des arbres. Si, vu de loin, le paysage est vite redevenu vert, comme on s’en rend compte sur ces photos, les dommages n’en ont pas moins été considérables car aux endroits où la végétation a été détruite, les eaux de ruissellement entraînent la terre vers le lac, qu’il s’agisse de l’écoulement permanent des eaux de sources ou de celui des pluies d’orages. La conséquence en est un comblement progressif du lac et la salissure de ses eaux destinées à la consommation. Aussi a-t-on dû construire neuf petits barrages ralentissant le cours du ruissellement. J’ai trouvé un article vantant à juste titre leur ingénieur prénommé Yannis, qui se soucie de l’écologie et qui les a réalisés en pierre sans un seul sac de ciment. L’eau coule entre les pierres cassées à angles vifs, s’y débarrasse de la terre et des boues qu’elle charrie et tombe propre et limpide dans le lac.

     

8051 Athanasia Tsoukd, de Fragma

 

Huit kilomètres, ce n’est pas bien loin. Je pensais aller et revenir avant d’avoir besoin de faire le plein de gazole, mais un panneau peu visible, ou une inattention de ma part, m’a fait prendre un chemin d’une rare beauté, certes, mais quatre ou cinq fois plus long. Or là, au bord du lac, se trouve un bar restaurant très joli, très bien placé, appelé Fragma (Barrage, en grec) où nous décidons de consommer un petit quelque chose. Craignant la panne, Natacha explique notre situation et demande à quelle distance se trouve la première pompe. La (jeune) patronne s’éloigne un moment et revient avec une bouteille d’eau minérale qu’elle a remplie de gazole et qu’elle refuse catégoriquement de faire payer. Encore une preuve de l’accueil, de la gentillesse, de la générosité des Grecs. Après nous être restaurés, nous sommes allés à elle pour la remercier encore une fois, et avons fait avec elle un brin de causette. Cette Athanasia (dont le nom signifie Immortalité) est une jeune femme cultivée, ouverte, qui a beaucoup voyagé et qui a su “voir” et “sentir”, ce qui n’est pas le cas pour beaucoup de touristes plus superficiels. Quelqu’un d’aussi intéressant et sympathique nous a donné envie d’échanger nos adresses mail, ainsi que de Facebook pour Natacha qui est sur ce réseau social, afin de pouvoir rester en contact.

 

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Published by Thierry Jamard
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tedo 27/09/2012 10:55

grand merci pour vos récits de voyageurs sur l'antiquité. Je lâche tout pour découvrir ce que vous avez trouvé là-bas ! Source d'inspiration , et d'une telle beauté !

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  • : Le blog de Thierry Jamard
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