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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 21:47

 

633a1 Saline di Margherita di Savoia

  

633a2 Salines de Marguerite de Savoie 

633a3 Saline di Margherita di Savoia 

Continuant après Barletta sur la petite route qui longe la côte de l’Adriatique vers le nord-ouest, nous arrivons à Margherita di Savoia. Ici le sel marin est exploité dans des bassins depuis l’Antiquité, remontant au moins jusqu’au troisième siècle avant Jésus-Christ, et il existe depuis le dix-huitième siècle une localité qui, en 1879, a pris le nom de Margherita di Savoia en l’honneur de la reine. Marguerite de Savoie avait épousé en 1868, à l’âge de seize ans et demi, son cousin le prince Humbert de Piémont (Umberto), fils du roi Victor-Emmanuel II. Lors de la mort de Victor-Emmanuel le 9 janvier 1878, son fils est couronné roi d’Italie sous le nom de Umberto I et de ce fait Marguerite devient reine d’Italie. Et c’est un an plus tard que la population honore sa reine en donnant ce nom à la ville des salines.

 

L’empereur Frédéric II, qui a régné dans la première moitié du treizième siècle, aimait venir chasser dans ces marais où le gibier et les oiseaux étaient abondants. C’est en particulier la présence de ces oiseaux migrateurs et de nombreuses autres espèces qui a fait classer en 1977 par l’UNESCO cette zone humide à protéger. Mais aussi, jusqu’au dix-neuvième siècle, les marais qui s’étendent sur quatre mille hectares dont cinquante hectares de parcs d’évaporation, étaient une zone très insalubre et n’étaient fréquentés que par ceux qui travaillaient à la récolte du sel, à son raffinage, à son transport. Et par les contrebandiers…

 

633a4 Saline di Margherita di Savoia 

633b1 Saline di Margherita di Savoia 

Nous nous sommes un peu promenés dans ces parages. Les surfaces inondées sont de véritables lacs, la dimension des parcs d’évaporation n’a rien de commun avec ceux que nous avons pu voir à Trapani en Sicile, ou à l’île de Ré ou ailleurs. Ci-dessus, une surface évaporée et l’usine qui amasse les tas de sel pour leur traitement.

 

633b2 Saline di Margherita di Savoia 

633b3 Saline di Margherita di Savoia

 

Les paysages sont beaux et intéressants, mais il y a aussi les restes de l’industrie du dix-neuvième siècle qui pourrissent sur place et défigurent le paysage. Du passé, la ville a également gardé ce vieux train qui effectuait le transport du sel dans ses bennes et qui sert aujourd’hui de décoration et de souvenir, placé sur des tronçons de rails à l’entrée de la ville.

 

633c1 Canosa di Puglia, cattedrale di San Sabino

 

Cette fois-ci, nous quittons résolument la côte et nous dirigeons vers le sud, sud-est en direction de la ville de Canosa di Puglia. Cette ville, Canusium, fondée selon la légende par le Diomède dont parle Homère, et en tous cas cité grecque qui a frappé monnaie, était soumise à Rome depuis la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ. À quelque distance de là, une quinzaine de kilomètres, à Cannes, le 2 août 216 avant Jésus-Christ les quatre-vingt cinq mille soldats de Rome rencontrent les quarante mille Carthaginois d’Hannibal. Le génial chef punique se livre à une manœuvre d’encerclement qui est encore étudiée dans les écoles de guerre de nos armées d’aujourd’hui. Enfermés dans un espace réduit, les Romains trop nombreux ne peuvent se défendre efficacement contre l’ennemi plus de deux fois moins nombreux. Les Carthaginois massacrent cinquante mille Romains et font quatre mille prisonniers, perdant eux-mêmes huit mille hommes, terrible tribut humain mais infiniment inférieur, tant en nombre qu’en pourcentage, aux pertes romaines. Aussi, après ce désastre, quatre mille Romains eurent-ils l’idée d’aller se réfugier à Canusium, accroissant ainsi subitement sa population. Pour avoir accueilli ces soldats, la ville a été faite municipium par Rome, puis est devenue colonie, ce qui lui a permis un fort développement économique. Puis il y a eu les invasions barbares, et Canosa a été détruite. Renée de ses cendres, elle est rasée par les Sarrasins au neuvième siècle.

 

Nous ne sommes pas partis tôt de Barletta, où nous étions retournés après Castel del Monte pour de basses besognes matérielles et où nous avons passé la nuit, nous avons traîné trop longtemps sans doute dans les salines de Margherita di Savoia, de sorte que nous arrivons bien tard dans l’après-midi à Canosa et en ce milieu d’automne tout à l’est du fuseau horaire il fait nuit tôt. Nous voulons cependant jeter un coup d’œil à la cathédrale San Sabino (Saint Sabin) qui a été consacrée en 1101 au terme de vingt ans de travaux, soit à l’époque normande, mais dont une partie, soit deux travées, le chœur, l’abside, était antérieure. La façade, elle, a été abattue au dix-neuvième siècle et refaite comme nous la voyons aujourd’hui.

 

633c2 Canosa di Puglia, cathédrale Saint Sabin 

633c3 Canosa di Puglia, cathédrale Saint Sabin 

Mais entre la cathédrale normande et sa façade du dix-neuvième siècle, il s’est passé bien des choses. L’église a subi les outrages du temps et du manque d’entretien, elle a été fortement endommagée par des tremblements de terre. La période qui y a vu les plus grands travaux est le seizième siècle. Charles de Bourbon (1818-1861), infant d’Espagne déchu de ses droits à la couronne par la révocation de la loi salique laissant le trône à Isabelle II, épousa en 1850 la princesse royale du Royaume des Deux-Siciles. Il trouva cette cathédrale en si mauvais état qu’il voulut en récupérer les six colonnes monolithiques antiques de marbre vert que l’on voit sur ma photo dans le haut de la nef pour les démanteler et en embellir le palais de Caserte près de Naples où il vivait avec sa femme. Heureusement, son projet n’a pas abouti, et on a restauré l’église. Sur ma photo, en haut de la nef, à gauche, on aperçoit l’ambon de marbre antérieur à la cathédrale normande, puisque datant du milieu du onzième siècle. C’est l’œuvre de l’archidiacre Acceptus, un sculpteur des Pouilles.

 

633c4 Canosa di Puglia, cathédrale San Sabino 

Amalfi, Montecassino, Saint Paul Hors les Murs à Rome, entre autres, ont initié la mode, si l’on peut dire, des grandes portes de bronze. De 1060 à 1076 des portes ont été commandées à Constantinople et en ont été importées. Puis on en a fabriqué en Italie. C’est en 1119 qu’ont été réalisées les portes de ma photo, présentées dans la cathédrale, mais provenant du mausolée de Boémond (auquel nous n’avons pas pu accéder).

 

633c5 Canosa di Puglia, cattedrale di San Sabino 

Quoique n’ayant pas d’informations relatives à cette icône de la Vierge, j’ai souhaité en publier la photo parce que je la trouve belle. Elle est clairement byzantine, elle rappelle la Vierge de Constantinople, mais je crois que la copie n’en est pas exacte.

 

633d Canosa di Puglia, borne antique 

Sortons de la cathédrale. Avant de quitter la ville, une dernière photo. Cette borne du troisième siècle après Jésus-Christ, conservée sur la place de la cathédrale, est en l’honneur du patron de la colonie de Canusium. Elle dit, en latin : “Athenasius. À Lucius Annius Rufus, fils de Lucius, de la tribu Oufentina, homme remarquable dans tous les actes de sa vie, patron de la colonie, pour lui le peuple avait sollicité des juges une statue équestre, et se contentant d’une statue en pied il s’est opposé à leur volonté”. Ce texte me laisse supposer que la borne de ma photo est le piédestal de la statue en question.

 

Sur ce, nous partons pour Foggia, où nous allons passer la nuit.

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Published by Thierry Jamard
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