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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 00:26

586a1 Marsala

 

586a2 Marsala, baigneurs

 

Hier soir, après avoir quitté Ségeste, nous avons dirigé nos roues vers Marsala, où nous avons passé la nuit. Ce Marsala est la ville où au dix-huitième siècle un riche commerçant anglais vient s’ancrer, où il n’a strictement rien à faire sauf à se mettre à l’abri de la tempête. Et voilà que, attablé dans un débit de vin pour passer le temps, il boit un verre de vin local. Il trouve à ce vin inconnu un goût qui lui rappelle le Porto mais avec une autre personnalité et il pense que c’est là une affaire. Il en achète une bonne quantité et c’est un succès en Angleterre. Du coup un autre Anglais, négociant en vins, fait le voyage pour aller voir sur place. Il va travailler à améliorer encore la qualité, et c’est le début de la célébrité du Marsala. L’un des descendants de cet Anglais va s’installer ici au dix-neuvième siècle, un certain Whitaker qui va acheter l’île de Mozia située en face et y découvrir une ville carthaginoise.

 

Ce matin, nous allons visiter le musée archéologique, situé à la pointe de la ville, face à la mer. Je n’en montrerai rien, parce que la photo y est interdite. C’est idiot, et d’autant plus idiot que l’on ne vend, dans ce musée, aucun catalogue des collections. Mais entre ce vin de Marsala et le musée il y a un lien, ce sont les Carthaginois de Whitaker car les restes d’un navire de guerre punique coulé face à l’île ont été retrouvés, et occupent, rassemblés sur une structure métallique pour que l’on puisse avoir une idée de sa forme, une ancienne cave de vin de Marsala. C’est impressionnant. Et aussi quand on pense à son équipage, nombreux parce que, outre les soldats, il ajoutait les rangs de rameurs à la propulsion par le vent dans les voiles, à tous ces noyés. À ce point, qui vais-je citer ? Hé oui, c’est ça, Victor Hugo et Oceano nox :

 

            Ô combien de marins, combien de capitaines,

            Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

            Dans ce morne horizon se sont évanouis !

            Combien ont disparu, dure et triste fortune,
            Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
            Dans l'aveugle océan à jamais enfouis…

 

Il y a aussi une impressionnante collection de jarres et d’amphores de toutes formes, réunies en un énorme alignement. Et puis aussi, bien d’autres choses retrouvées aux environs, mais la plupart dans la mer. N’ayant à montrer ni une photo faite par moi, ni un scan d’une image tirée d’un catalogue, je passe à la suite, à notre balade sur la promenade le long de la mer, là où elle accueille des baigneurs ou là où elle ne permet pas le bain.

 

586b Marsala, Chiesa di San Giovanni

 

Puis nous nous dirigeons vers le centre. Cela nous fait passer devant cette petite église fermée, et enclose à distance d’un fort grillage. C’est l’église San Giovanni Battista. Et on se met à regretter de ne pouvoir la visiter quand nous lisons le panneau fixé devant le grillage. C’est un peu la chanson pour enfants "J’ai du bon tabac dans ma tabatière… tu n’en auras pas". Elle est intéressante notre église mais vous ne la verrez pas. Sous cette église jésuite de 1555 se trouve, à une profondeur de 4,80 mètres, une grotte avec une source d’eau douce que l’on dit être le lieu d’un culte divinatoire lié à l’eau et qu’une tradition fait passer pour la sépulture de la sibylle de Cumes. Une pièce centrale circulaire est coiffée d’une coupole qui communique par une ouverture au sommet avec le sol de l’église. Les murs de cet hypogée sont revêtus de fresques et de mosaïques fin second siècle de notre ère, début troisième. Au centre, un bac carré en pierre est toujours rempli d’eau et servait de baptistère à l’époque chrétienne, comme prouvé par le thème des fresques. Quant à l’église du seizième siècle, sur le maître autel elle renferme une statue de marbre d’Antonello Gagini (dont j’ai parlé –avec admiration– le 9 juillet, en visitant le musée du palazzo Abatellis).

 

Par ailleurs, une Vénus Callipyge du deuxième siècle a été retrouvée là, contemporaine du pavement de la grotte, ce qui fait penser aux archéologues qu’avant de devenir un lieu de culte chrétien c’était, plutôt qu’un sanctuaire lié à un oracle, une riche demeure patricienne.

 

Le musée archéologique sans photo ni catalogue, l’église San Giovanni inaccessible, tout cela est terriblement frustrant. J’écris, j’écris, et tout cela dans le vide. Il est temps de passer à autre chose.

 

586c1 Marsala, palazzo VII aprile 1860

 

586c2 Marsala, palazzo VII aprile 1860

 

Nous entrons dans la vieille ville. Face à l’église appelée Chiesa Madre, l’Église Mère, s’ouvre une vaste place. Sur l’un des petits côtés, un bâtiment administratif appelé Palazzo 7 avril 1860. Comme Garibaldi et les Mille Chemises Rouges ont débarqué en mai venant de Gênes, je ne sais ce qui vaut ce nom à ce palais. Mais je trouve typique cette assemblée d’hommes discutant, assis sur les marches.

 

586d1 Marsala, Chiesa Grande

 

586d2 Marsala, Chiesa Grande

 

Mais venons-en à la Chiesa Madre. Comme on le voit, elle présente une façade imposante. Elle date (1176-1182) du roi normand Guillaume II dont la femme, Jeanne d’Angleterre, a souhaité dédier l’église à saint Thomas Beckett, archevêque de Canterbury, mais il est clair, rien qu’en la regardant, qu’elle a été profondément modifiée au dix-septième siècle (1607-1656). À cette époque, la population avait augmenté et nécessitait un agrandissement, et par ailleurs le Concile de Trente prévoyait une organisation plus rationnelle des espaces liturgiques. Le dôme, lui, de 1824-1827, s’est écroulé dès 1897 avec un morceau du bâtiment, et un bombardement, pendant la Seconde Guerre Mondiale, a continué à détruire l’édifice. C’est de 1947 à 1954 que l’église a été reconstruite. Les éléments qui la constituent s’échelonnent donc sur près de 800 ans. Actuellement, elle est répartie de trois travées, un transept et six chapelles latérales.

 

586e Marsala, Chiesa Grande

 

Je commence mon tour de l’église en admirant ce baptistère, dont le bois sombre finement sculpté se détache en contraste sur la blancheur du fond. C’était pour unifier l’aspect intérieur de l’église qu’en 1821 ses murs ont été recouverts de stucs.

 

586f1 Marsala, Chiesa Grande, Madonna Assunta (Antonino Gag

 

Dans la chapelle de saint Christophe, cette Madonna Assunta (Vierge montée aux cieux) est une œuvre d’Antonino Gagini, fils d’Antonello et petit-fils de Domenico, réalisée en 1562. On voit en effet la Madone enlevée par six chérubins. C’est joli, c’est raffiné, mais je n’y sens pas le souffle qui émane des œuvres du père et du grand-père.

 

586f2 Marsala, Chiesa Grande, Madonna della Grotta (1490)

 

Nous voici dans la chapelle de Santa Rosalia. Cette statue, dite Madone de la Grotte, de Gabriele di Battista et Giacomo di Benedetto (1490), avec ce petit enfant apeuré qui s’accroche à sa robe pour lui demander de le protéger, avec cet Enfant Jésus à qui elle tend un fruit dans un geste où leurs deux mains se touchent, avec ce visage doux et fin et cet air concentré, elle me plaît beaucoup. Plus que celle d’Antonino Gagini.

 

586f3 Marsala, Chiesa Grande, Madonna dell'Itria (Antonino

 

Je passe à une Madone totalement différente. C’est une œuvre byzantine antérieure à l’arrivée des Normands que les chrétiens, pour la soustraire à la destruction de la part des musulmans, ont cachée. Selon la légende, ce seraient deux ermites qui l’auraient retrouvée dans la mer et l’auraient rendue au culte. Vraie ou fausse cette histoire de sa redécouverte, lorsqu’est venue s’installer ici, vers le milieu du quinzième siècle, une famille venant du continent, cette chapelle a été placée sous son patronage. Le nom de cette famille apparaît tantôt sous la forme Salazar, tantôt Alazaro et tantôt Lazara. Toujours est-il qu’un siècle plus tard, en 1564, le capitaine de justice Giulio Alazaro charge Antonino Gagini de réaliser un environnement pour cette Madone, appelée Vierge Odigitria, c’est-à-dire Qui guide sur le chemin, vulgarisée en Madonna dell’Itria. Puis, en 1566, le même capitaine de justice commande au même Antonino un sarcophage pour lui-même. Je ne montre ici ni le sarcophage qui est contre l’un des murs de la chapelle, ni la base de la statue, un haut parallélépipède encadré des deux ermites ployant sous le poids, parce qu’ils disparaissent presque complètement derrière une rangée serrée de candélabres.

 

Ce qui m’intéresse ici, c’est la statue byzantine, cette Madone tellement différente de tout ce que l’on voit. Jésus est un bébé, mais reposant sur un fond rayonnant devant –ou dans– le ventre de sa mère, il nous bénit de sa main droite et dans la gauche il porte le monde. Je ne raffole pas des trois têtes d’angelots qui apparaissent en dessous, mais le visage grave et un peu triste de Marie est splendide. Ses deux bras sont levés pour verser sa grâce sur nous, ou pour nous offrir son Fils, je ne sais, peut-être les deux. Dommage que les doigts de la statue soient cassés, mais cela n’empêche ni la beauté, ni la générosité du geste. Admiratif, époustouflé, je montre cette photo à Natacha. Oui, elle l’a vue mais elle ne l’aime pas. Elle lui trouve un air moins intériorisé que celui de la Madone de la Grotte, et elle trouve son geste trop autoritaire. Très souvent nos goûts convergent, et c’est bien, parce que nous pouvons nous entendre et nous avons tous deux plaisir à visiter les mêmes choses ensemble, mais il ne me déplaît pas, au contraire, que de temps à autre nous divergions. C’est une occasion pour discuter et pour avoir également un autre regard sur les œuvres d’art. Son jugement m’intéresse mais n’enlève rien à mon admiration.

 

586g1 Marsala, Chiesa Grande, Addolorata (artigianato trapa 

 

Autour d’un crucifix gothique "douloureux" datant de 1492, la décoration de cette chapelle est du dix-huitième siècle. Ainsi cette Addolorata, cette Vierge de douleur, faite de bois, de tissu et de colle, œuvre d’un artisan de Trapani. Lequel n’y est pas allé de main morte pour exprimer la douleur dramatique. La tête renversée, le regard révulsé, le grand manteau noir et or sur un haut de dentelle blanche, le poignard plongé verticalement sous la gorge en direction du cœur, rien ne manque. Sauf peut-être le sentiment vrai.

 

586g2 Marsala, Chiesa Grande, Madonna del Popolo (Domenico

 

Réalisée par Domenico Gagini, le grand-père, en 1490, cette Vierge dite Madone du Peuple est toute pleine de délicatesse. Et pourtant, je ne sais trop pourquoi elle ne me touche que modérément. J’ai beau considérer le parfait ovale de son visage et sa petite fossette dans le menton, le somptueux drapé du vêtement, le regard du Bambino, j’y vois une œuvre d’art soignée, jolie, mais sans inspiration. Jugement purement personnel.

 

586g3 Marsala, Chiesa Grande, Présentation de Jésus au te

 

Dans la même chapelle, au-dessus de l’autel on peut voir cette grande toile encadrée de stucs dorés baroques. Je préfère cadrer sur le tableau, dont déjà le sujet est trop petit sur ma photo mais qui deviendrait complètement illisible si je le présentais avec tout son environnement. C’est une peinture Renaissance, avec un paysage qui apparaît dans le fond, et qui me rappelle un peu l’École d’Athènes de Raphaël, alors que cet homme vu de dos, très peu vêtu, au premier plan, évoque pour moi les personnages de Michel-Ange. C’est la Présentation de Jésus au temple, qui correspond aussi, quarante jours après la naissance, à la purification de Marie, le sang de l’accouchement étant, dans la religion hébraïque, impur au même titre que celui des règles. En bas à gauche, mains jointes, c’est Antonio Lombardo, archevêque de Messine mais précédemment archiprêtre à Marsala, qui en 1593 a commandé cette toile à Antonello Riccio (dont le nom signifie hérisson, ou oursin) et l’a donnée à cette église qu’il aime et à laquelle il continue de penser après l’avoir quittée pour assumer ses fonctions à Messine. Devant un autel on voit Marie qui tend Jésus à Siméon, représenté en prêtre, et près d’elle Joseph, tête penchée, apporte les deux colombes prescrites par le rite. Au pied de l’autel, étendue au sol dans une position de transe qui n’est pas sans évoquer la sibylle, c’est la prophétesse Anne qui, selon saint Luc, loue Dieu et annonce à travers cet enfant la rédemption qu’il a promise à son peuple.

 

586h1 Marsala, Chiesa Grande, Madonna del Carmelo (Luigi Sa

 

Pour changer un peu, et aussi pour voir la façon dont l’art a évolué ainsi que l’interprétation du sujet, voici une Vierge contemporaine. Elle a été réalisée en 1960 par Luigi Santifaller di Ortisei. La chapelle porte le nom de la Très Sainte Trinité mais toute sa décoration se rapporte aux Carmélites, et cette Vierge est appelée la Madone du Carmel.

 

586h2 Marsala, Chiesa Grande, chapelle du Très Saint Sacre 

 

C’est la confrérie des "Quatre Corporations" (charpentiers, tailleurs, forgerons, cordonniers) qui, à partir du seizième siècle, est chargée de cette grande chapelle, qui n’ouvre pas dans un bas-côté mais de face, à gauche du chœur.

 

586h3 Marsala, Chiesa Grande, saint Michel

 

Quatre panneaux en haut-relief ont été encastrés dans les murs, deux de chaque côté. Une notice dit qu’ils faisaient partie auparavant d’une grande représentation du Très Saint Sacrement, et précise que les personnages en sont saint Eligio, sainte Olive, saint Jean-Baptiste et l’archange Gabriel. Je n’aurais pas été capable d’identifier les deux premiers, en revanche Jean-Baptiste est évident. Et puis j’ai choisi de montrer ici le dernier, pour prendre à témoins mes lecteurs que la notice est à l’évidence erronée. Gabriel est l’archange de l’Annonciation, il n’a rien à faire de cette épée ni de cette lance. J’y vois plutôt saint Michel qui terrasse le démon. Il est vrai que le Mal est généralement représenté sous la forme d’un dragon. À moins que cette sculpture se rapporte à une action attribuée à Gabriel que j’ignore.

 

586i1 Marsala, Chiesa Grande, Madonna di Portosalvo (1593)

 

Nous voici dans une chapelle latérale en bas à gauche. Sur l’autel, cette Vierge de bois peint, de style gothique tardif, datant de 1593. Sans doute, la position de Jésus ou l’ovale du visage de Marie ne sont pas étrangers aux statues de marbre des Gagini. L’auteur, dont le nom n’est pas indiqué, a sûrement connu Antonino Gagini, il a certainement vu, ne serait-ce que dans cette église, des œuvres de Domenico et d’Antonello Gagini. Mais, outre que l’impression procurée par le bois peint est dès l’abord différente de celle que produit le marbre blanc, l’interprétation du vêtement et du drapé donne aussi une autre vision de la Madone.

 

586i2 Marsala, Chiesa Grande, fresques votives début 19e s

 

La chapelle, précédemment vouée aux saints Simon et Jude, a ensuite été dédiée à la Madonna di Portosalvo, protectrice des navigateurs (le nom signifie Port Sauf). Un certain Vincenzo Cascio est enterré là et sur sa pierre tombale placée dans le sol sont sculptés les outils du métier de tonnelier. Peut-être est-ce lui l’homme qui, ayant réchappé d’un naufrage, a offert, au début du dix-neuvième siècle, les fresques votives à la Vierge de Portosalvo. Sur la paroi gauche de la chapelle, la fresque représente la Madone sauvant un navire en danger. Et à droite, la fresque représente le port de Marsala, également sous la protection de la Madone.

 

586i3 Marsala, Chiesa Grande, saint Michel (18e siècle)

 

Et puis à la gauche de l’autel une statue en partie repeinte de l’archange saint Michel date du dix-huitième siècle. Avec sa cuirasse, son bouclier, son lourd casque à plumet, son épée brandie, il est habillé en guerrier hors du temps, car je n’ai pas souvenir d’avoir vu, en peinture ou en sculpture, des combattants contemporains de Louis XV, par exemple, ou de la fin du règne de Louis XIV, dans une telle tenue.

 

586j1 Marsala, Palazzo Fici

 

Ressortis de cette église, nous nous promenons un peu en ville, et notamment nous suivons la principale rue animée du centre ancien. Cette rue est bordée de beaux palais, comme ce palazzo Fici, à la façade Renaissance, résidence seigneuriale du dix-huitième siècle.

 

586j2 Marsala, palazzo Burgio-Spanò

 

Ou encore, juste en face, faisant angle avec une petite rue, cet autre palais, le palazzo Burgiò-Spano, du tout début du dix-neuvième siècle. Sur la façade, au-dessus de ce masque impressionnant, ce blason est celui de la famille à qui il appartient.

 

586j3 Marsala, lycée d'État Jean XXIII

 

Malgré son règne bref, le pape Jean XXIII a marqué l’histoire de l’Église contemporaine avec son concile Vatican II. L’abandon de la soutane pour les prêtres, la messe en langue locale, la célébration face aux fidèles et non plus de dos, la communion dans la main sont les manifestations les plus visibles extérieurement de la révolution qu’il a provoquée. Mais important aussi est son rappel officiel que le peuple juif, celui du temps du Christ comme celui d’aujourd’hui, n’est pas plus responsable de la Passion et de la mort de Jésus que ne le sont les chrétiens de tous les temps, et cela proclamé moins de vingt ans après la Shoah. Il n’empêche. Son rôle dans l’histoire politique et événementielle n’a pas été celui d’un chef d’État ni d’un chef de guerre. Pas plus que d’un savant, d’un écrivain, d’un artiste. Aussi son nom donné à un lycée d’État est-il de nature à surprendre un Français, accoutumé à une laïcité rigide et, avouons-le, intolérante. Si j’avais été encore en fonctions, j’aurais aimé proposer à mon conseil d’administration, en prenant un air très sérieux, de changer le nom de mon lycée en celui de Jean XXIII. Rien que pour voir la tête des membres du conseil et leur réaction.

 

Mais au sujet de ce pape, j’ai envie de raconter une anecdote familiale. Un jour d’octobre 1958 maman était occupée à repasser et nous étions en train de discuter avec elle de choses et d’autres. Pie XII était mort, nous savions que le conclave pour l’élection de son successeur était en train de se dérouler depuis trois jours, mais nous ne parlions pas de cela. Soudain, à propos de rien, elle nous dit "Monseigneur Roncalli". Nous lui demandons ce qui lui prend, avec le nom de ce cardinal sans aucun rapport avec ce dont nous discutons, et elle nous répond qu’elle vient de voir ce nom surgir dans sa tête. Nous allumons alors la radio, juste au moment où un flash spécial informe qu’une fumée blanche s’élève au-dessus du conclave. "Un nouveau pape est donc élu, annonce le journaliste. Nous n’allons pas tarder à savoir son nom". Quelques instants passent. "Voilà, c’est le cardinal Roncalli qui devient le deux cent soixante et unième successeur de saint Pierre…". Depuis, maman s’est toujours crue un peu médium. Peut-être même prophétesse, mais cela elle n’a jamais osé le dire.

 

586k1 Marsala, église et monastère del Carmine

 

586k2 Marsala, chiesa del Carmine

 

586k3 Marsala, hôtel del Carmine

 

Les derniers monuments que je montrerai aujourd’hui de notre promenade à Marsala sont ceux de l’église et du couvent del Carmine. Le couvent occupait les bâtiments contigus à l’église ainsi que ceux qui sont de l’autre côté de la place et occupés aujourd’hui par un hôtel. Tant le couvent que l’église dédiée à la Vierge de l’Annonciade, ont d’abord été construits au treizième siècle, mais profondément restructurés en 1490.

 

Le couvent tel qu’on le voit aujourd’hui date de 1640 mais, lorsqu’à la suite de l’unification de l’Italie les ordres religieux ont été sécularisés et les biens de l’Église nationalisés, il est devenu en 1866 une caserne de carabiniers. Les carabiniers n’ayant en général pas la vocation de moines, la caserne n’a guère tardé à déménager, et les bâtiments ont été laissés à l’abandon. En 1978, on a restauré l’église, qui est devenue bibliothèque municipale. Puis, en 1996, on a restauré le couvent, on en a fait la pinacothèque municipale et un espace pour les réceptions officielles, tandis que la bibliothèque municipale quittait l’église pour des bâtiments mieux appropriés et était remplacée par les archives historiques municipales.

 

Le clocher octogonal s’est effondré en 1745. C’est Amico qui l’a reconstruit, octogonal encore, sur la base du précédent. Il est élégant, ce campanile, avec ses trois étages délimités par des bandeaux en tuf et son dôme en carreaux vernissés verts posé sur croisées d’ogives. J’ai surtout apprécié la couleur de la pierre dans le soleil déclinant. C’est donc sur cette image que nous avons regagné le camping-car. Puis nous avons pris la route vers le sud, et nous nous sommes installés pour la nuit à Sélinonte.

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Published by Thierry Jamard
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PIRMET Christine 24/09/2010 10:28


De la musique aux vieilles pierres ; un point commun : leur immortalité, leur grandeur qui charment chaque fois un peu plus nos sens


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