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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 21:38
733a Matala de nuit
 
Comme je le disais hier, nous sommes arrivés en fin d’après-midi à Matala. Rapide installation au camping, juste le temps nécessaire pour nous ensabler copieusement, jusqu'à mi-roue, et de disposer à sa place chacune des innombrables choses qui, pour ne pas dégringoler des meubles ou se balader d’un bout à l’autre du couloir, voyagent sur notre lit. Puis longue promenade sur la plage et en ville.
 
733b Matala, vue générale
 
On se rappelle l’aventure de Zeus qui, séduit par la beauté de la jeune princesse Europe, fille du roi de Tyr (actuel Liban), prend l’aspect d’un séduisant taureau et qui, quand la jeune fille monte sur son dos, part en galopant, se jette à la mer et nage, nage, nage en l’emportant. Effrayée au début, se cramponnant, la douce Europe comprend que ce bel animal ne lui veut que du bien, se détend, et la traversée se poursuit dans la bonne humeur. Contournant l’île de Crète, le taureau Zeus aborde sur la côte sud, à Matala, sur cette plage de sable fin et dans ces dunes où nous sommes. Mais la chevauchée ne s’arrête pas là et sans reprendre son souffle, ralentissant seulement avec tendresse, Zeus continue sa route par voie de terre. Matala n’aura été, finalement, que le lieu d’abordage.
 
733c Matala, ville des hippies
 
Sans lien avec les sentiments amoureux et pacifiques du roi des dieux, mais plutôt en relation avec la falaise dont je vais parler, la ville de Matala est devenue, dans les années 1960, un lieu de vie des hippies. Peace and Love, symboles anarchistes, chemises à fleurs, cheveux longs et tatouages, Kombi Volkswagen peinturlurés, telle a été la vie de la petite ville en ces temps-là. Comme en témoigne cette photo, il en reste quelque chose. Non seulement des nostalgiques qui ont mûri depuis et qui reviennent périodiquement en pèlerinage, mais également de nouveaux hippies, des jeunes, qui peinturlurent des véhicules plus modernes mais de même type, s’asseyent en cercles sur le parking ou dans les dunes en fumant ce que je ne suis pas allé flairer pour tenter de l’identifier, ou vendent aux touristes colliers et bagues de leur fabrication sur des étals de fortune. Ils ne me donnent pas vraiment de regrets d’avoir trop peu de cheveux sur le crâne pour me laisser pousser une queue de cheval (ceux qui me connaissent m’imaginent-ils ainsi ?) mais ils donnent à Matala un cachet particulier et sympathique.
 
733d1 chèvres sur les falaises de Matala (Crète)
 
733d2 plongeur, falaises de Matala (Crète)
 
 
La plage est bordée d’un côté d’une haute falaise à laquelle j’ai fait allusion tout à l’heure. Si les hippies donnent à Matala sa personnalité humaine, la falaise lui donne sa personnalité physique. Les chèvres sauvages ne sont pas seules à en hanter les sommets, des baigneurs aiment aussi l’escalader pour plonger dans la mer car la plage, en forte pente, donne une profondeur suffisante.
 
733e1 falaises de Matala (Crète)
 
733e2 falaises de Matala (Crète)
 
En outre, cette falaise est très intéressante à voir, percée comme un gruyère. L’accès en est ouvert du matin à la fin de l’après-midi, mais un panneau indique que l’on s’y rend à ses risques et périls et une grille en interdit l’accès la nuit. Ce n’est pas vraiment dangereux, mais il est évident que si l’on souhaite faire de l’alpinisme d’une grotte à l’autre au lieu d’emprunter les chemins, si l’on ne fait pas attention à ne pas glisser sur les pentes en gravillons qui roulent sous la semelle, on risque de tomber.
 
733f1 cimetière paléochrétien dans la falaise de Matala
 
733f2 cimetière paléochrétien dans la falaise de Matala
 
733f3 cimetière paléochrétien dans la falaise de Matala
 
733f4 cimetière paléochrétien dans la falaise de Matala
 
Cette falaise de roche tendre, du calcaire marneux, était creusée de grottes naturelles. Au néolithique elle était habitée par des hommes. À l’époque classique, puis romaine, et également protobyzantine, elle a été creusée et aménagée pour être utilisée comme cimetière. On y trouve de simples tombes à fosse, mais aussi des tombes à chambre. Et, comme on peut l’imaginer, ces lieux ont été utilisés par les hippies qui y ont trouvé un hébergement gratuit et adapté à leur mode de vie. "Ceux qui vivaient là ont jeté la clé"… Il est seulement dommage que certains d’entre eux n’aient pas respecté les quelques restes de fresques encore visibles sur les murs. Mais pour le reste, ils n’ont fait que perpétuer une tradition multimillénaire. Hommes vivants, hommes morts, en alternance.
 
733g Matala attend les touristes
 
Comme on peut s’en douter concernant un lieu aussi touristique, il y a aussi tout plein de tavernes, de restaurants, de bars le long de la mer, accrochés à la falaise de l’autre côté de la baie. Et des rues entières bordées de boutiques proposant aux touristes des céramiques artisanales locales, et surtout des dentelles et broderies comme on le voit sur ma photo, mais ces productions-là ne sont pas artisanales, du moins pour la plupart d’entre elles.
 
Matala est plaisante. Paysage et atmosphère. Nous nous y plaisons bien, mais il faut penser à poursuivre notre voyage. Après une longue journée et un sympathique petit restaurant de poisson, nous passons une seconde nuit au même camping puis, dépannés de notre ensablement, nous partons vers le site d’Agia Triada que nous avons manqué l’autre jour. Mais avant le départ j’ai eu le temps de me mêler de ce qui ne me regarde pas : En arrivant au local sanitaire pour prendre ma douche matinale, j’entends que quelqu’un, dans une cabine voisine, est déjà sous l’eau. Douche tranquille, sans me presser, séchage, habillage, à côté l’eau coule toujours. Je rentre au camping-car préparer le départ, je retourne aux sanitaires pour me laver les mains, voilà 35 minutes que je suis arrivé en entendant l’eau couler à côté, elle coule toujours et la même serviette est toujours jetée sur la porte. Pensant que peut-être un touriste a eu une attaque sous la douche, je vais chercher une responsable, nous y allons ensemble. Elle appelle, frappe, insiste, obtient à la fin un grognement, "et alors, je me douche". Près de 50 minutes à ce moment-là, et l’eau coulait toujours. Nous sommes partis. J’ignore si, à l’heure qu’il est, ce monsieur est toujours sous la douche, écologiste épargnant les réserves mondiales d’eau. Voilà, ma palpitante aventure est terminée, mon passionnant article aussi.

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Published by Thierry Jamard
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