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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 21:36

Nous avons beaucoup roulé, nous avons beaucoup couru, nous avons vu bien des choses, alors avant de retourner à Nice et puis de passer (enfin) en Italie, nous sommes restés deux jours à Menton, laissant le camping-car garder notre place.

 

Mardi 6 octobre. Aujourd’hui mardi, pas question de musée. Nous allons nous balader en ville. La personne du camping m’a dit ce matin qu’il existait des escaliers qui descendaient directement vers le centre, c’est beaucoup moins dangereux qu’avec ces voitures folles, et aussi beaucoup plus court. Sur la porte d’une belle propriété seulement accessible par ces escaliers, une ragazza seria propose, en langue italienne, de garder des enfants. Plus loin, un citronnier bascule sur le passage, ployant sous le poids de ses fruits (les célèbres citrons de Menton). Encore plus bas, c’est un eucalyptus qui embaume, bien avant qu’il apparaisse au regard, au détour du chemin.

 



Nous parcourons une sympathique rue piétonne et jetons un coup d’œil à une boutique spécialisée dans le citron : arbustes en pots, savons, confitures et marmelades, sirops, et divers cocktails dans de grandes bonbonnes vendus au détail à trois Euros les dix centilitres. Nous arrivons au pied d’un escalier qui monte vers le parvis de deux églises, la chapelle des Pénitents Blancs en face, la basilique Saint-Michel-Archange sur la gauche.

 

Toutes deux datent du dix-septième siècle et sont de style baroque mais la première étant fermée, nous ne visiterons que la basilique. C’est le pape Jean-Paul II qui a élevé cette église au rang de basilique mineure en 1999. En 1887, un violent tremblement de terre l’a gravement endommagée, notamment en abattant la toiture. La réfection du plafond à l’identique aurait coûté trop cher, elle a consisté en peinture en trompe-l’œil. L’église est en forme de croix latine, sans déambulatoire, la nef centrale est très large et les ouvertures des travées sur les nefs latérales sont si vastes que l’impression est très aérée.

 

Il y a dans cette église des statues diverses, des toiles intéressantes, mais je voudrais ici montrer une curieuse Vierge. Elle a été offerte par des aristocrates dont la famille avait donné un pape, aussi ont-ils souhaité couronner la statue de la tiare pontificale. Autre rareté, mais pour laquelle je n’ai pas d’explication, l’Enfant Jésus est porté sous le manteau de la Vierge, seuls émergent sa tête et son buste. Et puis dans la sacristie se trouve un grand tableau représentant un enfant de chœur portant un encensoir. Il a nom Auguste Viale, il a douze ans. Le 2 juin 1893, pendant la procession du Saint Sacrement, il a été tué par un fanatique anticlérical. C’est 12 ans avant la séparation de l’Église et de l’État, en 1905. Le criminel a été arrêté, emprisonné puis jugé et, estimé irresponsable de ses actes, relâché. Le monsieur de l’accueil, une petite salle près de la sacristie, est un homme charmant qui nous a expliqué bien des choses, sur le tremblement de terre de 1887, sur la tiare de la Vierge, sur une grosse thèse faite par une jeune fille de Menton sur l’histoire de la basilique, sur l’un des curés qui avait remisé des œuvres d’art jugées démodées et des objets de culte estimés incommodes, et sur l’avant-dernier curé, son successeur, qui est resté vingt-cinq ans sur la paroisse et a tout récupéré et remis en valeur. Ce monsieur ne lira sûrement pas mon blog, c’est dommage parce que j’aurais voulu le remercier.


Nous remontons vers le camping par les escaliers que nous avons empruntés à l’aller. Ce n’est quand même pas la Tour Eiffel, mais il y a malgré tout 331 marches. Il pourrait d’ailleurs y en avoir bien plus, parce qu’au début et à la fin du trajet il y a une petite distance en pente sans escalier, et par ailleurs la moitié des 331 marches sont longues de deux pas et en pente. L’eucalyptus embaume plus que jamais. Ici, on voit Natacha faisant une petite pause en cours d’ascension (on est à peu près à mi-hauteur). L’œil voit tout, le cerveau élimine les éléments qui gênent et on trouve le paysage splendide vu de là-haut, mais sur la photo les poteaux électriques, les fils, les rambardes en ferraille, tout réapparaît. Dommage.

 

Mercredi 7 octobre. Puisque le cerveau élimine ce qui n’est pas beau, nous restons dans le même camping, pour passer une journée de plus à Menton. La photo ci-dessous est prise depuis le camping, c’est vraiment agréable de prendre nos repas dans une oliveraie en regardant un large panorama.

 


Descendant par les escaliers trouvés hier, nous nous rendons au musée Cocteau, installé dans le fortin. Dans le musée, il est interdit de faire des photos (refrain connu), mais on ne peut nous empêcher de photographier l’extérieur, qu’il a lui-même décoré de calades. Il s’agit de mosaïques faites de galets polis par la mer et ramassés par lui-même. Ces calades existaient déjà au deuxième millénaire avant notre ère, en Crète, et c’est très fréquent en pavage dans les villes et villages de la Côte d’Azur. Aussi bien le fortin qu’un exemple de pavage en calades vont être illustrés un peu plus bas. Le musée n’est pas extrêmement riche, mais il a été créé par Jean Cocteau lui-même avec des œuvres données par lui. Le temps d’ouvrir, il était déjà mort, et ne l’a donc jamais vu. Mais un très riche Américain a donné sa propre collection de près de 2000 documents, dessins, huiles, manuscrits, etc., à condition qu’il en soit fait un musée. L’ouverture est prévue en 2010, mais actuellement derrière la palissade des travaux il n’y a qu’un terrain vague, ni construction, ni excavation. Ils vont devoir bosser fort s’ils veulent tenir les délais. Actuellement, on peut voir essentiellement une série intitulée "Les Amoureux", qui présente, presque tous identiques à eux-mêmes, deux visages, bouche ouverte, langue en avant, qui joignent leurs langues, avec des airs idiots. Dans une lettre, Cocteau dit que rien n’est plus idiot que les amoureux. Il n’en fait pas un problème d’homo ou d’hétérsexualité, mais stigmatise l’amour en général. Une autre série, "La Jeune fille et le pêcheur", est dans le même esprit, mais avec des personnages en pied. À vrai dire, je n’ai pas été ébloui par ce musée.

 

 

Eh bien le voici (ci-dessus), mon exemple de calade autre que sur la façade du fortin. Ici, nous sommes sur le parvis des deux églises dont j’ai parlé dans ce même article à propos d’hier, la basilique Saint-Michel-Archange et la chapelle des Pénitents Blancs. En sortant du musée, nous y sommes retournés parce que nous aimons cet endroit, puis, en ville, nous sommes allés à ce magasin spécialisé en citrons de Menton, goûter à un apéritif rhum-citron, dont nous avons acheté une petite fiole, et nous avons ré-escaladé nos escaliers. Suant, transpirant, soufflant, nous sommes allés prendre une bonne douche et nous changer avant de nous réconforter en sirotant notre apéritif au citron et de dîner. Puis, courageux, nous avons saisi nos ordinateurs et sommes redescendus en ville direction le Mac Do. Là j’ai pu rattraper mon retard de blog avant qu’on nous fasse gentiment mais clairement comprendre qu’il faudrait dégager les lieux pour qu’ils puissent fermer.

 


Eh bien soit. Nous remballons nos ordinateurs et nous allons nous promener un peu en ville. J’ai précédemment annoncé une photo du fortin de Menton, la voici. Ce bâtiment date de 1636, mais il a été restauré et aménagé par Cocteau lui-même. Je ne raffole pas de la restauration du rez-de-chaussée de la façade, qui fait trop moderne par rapport à l’étage, je préfère le flanc qui garde son cachet ancien. Promenade le long de la mer, du port de plaisance, et puis retour où ça ? Aux deux églises dont je parle sans cesse, pardi. Nous ne prenons pas le chemin le plus direct, parce que nous nous baladons un peu dans les ruelles sympathiques de la vieille ville. Des policiers en voiture, qui patrouillent et nous ont déjà vus un quart d’heure plus tôt chargés d’ordinateurs, de sacs photo et mitraillant le paysage dans la nuit à minuit passé, s’arrêtent un instant à nous regarder, un peu étonnés, puis reprennent leur ronde.

 




Mais quelle n’aurait pas été leur surprise s’ils s’étaient rendus ensuite sur le parvis des églises, car ce qu’ils auraient vu les aurait cloués de stupéfaction : Natacha, assise sur la calade du sol, consultant son ordinateur. Mais, bon, je préfère être honnête en avouant que le lieu ne comporte pas de hot spot, que par conséquent la connexion wi-fi est impossible et qu’il s’agit d’une mise en scène. Mais puisque cette mise en scène nous amuse tous les deux, pourquoi pas ? D’autant plus qu’il va maintenant nous falloir prendre notre courage à deux mains et nous lancer à l’assaut de nos escaliers. Soit 638 marches descendues, 638 marches montées. Je n’ai pas ici mon guide de Paris pour me dire combien il y a de marches pour le premier étage de la Tour Eiffel ou pour la tour de Notre-Dame de Paris, mais je crois bien que nous avons fait aussi bien.

 

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Published by Thierry Jamard
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