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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 12:31

815a1 la montagne de l'autre côté des Météores

 

Parmi les lieux les plus célèbres de Grèce, les fabuleux Météores avec leurs monastères perchés sur des rochers inaccessibles sont en concurrence avec le Parthénon, le théâtre d’Épidaure ou le sanctuaire de Delphes. Ils constituent un passage obligé de tous les circuits organisés. Lorsque nous sommes arrivés, dimanche soir, un orage a éclaté, mais auparavant nous avons vu, sur la montagne de l’autre côté, un ciel magnifique.

 

815a2 Le Pénée dans la plaine de Thessalie

 

Mais d’abord, on traverse la grande et riche plaine de Thessalie avant d’arriver à Kalambaka, la ville des Météores. Dans la plaine coule le Pénée dans sa large vallée.

 

815b1 Au-dessus de Kalambaka, les Météores

 

815b2 Les Météores au-dessus de Kalambaka

 

815b3, les Météores

 

Et puis, face à la montagne, posés dans la plaine, les gigantesques rocs des météores dominent la ville. Et c’est là, au sommet de ces rochers inaccessibles, que se sont installés des monastères. Le livre que j’ai acheté au sujet de ces monastères, rédigé par un éminent savant qui a déchiffré, recopié et interprété un nombre incalculable de manuscrits des monastères écrit dans son introduction “Les géants de pierre météorites se dressent silencieux et immuables […]. La forêt de pierres célestes forme…” etc., etc. En effet, un météore (phénomène tel que l’arc-en-ciel ou la queue de comète) n’est pas la même chose qu’une météorite (élément tombé du ciel). Mais passons sur ce problème de vocabulaire. Notre éminent savant voit en ces rocs des pierres tombées du ciel. Il est vrai que la terre reçoit chaque jour (oui, chaque jour) une centaine de tonnes de météorites, mais les deux tiers environ sont des poussières entre le dixième de milligramme et le gramme. Lorsqu’il a neigé en pleine campagne, loin de la pollution atmosphérique, et que l’on note sur la neige de minuscules grains de poussière grise, il s’agit de météorites. Il en est, il est vrai, de grande taille. Chaque année, plusieurs milliers de météorites de plus d’un kg tombent sur la terre, certaines atteignant cent kilogrammes, et il en est qui peuvent être si grosses que sous l’impact elles creusent un cratère. En 1908, à Toungouska en Sibérie, une gigantesque météorite a provoqué un terrible ébranlement dont l’onde de choc a abattu tous les arbres de la forêt dans un rayon de 20 kilomètres, et des dégâts ont été constatés jusqu’à cinq fois plus loin. La météorite d’Hoba, en Namibie, pèse 66 tonnes et mesure 2,70 mètres de long sur 90 centimètres d’épaisseur. Toutefois, il est totalement irréaliste et anti-scientifique de considérer qu’un même endroit a pu recevoir en tir groupé un flux d’aussi énormes météorites qui n’auraient pas explosé lors de l’impact et seraient restées fichées verticalement dans le sol. Pas plus les Dolomites d’Italie que les Météores de Grèce ne sont des météorites. Notons quand même que notre savant, écrivant dans un livre préfacé par le métropolite de Stagi et par l’archimandrite higoumène du monastère du Grand Météore, ne dit nulle part, et ne tente pas de laisser penser, que c’est Dieu qui a lancé là ces pierres pour que les moines puissent y bâtir leurs monastères. Il se limite à en faire un phénomène astronomique.

 

815c1 au nord-ouest de la Thessalie, les Météores

 

815c2 En Thessalie (Grèce), les célèbres Météores

 

Nulle part je n’ai trouvé d’explication claire et scientifique de cette formation géologique. En recherchant sur Internet, j’ai trouvé des tas de choses qui se contredisent, sous la plume –ou plutôt sous le clavier– de personnes qui ne sont pas réellement qualifiées. Néanmoins, de tout ce que j’ai lu, il ressort que l’explication la plus probable est celle-ci : la mer ayant occupé la plaine de Thessalie, y a laissé un terrain calcaire. Mais des aiguilles de grès (trouvant leur origine soit dans la compression de galets et sables alluvionnaires, soit dans des remontées éruptives) se sont trouvées enchâssées dans les couches calcaires. Les secousses sismiques ont fracturé cet ensemble, l’exhaussement du sol a créé un massif, puis l’érosion a éliminé le calcaire plus tendre, ne laissant que les aiguilles de grès. Cette explication, déduite d’éléments épars trouvés sur des sites qui paraissent plus fiables, me semble la plus plausible.

 

815d Grottes où ont vécu des ermites, dans les Météores

 

Certaines de ces roches sont truffées de niches comme celles qui apparaissent sur ma photo. C’est que des ermites y ont vécu, dès le onzième siècle semble-t-il. L’espace y est si réduit que le type de vie choisi par ces hommes pouvait s’apparenter à celui des stylites, ces autres ascètes qui vivaient au sommet d’une colonne sur laquelle ils ne pouvaient s’allonger.

 

815e1 monastère du Grand Météore

 

Mais ce sont de vrais monastères qui se sont établis au sommet des Météores. Les moines choisissent généralement des lieux retirés pour se tenir loin des turbulences du monde et pouvoir se consacrer à la prière et à le vie contemplative. Mais ici, ce n’est pas le fond d’une vallée qu’ils ont choisi, ni le milieu d’une forêt, c’est le sommet d’un mont inaccessible, aux parois abruptes, et qui s’élève à 300 ou 400 mètres au-dessus de la plaine. Plus d’une vingtaine de monastères ont été édifiés au quatorzième siècle dans ce genre de situation, mais plusieurs ont été reconstruits au seizième siècle et la plupart ont disparu aujourd’hui. Seuls, six d’entre eux sont encore habités, et sont ouverts aux visiteurs. Nous commençons par le monastère du Grand Météore (photo ci-dessus). Dans la ville située en Grèce centrale, à une centaine de kilomètres nord-ouest d’Athènes à vol d’oiseau et nommée Néopatras aux époques byzantine et ottomane, et qui n’est plus aujourd’hui que le village d’Ypati qui compte moins de mille habitants, est né en 1302 un garçon du nom d’Andronic. Très tôt orphelin, ce jeune homme cultivé et lettré voit en outre sa ville investie par les Catalans en 1318. Comme il a un oncle à Thessalonique, il va se réfugier chez lui, et de là il gagne le Mont Athos, puis Constantinople où il fréquente plusieurs illustres ascètes, et après un séjour en Crète il revient vers l’âge de trente ans au Mont Athos où il est initié à la vie monastique par deux anachorètes, Moïse et Grégoire. Il devient diacre puis prêtre, prenant en religion le nom d’Athanase. Mais au Mont Athos, les incursions des Turcs sont incessantes (ils ne s’installeront à Constantinople que 120 ans plus tard, en 1453), aussi Athanase part-il vers ces Météores, absolument déserts, accompagné de Grégoire, son père spirituel. Dix ans plus tard, Grégoire s’en va, Athanase se retire dans une grotte. En 1340, il s’établit au sommet de ce Grand Météore où nous sommes. Il travaille à y créer un ermitage, accueille et organise une communauté monastique, établit la règle cénobitique (du grec koinos+bios soit vie en commun, dans un monastère, par opposition aux anachorètes qui vivent individuellement leur face à face avec Dieu). Telle est l’origine du lieu que nous visitons.

 

(815e2 monastère du Grand Météore

 

815e3 monastère du Grand Météore

 

815e4 monastère du Grand Météore

 

Inaccessibles, disais-je. On se gare sur le parking, et puis on entame une longue montée par des pentes et des escaliers interminables. Les moines, eux, restent en principe dans leur monastère, mais il y a des cas où ils doivent bien se rendre dans le monde, pour consulter un médecin, pour acquérir telle denrée, tel matériau indispensable, etc. Alors pour gagner du temps, il y a plus rapide, moins fatigant et plus commode que d’effectuer tout ce trajet de descente puis de remontée. On s’installe dans ce filet, et hop, ce haut dénivelé de ma troisième photo n’est un problème que pour qui aurait le vertige. Je crois que ce système n’est plus utilisé, mais un moteur électrique auquel sont reliés les câbles jouxtant le vieux cabestan de bois désaffecté signifie que l’usage du filet n’a pas cessé au dix-septième siècle… Selon un hymnographe, “Le filet dit aux moines : Faites attention ! je vous élève non seulement du sol sur la montagne mais aussi sur les cieux”.

 

815f1a l'église du monastère du Grand Météore

 

815f1b l'église du monastère du Grand Météore

 

Le catholicon, église du monastère, est dédié à la Transfiguration du Christ (en grec, Metamorphosis). Tout comme les Orthodoxes, les Catholiques célèbrent la Transfiguration, mais l’événement est beaucoup plus souvent représenté chez les Orthodoxes, et multiples sont les églises et monastères de Grèce qui lui sont consacrés. Un premier catholicon dédié au Christ Sauveur avait été construit de ses mains par Athanase, qui meurt à 78 ans vers 1380. Or une partie de l’église, écroulée, a dû être reconstruite dès 1387-1388, et on en profite pour l’agrandir en longueur et en hauteur. Ce sera l’œuvre du successeur d’Athanase. Ce successeur qu’il avait désigné, Jean Comnène Paléologue né vers 1349, avait pour mère la fille du despote d’Épire et pour père un descendant des Paléologue empereurs de Byzance, lui-même roi gréco-serbe de Thessalie et d’Épire. Dès l’âge de 10 ans, Jean est proclamé co-roi par son père. Et quand, vers 1370, meurt ce dernier, Jean lui succède naturellement sur le trône. Mais à une date située entre novembre 1372 et juin 1373, Jean confie le pouvoir à un dignitaire du régime et se retire comme moine au Grand Météore, auprès d’Athanase, prenant en religion le nom de Joassaf. Il n’a alors que 22 ans environ. Et il en a 31 ou 32 quand il prend en charge ce monastère dont, bientôt, il va reconstruire l’église que nous voyons. Mais au seizième siècle l’essor du monastère est considérable et, en 1544-1545 , sont construits la nef et le narthex. D’admirables fresques sont peintes en 1552 mais, alors que la photo est libre dans les locaux de vie et de circulation, elle est malheureusement interdite dans l’église, et c’est pourquoi je ne peux rien en montrer ici.

 

815f2 fresque dans le monastère du Grand Météore

 

Cette fresque-ci étant dans un espace extérieur, j’ai pu la photographier mais, quoiqu’elle soit belle, elle ne vaut pas la splendeur, la variété, l’originalité de celles du catholicon.

 

815f3 Talanton (signaux sonores), monastère Gd Météore

 

Lors de l’occupation turque qui a duré ici presque un demi-millénaire, le pouvoir ottoman a manié conjointement une cruauté raffinée (par exemple, têtes coupées, et même d’innocents, pour montrer qui est le maître) et une certaine tolérance. C’est ainsi que dans les territoires occupés par les Vénitiens les populations grecques, à quasiment cent pour cent orthodoxes, subissaient de violentes pressions pour se convertir au catholicisme et que leurs églises passaient au culte romain, alors que quand les Turcs s’en emparaient, ils se contentaient de transformer en mosquées les plus grandes églises et laissaient les Grecs à leur christianisme orthodoxe dans leurs monastères et leurs autres églises. De même quand, au seizième siècle, l’Espagne a chassé les Juifs de son territoire, le sultan les a accueillis volontiers et leur communauté a pu si bien prospérer jusqu’au vingtième siècle que lors de la Seconde Guerre Mondiale les Nazis ont pu s’en donner à cœur joie dans l’horreur pour leur funeste besogne. Toutefois, aussi longtemps qu’a duré l’Empire Ottoman, et jusqu’à l’accession d’Atatürk (Mustapha Kemal) au pouvoir, l’Islam a été religion officielle, les non Turcs pouvaient sans problème accéder aux plus hautes fonctions mais à la condition de se faire Musulmans, et les autres religions devaient toujours rester discrètes et ne pas déranger la religion d’État. C’est ainsi qu’en Grèce les églises post-byzantines sont d’aspect généralement modeste extérieurement. Par ailleurs, le seul appel à la prière devait rester celui du muezzin du haut du minaret, aussi les campaniles étaient-ils prohibés, ainsi que les cloches. Pour tous les appels, que ce soit pour la prière, pour les repas, ou autres, les monastères utilisaient donc le talanton, cette lourde planche de bois frappée du marteau qui y est rangé (le manche est passé dans un trou), selon des rythmes codés. Comme Noé qui, exécutant l’ordre de Dieu, frappa une planche de bois pour donner aux animaux le signal d’entrer dans l’arche pour échapper au déluge, de même le son émis par cette planche signale l’heure du service sacré afin que le fidèle entre dans la “Nouvelle Arche Sainte”, l’église du Christ, et soit sauvé du déluge du péché.

 

Lorsque l’Empire Ottoman est devenu une république laïque, le monastère a pu utiliser, à la place du talanton de bois, cet objet métallique semi-circulaire que l’on voit au premier plan.

 

815f4a celliers du monastère du Grand Météore

 

815f4b celliers du monastère du Grand Météore

 

La très intéressante visite du monastère nous a menés dans ses caves. On peut y voir un vieux pressoir. Il ne convient pas de s’affoler en voyant l’épaisse poussière qui le recouvre, aucun jus ne sortira des grappes de raisins qui s’y trouvent car elles sont fausses. Par ailleurs le chai présente tonneaux et tonnelets, et divers outils d’autrefois.

 

815f5a cuisine du monastère du Grand Météore

 

815f5b cuisine du monastère du Grand Météore

 

Par ailleurs, il y a la cuisine, grande pièce carrée dont le toit est en forme de dôme, avec un trou au centre pour l’évacuation de la fumée. Logiquement, c’est au centre du sol que l’on trouve le foyer. Tout autour, posés à terre, suspendus aux murs, sur des étagères, de multiples ustensiles et récipients, en cuivre, en bois, en terre cuite, permettent de se faire une idée de ce qu’utilisaient les moines dans le passé.

 

815f6 Remise de Thessalonique à la Grèce, 26 octobre 1912

 

Il y a un musée, où la photo est interdite. Mais dans une longue galerie, où je n’ai vu aucun panneau d’interdiction, j’ai manié ouvertement mon appareil, et personne ne m’a rien dit. Je peux donc supposer avoir agi légalement, et être en droit de publier mes photos. Ci-dessus, une gravure représente la remise de Thessalonique à la Grèce par l’Empire Ottoman le 26 octobre 1912. Puisque nous nous rendrons dans quelques jours ou quelques semaines dans cette ville qui est la deuxième du pays, j’aurai alors l’occasion de parler plus en détail de cet événement, mais dès aujourd’hui je veux dire que la légende a tort de parler de Thessalonique. Les Turcs avaient changé son nom en Salonique (en turc, Selanik). Le jour de la remise, la ville n’a pas encore repris son nom historique.

 

815f7 chute en tentant de mettre le drapeau nazi sur le Gra

 

Une autre gravure montre ce soldat nazi qui, ayant tenté d’escalader le Météore pour y planter son drapeau à croix gammée à la place du drapeau grec, a basculé dans le vide et va s’écraser sur les rochers. On aperçoit aux mains d’un moine en soutane noire, là-haut au-dessus d’une chapelle du monastère, un drapeau bleu et blanc qu’il brandit.

 

815g1 Monastère de Varlaam (Météores)

 

815g2 Monastère de Varlaam (Météores)

 

815g3 Monastère de Varlaam (Météores)

 

Après le Grand Météore, nous nous rendons au monastère de Varlaam. Ce nom, c’est celui d’un anachorète, ascète, contemporain de saint Athanase, le fondateur du monastère du Grand Météore dont je viens de parler. Nous sommes donc dans la seconde moitié du quatorzième siècle. Ce moine s’installe sur le “météore” situé juste en face de celui d’Athanase, mais reste seul, semble-t-il. Il ne fonde pas de monastère. Pourtant, après lui, une communauté a dû se créer ici, qui a perpétué son nom. Ce sont deux frères originaires de Ioannina, Théophane et Nectaire, qui vont créer au seizième siècle un monastère et y construire le catholicon. À noter que ce Nectaire-là n’a rien à voir avec le patron de la magnifique basilique romane de Saint-Nectaire dans le Puy-de-Dôme, ce dernier ayant évangélisé ce coin d’Auvergne à la fin du troisième siècle, près de 1300 ans avant notre Nectaire de Varlaam. Ils écrivent “Avec le consentement de l’éminentissime métropolite de Larissa et du révérendissime higoumène du saint et royal monastère du [Grand] Météore, nous avons été autorisés alors d’occuper le rocher de Varlaam. Étant donné que sur ce rocher il y avait auparavant une église […], mais que le temps et l’abandon avaient ruinée, nous l’avons rebâtie de fond en comble. Nous avions l’intention de l’élargir et de l’embellir, mais par peur des autorités d’occupation nous n’avons pas osé l’agrandir davantage”. Rappelons que les Turcs, à cette époque, occupent la Thessalie depuis un peu plus d’un siècle. En 1541, le gros œuvre est terminé. En 1543, Théophane tombe gravement malade. Dix mois se passent jusqu’à ce qu’en mai 1544, malgré sa faiblesse, il se lève de son lit et, progressant péniblement en s’appuyant sur sa canne, il arrive au catholicon qui vient d’être achevé. Il est émerveillé et dédie l’église à tous les saints, félicite tous ceux qui ont participé à la construction et retourne sur son lit, où il meurt.

 

815g4 Monastère de Varlaam (Météores)

 

 

815g5 Monastère de Varlaam (Météores)

 

815g6 Monastère de Varlaam (Météores)

 

Son frère Nectaire, qui lui survivra jusqu’en 1550, fait décorer en 1548 l’église de fresques, que je ne montre pas, la photo étant interdite ici aussi dans le catholicon. Considérant la vigueur du dessin, le réalisme des détails minutieux hérités de l’art italien, la palette de couleurs, les spécialistes n’ont aucun doute pour reconnaître en l’artiste Frangos Catelanos, un Thébain qui est l’auteur de fresques dans un monastère du Mont Athos, l’artiste de Varlaam. D’autant plus que le catholicon lui-même a été bâti sur un plan typique des églises du même Mont Athos. J’en suis réduit à montrer ce plafond d’une belle salle sous ogives qui abrite aujourd’hui la librairie et boutique de souvenirs. Dans le musée, je n’ai pas pu non plus prendre de photos, je me limite donc à évoquer une extraordinaire bibliothèque de 290 manuscrits dont certains remarquablement enluminés. Ce monastère de Varlaam était célèbre pour ses ateliers de calligraphes, de copistes, de décorateurs. Il possède aussi quelques incunables rares. Précisons que ce que l’on appelle incunable n’est plus un manuscrit. C’est un livre imprimé, mais dans les tout débuts de cette technique, entre l’invention de Gutenberg (vers 1450) et la date arbitraire de 1501.

 

815g7a monastère de Varlaam, ancien outil aratoire

 

815g7b agriculture ancienne, monastère de Varlaam

 

815g7c anciennes méthodes agricoles, Chili 1986

 

Dans une pièce du monastère, on peut voir cette planche munie à sa partie inférieure de dents métalliques. Une carte postale montrant son usage autrefois a été collée dessus (seconde photo), mais cela m’a rappelé qu’au milieu des années 1980, alors que je travaillais au Chili, j’ai vu quelque chose de semblable et par chance j’ai emporté sur mon disque dur une photo que j’ai faite à l’époque dans le sud du pays (à l’époque je faisais des diapositives, mais j’en ai scanné quelques unes ces dernières années). Ce n’est pas parce qu’en Grèce la planche est utilisée en longueur et tirée par un âne alors qu’au Chili elle est en largeur et attelée à des bœufs que la différence est bien grande.

 

815g8a Monastère de Varlaam, tonneau de 12000 litres (16e

 

815g8b dans le tonneau de 12000 litres (monastère de Varla

 

Dans cette même pièce une gigantesque barrique l’occupe tout entière. C’est un tonneau qui contenait douze mille litres de vin. J’ai pu, par la petite ouverture laissée pour les curieux, glisser mon appareil photo et, sans craindre que l’éclair détériore les couleurs car le vin ne jouissait du spectacle d’aucune fragile fresque, j’ai donné un coup de flash. L’intérieur est aussi impressionnant que l’extérieur. Mais puisque l’on a pu constater que la barrique était vide, on comprendra que j’aie pu continuer à marcher droit pour me diriger vers le monastère suivant.

 

815h1 Monastère de Roussano (Météores)

 

815h2 Monastère de Roussano (Météores)

 

815h3 Monastère de Roussano (Météores)

 

Le monastère suivant, c’est Roussano. Un peu de marche à pied sur la route sous le soleil, puis de la vallée on suit un chemin qui monte dans la forêt vers le sommet d’un rocher d’où un escalier et une passerelle enjambent une faille pour atteindre ce monastère, autrefois uniquement accessible par une longue, longue échelle de corde. Ce monastère de religieuses, lui, occupe la totalité du sommet de ce rocher très aigu. En perte de vitesse à partir du début du vingtième siècle, après la Seconde Guerre Mondiale la situation a empiré jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une seule et unique religieuse, la sœur Eusébie, qui est restée dans cet isolement pendant presque vingt ans, jusqu’à son décès en 1971. Restauré dans les années 80 par le service des antiquités byzantines, il a vu revenir des religieuses. On a ici une ambiance différente, plus sympathique, plus humaine. Dans les deux monastères d’hommes que nous avons vus précédemment, il n’y a que des laïcs pour percevoir le droit d’entrée, pour tenir la boutique, pour avoir un œil sur les vagues de touristes qui déferlent et pour s’assurer qu’on ne prend pas de photos. Juste une fois, un moine a traversé une cour, rapide comme l’éclair et a disparu. Ici, dans ce monastère de femmes, tout est différent. L’ambiance est humaine. Les religieuses tiennent seules les lieux. À l’entrée ou dans la boutique, ces femmes au visage strictement encerclé dans leur austère voile noir vous accueillent avec un large sourire, vous disent quelques mots. Une autre, devant une table installée dans un couloir, peint des miniatures sur des pierres. Hélas, ici comme ailleurs, la photo des fresques du catholicon est interdite, mais sans garde-chiourme dans votre dos.

 

815h4 Sainte Barbara au monastère de Roussano

 

On ne sait rien de l’origine du monastère. Diverses hypothèses ont été avancées pour expliquer son nom, mais la plus vraisemblable est que c’est le nom d’un anachorète qui a occupé ce rocher, ou du moine qui a construit le catholicon. Le premier occupant a dû arriver à la fin du quatorzième siècle ou au début du quinzième mais le monastère tel qu’on le connaît a été construit dans les années 30 du seizième siècle par les moines Joassaf et Maxime, deux frères originaires de Ioannina. Les fresques, elles, ont été achevées en 1560 alors que les fondateurs étaient déjà morts parce que l’on dispose, pour cette date, du nom d’un autre higoumène, Arsène. Le monastère a servi, en 1757, de refuge pour des habitants de Trikala qui y ont échappé aux violences du pacha  turc. En 1897, une guerre a opposé Grecs et Turcs et s’est achevée par la défaite des Grecs, ce qui a mis en grand danger de représailles la vie de Grecs de Kalambaka et de Kastraki, les deux villes au pied des Météores, qui ont eux aussi trouvé refuge à Roussano. Je n’ai pas trouvé à quelle date ni du fait de quelles circonstances ce monastère est devenu un couvent de femmes, mais comme le montre la photo ci-dessus on y a une grande dévotion envers sainte Barbara quoique le catholicon reste dédié à la Transfiguration. Un mot au sujet du nom de Barbara. En français, l’accent tonique étant toujours sur la dernière syllabe prononcée, il est sur le troisième A. En anglais, c’est sur le A initial (cf. Barbra Streisand, où le second A était si faible qu’il a disparu). En grec, non seulement c’est le contraire, avec l’accent tonique sur la syllabe du milieu, mais la consonne Bêta (B) ayant évolué phonétiquement vers Vita (V), cette sainte s’appelle Varvára. Je rappelle enfin ce que j’avais dit de son nom lorsque, dans mon article daté 21 juin 2011, j’avais raconté sa vie. Après que le propre père de cette jeune Perse née à Baalbek lui a tranché la tête sur ordre du gouverneur, ses camarades sont allées réclamer le corps et, pour donner une impression de distance et ne pas l’appeler par son nom de baptême, elles ont demandé “la jeune barbare”, “barbara” sans majuscule. Et elle a été ensevelie, puis canonisée, sous ce nom.

 

815i1 le monastère d'Agios Nikolaos (Météores)

 

Notre quatrième monastère, c’est celui de Saint Nicolas Anapafsas. Comme on s’en rend compte d’après ma photo, le rocher est étroit et son sommet est exigu, de sorte que les bâtiments se sont développés sur plusieurs étages. On suppose que ce monastère, dont le nom dérive du verbe anapauomai, se reposer, a dû commencer à exister avec une vie organisée au début du quatorzième siècle, mais ce qui est sûr c’est qu’en 1392 au plus tard il était fondé parce qu’un document de l’époque en fait mention. Au tout début du seizième siècle, le métropolite de Larisa se retire comme simple moine dans ce monastère et il y passe ses derniers jours (il mourra en mars 1510) en restaurant les bâtiments et en construisant le catholicon. C’est lui qui sera canonisé sous le nom d’agios Dionysios Eleimon (saint Denis le Miséricordieux). Un autre moine, Nikanor, terminera la construction et, en 1527, sont peintes de merveilleuses fresques par un célèbre peintre, Théophane Strélitzas, né à Héraklion de parents peintres du Péloponnèse qui ont émigré en Crète lorsque leur pays a été investi par les Turcs. Il est considéré comme le chef de l’école crétoise, et les fresques du catholicon de Saint Nicolas sont sa plus ancienne œuvre connue. Je suis très triste, encore une fois, de n’avoir pu prendre de photos, et tout particulièrement une scène qui se réfère à la Genèse (“L'homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages”), où l’on voit Adam au milieu des animaux dans le Paradis Terrestre, en train de nommer chacun d’eux.

 

815i2 Météores, en montant vers Agios Nikolaos

 

En montant vers le monastère, on passe devant une petite chapelle troglodyte où il est possible de prendre des photos mais, à part le fait qu’elle occupe une caverne naturelle de la roche –peut-être agrandie de main d’homme–, elle n’est pas bien originale… Nulle part je n’ai trouvé d’information à son sujet, mais je suppose qu’à l’origine elle a servi de logement à quelque anachorète.

 

815i3 De la terrasse du Monastère St Nicolas (Météores)

 

Lorsque l’on est sur la terrasse de ce petit monastère, on a une belle vue sur le paysage. Et l’on aperçoit, en bas sur le parking, tout petit comme un jouet d’enfant, notre camping-car qui nous attend. Mais cela permet d’apprécier la hauteur de l’ascension. Avec nos six monastères, cela représente bien des dénivelés. Mais nous n’en sommes encore qu’au quatrième. Ce Saint Nicolas Anapafsas a été déserté au début du vingtième siècle. Inhabité, non entretenu, il s’est vite dégradé. Une cinquantaine de manuscrits qui y étaient conservés ont été transférés au monastère de la Sainte Trinité (notre prochaine étape). Et puis, dans les années soixante, les services archéologiques ont décidé de le sauver et ont effectué les travaux de restauration nécessaires.

 

815i4 ruines d'un monastère, aux Météores

 

Nous sommes toujours sur la terrasse. De ce côté-ci, on domine un autre Météore au sommet duquel un monastère a eu moins de chance que celui où nous sommes. On distingue bien les ruines de ses murs. Pour quelle raison il a été abandonné, je l’ignore.

 

815j1 Le monastère d'Agia Triada, aux Météores

 

Nous sommes descendus jusqu’à la plaine et nous sommes rendus jusqu’au pied du monastère d’Agia Triada (la Sainte Trinité). Une charte de 1362 mentionne, sous ce nom, un monastère  en ce lieu, mais le catholicon tel que nous l’avons vu (“no photo !”) a été construit, nous dit la dédicace peinte sur son mur, en 6984. À noter que les années sont comptées depuis la date supposée alors de création du monde. D’ailleurs, dans l’Église catholique, le célèbre cantique de Noël dit, lui aussi “Depuis plus de quatre mille ans / Nous le promettaient les prophètes, Depuis plus de quatre mille ans / Nous attendions cet heureux temps”. En fait, puisque 6984 correspond à 1475, la croyance d’alors était que le monde avait été créé en 5509 avant Jésus-Christ. Quant aux fresques, elles sont de 1741. Il y avait dans cette église une vieille et belle iconostase en bois sculpté mais, en 1979, des cambrioleurs l’ont emportée, ainsi que de remarquables icônes portables, dont une du Christ datant de 1662 et une de la Vierge datant de 1718.

 

Par ailleurs, au bout d’une galerie, on accède à une petite chapelle en rotonde creusée dans le roc et entièrement couverte de somptueuses fresques, la chapelle du Précurseur. C’est saint Jean Baptiste qui est appelé Prodromos, autrement dit Précurseur. On suppose qu’à l’origine cet endroit a dû être un ermitage, mais on a la date de 1682 pour l’aménagement en chapelle et la peinture des fresques. Le monastère possédait des manuscrits, auxquels en 1909 ont été ajoutés ceux de Rossano et d’Agios Nikolaos. Aujourd’hui, il est propriétaire d’un total de 124 mais pour des raisons de sécurité ils sont conservés depuis 1953 au monastère d’Agios Stefanos, que nous visiterons pour terminer. “Possession vaut titre”, dit la loi française. Si la loi grecque dit la même chose, le monastère d’Agia Triada a intérêt à bien garder ses titres de propriété en lieu sûr, mais… pas dans les coffres d’Agios Stefanos ! Ajoutons qu’un évêque érudit a légué à sa mort en 1808 sa bibliothèque personnelle riche de rares incunables. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, cette bibliothèque a disparu, avec divers objets précieux. Espérons qu’elle refasse surface un jour dans une vente, car le monastère n’a pas brûlé, elle a donc été volée.

 

815j2 accès au monastère d'Agia Triada (Météores)

 

815j3 Accès très spécial au monastère d'Agia Triada

 

Dans le passé, on accédait à ce monastère, comme aux autres, par une échelle de cordes et aussi par le fameux filet suspendu à un croc au bout d’une corde longue de plusieurs centaines de mètres. C’est excellent pour maintenir l’isolement monastique, c’est très intéressant pour le touriste d’un point de vue folklorique, mais il faut bien avouer qu’il y a plus commode et, surtout, moins dangereux. C’est en 1925 qu’a été aménagé le chemin de ma photo ci-dessus lié à un escalier de 140 marches taillées dans le roc.

 

815j4 Météores, une salle du monastère d'Agia Triada

 

815j5 triade d'anges au monastère de la Ste Trinité (Mét

 

Puisque je ne peux rien montrer d’autre dans ce monastère, voici une grande salle à piliers qui, c’est clair, est moderne, mais qui, vu sa situation dans les bâtiments, doit succéder à une autre de même taille. Et une représentation d’une triade d’archanges (“la Triade originelle”) qui n’a sans doute pas grande valeur artistique mais qui me plaît bien.

 

815j6 Natacha et nos amis australiens près d'Agios Stefano

 

Pendant notre visite du monastère d’Agia Triada, nous avons vu, assis sous la triade d’archanges que je viens de montrer, un monsieur et une jeune fille en train de lire avec beaucoup d’attention un guide détaillant le monastère. Un peu plus tard, nous avons arrêté notre camping-car à quelques centaines de mètres d’Agios Stefanos, le dernier des monastères que nous voulions visiter, pour attendre l’heure d’ouverture aux visiteurs (il ferme plusieurs heures à la mi-journée). Et nous voyons s’approcher et s’asseoir sur un muret proche les deux mêmes personnes que nous avions vues à Agia Triada. Vu la chaleur et considérant le chemin parcouru à pied, Natacha leur propose un verre d’eau fraîche. Et nous avons lié conversation. Des gens très intéressants, cultivés, des personnalités riches. Ce sont un père et sa fille, des Égyptiens de religion copte qui vivent en Australie et qui effectuent ici un pèlerinage. Nous avons eu grand plaisir à rester en leur compagnie dans l’attente de l’ouverture du monastère d’Agios Stefanos puis pendant sa visite et, comme la route est longue à pied jusqu’au village, nous leur avons, ensuite, proposé de les redescendre dans notre camping-car. Nous les avons quittés devant leur hôtel, non sans avoir échangé nos adresses électroniques.

 

815k1 Météores, monastère Agios Stefanos

 

815k2 Monastère Saint Etienne (Météores)

 

Le monastère d’Agios Stefanos, donc. Dans ce nom, il faut reconnaître aussi bien la simple transcription directe du grec Stéphane que son évolution anglaise Steve ou l’évolution phonétique du français Étienne. Ce monastère dresse sa masse puissante sur ce gros “Météore” escarpé mais, comme on l’aperçoit sur ma seconde photo ce roc est tout proche d’un autre aussi haut mais accessible, lui, par la route. Aussi, pour la récompense du touriste qui a dû se hisser sous le soleil vers les cinq monastères précédents, puis redescendre sous ce même soleil, ici un petit pont permet d’éviter l’ascension.

 

815k3 précipice sous la passerelle vers Agios Stefanos

 

Et ce n’est pas un luxe car, comme on peut le constater sur cette photo prise du pont, la dénivellation est loin d’être négligeable, cela aurait représenté bien des marches à gravir. Sur le rocher, une inscription relevée par bien des voyageurs mais pour la dernière fois en 1927 et disparue depuis, disait “Jérémie” et “1192”. Cela fait très probablement allusion à un ascète qui a vécu là, dans une grotte de ce rocher, et y a inscrit son nom et la date. À part cet anachorète de la fin du douzième siècle, il faudra attendre la première moitié du quinzième siècle pour que l’on trouve cité l’archimandrite Antoine comme fondateur d’un monastère en ce lieu. Peut-être est-ce lui qui a construit la première église consacrée à saint Étienne.

 

Mais en 1545 une lettre du patriarche Jérémie Premier dit “Le très saint ascète Philothée […] assisté dans cette entreprise par l’hiéromoine Gérassime et par d’autres moines et novices a reconstruit, pour ainsi dire, l’église de fond en comble et l’a embellie. Il a construit de nombreuses cellules pour le séjour commode des moines résidents et des visiteurs et a agrandi le monastère en le dotant de nouvelles constructions”. D’ailleurs, datant également des environs de 1545, une fresque représente Antoine et Philothée. Mais… pas de photos !

 

La maison royale roumaine de Valachie a offert à ce monastère une église en obédience à Butoiu (dans le sud-est du pays, non loin de Targoviste), en plus de donations de reliques, d’objets de culte, etc., parmi lesquels le crâne de saint Charalambos. Les spécialistes ne s’accordent pas sur la date ni l’origine de ces liens, qu’ils situent entre la fin du quatorzième siècle et le début du seizième. Le crâne du saint, lui, a été donné en 1398 par Vladislav et le Grand Vornique (gouverneur) Dragomir. Cette information, je l’ai trouvée sous la plume d’un illustre savant, mais je ne la comprends pas car, ne connaissant pas trop bien l’histoire de la Roumanie, j’ai jeté un coup d’œil sur Internet, j’ai cherché Vladislav, et j’ai trouvé Vladislav I mort en 1377 et Vladislav II né en 1397, qui n’avait qu’un an lors du don du crâne… C’est Mircea I qui, à cette époque, de 1386 à 1418, règne sur la Valachie. Alors qui est ce Vladislav qui, conjointement avec le gouverneur équivalent d’un premier ministre, est autorisé à faire un don de reliques appartenant à la Couronne, je l’ignore. À moins qu’il n’y ait erreur sur la date.

 

815k4 église du monastère Agios Stefanos (Météores)

 

En 1798 a été construite une autre église, très grande, dédiée à saint Charalambos et où a été transféré le crâne du martyr (ce prêtre de Magnésie en Asie Mineure, qui prêchait ouvertement la religion chrétienne, a été supplicié du temps de Septime Sévère, empereur de 193 à 211). Cette église a repris à l’église Saint Étienne le rôle de catholicon du monastère. Puis, en 1857, c’est un réfectoire que l’on construit. Par ailleurs, de longue date le monastère s’est intéressé à l’instruction publique, protégeant et favorisant l’enseignement grec public au temps de la domination ottomane. Ainsi, il a construit une école primaire, et il en a subventionné une autre à Trikala.

 

815k5 jardins du monastère Agios Stefanos (Météores)

 

815k6 jardins du monastère Agios Stefanos (Météores)

 

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les bâtiments ont été sérieusement endommagés, en particulier l’église Saint Charalambos ainsi que les fresques de l’église Saint Étienne, le monastère a été pillé, à la suite de quoi il a été déserté. En 1961, ce sont des religieuses qui sont venues s’installer, renouant avec une tradition ancienne. En effet, en 1779, le Suédois Björnstahl écrit : “Au début, ce monastère était destiné à des femmes qui désiraient faire une retraite, mais plus tard il fut abandonné et tomba en ruines, jusqu’à ce qu’il fût de nouveau habité par des moines”. Ces religieuses, donc, rénovent et restaurent les lieux, effectuant un énorme travail matériel, en même temps qu’elles mènent des actions caritatives. Ici, comme à Roussano, ces femmes sont présentes et visibles, elles se montrent accueillantes, créant une atmosphère différente de celle qui règne dans les quatre couvents d’hommes.

 

815k7 dans le monastère Saint Etienne (Météores)

 

Poursuivant l’action ancienne du monastère en faveur de l’éducation, les religieuses ont, dans les années 1970, fait fonctionner dans leurs murs un orphelinat école primaire de filles dont les enseignantes étaient les religieuses.

 

L’ancien réfectoire du quatorzième siècle, restauré en 1852, accueille depuis 1972 le skévophylakeion, réorganisé dans une nouvelle muséographie en 1991. Les skévophylakeia sont les musées de monastères qui ne se proposent pas de présenter leurs collections comme des biens culturels, mais cherchent à en montrer le double caractère d’objets de culte réalisés et conservés comme des œuvres d’art. La collection est merveilleuse. Outre des vêtements brodés de fils d’or et datant des dix-septième et dix-huitième siècles, des objets liturgiques, des croix de bois sculpté, on peut voir de belles icônes et surtout des fragments de parchemins du sixième siècle, du douzième siècle, des manuscrits enluminés et des éditions anciennes rares, laïques (comme les œuvres d’Aristote) ou religieuses (évangiles). Mais, comme on peut s’y attendre, la photo est interdite, arrêtant ici mes commentaires sur ce que je ne peux montrer.

 

C’est sur la visite de ce monastère que se conclut notre séjour aux Météores. Au temps de la splendeur, il y a eu jusqu’à vingt-quatre monastères ainsi perchés. Si c’était le cas aujourd’hui, j’aurais voulu les voir tous, mais j’aurais opté pour l’ascension dans le filet, sinon cela aurait représenté trop de marches…

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Marie-Alexine Prigent 04/11/2013 01:38

Je me délecte en visitant votre blog, particulièrement ce récit concernant les monastères que j'ai eu l'occasion de visiter en juin dans le cadre d'un circuit de découverte de la Grèce byzantine
organisé par l'UTL de Quimper, ce fut une étape magique "les Météores" encore plus parce que nous avions un merveilleux guide grec francophone de l'école d'Athènes.

agence matrimoniale marseille 31/01/2013 10:05

Très intéressant !! Les photos sont magnifiques !

miriam 18/01/2013 09:51

Voilà un billet passionnant (comme tous les autres). Sans revenir sur toutes vos recherches historiques : quelques points de détail : ce que vous nommez tantanton, je le connaissais sous le nom de
simandre. Est-ce le même.
L'outil agricole pour battre le blé était aussi utilisé en Bulgarie et nous l'avons rencontré dans de nombreux petits musées. Sauf que le métal était remplacé par des silex dans les rainures. Comme
nous ne parlons pas le bulgare nous avons mis un certain temps à en comprendre l'usage.

Jean-Marie 18/01/2013 06:59

Ce ne sont que de très bons souvenirs que vous racontez et illustrez très bien. Plusieurs fois on m'a dit que les photos étaient interdites, mais nulle part je n'ai vu de pancarte. J'en ai fait
partout sans flash bien entendu.

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