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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 19:44
759a1 Phyropotamos
 
759a2 Phyropotamos
 
759a3 Phyropotamos
 
Dans mon dernier article, je parlais des musées et sites antiques de l’île de Milos. Aujourd’hui, ce seront les sites naturels et les mines. Commençons par la bourgade de Phyropotamos qui se love entre les grosses roches blanches et la mer.
 
759b1 Mandrakia
 
759b2 Mandrakia
 
Un peu partout sur la côte, la montagne tombe directement dans la mer. Les garages à bateaux sont alors directement creusés dans la roche, ils sont troglodytes. Ici, ce village est Mandrakia.
 
759c1a île de Milos, Voudia, embarquement du minerai
 
759c1b île de Milos, Voudia, exploitation de bentonite
 
Mais venons-en aux mines, qui sont la première activité de Milos. Cette île d’origine volcanique (le volcanisme y a commencé il y a 3,5 millions d’années et la dernière éruption a eu lieu il y a environ 90 000 ans) recèle dans son sous-sol toutes sortes de minéraux utiles à l’industrie dans de nombreux domaines. Aussi l’île est-elle éventrée pour en extraire les richesses que l’on exporte ensuite vers le continent, en Grèce et dans bien d’autres pays. Nous sommes allés voir quelques unes de ces mines à ciel ouvert, comme (ci-dessus) celle de Voudia.
 
759c2a île de Milos, mine d'Agrilies
 
759c2b île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Passons à la mine d’Agrilies, une exploitation gigantesque à ciel ouvert de plusieurs minéraux différents. Lorsque j’étais au Chili, on disait que Chuquicamata était la plus grande mine à ciel ouvert, et ici on dit que c’est Agrilies. Ou bien, en vingt-cinq ans, la mine chilienne a été surpassée, ou bien c’est la plus grande pour le cuivre, et ici c’est pour plusieurs minéraux différents. Je ne dispose d’indications ni pour la surface, ni pour la profondeur.
 
759c2c île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2d île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2e île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Le plus surprenant, ici, outre l’immensité de l’excavation, c’est précisément cette variété des minéraux qui donne au sol des couleurs différentes, et très prononcées. J’ai même cru que l’on célébrait la France, bleu, blanc, rouge, mais les bandes sont horizontales, il faudrait me coucher sur le flanc droit pour les voir verticales dans le bon ordre. Pour un Néerlandais, il suffit de faire le poirier. Mais sur les deux pieds, je ne connais pas.
 
759c2f île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
759c2g île de Milos (Cyclade), mine d'Agrilies
 
Sur la photo du haut, on se rend compte de l’ampleur de cette mine multicolore, avec ses lacs artificiels. C’est impressionnant et cela possède une certaine beauté, mais on ne peut oublier que cela a détruit le paysage naturel. On n’exploite plus l’un des versants, ce qui nous a permis de cheminer sur l’une des terrasses pour prendre les photos d’en face.
 
759c3a île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3b île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
Plus loin, c’est Palioremma, une mine de soufre abandonnée. Elle a été exploitée de 1862 à 1958, mais depuis on a trouvé des méthodes moins coûteuses pour se procurer du soufre. Ces ouvertures maçonnées dans le mur de roche, je me demande si ce ne seraient pas, par hasard, des pièces troglodytiques où les ouvriers de la mine pouvaient loger. Il n’y a personne, sur place, à qui poser la question.
 
759c3c île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
Aux abords de la mine, la roche est par endroits teintée de taches jaunes, et au sol les cailloux sont souvent jaunes. Il reste donc bien des traces de soufre. Nous n’avons pas pénétré dans la mine elle-même, où les parois sont dangereuses, mais là où nous étions, quand on ramasse ces petits cailloux on se rend compte qu’ils sont seulement recouverts d’une fine couche de soufre. Sans doute est-ce ce qui a coulé des camions qui le transportaient. Je n’ai pas passé ma journée à quatre pattes, mais je n’ai guère trouvé, en quelques minutes, que deux ou trois cristaux de soufre.
 
759c3d île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3e île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
759c3f île de Milos, mine de soufre abandonnée de Paliore
 
La mine elle-même, avec ses installations abandonnées, se trouve au bord de la mer. Ces ruines sont affreuses au milieu d’un paysage grandiose. Mais je sais bien que les finances publiques de la Grèce ne lui permettent pas actuellement d’investir dans une réhabilitation du paysage, là où l’accès à la mer est trop difficile pour que les touristes puissent affluer avec leur argent.
 
759d1 marais salants sur l'île de Milos
 
759d2 marais salants sur l'île de Milos
 
Autre ressource de l’île de Milos, le sel. En effet, la côte près du port d’Adamas est plate et inondable par la mer, elle se prête donc bien à l’installation de ces marais salants. Et cela a l’avantage de ne pas massacrer le paysage.
 
759e1 île de Milos (Cyclade), musée de la mine
 
À la sortie d’Adamas en direction du camping, nous passons à chaque fois devant ce musée de la mine. Après avoir visité ces sites miniers, nous pensons qu’un petit tour dans ce musée peut être instructif. Sur le trottoir, devant l’entrée, il y a déjà quelques vieilles machines et wagonnets, mais on peut supposer qu’à l’intérieur il y a plus et mieux. Et en effet, nous n’avons pas été déçus, loin de là.
 
759e2 île de Milos (Cyclade), musée de la mine
 
Au rez-de-chaussée est retracée la vie dans la mine, dans le passé et aujourd’hui, vêtements, accessoires, matériels. D’autres machines, comme celles de l’extérieur, complètent la présentation.
 
759e3 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, poisson f
 
759e4 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, obsidienn
 
759e5 île de Milos, musée de la mine, tuf volcanique (lav
 
759e6 île de Milos (Cyclade), musée de la mine, divers mi
 
Ce qui est montré à l’étage est plus technique, mais présenté de façon très pédagogique, de sorte que c’est, en fait, plus intéressant. Il y a d’abord des échantillons de roches et de minerais. Ci-dessus, la première photo montre un poisson fossile, car les laves ont coulé sur la mer là où, près de la côte, elle était peu profonde, et en se pétrifiant ces laves ont renfermé des animaux marins. Sur la seconde on voit des lames d’obsidienne formées par un magma acide et épais, au pléistocène inférieur (entre 2,5 millions d’années et sept cent quatre-vingt mille ans). C’est une roche vitrifiée contenant presque 70% de dioxyde de silicium, le composant de l’améthyste et du quartz, à quoi s’ajoutent des oxydes de fer, de manganèse et quelques autres oxydes. Du fait de l’excellent tranchant des arêtes d’éclats d’obsidienne, ce minéral a été très utilisé au néolithique comme pointes de flèches ou comme lames, exporté parfois très loin des lieux d’extraction. La troisième photo montre un bloc de tuf volcanique, cendre de l’éruption pétrifiée. Sur la table de la quatrième photo sont présentés divers minéraux parmi lesquels il n’est pas nécessaire d’être un grand spécialiste pour reconnaître le soufre, d’un jaune si vif.
 
759e7 île de Milos, musée de la mine, perlite utilisée c
 
759e8 île de Milos, musée de la mine, un usage de la perl
 
L’île fournit un grand nombre de minéraux et, pour chacun d’entre eux, une ou deux vitrines expliquent comment on les traite et à quoi on les utilise. Je ne montre ici qu’un exemple concernant la perlite, un matériau produit par le refroidissement brutal, au contact de la mer, de la lave qui emprisonne de l’eau dans sa masse, ce qui lui donne l’aptitude physique à l’expansion lorsqu’elle est portée à une température comprise entre 800 et 950 degrés. L’eau emprisonnée s’évapore alors, et la perlite augmente de 10 à 20 fois son volume, sa densité diminuant d’autant. On obtient alors des granulés blancs très légers. Dans l’exemple ci-dessus, elle est utilisée pour fabriquer des filtres alimentaires (bière, huile, vin) ou pour des plantations (seule ou, pour les cultures de bouturage, mélangée à du terreau et de la vermiculite, autre minéral).
 
759e9 Milos, Musée de la mine, restauration du paysage apr
 
Je disais tout à l’heure les dégâts causés à la nature par l’exploitation des mines et les images que j’ai présentées ici montrent des spectacles grandioses, certes, mais massacrés. Or, dans ce musée, une compagnie minière, S&B Industrial Minerals S.A., occupe les panneaux d’une salle pour dire que, depuis 25 ans, elle se soucie de l’environnement. L’image ci-dessus qu’elle présente sur l’un des panneaux montre l’état de la mine de Chivadolimni à la fin de son exploitation puis après réhabilitation des sols. Il est expliqué que l’on ne trace que les voies d’accès strictement nécessaires, et leur tracé est conçu pour pouvoir s’intégrer par la suite au réseau existant, l’exploitation est menée dans la direction où l’accès est le moins dommageable pour l’écologie et l’esthétique, la terre arable est stockée à part pour être utilisée en fin d’exploitation, les autres déblais servent à remblayer d’autres puits de mines, et la mine actuelle au fur et à mesure de la progression. En fin d’exploitation on remodèle le paysage dans la mesure du possible, on procède aux travaux anti-érosion, on trace des fossés de drainage, on replace en surface la terre arable, on y plante des arbres, des arbustes, une couverture de sol adaptée à la région, on construit les clôtures nécessaires pour protéger le site pendant la période de reprise de la vie, et l’entreprise assure l’irrigation et l’entretien pendant une période minimum de trois à cinq ans. Si c’est vrai (mais est-ce vrai ?) les écologistes doivent supplier cette entreprise d’ouvrir des mines partout pour que le monde soit plus beau. Mais soyons sérieux. Ceux qui s’opposent au nucléaire s’indignent de la caricature qui veut qu’on remplace les centrales nucléaires par le pédalage domestique, ils ne veulent pas de l’énergie éolienne qui produit des ondes nocives et trouble les ondes de télévision, et comme dans bien des pays le soleil ne tape pas suffisamment fort ni assez souvent pour tout alimenter, il va bien falloir rouvrir des mines de charbon quand on sera au bout des ressources mondiales de pétrole.
 
759f1 Sur Milo (une Cyclade de l'ouest)
 
759f2 Sur Milo (une Cyclade de l'ouest)
 
Revenons à la nature naturelle, après la nature créée par l’homme. Si ces chèvres ne sont pas transgéniques, je suis content de les voir en liberté essayer de trouver leur nourriture dans ce paysage plutôt sec. Quand je dis en liberté, cela signifie non seulement que le champ est vaste et qu’elles ne sont pas entravées, mais aussi qu’il n’y a pas de clôture et que, d’ailleurs, quelques unes divaguent sur la route. À la différence des hérissons de Jean Giraudoux qui, dans Électre si je me souviens bien, trouvent toujours plus séduisante la hérissonne qui est de l’autre côté de la route ("Il y a des époques où tous les cent pas vous trouvez un hérisson mort. Ils traversent les routes la nuit, par dizaines, hérissons et hérissonnes qu’ils sont, et ils se font écraser... Vous me direz qu’ils sont idiots, qu’ils pouvaient trouver leur mâle ou leur femelle de ce côté-ci de l’accotement. Je n’y peux rien : l’amour pour les hérissons consiste d’abord à franchir une route..."), quand les chèvres choisissent le bitume elles n’y recherchent apparemment personne, elles s’y couchent ou y restent immobiles. C’est ainsi, mais je le disais aussi, simple prétexte, parce que j’avais envie de citer ce petit passage de Giraudoux que j’adore.
 
759g1 Paysage de l'île de Milo (Cyclade)
 
759g2 Paysage de l'île de Milo (Cyclade)
 
La campagne est belle sur Milos, mais la mer est partout et elle est très belle aussi. Le vent et les vagues ont érodé ces roches pour leur donner des formes extravagantes et avec un peu de vent la mer saute en gerbes d’écume. Ce n’est pas aussi spectaculaire que sur la Côte Sauvage de Quiberon (entre autres. Soyons un peu chauvin), mais c’est superbe.
 
759h1 île de Milos, Sarakiniko
 
Mais le plus extraordinaire, à mon avis (à notre avis à tous les deux), c’est Sarakiniko. Rien que sur cette image, ce mur blanc immaculé rayé de deux bandes marron clair qui se détache sur un ciel bleu limpide, c’est déjà peu commun.
 
759h2 île de Milos, Sarakiniko
 
759h3 île de Milos, Sarakiniko
 
Mais en fait on se trouve dans un paysage tout blanc. Rien de commun avec Étretat ou les falaises de Douvres, ni avec la Portada à Antofagasta (Chili), qui sont des sédiments calcaires, coquillages et arêtes de poissons morts, qui se sont déposés et accumulés pendant des millions d’années jusqu’à ce que la mer baisse de niveau ou que la terre monte, ici au contraire ce sont des roches volcaniques qui ont été crachées, c’est du kaolin très pur, qui broyé finement sert à opacifier et blanchir le papier, et que l’on utilise aussi pour faire du ciment blanc. Heureusement, l’industrie minière ne s’est pas (pas encore…) attaquée à ce site si touristique. Sur ma deuxième photo ci-dessus, on croirait presque qu’il s’agit d’un chemin allant à la plage entre deux dunes de sable. Mais non, le sol ici est bien dur, et les "murs" aussi.
 
759h4a île de Milos, Sarakiniko
 
759h4b île de Milos, Sarakiniko
 
En un endroit de ce très vaste site, la muraille blanche est percée de plusieurs trous. Si l’on s’approche, on se rend compte que l’on peut y pénétrer et que plusieurs galeries, assez courtes, ont été creusées perpendiculairement à la falaise, s’enfonçant sous la colline (la première photo a été prise de l’entrée de l’une de ces galeries en direction du fond), tandis qu’elles sont reliées entre elles par une longue galerie parallèle à la façade (seconde photo). Je n’y ai pas vu de niches ayant pu abriter des corps, ce ne semble donc pas être un cimetière antique, il ne s’y trouve pas de chambres, on n’a donc pas dû y habiter, la forme des couloirs est bien régulière et assez espacée, cela ne donne pas l’impression d’être une ancienne mine de kaolin, je ne comprends pas pourquoi cela a été creusé.
 
759h5 île de Milos, Sarakiniko
 
759h6 île de Milos, Sarakiniko
 
759h7 île de Milos, Sarakiniko
 
Ce site de Sarakiniko est si beau, il est si surprenant, que je ne peux m’empêcher d’en montrer encore trois photos. Je ne peux parler de paysages lunaires, parce que jusqu’à nouvelle information il n’y a pas la mer sur notre satellite, et parce que, n’étant ni Tintin ni Aldrin, je n’y suis pas allé voir pour faire des comparaisons. Mais outre les formes que la mer a sculptées, on peut voir, sur ma troisième photo, l’ampleur du site tout blanc, des baigneurs permettant d’imaginer l’échelle. À mon avis, s’il y a un lieu que le visiteur des Cyclades ne doit manquer sous aucun prétexte, c’est bien celui-là.
 
759i Milos, coucher de soleil près d'Adamantas
 
Partout, mais peut-être plus encore en Grèce qu’ailleurs, les couchers de soleil sont un spectacle somptueux. Mais après Sarakiniko, c’est presque banal… Tant pis, cette photo me servira quand même d’au revoir à l’île de Milos.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Kieffer 12/07/2016 15:34

Bonjour !
Où peut on visiter la mine d’Agrilies ? Je ne la trouve sur aucunes cartes....

Merci par avance pour votre réponse ! :)

Lartigaud 27/06/2016 16:04

Je suis allée récemment à Milos et j'ai pu admirer les sites miniers dont vous parlez (fort bien) ainsi que Sarakiniko. Les photos sont très belles. Merci

Kieffer 12/07/2016 15:35

Bonjour ! Où peut on visiter la mine d’Agrilies ? Je ne la trouve sur aucunes cartes.... Merci par avance pour votre réponse ! :)

Patricia 06/02/2013 18:27

Une vraie mine ce blog! Merci de ce partage!
Juste un petit commentaire, puisque je vois que vous êtes également sur Overblog ... Et que, souvent, vous mentionnez sur la 1ère photo, ou la seconde ...
Je me suis rendu compte en créant un blog sur un voyage que nous avons fait aux USA, que, lorsque l'on ajoute une photo dans l'article, on peut y associer un petit texte qui devient lisible
simplement en passant sur la photo ...
Pour cela, il suffit d'insérer sa photo, puis, de faire un clic droit avec la souris sur la photo, une fois qu'elle est dans l'article, de choisir la rubrique 'Éditer l'image'
puis de rentrer son commentaire dans le champ 'Texte de description' ...
Je ne sais pas si vous connaissiez, mais ça peut servir!
Bonne soirée!

Jean-Marie 23/04/2012 19:55

Merci Thierry pour l'envoi de tous ces articles toujours aussi intéressants. Je me faisais des idées fausses de Milos. Je voyais cette ile beaucoup plus attrayante !!
Amicalement

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