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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 17:43
677a1 Missolonghi
 
677a2 Mesolongi
 
677a3 Missolonghi
 
Nikopolis, Arta, hier nous sommes arrivés à Missolonghi et avons trouvé un grand espace vide en bordure de la lagune. Excellent parking pour passer la nuit, et assez loin de tout pour pouvoir mettre en marche notre générateur sans gêner personne. Nous avons passé là plusieurs nuits. Voici quelques photos de la lagune. Faible profondeur en certains endroits, calme de l’eau que pas une ride ne trouble, couleurs douces…
 
677a4 Missolonghi
 
677a5 Missolonghi, maisons sur pilotis
 
De l’autre côté, avec les montagnes en toile de fond, le paysage est très différent mais c’est également une lagune, où s’installent des fermes marines et des maisons sur pilotis qui donnent une personnalité très particulière au rivage.
 
677b Vieil hôpital de Missolonghi (1806)
 
Tout à l’heure, je vais être amené à parler de Byron, qui a été soigné à Missolonghi et y est mort. Or ce bâtiment, sur le fronton duquel une inscription porte la date de 1806, est l’ancien hôpital. Peut-être est-ce ici qu’on a soigné cet illustre personnage mais, en l’absence de toute indication, je ne saurais l’affirmer.
 
677c1 bateau de pêche sur la lagune de Missolonghi
 
Je disais que nous avions passé au bord de la lagune plusieurs nuits dans un site assez isolé pour utiliser notre générateur sans déranger le voisinage. Or le deuxième soir, alors que nous étions face à nos ordinateurs alimentés par le 220 volts de notre générateur, un gros camping-car est venu se garer tout contre le nôtre. Il y avait suffisamment d’espace pour qu’il s’installe à 20, à 50 ou à 100 mètres, mais nombreux sont les voyageurs qui se sentent plus en sécurité lorsqu’ils font bloc les uns avec les autres. Nous n’avons donc pas été étonnés outre mesure. Puis, au bout de quelque temps, toc-toc, on frappe à notre porte. Une dame, bien courtoisement, nous dit qu’elle essaie de dormir dans le camping-car voisin et que, si nous voulions bien faire silence, elle pourrait enfin fermer l’œil. C’est dit gentiment, et en entamant une conversation sociable, proposant que nous prenions le café ensemble le lendemain. Nous obtempérons, arrêtons le générateur, éteignons nos ordinateurs dotés de bien faibles batteries afin de conserver un peu d’énergie pour le lendemain, et allons nous coucher. Le lendemain, nous prenons un café avec notre voisine qui a nom Eirênê (prononcer Irini, qui signifie la paix) et sa sœur Viki (diminutif de Paraskevi, dont j’ai raconté l’histoire de la patronne, sainte Parascève, dans mon article du 31 décembre), ainsi que de deux amis qu’elles se sont faits ici. Puis, parce qu’au cours de la conversation nous avons dit que, oui, faire un tour en bateau sur la lagune serait intéressant, Irini se lève, et revient avec une dame, pêcheur, qui pour cinquante Euros nous emmènera cet après-midi. Les deux sœurs nous expliquant leurs difficultés financières, nous disons, bien sûr, que nous paierons le bateau et les invitons à nous accompagner. Début d’une amitié.
 
Nous embarquons. À bord, cette dame pêcheur ainsi qu’un homme, très sympathique mais avec qui la conversation, exclusivement en langue grecque, ne peut pour nous que se limiter à quelques onomatopées ou quelques gestes. Ce monsieur, étant donné le coût élevé de la vie en Grèce et le bas tarif de vente du poisson doit vivre sur son petit bateau, se nourrir essentiellement en prélevant sur le produit de sa pêche, comptant sur des amis à terre pour lui cuire son poisson. Pour que nous puissions débarquer sur un îlot où vivent des pêcheurs sur une ferme marine, nous devons nous transférer sur un canot car le tirant d’eau est insuffisant pour le bateau de pêche. Tandis qu’un employé de la ferme marine nous amène à terre, nous voyons s’éloigner notre bateau (photo ci-dessus). Il nous a donné rendez-vous dans quelque temps.
 
677c2 mouettes et bateau de pêche, Missolonghi
 
Il est parti plus au large. Celui-ci, qui revient, a manifestement fini sa journée de pêche, et il vide des poissons dont il jette à la mer viscères et têtes, ce qui attire ces nuées de mouettes.
 
677c3 ferme marine, lagune de Missolonghi
 
677c4 Missolonghi, pêcheur dans la lagune
 
Les fermes comportent de vastes enclos, filets tendus verticalement sur des rangées de pieux. Le filet touche le fond et monte plus haut que le niveau de la mer (il paraît qu’il y a des marées en Méditerranée…), de sorte que les poissons que l’on y met sont prisonniers mais disposent de plus d’espace que dans un petit vivier. Lors de notre visite, les "fermiers" étaient tous en train de discuter ou de bricoler dans la maison, mais j’ai pris à un autre moment, et en un autre lieu, la seconde photo qui montre un homme récupérant des poissons pris dans un piège (vert) pour les transférer dans un enclos.
 
677d1 pièges à poissons dans une ferme marine
 
677d2 pièges à poissons dans une ferme marine
 
677d3 pièges à poissons dans une ferme marine
 
Voilà, ci-dessus, comment sont faits ces pièges à poissons. Le poisson étant un animal dont les facultés intellectuelles sont, par modestie sans doute, bien cachées, lorsqu’il est entré par l’ouverture au milieu il n’est plus capable de retrouver la sortie. On connaît le test de la poule : au milieu d’un pré, on fixe un grillage de cinq mètres de long, mais le passage est absolument sans entraves de part et d’autre. Puis on dépose du grain ou, plus appétissant, de jolis asticots à son pied, au milieu, et on apporte la poule, que l’on place de l’autre côté du grillage, juste en face. Eh bien ce génial animal à l’encéphale gros comme une citrouille va se jeter sans fin contre le grillage sans imaginer un seul instant qu’il serait aisé de le contourner. Alors le poisson, qui ne parvient pas à égaler le dixième de l’intelligence d’une poule…
 
677d4 mise à l'eau du filet, lagune de Missolonghi
 
677d5 mise à l'eau du filet, lagune de Missolonghi
 
Mais laissons là cette ferme et ses innombrables lapins en liberté (pourquoi des clapiers, puisqu’ils ne quitteront pas l’île à la nage) qui vagabondent au milieu des détritus (le sol est jonché de canettes de soda et de bière, de paquets de cigarettes, de lambeaux de papier hygiénique, de bouts de bois, de vieilles ferrailles et autres richesses). Notre bateau s’est approché de nouveau et la petite barque à fond plat nous y a ramenés. Au milieu du bateau, le fin filet de pêche était entassé en une montagne jaune. Il s’agit maintenant pour le pêcheur de dérouler ce filet qui mesure plus d’un kilomètre de long. Sous l’auvent, il a fixé horizontalement une barre par-dessus laquelle il a fait passer l’extrémité du filet, puis à cette extrémité il a fixé une bouée qu’il a jetée à la mer. À présent, il a mis le moteur du bateau en marche et le filet, peu à peu, monte sur la barre, redescend vers les mains du pêcheur qui prestement en défait les nœuds ou l’empêche de se tortiller, puis plonge dans la mer. Ce kilomètre de filet qui lui glisse sur les paumes, tous les soirs pour se dévider, tous les matins pour remonter le poisson, lui laisse dans les mains des cals qui lui font la peau plus dure que du bois. Et avec cela, il n’a pas de quoi avoir un logement, et sur son bateau il n’y a ni eau, ni chauffage, ni aucun des éléments de confort minimum qu’offre le monde moderne. C’est triste et désolant.
 
677e Coucher de soleil sur la lagune de Missolonghi
 
Demain, ce pêcheur ira donc relever ses filets. En attendant, son bateau nous ramène à Missolonghi après le coucher de soleil sur la mer, que nous dégustons avec délectation. Il se trouve que, le lendemain soir, en ville, le hasard nous a mis en sa présence. Il venait de poser son filet et allait chez un ami faire griller le poisson de son dîner. S’il a compris notre question, et si nous avons compris sa réponse, il semblerait que sa pêche de la nuit précédente ait été bonne.
 
677f1a Korè de la Grèce à Missolonghi
 
677f1b Symbole de la Grèce à Missolonghi
 
Puisque j’ai pris le parti de parler de notre séjour à Missolonghi par thèmes plutôt que chronologiquement, voici maintenant plusieurs visites que nous avons faites sur le thème de l’indépendance de la Grèce et du rôle de Lord Byron. Nous sommes ici dans le Jardin des Héros, et une place d’honneur, bien évidemment, est réservée à ce monument intitulé Korê tês Hellados, soit Jeune fille [allégorie] de la Grèce. Je ne la trouve pas très jolie, cette sculpture, mais puisqu’elle "est" la Grèce indépendante je la respecte. Et puis c’est la tombe d’un grand héros de Missolonghi qu’elle surmonte, Botzaris. Mais je me réserve de parler de lui plus loin.
 
677f2 Byron à Missolonghi
 
Mais la vraie place d’honneur, à la croisée des deux allées perpendiculaires et en plein en face de l’entrée du jardin, cette place d’honneur est réservée à Lord Byron. Lordos Mpaïron, comme l’écrivent les Grecs. Non pas, certes, parce qu’il est un grand poète romantique, mais pour son rôle dans la lutte des Grecs pour se libérer de la domination ottomane.
 
Retour sur image. Après une escapade avec une maîtresse qui a accouché d’une petite Augusta en 1784, son père dilapide la fortune de sa femme puis revient auprès d’elle. Celle-ci met au monde en 1788 le baron George Byron –notre homme– puis, après la mort de son mari trois ans plus tard, ruinée, elle se retire en Écosse, à Aberdeen, avec son fils. Il a dix ans en 1798 quand il reçoit le très riche héritage d’un grand-oncle et il en a vingt et un en 1809 quand il hérite du titre de Lord mais siéger à la Chambre des Lords ne l’intéresse pas et il part faire un tour de Méditerranée, Lisbonne, Séville, Malte, et il touche la terre de Grèce à Preveza (où nous avons établi nos pénates le 12 janvier). Il se rend à Ioannina où il rencontre Ali Pacha (mon article du 19 décembre dernier). Ensuite il visite de grands sites tels que Delphes et Athènes, mais il se rend aussi à Constantinople. Au départ sans opinion dans l’opposition des Grecs à l’occupation par l’Empire de la Sublime Porte, peu à peu, au contact des populations et en intégrant de plus en plus héros et mythes de la Grèce antique dans son œuvre poétique, il devient un ardent philhellène. Il se marie en janvier 1815 à Annabella, une jeune femme jolie, intelligente et respectueuse de la morale traditionnelle, tout son contraire. Aussi bien vite, c’est-à-dire dès qu’elle apprend qu’elle est enceinte, va-t-il chercher auprès d’autres femmes la fantaisie qu’il ne trouve pas auprès d’elle. Par ailleurs, il a dilapidé l’héritage reçu dix-sept ans plus tôt et les huissiers saisissent les biens du couple. Annabella tente de le faire déclarer irresponsable de lui-même. C’est sa demi-sœur Augusta qui, en bons termes des deux côtés, servira de lien et d’intermédiaire entre mari et femme, et pourtant il semble avéré qu’ils aient été amants. C’est en tous cas la rumeur qui a circulé, l’obligeant à se cacher pour ne pas être lynché.
 
Père d’une petite Ada en décembre 1815, il ne la verra pas, pas plus qu’il ne reverra sa femme. Il part pour la France, la Belgique, la Suisse où il rencontre le poète Shelley auquel il se lie d’amitié. Ensuite, il passe à Milan où il rencontre Stendhal, et vit quelques années en Italie, dont Pise en 1822 : on le retrouvera sur une plage de Toscane en cette année 1822 lors de la découverte du corps de Shelley qui s’est noyé (voir mon article du 27 novembre 2009). Profondément philhellène désormais, il décide de tout faire pour aider à l’indépendance de la Grèce et part pour l’île de Céphalonie où il passe quatre mois. Il participe sur ses deniers personnels au financement de la flotte grecque et se rend à Missolonghi le 4 janvier 1824. Là, il recrute, équipe, rémunère et entraîne un corps militaire et veut attaquer Lépante (Naupacte) mais il a contracté la fièvre des marais et meurt le 19 avril de la même année. Je parlerai tout à l’heure de l’épopée de Missolonghi, de son siège, mais d’ores et déjà je peux dire que Byron, pour ce qu’il a fait matériellement, financièrement et moralement, est considéré comme l’un des plus grands héros de l’indépendance, et il a été honoré de funérailles nationales.
 
677f3 à la mémoire des héros de Missolonghi
 
Après ce long passage consacré à Lord Byron, faisons un petit tour dans ce jardin des héros. On tombe sur cette croix à la mémoire des héros de Missolonghi. Puisque le nom de la ville apparaît ici en grec je dois expliquer sa transcription en français. Le grec écrit Mesologgi. Cette transcription, adoptée en français, suit les règles de la transcription en anglais. Passons sur le E grec représenté par un I, car si le grec a eu, un temps, à prononcer I cinq sons différents du grec ancien, cette tendance ne joue plus depuis longtemps et le E serait la sixième. Il s’agit d’une déformation, l’oreille des Britanniques entendant un I quand les Grecs prononcent un É très fermé. L’anglais, comme le français, ayant tendance à prononcer Z le S entre deux voyelles, on a doublé le S du grec pour maintenir la prononciation. Devant G, K, KH, le G du grec se prononce comme un N, aussi trouve-t-on la syllabe LON quand le grec écrit LOG. Mais en fait, j’ai écouté très attentivement la prononciation des gens sur place et le N est à peine perceptible à l’oreille. Enfin, en anglais comme en français, le G devant E ou I se prononce comme un J (ou DJ), aussi pour maintenir sa prononciation l’anglais le fait suivre d’un H. Pas le français qui aurait plutôt tendance à laisser ici l’orthographe d’origine ou à faire suivre le G d’un U. Mais puisque l’usage est d’adopter la graphie anglaise pour ce nom, je m’y conforme.
 
677f4a Monument aux héros philhellènes, à Missolonghi
 
677f4b Monument aux héros philhellènes, à Missolonghi
 
Ce monument, fait de façon romantique en mêlant aux pierres des fûts de canons brisés et des boulets tombés sur la ville pendant son siège, a été dressé en l’honneur des héros philhellènes. Il y a dans ce jardin des tombes et des monuments à des Grecs, mais il s’agissait de célébrer les nombreux étrangers qui avaient embrassé la cause de la Grèce et sont venus se battre pour la liberté d’un pays qui n’était pas le leur, sans atteindre à la célébrité d’un Byron qui leur aurait valu un hommage individuel.
 
677f5a monument allemand, Missolonghi
 
677f5b monument aux Russes philhellènes, Missolonghi
 
677f5c monument suédois, Missolonghi
 
677f5d monument polonais, Missolonghi
 
Et puis il y a plusieurs monuments qui, pour ne pas être individuels, n’en sont cependant pas moins consacrés à une communauté nationale particulière. Ci-dessus, dans l’ordre, on peut voir les monuments aux Allemands, aux Russes, aux Suédois, aux Polonais. En ce qui concerne ce dernier pays, une solidarité naturelle peut s’expliquer par le fait qu’au terme de trois partages successifs dont le dernier en 1795, la Pologne n’existe plus, son territoire étant réparti entre la Prusse, la Russie et l’Autriche-Hongrie. La tentative de Napoléon de rétablir un duché de Varsovie sous protectorat français sera éphémère. À l’époque des luttes grecques pour se libérer des Turcs, Grèce et Pologne sont donc toutes deux occupées par des pays étrangers.
 
677f5e monument italien, Missolonghi
 
Cette colonne antique est dédiée aux Italiens. Je place ce monument à part parce qu’il me donne un doute sur le financement des autres. En effet, pour les autres, ils sont "à la mémoire des [nationalité] tombés…, etc." mais celui-ci dit "Le Peuple italien à ceux qui sont tombés à Missolonghi", sans même préciser, d’ailleurs, s’il s’agit d’un hommage de l’Italie comme nation à tous les morts de Missolonghi, Grecs et philhellènes de tous les pays, ou si, l’État grec ne finançant pas les monuments nationaux étrangers, chaque pays s’en est chargé pour son compte. J’ai parcouru tout le jardin, lisant attentivement chaque plaque, et je n’ai pas trouvé trace d’un monument aux Français ; si tel était le cas il faudrait penser qu’aucun gouvernement français n’a délié sa bourse pour le financer ou que, lassés de s’être battus pour la liberté des peuples à la suite de la Révolution, dont celle des Grecs en 1797, les Français ont préféré rester à se reposer sur les ruines du rêve napoléonien ; mais il semble qu’il n’en est rien et que malgré mon attention ce monument m’a échappé parce que dans son blog en mars 2010 l’ambassadeur de France évoque son déplacement à Missolonghi pour les cérémonies du souvenir et il écrit "c’est donc avec une certaine émotion que j’ai participé aux cérémonies officielles et déposé deux couronnes, l’une au monument grec, l’autre au monument français".
677f5f monument américain (1939), Missolonghi
 
Quant à ce monument aux Américains, il ne concerne pas la guerre contre les Turcs. L’inscription dit "À la mémoire des Américains qui se sont battus pour la liberté des Grecs à partir de l’an 1939". Pour un pays qui avait subi une occupation interminable, byzantine, vénitienne ou turque, les trois successivement ou l’une ou l’autre selon les régions, et ce jusqu’à seulement 113 ans plus tôt pour une bonne part du pays, mais moins pour les îles ioniennes et moins d’un quart de siècle pour l’Épire, l’occupation nazie et fasciste des Italo-Allemands signifiait un come back insupportable. Les armées américaines ont, à ce titre, mérité de figurer dans ce jardin des héros de l’indépendance.
 
677g1 Musée Byron Missolonghi
 
Comme complément et illustration de ce que nous venons de voir, nous avons visité le musée municipal de Byron et de l’Indépendance. Intéressant et instructif. Et gratuit, pour permettre au plus grand nombre d’y avoir accès. Ajoutons à cela un fonctionnaire très sympathique et compréhensif à l’entrée qui se contente de nous demander gentiment de ne pas être trop gourmands en photos, deux ou trois dans chaque section. Comment ne pas être satisfait de cette attitude bienveillante, comment ne pas dans ces conditions se soumettre à la limitation raisonnable ? Voici mon choix.
 
677g2a Missolonghi, la bataille de Klissova
 
677g2b Missolonghi, l'île de Klissova
 
Lors de notre tour en bateau sur la lagune, nous avons vu l’îlot de Klissova (seconde photo), objet du tableau de la première photo. Le 23 mars 1826, cent quarante deux hommes et trois femmes, armés de fusils et de quatre canons placés à l’église de la Sainte Trinité, résistent à une attaque menée par quatre à cinq mille combattants égyptiens bien équipés et bien entraînés par la France (la coalition turco-égyptienne comptait au total trente cinq à quarante mille hommes). Le combat a duré de l’aube au crépuscule, l’occupant a perdu selon les estimations entre 2500 et 3500 morts ou blessés, mais Klissova n’est pas tombée. Entre autres systèmes de défense, les Grecs avaient enfoncé dans le sable de la lagune, tout autour de l’île, des pieux pointus et tranchants dont l’extrémité supérieure n’émergeait pas de la surface de l’eau, de sorte que nombre de bateaux ennemis s’y sont empalés, la brèche les coulant ou les immobilisant. On a signalé aussi l’héroïsme d’un homme qui, avançant entre deux barques semblant vides et à la dérive, et les poussant à la main depuis Missolonghi, réussit à apporter aux assiégés de nouvelles munitions. Le peintre, un certain Saccalis, a placé son point de vue du côté du large, de sorte que l’on voie Missolonghi sur le continent à l’arrière-plan.
 
677g3 Missolonghi, 1826, la Sortie (Exodos)
 
Tableau peint en 1828 par E. de Lansac et intitulé Scène de l’Exode. Cette femme vient de tuer son fils sur le corps d’un combattant, peut-être son mari, et s’apprête à plonger dans son sein l’arme ensanglantée. En grec, exodos signifie sortie (dans les magasins, par exemple, on lit eisodos, entrée, sur une porte et exodos sur une autre). Cet événement tristement célèbre prend place deux semaines après la bataille de Klissova. En voici l’origine, puis le déroulement : l’Égyptien Ibrahim Pacha était venu aider les Turcs, incapables de prendre Missolonghi bien que l’ayant déjà assiégée trois fois. Il reprend le Péloponnèse, puis arrive à Missolonghi le 5 janvier 1825 et entreprend les travaux destinés à implanter son camp et à bloquer la ville. Le bombardement commence le 18 février, une avalanche de feu qui touche durement la ville, mais les habitants parviennent à résister aux assauts donnés. En avril, alors que plus de cent mille projectiles, boulets et bombes, sont tombés sur les assiégés, le ravitaillement ne peut franchir le blocus qui est total et les habitants souffrent de la faim, de la soif, de maladies. Après un an et quatre mois depuis l’arrivée d’Ibrahim Pacha, la mort est certaine si le siège se poursuit. Aussi, sur les 9000 habitants, deux mille se résolvent à mourir sur place, qu’ils soient trop faibles pour se déplacer ou qu’ils se sacrifient pour être les derniers défenseurs de leur ville, et les sept mille autres décident de tenter une sortie, un Exode, sous la conduite de chefs dont ce Botzaris qui est connu à Paris même de ceux qui ignorent tout de l’histoire grecque, puisque c’est le nom d’une station de métro du dix-neuvième arrondissement. Un amateur de Victor Hugo n’a pas non plus le droit de l’ignorer, si tant est qu’il ait retenu quelques vers des Orientales :
          Les Turcs m'ont poursuivi sous mon tombeau glacé.
          Vois ! ces os desséchés sont leur dépouille opime :
          Voilà de Botzaris ce qu'au sultan sublime
                  Le ver du sépulcre a laissé !
          Écoute : Je dormais dans le fond de ma tombe,
          Quand un cri m'éveilla : Missolonghi succombe !
 
À deux heures du matin dans la nuit du samedi 22 avril 1826 au dimanche des Rameaux, cinq mille femmes, enfants, vieillards, malades, tous armés, encadrés devant et derrière par deux mille hommes également en armes, tentèrent une sortie. Un Bulgare qui s’était échappé de la ville avait éventé le plan auprès d’Ibrahim Pacha qui laissa les assiégés sortir, mais massacra tous ceux qu’il put dès que les fuyards furent pris dans les obstacles du siège ou n’eut aucun mal à rattraper en rase campagne, avec sa cavalerie, ceux qui avaient réussi à les franchir. Seules, mille huit cents personnes en réchappèrent. Dès qu’il eut réglé ce problème, il entra dans la ville. Ceux qui y étaient restés enflammèrent leur poudrière afin d’être tués par l’explosion plutôt que de se rendre. Et ceux qui n’avaient pas été tués de cette façon le furent de la main des Turcs ou des Égyptiens ou, s’ils étaient valides, ils furent vendus comme esclaves. Puis Ibrahim Pacha fit exposer trois mille têtes coupées.
 
On a rapporté que plutôt que d’être massacrés ou vendus, nombre de ceux qui avaient tenté l’Exode se tuèrent sous les murs de Missolonghi. Des femmes, comme le montre le sujet de ce tableau dont la photo est ci-dessus, préférèrent tuer leur enfant avant de se tuer elles-mêmes. Certes, on est obligé de parler d’une défaite des Grecs à Missolonghi, mais cet épisode n’a pas été, loin de là, inutile à leur cause parce qu’il a enflammé l’indignation partout en Europe et a redynamisé ceux des Grecs qui auraient été sur le point de relâcher leur engagement. Les historiens s’accordent pour dire que l’indépendance des Grecs aurait certainement beaucoup plus tardé sans Missolonghi. J’ajoute que le roi Louis I de Bavière a, sur ses deniers personnels, racheté nombre de femmes et d’enfants grecs qui avaient été vendus comme esclaves en Égypte.
 
677g4 tenues à Missolonghi au 19e siècle
 
Ce qui concerne ces événements dramatiques est évidemment le plus touchant, le plus émouvant dans ce musée, mais aussi le plus intéressant sur un plan historique. Toutefois, je trouve que ces costumes, outre qu’ils sont beaux, permettent aussi de visualiser les événements dont on parle. Voilà pourquoi je les ai pris en photo avant de quitter les lieux.
 
677h1 Lord Byron à Misolonghi
 
677h2 Lord Byron à Messolonghi
 
Il existe une Association Byron de la Sainte Ville de Missolonghi. Son siège occupe un hôtel particulier près de la mer. Y étant passés de nuit (ma première photo), nous y sommes revenus de jour dans l’espoir de pouvoir y pénétrer. Bien sûr, la statue du héros se dresse devant le bâtiment.
 
677i1 Missolonghi, 1826, la Sortie (Exodos)
 
Ici encore, nous trouvons tableaux et gravures, qui représentent Byron ou des événements marquants de la Guerre d’Indépendance, dont comme on peut s’en douter les scènes terribles de mères se sacrifiant avec leurs enfants ou, comme ici, de combattantes emportant leur enfant. L’œuvre est de Pietro Narducci, et la gravure est de Giovanni Berselli.
 
677i2 centre Byron à Missolonghi
 
Les murs présentent également toutes les affiches concernant les activités de l’Association. Ici, il s’agit de la célébration 2005 de l’Exode. Vernissage de l’exposition "Révolution grecque et Philhellénisme européen" le dimanche 10 avril à 7h30 du soir au centre Byron sous l’égide de la municipalité de la Sainte Ville de Missolonghi.
 
Voilà ce que je peux dire et montrer de Lord Byron et des événements qui ont rendu célèbre le nom de Missolonghi dans le monde entier.

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Published by Thierry Jamard
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