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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 22:45
706a1 Monemvasia
 
En commençant la publication du présent article, je me trouve face à une difficulté. J'aime bien utiliser la police Times New Roman en taille 12, sur des paragraphes justifiés à droite. D'habitude, quand je colle mon texte saisi sous Word, il passe automatiquement en Arial 10 aligné à gauche. Je dois donc corriger tout cela, mais depuis quelque temps au moment de la publication on repassait automatiquement en Arial, ou certains paragraphes seulement. Et aujourd'hui, je découvre qu'il n'y a plus de menu "Police" ni de menu "taille" ni de menu "alignement", seulement un menu "Format" qui propose Paragraphe, Titre 1, Titre 2, etc. mais rien qui me convienne, le Paragraphe étant précisément l'Arial 10 dont je ne veux pas, les autres étant de grande taille et en caractères gras. Mon texte, justifié sous Word, se retrouve justifié, sauf le dernier paragraphe... C'est donc une présentation qui ne meconvient pas, et je m'en excuse.
Arrivés mardi soir, nous nous sommes contentés d’une petite balade dans la ville de Gefyra, sur le continent, et de la traversée (à pied) de la digue qui rattache l’île de Monemvasia au continent mais, sur l’île, nous n’avons parcouru que quelques centaines de mètres et sommes rentrés nous coucher dans notre résidence pieds dans l’eau. Quand on regarde cette île, on n’y voit quasiment aucune construction, sauf au débouché de la digue. On ne peut se douter de ce qui attend le visiteur.
 
706a2 Monemvasia
 
Il ne reste aucune trace des premières fortifications. Pourtant les voyageurs, dont l’omniprésent Pausanias, parlent des anciens murs, nommés Minoa, ce qui induit les historiens à supposer une implantation minoenne, et donc très ancienne puisque les Minoens ont précédé les Mycéniens. Mais la ville actuelle a été fondée par l’empereur byzantin Maurice en 583, et sa population s’est constituée essentiellement de Grecs fuyant les incursions des Slaves et des Avars. Parenthèse, les Avars sont des nomades cavaliers, descendants des Ruanruan de Mongolie selon certains, ou une branche des Huns selon d’autres, et qui sont signalés au nord du Caucase en 555, sur la Volga en 558, sur le Danube en 562. De là ils font des incursions dans toutes les directions, en Grèce jusqu’au Péloponnèse, dans l’empire germanique jusqu’en Bavière, vers l’ouest jusqu’en Italie. Avec ces populations réfugiées devant les hordes d’envahisseurs qui ravagent les régions traversées, la croissance de Monemvasia a été rapide, puisque des documents de 746 la présentent comme la ville la plus importante de la côte est du Péloponnèse. Mais en 747,
                    "Un mal qui répand la terreur,
                    Mal que le Ciel, en sa fureur,
          Inventa pour punir les crimes de la terre,
          La peste, puisqu’il faut l’appeler par son nom,
          Capable d’enrichir en un jour l’Achéron"
s'est abattu, en une terrible épidémie venue de Sicile, sur la Calabre et la Grèce, dépeuplant quasiment complètement certaines parties des Cyclades et du Péloponnèse, dont Monemvasia. Lorsque la peste a reculé, sont arrivés dans cette ville dépeuplée de nombreux colons slaves et albanais.
 
706b1 Monemvasia, le cimetière marin
 
En suivant la route qui monte doucement sur le flanc de ce roc abrupt, on tourne jusqu’à perdre de vue Gefyra. C’est alors que Monemvasia commence. Avec le cimetière, très marin.
 
706b2 Monemvasia, entrée de la ville
 
Nous voici arrivés devant la porte de la ville. Comme on va le voir lors de la visite, il est impossible d’entrer avec un camion les matériaux de construction (ou n’importe quoi d’autre). Les ruelles sont étroites, il y a des escaliers partout. Nous avions remarqué, mercredi, une grosse accumulation de briques, de sacs de ciment, de sable sur le petit terre-plein qui précède la porte de ville, et jeudi nous avons eu la chance d’assister au chargement des chevaux qui ont acheminé le matériel au lieu de restauration d’une vieille maison. Nous les avons vus monter en glissant des escaliers, baisser la tête pour passer sous des passages voûtés, se faufiler entre deux murs, leurs sacs touchant des deux côtés. On se serait cru au Moyen-Âge.
 
706b3 Monemvasia, la ville basse
 
706b4 Monemvasia, la ville basse
 
Je parlerai plus loin de la ville haute, construite au sommet de la roche, mais pour voir la ville basse, qui d’ailleurs n’est pas si basse que cela, elle est sensiblement au-dessus du niveau de la mer, j’en montre des images prises de haut, la première photo après quelques marches et quelques pentes, la seconde avant d’arriver à la porte de la ville haute, que l’on voit sur la gauche, au sommet de la ruelle pavée. Sur cette image, on voit que je ne mens pas quand je dis que la ville n’est pas prévue pour les voitures ni les camions.
 
706b5 Monemvasia, la ville basse
 
706b6 Monemvasia, la ville basse
 
Ces deux photos, prises en montant de plus en plus haut, permettent de se faire une idée de cette ville plus moderne qui se trouve au pied de l’acropole. En haut, vivaient les nobles, les dirigeants, les ecclésiastiques. En bas, c’étaient les artisans, les commerçants, les marins. La mer d’un bleu profond, les toits rouges, un peu de verdure ici ou là…
 
706c1 Monemvasia
 
706c2 Monemvasia
 
706c3 Monemvasia, Panagia Chrysafitissa
 
Mais après ces vues d’ensemble, il est temps de redescendre pour prendre un peu la température de la ville. Je ne montre pas la rue principale, qui monte à partir de la porte d’en bas, elle est sans grand intérêt. Les boutiques de souvenirs, de spécialités alimentaires locales, de vêtements type T-shirt avec l’inscription en anglais I [love (en forme de cœur)] Monemvasia, les bars et les restaurants se pressent des deux côtés. Le Mont-Saint-Michel en plus petit. Et nous sommes au début mai, mais j’imagine ce que cela peut être en plein été. Au contraire, dès que l’on tourne à droite ou à gauche, ou si l’on continue au-delà de la Place de la Mosquée (Plateia Dziamiou, en fait l’ancienne mosquée du temps des Turcs, désaffectée et transformée en musée. Nous y reviendrons), immédiatement on pénètre dans une ville d’autrefois, où les travaux de restauration de vieilles maisons sont menés de façon exemplaire. Et puis, partout, on passe devant des églises. Oui, partout, absolument partout. Soit en très bon état, comme sur la troisième de ces photos Panagia Chrysafitissa), soit désaffectées mais encore solides, ou encore éventrées comme sur la seconde photo, soit complètement en ruines et sans dédicace connue car il n’y reste pas trace d’une icône de saint patron, et aucun texte n’y fait référence, de sorte que les ruines restent anonymes. L’espace, sur ce rocher, étant restreint, lorsque la population a augmenté on a construit en hauteur en multipliant les maisons à étages, sur des rues étroites pour ne pas gaspiller d’espace au sol, et avec de fréquents ponts enjambant les rues et portant une pièce ou deux.
 
706d1 Monemvasia, Platia Dzamiou
 
706d2 Monemvasia, Christos Elkomenos
 
Et puis, platia Dziamiou, en face de l’ancienne mosquée, il y a la grande et belle cathédrale du Christ aux Liens (Christos Elkomenos), qui se dresse sur une place agréable avec un canon vénitien au milieu pour rappeler l'appartenance passée de la ville, et le clocher séparé dans un coin. Les lustres et l’iconostase ruissellent de dorures. C’est l’empereur Andronicus II qui en a décidé la construction, menée de 1282 à 1328 dans le style typiquement byzantin des basiliques à trois absides et trois dômes. À titre de comparaison, Notre-Dame de Chartres a été construite de 1194 à 1240 et Saint-Pierre de Beauvais de 1225 à 1272. La cathédrale de Monemvasia est donc légèrement postérieure à ces grandes cathédrales gothiques de France. En 1697, sous domination vénitienne, un vestibule est ajouté, constituant une nouvelle façade.
 
706d3 Monemvasia, Christos Elkomenos
 
706d4 Monemvasia, Christos Elkomenos
 
L’autel latéral n’a, d’ailleurs, pas grand chose à envier à l’autel principal. Et puis je montre ce minuscule oratoire qui s’ouvre dans le bas de l’église, avec cette icône de la Vierge dans un style que l’on retrouve partout, une peinture du visage et des mains, revêtue d’argent pour toutes les parties du corps qui sont habillées. Mais en réalité, deux artistes différents travaillent pour ces icônes, le peintre d’abord qui représente la Vierge à l’Enfant, ou tel ou tel saint, en entier, sans tenir compte du fait que la plus grande partie de son œuvre sera cachée, puis l’orfèvre qui adapte un vêtement d’argent massif sur le tableau.
 
706d5 Monemvasia, église du Christ aux Liens
 
Je voudrais, pour finir ma présentation de cette église, montrer ce très inhabituel travail effectué en tissu. Le satin blanc brille dans la lumière, et les personnages autour de Jésus au moment où il va être enveloppé dans son linceul sont très byzantins dans le visage et dans l’habillement, mais ils sont aussi très expressifs, et si tous expriment la douleur, ils le font chacun à sa façon. C’est une œuvre rare et de grande qualité que j’apprécie beaucoup.
 
706e1 Monemvasia, l'acropole
 
706e2 Monemvasia, l'acropole
 
Après ces quelques images de la ville basse, nous allons voir l’acropole. Si cette ville de Monemvasia a si bien résisté à toutes les attaques, c’est certes grâce à la détermination et au courage de ses habitants, mais c’est aussi parce que c’était une citadelle imprenable d’assaut. Face à une falaise verticale et très élevée, on n’a guère de prise. Sur une bande de terre en pente mais malgré tout utilisable, s’est établie la ville basse, avec un seul accès possible. Il aurait pu y en avoir un autre à l’autre extrémité, et un puissant rempart a été construit de la mer au pied de la falaise, comme le montre la première de ces photos. Sur la deuxième, on peut distinguer au fond comment des escaliers alternant avec des plans inclinés permettent, au bout de la ville basse et sur le flanc abrupt de la falaise, d’atteindre l’acropole. Sur le plateau au sommet, on est trois cents mètres au-dessus du niveau de la mer, et la partie abrupte de la falaise, pratiquement verticale, est haute de 75 à 180 mètres selon les endroits. Ainsi donc, on cumulait deux avantages, une ville imprenable et deux vastes baies pouvant accueillir de nombreux bateaux.
 
706e3 Monemvasia, l'acropole
 
Sur cette photo, on peut évaluer, par rapport aux maisons, la hauteur vertigineuse de cette falaise rouge, ainsi que sa verticalité. On distingue, au fond à droite, le mur qui clôt la ville basse et l’on peut voir aussi que le bord de la falaise est lui-même protégé tout du long par un mur. En effet, ce mur assurait une protection pour les défenseurs si par hasard des assaillants avaient tenté d’escalader la muraille rocheuse. D’une part ce mur est pour les habitants un garde-fou, et d’autre part une protection contre les projectiles que l’on aurait pu tenter de leur lancer. Les pirates arabes, dans leurs raids de pillage où ils s’emparaient de tout ce qui pouvait avoir de la valeur, y compris des populations valides capturées et vendues en esclavage, ont souvent lancé des attaques contre Monemvasia, sans jamais parvenir à débarquer. En 1066, les Normands avaient conquis l’Angleterre (Hastings, voir la tapisserie de Bayeux). Aussi un siècle plus tard, jaloux de leur succès, leur lointain cousin Roger II de Hauteville, roi de Sicile, voulut-il conquérir l’Empire Byzantin. En 1146 il prend Corfou, suit la côte ouest de la Grèce en la pillant, contourne le sud du Péloponnèse, arrive devant Monemvasia en 1147 et… échoue dans sa tentative de la conquérir ou, à tout le moins, de la piller. On comprend alors que pour s’assurer l’appui de cette cité clé, les empereurs byzantins lui aient accordé des avantages énormes, exemptions d’impôts, franchises.
 
Sous l’impulsion du doge de Venise, le but de la quatrième Croisade est dévoyé, les Francs conquièrent Constantinople (1204), brûlent, pillent, détruisent, volent, ils mettent à sac l’Empire Byzantin, s’emparent de presque toute la Grèce (le pape Jean-Paul II a d’ailleurs présenté publiquement des excuses de l’Église catholique à l’Église orthodoxe au moment du huit centième anniversaire de l’événement). Pour sa participation, Venise reçoit les trois huitièmes des conquêtes, surtout les îles qui jalonnent ses routes. Le champenois Geoffroy de Villehardouin prend le Péloponnèse, alors appelé Morée (son fils et successeur Geoffroy II construit en 1220 l’énorme château de Chlemoutsi que je compte bien visiter), seuls restant grecs le despotat d’Épire (région de Ioannina), Corinthe, Nauplie, Argos et Monemvasia.
 
En 1246, Guillaume de Villehardouin, un descendant de Geoffroy, fait le blocus de Monemvasia, puisqu’elle est imprenable par la force. Quand, après trois ans de résistance, il ne reste ni chien, ni chat à manger, Monemvasia se rend (1249). Mais en 1260, Guillaume, guerroyant contre Michel VIII Paléologue, empereur de Byzance qui a reconquis Constantinople, est fait prisonnier. Après trois ans de captivité, il accepte de négocier sa libération contre Mystras (que nous visiterons un de ces jours) et Monemvasia, qui redeviennent donc grecques byzantines. Puis en 1453 c’est la chute de Constantinople. En 1460, le dernier despote de Mystra se réfugie à Monemvasia avec sa famille, mais bientôt il fuit en abandonnant femme et enfants, mais il est pris par les Turcs. Monemvasia livre aussi aux Turcs la famille du despote mais à la condition qu’ils ne touchent pas à la ville. Monemvasia est désormais indépendante et isolée. Elle fait appel à la suzeraineté de Venise (1464). Un siècle passe. En 1537, Soliman le Magnifique, sultan turc, entre en guerre contre Venise et ses alliés, le pape Paul III et Charles Quint. Après la bataille de Preveza, les envoyés plénipotentiaires de Venise croient raisonnable de capituler et acceptent de donner aux Turcs les dernières possessions vénitiennes de Morée, à savoir Nauplie et Monemvasia. Mais les sénateurs vénitiens, jugeant ces conditions humiliantes et honteuses font décapiter leurs envoyés, ce qui n’empêche pas ces deux places de rester turques (1540). Les Turcs se montrent tolérants, le christianisme est autorisé, de sorte que quand des chrétiens (catholiques, tels les chevaliers de Saint Jean en 1554) tentent une attaque pour libérer les chrétiens de Monemvasia (orthodoxes), ces habitants grecs ne font rien pour les aider. Mieux : quant les Vénitiens, peu regrettés, font des tentatives en 1653, 1654, 1655, 1657, les résidents se chargent de les repousser sans l’aide des Turcs. En 1685, le doge de Venise entreprend de reconquérir la Morée, c’est chose faite en 1690, sauf Monemvasia qui résiste au siège quatorze mois, mais finit par se rendre. Dès 1691, Monemvasia rapporte 17% du revenu de la Morée pour Venise, preuve de la richesse de ce très petit territoire.
 
Nous voici en 1715. Quand, après avoir reconquis toute la Morée, l’armée turque s’apprête à mettre le siège devant Monemvasia, la ville propose spontanément de se rendre contre une énorme somme d’argent. Cette fois-ci, Monemvasia va rester turque jusqu’à l’indépendance de la Grèce. Cette ville est la première à avoir obtenu le départ des Turcs en 1821 au terme de quatre mois de siège auquel a participé la célèbre Bouboulina (j’ai déjà été trop long, je trouverai bien un jour l’occasion de parler d’elle), et ici s’est tenue la première assemblée qui a travaillé sur l’organisation de la Grèce libre. Ce siège, on peut considérer qu’il ne concernait que des Turcs, parce qu’un recensement de 1806 nous révèle que sur 350 maisons, seules six étaient occupées par des Grecs.
 
706f1 Monemvasia, en montant vers l'acropole
 
706f2 Monemvasia, en montant vers l'acropole
 
706f3 Monemvasia, en montant vers l'acropole
 
En chemin vers les escaliers au flanc de la falaise, il faut gravir bien d’autres marches, parce que le bas n’est pas plat non plus. Et, presque à chaque pas, comme dans la ville basse, on trouve des églises et des chapelles plus ou moins en ruines. La première, ci-dessus, tient encore bien debout, mais la seconde, dont on ignore à qui elle a bien pu être dédiée a été, à une époque tout aussi inconnue que son nom, transformée en maison d’habitation. Puis on franchit ces tunnels avant d’accéder aux constructions de la ville haute.
 
706g1 Monemvasia, l'acropole
 
706g2 Monemvasia, l'acropole
 
Nous voici en haut. D’en bas nous avons pu distinguer les fortifications qui courent au bord du précipice. En voici quelques vues prises d’en haut.
 
706h1 Monemvasia, l'acropole
 
706h2 Monemvasia, l'acropole
 
706h3 Monemvasia, mausolée turc (1540-1690)
 
En haut se trouvaient les logements des personnes qui disposaient le plus de moyens financiers, il y avait donc de riches demeures mais il ne reste presque plus rien, infiniment moins qu’en bas. Murs écroulés, tronçons de souterrains voûtés… Monemvasia a connu des vagues d’émigration, et en 1911 le dernier habitant de la ville haute s’en allait. En 1971, il n’y avait plus que 32 résidents dans toute l’île, mais maintenant des Athéniens et des étrangers reviennent –exclusivement dans la ville basse–, en résidence principale ou secondaire. On peut noter que toutes les maisons étaient construites sur de tels souterrains qui servaient de citernes où l’on récupérait les eaux de pluie, et que la voûte en berceau était systématiquement utilisée. Ma troisième photo montre un mausolée turc que l’on date de la période de la première occupation, soit entre 1540 et 1690.
 
706i1 Monemvasia, Agia Sofia
 
706i2 Monemvasia, Sainte Sophie
 
706i3 Monemvasia, Agia Sofia
 
Un monument de l’acropole est très bien conservé, c’est la belle église Agia Sophia, que je traduis naturellement par Sainte-Sophie, comme on appelle aussi en français les célèbres églises qui lui sont dédiées à Istanbul, à Kiev, à Novgorod… Mais pour les orthodoxes, cette dédicace se réfère plutôt non à la sainte de ce nom, mais à l’étymologie du mot. En grec, sophia c’est la Sagesse, en conséquence de quoi il vaudrait mieux traduire son nom en Sainte-Sagesse ou Sainte-Raison. Lors de sa construction, en 1149-1150, elle a été dédiée à la Vierge Hodégétria, Qui Montre le Chemin, puis pendant la première occupation turque, 1540-1690, elle a été transformée en Mosquée du Sultan Soliman avec adjonction d’un minaret, quand les Vénitiens ont pris la place des Turcs (1690-1715) ils en ont fait l’église d’un monastère catholique, Madonna del Carmine, avec ajout d’un narthex extérieur sur deux niveaux, bien sûr de 1715 à 1821 les Turcs en ont refait une mosquée, et elle a été rendue au culte orthodoxe lors de la guerre d’indépendance quand la ville a été libérée mais, considérant sa ressemblance avec l’église de Constantinople, elle a été rebaptisée du même nom, Agia Sophia.
 
706i4 Monemvasia, Aghia Sophia
 
706i5 Monemvasia, Sainte Sophie
 
C’est une église imposante, sur laquelle figurent des sculptures datant du douzième siècle, c’est-à-dire de l’origine. Il paraît qu’à l’intérieur, quoique les Turcs les aient badigeonnées à la chaux, on peut encore voir des fragments de fresques du douzième ou du treizième siècle, mais l’église est fermée et ne se visite pas. La fenêtre que je montre se trouve au-dessus de l’une des voûtes de la loggia du narthex, elle a deux sœurs situées au-dessus des deux autres voûtes, et toutes trois sont de style Renaissance.
 
706j1a Monemvasia, église anonyme début 12e siècle
 
706j1b Musée de Monemvasia, d'une église début 12e sièc
 
Nous revenons dans la ville basse, et plus précisément au musée installé dans l’ancienne mosquée, où l’on peut voir cet élément (deuxième photo). Le texte grec dit que c’est un templo, la traduction anglaise dit templon, mon petit dictionnaire grec et mon petit dictionnaire anglais ignorent ces mots, tout comme les traducteurs sur Internet, sauf un qui traduit le retable. Mais cela n’a rien d’un retable… Curieux, car c'est de toute évidence une iconostase, mot qui n'a rien de rare dans le monde orthodoxe ni de mystérieux et que les dictionnaires ne peuvent ignorer. Quoi qu’il en soit, cette iconostase provient de cette église en ruines de ma première photo, dont on ignore le nom, mais qui a été construite au début du douzième siècle sur la base d’une église antérieure.
 
706j2 Musée de Monemvasia, tasse à thé 18e s., de Kütah
 
706j3 Musée de Monemvasia, bol 14e-15e s., fabtication loc
 
Ce petit musée présente aussi des objets de la vie quotidienne, comme cette tasse à thé du dix-huitième siècle (première photo) provenant de Kütahya, une ville de la Turquie d’Asie. À cette époque nous sommes en effet dans la seconde occupation turque, et des objets proviennent de tous les coins de l’Empire Ottoman. Ma seconde photo montre un fragment de bol, de fabrication locale au contraire, qui date du quatorzième ou du quinzième siècle.
 
706j4 Musée de Monemvasia, tête d'un puits de citerne (15
 
Cette tête de puits de citerne porte la date de 1511. On a vu que toutes les maisons de l’île étaient construites sur des citernes voûtées en plein cintre où étaient recueillies les eaux de pluie.
 
706j5 Musée de Monemvasia, pipes turques (17e-19e s.)
 
Dans une vitrine, on peut voir ces têtes de pipes turques du dix-septième siècle au dix-neuvième siècle. J’ai relu ces derniers temps le Voyage en Orient de Gérard de Nerval, qui s’attarde à Constantinople dans les années quarante du dix-neuvième siècle avant de rentrer en France, et Aziyadé de Pierre Loti qui, à part quelques détails minimes, se contente de changer les noms en recopiant son journal intime pour parler de son propre séjour à Constantinople dans les années soixante-dix. Tant Nerval que Loti, en ce dix-neuvième siècle, dans la capitale turque, passent leur temps à fumer le narguilé ou à fumer la pipe. Fumer est essentiel dans cette société. Voilà pourquoi je me suis arrêté devant ces pipes qui datent de l’époque de la seconde occupation turque.
 
706j6 Musée de Monemvasia (ancienne mosquée)
 
Enfin, avant de quitter le musée et pour terminer cet article, puisque l’occupation turque a profondément marqué Monemvasia de son empreinte et, tout en laissant les chrétiens libres de pratiquer leur religion, a transformé quelques églises en mosquées et en a construit d’autres, je n’oublie pas que, me déplaçant dans ce musée, je suis en réalité dans l’ancienne mosquée. Ma conclusion est donc cette photo de l’intérieur de la mosquée.

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Published by Thierry Jamard
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