Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 16:04

 

 

Nous avons passé la nuit pas trop loin du monastère de Monte Oliveto Maggiore, la maison mère des olivétains, congrégation bénédictine fondée en 1313 par le bienheureux Bernard Tolomei de Sienne. Les bâtiments en sont perdus en pleine nature, au milieu d’une forêt de cyprès poussant dans un repli de terrain parmi des collines érodées qui semblent faites de sable. Déjà, l’environnement est impressionnant. Nous ne nous sommes pas levés spécialement tôt, il y avait quand même un peu de trajet par des petites routes étroites en lacets, et nous sommes restés en contemplation devant le paysage pendant un certain temps, prenant des photos et nous promenant. Ensuite, nous avons déjeuné, et nous sommes allés vers le monastère. Entre ma photo du paysage de collines ravinées et ce bâtiment du monastère, je ne résiste pas à l’envie de placer cette macro photo d’une araignée qui avait tissé sa toile dans les bois que nous avons traversés entre la route et l’entrée d’abord, puis entre le porche d’entrée du domaine et les bâtiments proprement dits.

 

 

 

Nous allions commencer à regarder les fresques qui ornent les quatre murs du cloître, quand un petit monsieur, un laïc de l’abbaye, nous aborde et nous propose de nous ouvrir les bâtiments du réfectoire, de la bibliothèque, de la pharmacie, ainsi que le musée. Il faut souligner combien c’est sympathique, cet accueil. Dans tant de musées, mais aussi de lieux religieux, d’églises, on vous taxe à l’entrée, puis on vous empêche de prendre des photos, et à la sortie les marchands du temple vous attendent pour vous vendre hors de prix leurs cartes postales et leurs bouquins, voire leurs colifichets et objets kitsch. Là, on vous souhaite la bienvenue, on vous ouvre les portes, vous pouvez laisser une offrande après une visite gratuite mais personne n’est là pour guetter si dans le tronc votre don fait gling-gling-gling ou seulement gling, ou même ne fait rien du tout. Vous brandissez votre appareil photo, personne ne vous dit rien. J’ai l’impression que ces braves moines bénédictins sont plus proches de l’esprit de l’Évangile que les évêques de certaines cathédrales.

 





Nous avons ainsi pu voir ce magnifique réfectoire tout décoré de fresques, et sur chaque table une bouteille d’eau minérale. Est-ce tout ce qu’ils boivent, quand ils fabriquent des liqueurs fortes ? Après tout, peut-être leur apporte-t-on du vin avec la nourriture. Ce serait plus conforme à ce que l’on apprend de l’abbaye de Thélème chez Rabelais.

 

Je ne montre pas de photos de la pharmacie, intéressante, certes, mais qui ne vaut pas celle des hospices de Beaune. La bibliothèque, elle, est un très vaste hall à colonnes. J’ai eu beaucoup d’intérêt à regarder les titres des livres qui s’y trouvent. Il y a beaucoup de très anciens livres sur la vie de saint Benoît ou d’autres saints, il y a aussi du plus que classique, comme la correspondance de Cicéron ou des œuvres de Virgile, les lettres de Pline le Jeune (je me rappelle avoir traduit une lettre où, procurateur en Asie Mineure, il demande à l’empereur Trajan ce qu’il doit faire des chrétiens, nombreux dans cette province, et la réponse de Trajan qui dit que, s’ils ne s’opposent pas au pouvoir et ne font rien de répréhensible il n’y a qu’à les laisser tranquilles), et puis saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, etc. Quant au musée, il contient quelques toiles intéressantes mais je préfère me réserver pour les fresques.

 

 


Ces fresques du cloître représentent la vie, l’œuvre et la mort de saint Benoît, le patron des bénédictins. Comme je l’ai dit, on peut prendre des photos librement. Je ne m’en suis pas privé. J’ai pris à chaque fois la scène dans son ensemble, puis tel ou tel détail intéressant. Je n’infligerai pas au lecteur de mon blog la présentation de mes 88 photos de ces fresques, mais le choix a été difficile pour moi et malgré tout en voici pas mal… Les scènes sont toutes sous-titrées, en langue italienne évidemment, mais avec mon français, mon espagnol, mon latin, et l’aide de l’image, je peux en proposer une traduction sans craindre de commettre des contresens (sauf un mot qui m’échappe, on va le voir). Ci-dessus, Comment le démon brise la clochette. On voit le diable qui vole, en haut à gauche, une pierre à la main.

 

 

Plus loin, Comment Benoît accomplit la construction de douze monastères. La fresque montre saint Benoît en architecte et chef de chantier, sur la construction d’un monastère. On voit à l’œuvre un charpentier, un tailleur de pierre, des maçons, et le saint donnant des ordres d’un air sévère.

 

 
Comment Benoît libère un moine possédé en le frappant. Brandissant des verges, tenant de l’autre main la tête du moine possédé, saint Benoît le frappe. On voit le dos du moine strié de rouge, et le démon obligé de s’en aller, mais accrochant au passage un autre moine pour tenter de l’entraîner avec lui.

 

 

 
Comment Benoît fait récupérer avec un manche [uno roncone] qui était tombé au fond du lac. "Roncone", le voilà le mot qui m’échappe. Mais cela n’empêche pas d’apprécier la fresque, saint Benoît agenouillé au bord du lac, un manche à la main, essayant de repêcher quelque chose, un autre moine près de lui le conseillant, un troisième en face de lui l’aidant d’un geste peu empressé. Et puis derrière, au fond, le monastère, sur la gauche une scène d’un moine recevant une bénédiction, et sur la droite, près d’un pont, en tout petit, des baigneurs, qui valent la peine d’être vus. J’en donne ici un détail agrandi au téléobjectif.

 

 
Comment Florent envoie de mauvaises femmes au monastère. Dans une scène précédente, ce méchant Florent a tenté d’empoisonner Benoît. Maintenant, il veut amener la tentation au monastère, avec ces femmes de mauvaise vie. Corps légèrement dénudés par des robes échancrées, tissus transparents, déhanchements et gestes gracieux sont confrontés à un groupe de moines, Benoît en tête. Là-haut, au balcon, mains en avant comme saint Benoît, il y en a un qui redoute ce danger. En revanche, en bas, le jeune moine qui tient l’âne semble attiré, et un autre plus loin, tête découverte, le regard vers Benoît, se demande que faire. Et puis la scène comporte le petit chien au milieu, l’enfant traîné par la main à droite, le paysage au fond… J’aime cette vie, ce naturel, ce goût des détails, cette expressivité.

 

 

 
Comment Benoît obtient de la farine en abondance et en nourrit les moines. La vie quotidienne, au réfectoire. Chaque moine a dans son assiette deux poissons et devant lui un petit pain rond. En haut à droite une chaire, et on distingue un livre tenu à la main, on fait une lecture de la Bible ou du Nouveau Testament pendant le repas. Et puis au premier plan, toujours ce réalisme de la vie, un chat et un chien se disputent un bout de poisson. Malgré ma photo du détail au téléobjectif, on distingue mal ce qu’on voit au naturel, à savoir que l’objet du différend est une tête de poisson d’où émerge un morceau d’arête dorsale. Regard du chat, expression des deux animaux…

 

Natacha et moi aimons ces fresques, nous aimons l’ambiance de ce monastère, l’accueil (je me répète), tout. Nous restons donc plus qu’il ne serait raisonnable si nous voulons finir un jour notre tour d’Europe. mais enfin nous partons et nous dirigeons vers Pienza. Ce n’est pas bien loin, il n’y a pas mille choses à voir, mais un pape humaniste, Pie II, de son nom laïc Eneo Silvio Piccolomini (1405-1464), en est originaire. Ce poète et diplomate a eu l’idée d’appliquer à son village natal un urbanisme planifié, premier du genre à la Renaissance. Il a demandé à l’architecte Bernardo Rossellino, élève du célèbre Alberti, de créer au centre une place qui en ferait la cité idéale, réunissant dans un même espace le pouvoir religieux et le pouvoir temporel. C’est ainsi que la cathédrale et le palazzo pubblico se font face, sur un côté s’élève le palais épiscopal et sur l’autre côté le palazzo Piccolomini. C’est de là que j’ai pris ma photo, avec ce puits en premier plan.

 


Détail amusant, à la fin du dix-neuvième siècle, la municipalité a décidé que, puisqu’il est nécessaire de choisir entre la guerre et l’amour, il fallait faire le choix du second, et elle a renommé ses rues via dell’Amore (de l’amour), via del Bacio (du baiser), via Buia (sombre), via della Fortuna (de la chance), vicolo Cieco (ruelle aveugle), etc.

 

Mais tout cela nous ne l’avons pas vu dès notre arrivée, parce qu’après avoir laissé le camping-car aux portes du village, nous arrivions vers le centre, quand des hommes nous ont fait signe d’être silencieux et nous ont recommandé de ne pas prendre de photos au flash. Nous approchant, nous avons vu que de puissants projecteurs éclairaient, via un immense écran blanc, le Palazzo Pubblico, et que la place était encombrée de tout un tas de matériels techniques, que des hommes et des femmes s’agitaient autour, que de nombreux badauds s’agglutinaient, et que des gens en costume du quinzième siècle attendaient de jouer un rôle. Nous sommes tombés en plein tournage d’un film. Nous avons assisté à une scène, rejouée maintes et maintes fois. Les figurants en costume se contentaient de passer à l’arrière plan. L’action concernait un prêtre qui attrapait par le bras un jeune garçon en haillons qui se débattait et finalement s’échappait en courant, criant "Je l’ai tué ! Je l’ai tué !". Il jouait remarquablement et, à chaque fois, il finissait sa course devant l’écran de contrôle, demandant à revoir la scène qui venait d’être tournée. Ayant tout notre temps devant nous, nous sommes restés jusqu’à la fin. Ce n’est que lorsque la réalisatrice a dit "Grazie Signore e Signori" pour congédier les figurantes et les figurants que nous avons commencé notre petit tour en ville.

 


Il aurait fallu que nous demandions le titre du film, ou du téléfilm (?), et sa date de parution. Il aurait été amusant de voir comment cette scène d’une minute à peine s’insérait dans une histoire. Mais tous ces gens étaient très occupés et nous ne parlons italien ni l’un ni l’autre.

 

 


C’est sur la commune de Montepulciano que nous avons trouvé un parking équipé d’une prise d’eau pour camping-cars. Nous avons décidé d’y passer la nuit.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

JC 18/05/2010 11:05


Bonjour
quelle drôle d'idée cette araignée en début d'article! Vous pourriez penser aux arachnophobes.
Sinon, reportage intéressant.
Cordialement
JC


Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche