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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 10:58

Dans mon précédent article, il était question de ce que nous avons vu sur le site archéologique de Dion. Puis nous avons visité le musée archéologique, plein de pièces merveilleuses. J’ai effectué un choix parmi toutes mes photos, pour montrer ici ce qui est en relation avec tel ou tel endroit du site ou ce qui, à mes yeux, revêt un caractère particulier, et un peu différent de ce que j’ai eu l’occasion de montrer ailleurs en Grèce. Mais ensuite, je me suis demandé dans quel ordre présenter tout cela. Et j’ai choisi une solution un peu absurde sans doute, celle qui consiste à suivre mon parcours sur le site. Si j’ai vu le sanctuaire de Déméter avant celui d’Isis, je montrerai ce qui concerne Déméter avant ce qui concerne Isis. Oui, c’est très arbitraire, je le sais, mais…

 

818a1 gravure de Leclerc, 1698. L'Académie des sciences

 

818a2 L'entrée d'Alexandre dans Babylone. Leclerc, 1704

 

Toutefois, quoique cela ne concerne pas le site, parce que dans la première salle en entrant on tombe sur ces deux gravures, c’est par elles que je commencerai. Une plaque auprès d’elles informe “Dons du musée du Louvre au musée de Dion à travers le Consulat Général de France à Thessalonique. En souvenir de ‘la France Invitée d’Honneur’ au 39ème Festival de l’Olympe. Dion, 20 juin 2011”. Et comme sur mes photos les légendes ne sont pas lisibles, je les transcris ci-dessous.

 

La première dit : “L’Académie des sciences et des beaux-arts dédiée au roi par son très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet Seb. Le Clerc Chevalier R.”. Il faut comprendre “Sébastien Leclerc”. La gravure date de 1698.

 

Quant à la seconde, elle dit “L’Entrée d’Alexandre dans Babylone présentée à Monseigneur par son très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet Seb. Le Clerc Chevalier Romain”. Cette seconde gravure est du même Sébastien Leclerc et date de 1704.

 

818b1 bracelet d'or, tombe macédonienne, 3e s. avt JC

 

Ce bracelet en or provient d’une tombe macédonienne de la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ. Une tombe, donc, d’un type autre que celui que l’on trouve sous les murs de la ville… J’aurai l’occasion de parler plus explicitement des tombes macédoniennes dans quelques jours, à propos de Vergina ou sans doute plutôt à propos de Lefkadia.

 

818b2 Philosophe, 2e s. après JC. Villa de Dionysos, Dion

 

Cette statue du deuxième siècle de notre ère est celle de l’un des philosophes trouvés dans la Villa de Dionysos. Dans mon article sur le site archéologique de Dion, j’ai expliqué que ces statues avaient été victimes d’un séisme, l’effondrement d’un plafond les ayant décapitées. Les têtes avaient été laissées sur place dans les décombres du plafond et les corps transportés dans une autre pièce. Un incendie survenu alors a fait abandonner les lieux, sans plus chercher à recoller les têtes ni à reconstruire les bâtiments.

 

818b3a Hydraulis (ancêtre de l'orgue), musée de Dion

 

818b3b Hydraulis, musée de Dion

 

L’archéologue Pandermalis était chargé de fouilles sur le site de Dion. Il écrit : “Au cours de l’été 1992, le creusement destiné à mettre au jour l’intérieur d’un bâtiment datant de la fin du deuxième siècle après Jésus-Christ, situé en face de la villa à la grande mosaïque représentant le triomphe de Dionysos, progressait tout à fait bien. Nombre d’outils et quelques œuvres non terminées nous convainquirent que nous opérions dans un grand atelier ayant travaillé le métal et la pierre. Nous nous étions familiarisés avec cette sorte de trouvailles quand, soudain, le 19 août, nous atteignîmes le plancher du bâtiment et ôtâmes la dernière couche de déblais. C’est alors que nous trouvâmes une rangée de tuyaux de bronze et de grandes plaques de bronze. Cette découverte était très inhabituelle et extrêmement délicate. On prit grand soin pour la transférer de sa position d’origine aux laboratoires des fouilles. Nous ne doutions pas que cet objet fût l’instrument de musique que les anciens Grecs appelaient ’hydraulis’. Héron d’Alexandrie et Vitruve mentionnent cet instrument dans leurs écrits. Les tuyaux de l’hydraulis de Dion sont tous alignés, même s’ils forment deux rangées. L’une des rangées comporte 24 larges tuyaux et l’autre 16 tuyaux étroits. […] Un très rare ornement de verre polychrome fixé à la plaque a une importance extraordinaire. Il est élaboré selon la technique ‘millefiori’ utilisée pour les ustensiles de verre, particulièrement au cours du premier siècle avant Jésus-Christ. Les fins détails de construction des tuyaux orientent vers la même période chronologique. Ces deux faits nous mènent à la conclusion que l’instrument date de la même période. L’hydraulis de Dion est le premier instrument de ce type jamais trouvé en Grèce, et le plus vieux trouvé au monde. C’est l’ancêtre de l’orgue d’église en usage en Occident. Il est très semblable à celui inventé par l’ingénieur Ctésibios d’Alexandrie, et le son qu’il produisait serait certainement ‘doux et joyeux’ (Athénée, Deipnosophistes IV 174b) si nous pouvions encore l’écouter”.

 

818b4 table de marbre (2e s. après JC), musée de Dion

 

Avec son pied représentant une tête et une patte de lion, cette table de marbre du deuxième siècle de notre ère provient de la maison de Léda. C’est un objet remarquable, tant par son esthétique que par sa qualité d’exécution.

 

818c pierre tombale paléochrétienne d'une basilique de Di

 

Sur le site, nous avons vu l’une des basiliques paléochrétiennes. Au quatrième siècle, les chrétiens enterraient encore leurs morts à l’extérieur de la ville, sous les murs ou le long des routes, mais l’usage commençait d’enterrer quelques personnages en ville, près de la basilique. Cette pierre tombale chrétienne provient d’une basilique.

 

818d1 la Muse Terpsichore (2e s. avant JC), musée de Dion

 

Cette statue de femme représente la muse Terpsichore. Elle ne se défait jamais de sa lyre, qu’elle tient ici dans la main gauche, et, en jouant, elle danse en mesure. C’est en effet la muse de la danse. On a vu que le site de Dion,  abondamment arrosé par les eaux qui descendent le l’Olympe, était un endroit chéri des Muses et que leur culte s’était établi ici en même temps que celui de Zeus. Terpsichore est ici représentée se tenant sur le sol rocheux du mont Olympe. Elle date du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Puisque je suis souvent amené à parler de l’historien Hérodote et à le citer, je précise que son œuvre historique se répartit en neuf livres, chacun portant le nom d’une muse. Ayant eu au programme de ma licence le livre 5, nommé Terpsichore, dont le cours était assuré par la future académicienne Jacqueline de Romilly, je ne peux manquer d’en faire mention ici. Je n’ai pas oublié de saluer Terpsichore qui a participé avec grâce à mon succès en licence. Je ne suis pas sûr que les visiteurs qui m’ont vu agenouillé devant la statue ont cru que je voulais en prendre une photo en contre-plongée, mais personne n’a appelé l’ambulance psychiatrique…

 

818d2 Aigle du sanctuaire de Zeus Hypsistos, à Dion

 

Nous voici à présent dans la zone des sanctuaires antiques. Cet aigle aux ailes étendues provient du temple de Zeus Hypsistos. Il avait la tête tournée vers Zeus, comme on l’avait vu sur le site, où une copie a été placée là où il a été trouvé.

 

818d3 la déesse Cybèle. Musée de Dion

 

Cette statuette représente Cybèle. Cette déesse d’origine phrygienne honorée dans toute l’Asie Mineure, où elle est appelée la Grande Mère, ou la Mère des Dieux, a assez tôt été considérée par les Grecs comme la forme phrygienne de leur déesse Rhéa qui, avec Cronos, a engendré Zeus et les autres grands dieux. Cette assimilation a permis sa diffusion en Grèce. Elle est souvent, comme ici, représentée sur un trône, et souvent aussi elle est accompagnée de lions qui, lorsqu’elle est montée sur un char, y sont attelés. C’est donc un lion qu’il convient de voir dans l’animal qui se tient ici à ses côtés.

 

818e1 Dion, statue de culte d'Isis Tychè

 

Le sanctuaire d’Isis était très vaste et, comme je l’ai dit dans mon article sur le site archéologique, il a été très bien conservé, protégé par l’eau qui l’a envahi. Je dispose donc de beaucoup de photos d’objets qui y ont été mis au jour. Je commence par cette statue de culte d’Isis Tychè, du deuxième siècle de notre ère.

 

818e2 Isis et Sérapis. Musée de Dion

 

Têtes d’Isis et de Sérapis trouvées dans la zone des sanctuaires. La date n’est pas précisée. Le 7 août 2011, à Héraklion en Crète, j’avais évoqué le retour sur terre d’Osiris, frère et époux chéri d’Isis, sous la forme du taureau Apis, et honoré sous le nom d’Oser-Apis, joignant les deux noms. Mais, parce que les noms propres, en grec, sont toujours précédés d’un article (après tout, les Italiens disent bien “la” Callas ou “il” Caravaggio) et que l’article masculin singulier en grec est “o”, les prêtres grecs ont cru que ce dieu était “le” Sérapis. Quand, après la mort d’Alexandre le Grand, ses généraux se sont partagé l’immense empire qu’il avait conquis, Ptolémée a reçu l’Égypte en partage. Il s’agissait pour lui, un Gréco-Macédonien, de se faire reconnaître et accepter par la population égyptienne. L’occasion lui en a été donnée lorsqu’en songe lui apparut un dieu chevelu et barbu qui lui demandait d’apporter sa statue à Alexandrie. Mais si, mais si, il l’a sûrement rêvé, puisqu’il l’a affirmé. Or une statue ressemblant à cette description existait à Sinope, colonie grecque aujourd’hui en Turquie, plus ou moins au milieu de la côte nord de l’Asie Mineure, sur la Mer Noire. Comme les habitants refusaient de voir partir leur statue, la statue s’est rendue seule, sur ses pieds de pierre, au port où attendait le navire de Ptolémée. Osiris-Apis étant la forme du dieu remontant des enfers gardés chez les Grecs par le chien Cerbère, et la statue de Sinope étant sculptée avec un chien à ses pieds, ce dieu barbu ne pouvait être qu’une des formes d’Hadès, le dieu des enfers. Ainsi, Ptolémée a réussi à créer un dieu syncrétique Sérapis, réunissant le Grec Hadès et l’Égyptien Osiris dans les sanctuaires d’Isis. Et c’était lui, Ptolémée, qui avait rapporté cette statue à Alexandrie, on ne pouvait que reconnaître sa légitimité sur le trône d’Égypte. Parce que c’est au cours du deuxième siècle de notre ère que ce culte s’est répandu d’Égypte vers la Grèce, puis dans le reste du monde romain, et parce que le sanctuaire d’Isis à Dion date de ce deuxième siècle, je peux supposer que ces deux têtes sont de la même époque.

 

818e3 presse-fruits, sanctuaire d'Isis à Dion

 

Trouvé dans le sanctuaire d’Isis, ce presse-fruits date du deuxième siècle de notre ère. J’ai pensé qu’il était intéressant de montrer cet accessoire utilitaire.

 

818e4 statue de culte d'Aphrodite Hypolympiada, à Dion

 

818e5 Aphrodite sur un bélier, offrande votive, Dion

 

Nous avons vu que dans le sanctuaire d’Isis, et près de son temple, il y avait un temple d’Aphrodite Hypolympiada, et la première photo ci-dessus montre la statue de culte de cette déesse. La statue elle-même est du deuxième siècle avant Jésus-Christ tandis que son socle est du deuxième siècle de notre ère. L’autre photo montre une offrande votive, bas-relief représentant Aphrodite chevauchant un bélier.

 

818e6 statue de culte d'Artémis Baphyria, musée de Dion

 

C’est ici Artémis Baphyria, c’est-à-dire Artémis du fleuve Baphyras, qui est représentée. En fait, quoique cette déesse soit, elle aussi, vénérée dans le sanctuaire d’Isis, elle n’en provient pas. Elle provient de son propre sanctuaire d’Artémis Baphyria situé un peu plus à l’est, à l’embouchure du fleuve.

 

818f tête d'une statue d'Hygieia, 1er s. après JC, musée

 

Cette statue d’Hygieia, l’une des filles du dieu médecin Asclépios, provient du sanctuaire de son père. Elle date du premier siècle de notre ère. J’ai montré la statue en pied dans mon article sur le site archéologique, mais je trouve cette sculpture si belle que je ne résiste pas à la tentation d’en publier aujourd’hui la tête en gros plan. À vrai dire, la femme qui a servi de modèle n’est pas exceptionnellement jolie, son nez étant un peu court, mais elle a un tel charme, et le sculpteur a si bien rendu son air pensif, que cela en fait une statue que je ne me lasse pas d’admirer. 

 

818g1 statuette d'Héraklès, musée de Dion

 

Cette statuette d’Héraklès a été découverte dans un sanctuaire rural de Ritini (de Dion, 20 à 25 kilomètres à vol d’oiseau, direction “à 10 heures”). Il est aisément identifiable à sa massue et à la peau du lion de Némée jetée sur son épaule. 

 

818g2 la déesse Némésis, musée de Dion

 

Ce relief votif en marbre représente la déesse Némésis, qui incarne la Vengeance Divine, dont la fonction est de châtier l’excès d’orgueil, de mettre un terme à l’excès de bonheur, bref à maintenir la juste mesure qui est un élément central de la pensée grecque, tout excès en bien comme en mal risquant de bouleverser l’ordre du monde.

 

818g3a Némésis écrase l'injustice. Musée de Dion

 

818g3b Némésis écrase l'injustice (détail d'une statue)

 

818g3c Némésis représente le juste milieu (fragment de s

 

De cette sculpture brisée il ne reste malheureusement que la partie inférieure. C’est un fragment d’une statue de Némésis écrasant sous son pied Adikia (l’Injustice) pour maintenir en équilibre les deux plateaux de la balance.

 

818h1 cratère à figures rouges (4e s. avt JC), musée de

 

Ce cratère à figures rouges de la seconde moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ provient d’une tombe de nord-Piérie, une région semi-montagneuse. Sa grande qualité témoigne du niveau de prospérité de la Macédoine à cette époque.

 

818h2 cratère à figures rouges, musée de Dion

 

On ne remarquerait pas spécialement cette petite poterie à figures rouges présentée dans une vitrine toute pleine d’objets divers en provenance de tombes, si le gardien de la salle ne venait, avec un visage hilare, attirer l’attention sur la scène qui y est représentée. Il est venu vers moi m’inciter à prendre une photo, ce que j’ai fait (la preuve en est ci-dessus). Puis je me suis consacré à regarder d’autres objets et à les photographier. Deux jeunes femmes russophones se sont dirigées vers la vitrine. De nouveau, le garde s’est approché pour leur montrer la poterie. Elles en ont été tellement ravies qu’elles en ont pris de nombreuses photos, puis se sont photographiées mutuellement en gros plan, la tête au niveau de la poterie.

 

818i1 système de suspension des chars grecs

 

818i2 système de suspension des chars grecs

 

Remarquables pour l’époque, les routes n’en étaient pas pour autant parfaitement lisses et égales comme un revêtement d’autoroute. Comme, par ailleurs, les roues des chars n’étaient pas montées sur pneus (John B. Dunlop n’étant pas encore né, il n’avait pu breveter son invention) et que la caisse du char ne pouvait être liée aux roues par le système hydropneumatique créé par Citroën pour les premières DS ni doté d’amortisseurs Allinquant, les longs trajets risquaient d’être assez éprouvants pour les vertèbres des voyageurs. Mais les Anciens étaient beaucoup plus imaginatifs qu’on ne le croit trop souvent, et ils avaient conçu un système de suspension de char qui sera oublié pendant tout le Moyen-Âge et jusqu’à l’époque moderne. Ce n’est qu’après la Renaissance qu’apparaissent des ressorts sur les carrosses. Le musée présente ce dessin explicatif à côté des lanières de cuir restituées dans leurs supports qui, eux, sont authentiques.

 

818i3 clés et serrures de l'Antiquité

 

Puisque j’en suis venu à la technique, voilà ci-dessus une collection de clés et de serrures antiques. Selon leur taille, elles étaient utilisées pour des portes ou pour des coffrets. Là encore, on voit que ces systèmes étaient proches de ceux d’aujourd’hui, beaucoup plus que leurs homologues du Moyen-Âge (comme la clé que je montre dans mon article sur Chlémoutsi, 17 et 18 juin 2011).

 

818j l'empereur Alexandre Sévère (222-235), bronze

 

Provenant de Ryakia (à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau au nord de Dion), cette tête d’une statue de bronze représente l’empereur romain Alexandre Sévère (222-235 de notre ère), cousin de Caracalla (celui des grands thermes de Rome) et successeur du sémite oriental Élagabal, que va suivre une longue période d’anarchie. C’est cette tête qui est destinée à clore l’article d’aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Aldéric Le Pan 16/03/2014 22:39

Bonjour,
Votre commentaire sur la tête féminine est assez drôle (et romantique), parce que la sculpture grecque classique ne percoit pas le visage feminin comme ont pu le faire les époques suivantes : il
s'agit de canons et pas de portraits de vraies femmes. Le portraits commencent à l'époque romaine et par les figures des empereurs, politique oblige.
Quoi qu'il en soit, je vous remercie beaucoup pour vos pages très complètes et la belle iconographie !

A Le Pan

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