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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 11:04

844a1 Kouros portant un bélier, 600 avant JC

 

844a2 Natacha et le kouros de Thasos

 

Lorsque l’on pénètre dans le musée archéologique de Thasos, on est accueilli dès l’entrée par ce grand kouros de pierre trouvé sur l’acropole, qui porte un bélier et date d’environ 600 avant Jésus-Christ. Au moment de sortir, je me suis remis à faire quelques photos du kouros, Natacha s’est assise pour attendre que je finisse, j’en ai profité pour la prendre en même temps afin de donner l’échelle. Quand je dis qu’il est grand… il l’est vraiment.

 

844b1 Thasos, décor d'un temple d'Apollon, vers 680 avant

 

Dès la colonisation de Thasos et la fondation de la ville, a été construit sur l’acropole un sanctuaire dédié à Apollon pythien, qui à Delphes avait indiqué le lieu où s’établir. C’est de ce temple, daté de 680 avant Jésus-Christ, que proviennent ces reliefs.

 

844b2 Tête de Dionysos, de son sanctuaire de Thassos

 

Dans mon précédent article portant sur notre découverte de l’île, j’ai dit qu’au sanctuaire de Dionysos on avait retrouvé dans l’un des monuments chorégiques la tête d’une statue de Dionysos. La voilà, cette tête, datant de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

 

844b3 maison antique, sous le musée de Thassos

 

Puisque j’évoque les fouilles, il convient de dire qu’à Thasos la ville moderne s’est construite sur la ville ancienne. Déjà dans l’Antiquité, pour se mettre à l’abri des inondations, par deux fois on avait exhaussé le niveau des rues côté mer. Puis l’époque byzantine, l’époque ottomane, le vingtième siècle grec ont continué de construire chaque fois sur le bâtiment précédent. Aussi (je l’ai dit pour l’autre monument chorégique du sanctuaire de Dionysos) beaucoup de monuments sont actuellement recouverts, bien localisés pour les uns, à découvrir pour d’autres. Il se trouve qu’en construisant ce musée, on est tombé sur une maison qui a dû être habitée de 500 à 250 avant Jésus-Christ. L’architecte du musée l’a dégagée et a construit le musée de façon qu’elle soit visible en contrebas, derrière une vitre.

 

844b4 baignoire 4e s. avant JC, maison de Thasos

 

Puisque je parle des maisons d’habitation, c’est l’occasion de placer ici cette baignoire du quatrième siècle avant Jésus-Christ provenant d’une maison du quartier résidentiel de la ville.

 

844b5 Monnaies de Thasos

 

844b6 fausses monnaies forgées, Thasos

 

D’abord, deux pièces de monnaie représentant des “dieux gardiens”, celle de gauche (deuxième siècle avant Jésus-Christ) le représentant plus jeune que celle de droite (quatrième siècle avant Jésus-Christ). Ensuite, ma seconde photo montre de fausses monnaies forgées qui, repérées, ont été annulées soit en les brisant, soit en les perforant.

 

844c1 Tête de cheval, sanctuaire d'Héraklès, Thasos

 

Revenons à la sculpture. Cette très belle tête d’un cheval dont le corps n’a pas été retrouvé provient d’un sanctuaire d’Héraklès et a été datée de 470-460 avant Jésus-Christ.

 

844c2 Griffons tuant une biche, table d'offrandes à Cybèl

 

Ce marbre de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ était le pied d’une table d’offrandes. L’inscription qu’on y lit, elle, informant de la remise à neuf de cette table par une prêtresse de Cybèle, a été ajoutée au deuxième siècle de notre ère. Au-dessus d’un grand haut-relief représentant une biche attaquée par deux griffons, une frise montre (au-dessus des têtes des animaux) la déesse Cybèle assise sur un trône et, comme de coutume, entourée de deux lions. Les autres personnages de la frise, divinités ou héros, ne sont pas individuellement identifiés.

 

844d1 Tête de Silène, fin 6e s. avant JC, Thassos

 

Cette tête, qui a appartenu à une statue de Silène, provient du sanctuaire d’Héraklès. Elle a été datée de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ.

 

844d2 Hermès (4e s. avant JC), agora de Thasos

 

Cette tête au visage intéressant et à la coiffure sophistiquée, c’est celle d’un Hermès au sommet d’un pilier hermaïque de l’agora datant du quatrième siècle avant Jésus-Christ. 

 

844d3 relief votif inachevé, Zeus et son aigle. Thasos

 

Ceci est un relief votif du premier siècle avant Jésus-Christ. Comme on s’en rend compte en voyant des parties du corps non dessinées (un bras, une main, les jambes) ainsi que l’arrière-plan à peine dégrossi, il n’a pas été achevé pour une raison indéterminée. Cela se produit souvent lorsqu’au cours de la sculpture l’artiste découvre sous son ciseau un défaut du marbre , mais il semble que ce ne soit pas le cas. Pour des œuvres de grande taille, elles sont ébauchées dans la carrière, afin d’alléger le bloc transporté, mais il arrive que lors du transport elles se brisent (voir par exemple le kouros de Flerio, mon blog sur l’île de Naxos, 18 et 19 septembre 2011), ce qui ne peut être le cas de cette pierre, assez petite et non brisée. Sans doute alors s’agit-il d’une commande annulée, soit que l’ébauche ne convienne pas au commanditaire, soit qu’il soit mort, soit que, etc. Quelle qu’en soit la raison, la sculpture est suffisamment avancée pour que l’on reconnaisse l’aigle qui nous permet d’identifier Zeus.

 

844d4 tête de jeune femme, musée de Thasos

 

La situant de façon bien vague entre le premier siècle avant Jésus-Christ et le premier siècle après, le musée se contente de dire de cette sculpture qu'elle représente une tête de jeune femme à la coiffure sophistiquée. Ma foi, tant pis si je ne sais pas de qui il s’agit, déesse ou citoyenne, je la publie quand même parce que je la trouve très belle.

 

844e1 temple votif dédié à Cybèle (Thassos, 5e s. avt J

 

Tout à l’heure, j’ai montré un relief décorant une table d’offrandes. Une prêtresse de Cybèle l’avait rénovée, et Cybèle elle-même y était représentée. En effet, cette déesse orientale est très tôt entrée dans le panthéon des Grecs. Ce culte de la Grande Mère, la Mère des dieux, très actif en Asie Mineure, notamment en Phrygie, a été assimilé à celui de Rhéa, mère des dieux grecs. Sur la façade de ce petit temple votif, Cybèle est comme d’habitude assise sur un trône. En revanche, quoique la pierre soit très usée, j’ai bien l’impression qu’il n’y a jamais eu à ses côtés les lions qui l’accompagnent traditionnellement. Cet objet remonte à la deuxième moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

 

844e2 tête du dieu Attis, 1er s. après JC, musée de Thas

 

Par la suite, d’autres cultes étrangers se sont développés en Grèce. Cette tête de statue coiffée d’un bonnet phrygien est celle d’Attis, parèdre de Cybèle. Au sujet de ce dieu, je donne d’amples explications dans mon article de l’autre jour sur Amphipolis, 19 et 21 août 2012. Les archéologues proposent pour cette statue, sans en être sûrs, une datation du premier siècle de notre ère.

 

844e3 le dieu Sarapis, 2e s. après JC, musée de Thassos

 

Autre dieu étranger, l’Égyptien Sarapis. Ou du moins un dieu façonné à partir d’une erreur linguistique sur un dieu égyptien, Osiris-Apis. Cette fois-ci, c’est à mon article sur le musée archéologique de Dion, du 30 juin 2012, qu’il convient de se reporter pour obtenir les explications. Dans cet article, je dis que cette arrivée du dieu en Grèce s’est produite au deuxième siècle de notre ère. Or telle est la datation de la statuette que nous voyons ici.

 

844f1 Aphrodite chevauchant un dauphin

 

Lors du partage de l’univers, Poséidon a obtenu les océans, quant à Aphrodite elle est née de l’écume des flots. Rien d’étonnant, alors, à ce que l’on ait retrouvé cette statuette d’Aphrodite chevauchant un dauphin dans le sanctuaire de Poséidon. Il me semble que sur l’épaule du petit homme accroché à la queue du dauphin il y a comme l’amorce de ce qui pourrait bien être une aile brisée. Ce serait alors tout naturellement le petit Éros. La position de la déesse, le mouvement de son corps, le drapé de son vêtement, sont hellénistiques, elle est du second ou du premier siècle avant Jésus-Christ.

 

844f2 stèle lettré héroïsé, fin 1er s. après JC

 

Cette stèle de la fin du premier siècle après Jésus-Christ est, dit la notice, un relief votif à un lettré héroïsé. Cela suppose que l’on voie dans la femme derrière lui une muse, mais je me serais attendu à la voir poser sur la tête du lettré une couronne, or de couronne je ne vois pas trace. Elle n'est quand même pas en train de lui chercher des poux. En revanche je vois très bien dans sa main le rouleau de parchemin qui représente ses œuvres. En face, plusieurs hommes viennent lui rendre hommage devant un autel orné d’un bucrane et de guirlandes.

 

844f3 figurine d'orante

 

Dans une vitrine, sont présentées plusieurs figurines de femmes en position d’orantes, comme celle-ci. Il est intéressant de constater que la prière requiert des positions et gestes symboliques. Ce n’est pas le propre de la religion grecque antique. Les Musulmans portent les mains derrière leurs oreilles, ils se prosternent le front à terre en direction de la Mecque, les femmes portent leurs mains sous leurs seins. Les Chrétiens prient parfois à genoux (de moins en moins souvent en dehors des offices), et lors de la célébration de la messe le prêtre adopte des positions bras écartés et mains ouvertes qui, dans une certaine mesure, rappellent le geste de cette statuette.

 

844g icône personnelle de la déésis

 

Cela m’amène à la transition vers l’époque byzantine, onzième ou douzième siècle de notre ère, avec cette petite plaque de stéatite utilisée comme icône personnelle domestique et représentant la déésis, à savoir le Christ entouré de Marie et de saint Jean-Baptiste le priant pour les Chrétiens. On l’a trouvée sur l’agora, qui à cette époque continuait d’être le centre de la vie religieuse, culturelle, économique.

 

844h1 tête de lion, ivoire, 7e-6e s. avant JC

 

844h2 bandeau de tête, or, 7e-6e s. avant JC

 

844h3 diadème en or, 4e s. avant Jésus-Christ

 

Repartons loin dans le passé avec deux objets du septième ou du sixième siècle avant Jésus-Christ. Il s’agit (photo du haut) d’une tête de lion réalisée en ivoire, d’origine orientale. Sur la seconde photo, on voit un diadème, ou bandeau de front en or d’origine rhodienne. Cela montre les relations que Thasos a entretenues, dès les débuts de la colonie, avec le reste du monde. Et puis j’ajoute, à titre de comparaison, une troisième photo, un gros plan sur le centre d’un diadème en or du quatrième siècle avant Jésus-Christ représentant une tête de Gorgone et, au-dessus, une abeille.

 

844h4 décor dionysiaque d'hydrie du 5e s. avant JC

 

Cette scène dionysiaque décore le flanc d’une hydrie attique en bronze de la fin du cinquième siècle avant Jésus-Christ, qui avait été utilisée comme urne funéraire. Les restes incinérés qu’elle contenait avaient appartenu à un homme d’une quarantaine d’années.

 

844h5 deux camées d'époque hellénistique

 

Ces camées de sardonyx d’époque hellénistique représentent la déesse messagère Iris et le dieu égyptien Sarapis. Lui, je viens d’en parler. Elle, elle symbolise le lien entre le ciel et la terre, à travers l’arc-en-ciel. D’ailleurs, en espagnol, un arc-en-ciel se dit arco iris.

 

Il y a dans ce musée, bien évidemment, beaucoup d’autres choses intéressantes, mais je ne peux tout montrer. Mais avant de mettre le point final, je me rappelle que je suis dans la seconde patrie d’Archiloque. Dans mon précédent article, j’ai cité deux vers de lui, mais que j’ai copiés sur Internet. Car en fait, de lui, je ne sais par cœur qu’un seul et unique vers. Et comme je l’ai retenu parce que je le trouve excellent, je ne veux pas manquer l’occasion qui m’est donnée, ici à Thasos, de le citer :

           Πόλλ᾽ οἶδ᾽ ἀλώπηξ, ἀλλ᾽ ἐχῖνος ἕν μέγα,

ce qui veut dire en mot à mot “Le renard sait beaucoup, mais le hérisson une seule chose, grande”, c’est-à-dire “Le renard connaît mille ruses, le hérisson une seule, mais fameuse”, c’est évidemment de se rouler en boule hérissée de piquants. De cela, je retiens en outre que déjà à cette époque on considérait le renard comme l’animal symbolisant la ruse, et puis sans ce vers d’Archiloque je pense que je n’aurais jamais eu l’occasion de savoir comment se dit un hérisson en grec ancien, ou que je ne m’en serais certainement pas souvenu aujourd’hui.

 

844i Hippocrate (musée archéologique de Naples)

 

Et encore une chose. Selon sa méthode scientifique remarquablement moderne, Hippocrate décrit minutieusement les cas observés et, ayant passé quatre ans à Thasos, il nous a laissé nombre de fiches de patients traités. Je n’ai pas d’illustration pour ce dernier volet du présent article à part ce buste d’Hippocrate que j’avais photographié au musée de Naples le 30 avril 2010 (copie romaine au premier siècle après Jésus-Christ d’un original grec du deuxième siècle avant notre ère), mais je crois intéressant cependant de placer ici le texte de l’une de ses fiches concernant une patiente de Thasos dans la première moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

 

“La fille d'Euryanax, vierge, fut saisie d'une fièvre violente, elle fut sans soif durant tout le cours de sa maladie, et sans goût pour les aliments. Elle eut des selles peu abondantes, des urines ténues, en petite quantité et d'une couleur peu favorable. Au commencement de la fièvre, elle ressentit de la douleur au siège. Étant au sixième jour, elle fut sans fièvre, elle ne sua pas. Il y eut crise, l'abcès formé au siège rendit un peu de pus, il s'ouvrit au moment de la crise. Étant au septième jour après la crise, elle eut du frisson. La chaleur qui suivit fut peu forte, la malade sua. Étant au huitième jour, après la crise, elle eut un frisson peu considérable, mais ensuite les extrémités restèrent froides. Vers le dixième jour, après une sueur qui survint, elle eut des hallucinations, et reprit promptement sa connaissance. On attribua cet accident à une grappe de raisin qu'elle avait mangée. Ayant eu une intermission le douzième jour, elle délira de nouveau et beaucoup, le ventre se dérangea. Selles bilieuses, petites, intempérées, ténues, mordantes. La malade se mit souvent sur le siège. Elle mourut le septième jour après celui où elle avait eu des hallucinations en dernier lieu. Cette jeune fille, dès le début de la maladie, eut de la douleur dans la gorge, qui resta constamment rouge. Luette rétractée, fluxions abondantes, ténues, acres, toux grasse qui n'amenait rien. La malade ne prit point de nourriture durant ce temps, et elle n'en éprouva aucun désir, point de soif, elle buvait à peine. Gardant le silence, elle ne prononçait pas une parole. Abattement. Elle désespérait d'elle-même. Il y avait aussi en elle quelque disposition innée à la phtisie”. Analysant ce suivi de 25 jours, et grâce à la qualité de ces observations, les médecins d’aujourd’hui peuvent diagnostiquer sans risque d’erreur une tuberculose et une septicémie.

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Published by Thierry Jamard
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