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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 09:00

Saint-Marin ne multiplie pas les musées, mais dans un musée gigantesque comparé à la taille du pays sont présentées des antiquités nationales et étrangères, des œuvres d’art de genres et d’époques divers, des objets ayant trait à l’histoire, etc. Bref, la polyvalence du Museo di Stato rappelle celle du Louvre. En plus petit, mais rapporté au nombre d’habitants de la République il est bien plus grand… Je vais donc me limiter à donner juste un aperçu de chacune des sections.

 

926a urne cinéraire en bronze (8e-7e s. avant JC)

 

Concernant les antiquités nationales, cette urne cinéraire (urne pour les cendres funéraires) en bronze date du huitième ou du septième siècle avant Jésus-Christ.

 

926b1 Shabtiu (ouchebtis) du 10e-8e s. avant JC

 

Un petit tour en Égypte. Dans mon article qui traite du musée archéologique d’Istanbul “Istanbul 02”, j’ai expliqué, avec détails et avec une citation, ce qu’est un shabti (pluriel shabtiu), ou ouchebti, à savoir une statuette enterrée avec la momie du mort, pour effectuer à sa place, dans l’au-delà, les tâches dont il ne veut pas se charger lui-même. En voici quelques exemplaires datés entre le dixième et le huitième siècles avant Jésus-Christ. En effet, l’usage s’en est répandu depuis les environs de 1900 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire le milieu du Moyen Empire, et s’en est prolongé jusque vers la fin de l’époque ptolémaïque, au seuil de l’ère chrétienne.

 

926b2 Osiris, bronze, 664-342 avant JC

 

Le dieu représenté par ces statuettes de bronze datées entre 664 et 342 avant Jésus-Christ est Osiris, frère et époux d’Isis. Un petit rappel: le vilain Seth noie son frère Osiris. Isis met le corps de son frère dans une caisse, et la cache dans le delta du Nil. Mais Seth parvient à la découvrir dans les roseaux, et découpe le corps d’Osiris en morceaux qu’il disperse. Fidèle et patiente, Isis retrouve un à un les morceaux du corps –sauf le sexe– et, prononçant des incantations magiques, elle parvient à lui rendre la vie, mais une vie confinée au royaume des morts, sur lequel il règne désormais.

 

926b3 Isis nourrit son fils Horus enfant (Harpocrate pour l

 

Il est assez fréquent, en Grèce, de voir des statuettes antiques de kourotrophos, c’est-à-dire de femmes allaitant un enfant. La représentation se retrouve ensuite, dans le christianisme, avec la Vierge allaitant l’Enfant Jésus. Ici, ces bronzes du quatrième siècle avant Jésus-Christ, c’est la déesse égyptienne Isis, reconnaissable à la lune qu’elle porte sur la tête entre deux cornes, qui donne le sein à Horus, fils du couple Osiris-Isis, et qui chez les Grecs devient le dieu Harpocrate.

 

926b4 Horus (Harpocrate pour les Grecs, 4e s. avant JC)

 

Encore un bronze du quatrième siècle avant Jésus-Christ, grec aussi comme le sont les tombes de cette région à cette époque, et qui représente Harpocrate enfant.

 

926b5 statuettes de dévots, type ''schématique''

 

926b6 statuettes de dévots, type ''ombrien italique''

 

926b7 statuettes de dévots, type ''hellénistique''

 

Ces statuettes de dévots, en bronze, sont plus occidentales que les dieux égyptiens précédents. Les archéologues distinguent plusieurs types: sur ma première photo, ils parlent du type “schématique” (cinquième ou quatrième siècle avant Jésus-Christ). Ceux de ma seconde photo, du deuxième siècle avant Jésus-Christ, sont dits de type “ombrien italique”. Enfin ceux de la troisième photo, situés au deuxième ou au premier siècle avant Jésus-Christ, sont dits de type “hellénistique”.

 

926c1 Trésor de Domagnano

 

926c2 trésor de Domagnano (reconstitution)

 

Domagnano est un bourg de la République de Saint-Marin, situé au nord-est de la capitale, et c’est près de ce bourg qu’en 1893 a été découvert un fabuleux ensemble de bijoux qui, décoration de ceinture, broches, boucles d’oreilles, collier, parure de coiffure, bague, avaient appartenu à une aristocrate de la cour du roi ostrogoth Théodoric (493-526) dont la capitale était à Ravenne, distante de seulement soixante-dix kilomètres (nous y serons bientôt). On ne sait si ces bijoux étaient destinés à la tombe de cette riche dame ou si, lors de la guerre entre Goths et Byzantins, en particulier lors du siège de Rimini en 528, ils n’auraient pas été enterrés pour les soustraire à la rapacité des soldats. Le trésor aussitôt découvert a été aussitôt vendu sur le marché des antiquités, de sorte qu’aujourd’hui il est partagé entre de nombreux musées étrangers d’Europe et d’Amérique, et aussi des collections privées. Seule la broche de ma première photo est authentique, les autres bijoux, sur ma seconde photo, sont des copies réalisées en 2004-2006.

 

926c4926c2 trésor de Domagnano (reconstitution)

 

La technique est de cloisonné: on constitue d’abord un réseau de petites cloisons en or ou en vermeil (argent doré) soudées sur la surface de base. Dans chacune de ces cellules, on place un support en métal commun, d’épaisseur variable selon le relief que l’on veut créer en surface. Puis on recouvre ce support d’une feuille de vermeil avant d’y placer une pierre précieuse, de la nacre ou une perle fine. Ici, l’essentiel est fait de grenats. Par ailleurs, on remarque plusieurs symboles dans ces bijoux. D’abord, l’aigle qui fait partie des emblèmes des Ostrogoths. Mais aussi des symboles chrétiens. Au centre du dessin de l’aigle, une croix est inscrite dans un cercle. Sur la broche de ma seconde photo, le dessin s’organise par rapport à une croix également. Sur cette même broche, sous les bras de la croix, on voit aussi deux poissons stylisés. Or le mot “poisson” se dit en grec ΙΧΘΥΣ dont les cinq lettres sont les initiales des mots Ἰησοῦς Χριστός, Θεοῦ Υἱός, Σωτήρ soit “Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur”. C’est pourquoi le poisson apparaît si souvent dans les représentations chrétiennes. Dans ma première photo, deux poissons apparaissent également, leurs têtes étant juste en-dessous des petites fausses émeraudes triangulaires en pâte de verre.

 

Concernant la plupart de ces bijoux, on n’est pas sûr de leur usage. Ce que j’appelle “broche” sur ma première photo ou à droite de la seconde, peut fort bien être un pendant de collier, une décoration de ceinture, ou autre chose. En revanche, ce qui est sûr, c’est que l’aigle (il y en a deux dans le “trésor”) et la cigale au milieu de ma deuxième photo sont des broches. Tout cela témoigne du très haut degré de sophistication de l’art et de la technique des bijoutiers de cette époque, à savoir la fin du cinquième siècle ou le début du sixième.

 

926d1 Annonciation (Francesco Menzocchi, vers 1535)

 

Beaucoup plus tard. Nous sommes vers 1535. Cette Annonciation fait partie d’un grand polyptyque de Francesco Menzocchi (1502-1574) dont le sujet principal, au centre, est une Sainte Famille avec une Vierge allaitant l’Enfant Jésus (je faisais tout à l’heure allusion à ce genre de représentation au sujet d’Isis allaitant Horus), et dans la bande inférieure, de part et d’autre de Jésus porté vers le tombeau, l’ange Gabriel à gauche et Marie à droite. C’est pourquoi je présente cette Annonciation en deux parties.

 

926d2 Christ mort ou Jean-Baptiste (terre cuite, 16e s.)

 

On considère généralement que cette tête de terre cuite du seizième siècle est celle d’un Christ mort, mais certains suggèrent que ce serait plutôt la tête de saint Jean-Baptiste décapité. Je ne connais pas les arguments des uns et des autres.

 

926d3 plat, le péché originel (cuivre repoussé, 16e s.)

 

Ce plat de présentation en cuivre repoussé représentant le Paradis Terrestre et la tentation d’Adam et d’Ève par le serpent est lui aussi du seizième siècle. Cet objet d’orfèvrerie provient du Palazzo Pubblico.

 

926e1 Crucifixion bois doré (16e-17e s.)

 

926e2 Crucifixion bois doré (16e-17e s.)

 

926e3 Crucifixion bois doré (16e-17e s.)

 

Ce bas-relief de la Crucifixion est en bois doré et on le date entre le seizième et le dix-septième siècles. Le sculpteur en est inconnu, mais on suggère un artiste lombard. Quand je dis “on”, je veux parler de la notice du musée, parce que moi, hélas, mon niveau de culture artistique ne me permet pas d’avancer ce genre de suggestion. En revanche, sa beauté me pousse à en publier en plus gros plan ces deux détails, sur le Christ et sur les Saintes Femmes.

 

926f1 Vierge Galaktotrophousa, 17e siècle

 

Habituellement, en parlant de statues ou de reliefs de l’Antiquité, on appelle kourotrophos (“qui nourrit son enfant”) les femmes ou les déesses qui allaitent leur enfant. Lorsqu’il s’agit de la Sainte Vierge, le mot employé est plutôt galactotrophousa (“qui nourrit de son lait”), ce qui revient au même. L’auteur de ce tableau du dix-septième siècle est inconnu.

 

926f2 Vénus accroupie et la chaste Suzanne

 

Nous arrivons à la fin du dix-huitième siècle avec ces porcelaines. À gauche, c’est une Vénus accroupie, tandis qu’à droite le musée dit “Suzanne”, faisant sans aucun doute allusion à ce sujet fort courant tiré de la Bible où la “chaste Suzanne” se dévêt pour se baigner en se croyant seule, tandis que des vieillards lubriques se cachent pour la regarder puis s’approchent pour lui demander de satisfaire leur passion sous peine de l’accuser d’adultère avec un jeune homme. Elle refuse, elle est condamnée à mort, mais le prophète Daniel la sauve en confondant les maîtres-chanteurs. Or sur ma photo en qualité originale, lorsque je l’agrandis à l’écran, je lis très clairement sur le pied “INNOCENZA”, innocence. Ce qui correspond à Suzanne, mais peut également s’appliquer à d’autres femmes, une allégorie de l’Innocence par exemple.

 

926f3 Visitation (Gaetano Barilari, 1824)

 

Cette Visitation de 1824 provient du monastère de Santa Chiara (Sainte Claire). L’auteur en est connu, il s’appelle Gaetano Barilari.

 

926f4 saint Marin diacre (19e s.)

 

Ce bas-relief du dix-neuvième siècle représente saint Marin diacre. En effet, comme je le disais dans mon article précédent, lorsque Constantin a promulgué l’édit de Milan garantissant la liberté de culte, Marinus a officiellement créé sa communauté sur le mont Titano, et a été consacré diacre par l’évêque de Rimini.

 

926g1 Vue de St-Marin (Luigi De Vegni, 1845)

 

926g2 Vue de San Marino (anonyme, 1865)

 

Ces deux gravures du dix-neuvième siècle représentent Saint-Marin. La première, qui est aquarellée, est intitulée Vue du Mont et de la ville de St-Marin, elle est de Luigi De Vegni et date de 1845. La seconde est intitulée Vue du mont de St-Marin du côté du nord-est, elle est de 1865, mais son auteur est inconnu.

 

926g3 billes de vote, blanches et noires (19e s.)

 

Ce que nous avons vu jusqu’à présent était d’expression artistique. Pas ces billes, qui au contraire révèlent un aspect de la démocratie de ce pays. Ce sont des billes qui, au dix-neuvième siècle, étaient utilisées pour le vote. Elles ont perdu leurs couleurs, mais elles étaient noires et blanches. Ainsi, qui ne savait pas lire pouvait prendre part au vote, le dépouillement était rapide et aisé, et il ne pouvait pas y avoir de “bulletins” nuls.

 

926g4 Le Tailleur de pierre (1909)

 

Cette sculpture datée de 1909 est l’œuvre d’un sculpteur local anonyme, et elle représente Le Tailleur de pierre. De toute évidence, c’est un hommage à ce Marinus, tailleur de pierre dalmate, qui est à l’origine de ce petit pays. Mais s’il l’a fondé, c’était en raison de sa foi chrétienne, or je trouve que cette statue représenterait à merveille un ouvrier soviétique stakhanoviste, dans une Russie brejnévienne laïcarde proclamant à la suite de Nietzsche que “Dieu est mort”. Mais ma remarque est seulement la preuve que j’ai mauvais esprit!

 

926h1 médailles commémoratives de 4 papes

 

926h2 médailles chemin de fer, aqueduc, Croix-Rouge

 

Saint-Marin frappe aussi des médailles. Inutile de commenter la première série, où j’ai choisi quatre médailles de papes récents. Comme ils sont représentés après leur mort, on s’arrête à Jean-Paul II, et j’ai ajouté leurs noms sur ma photo. Au contraire, la seconde série nécessite des précisions. En haut à gauche, cette médaille commémore l’inauguration de la ligne de chemin de fer qui relie San Marino à Rimini en 1932. Il en existe des exemplaires en or, en argent, en bronze. Elle est signée S. Jonnson et Enrico Saroldi. En bas au milieu, c’est la médaille commémorative de l’inauguration, en 1962, du nouvel aqueduc, signée C. Affer, qui existe elle aussi dans les mêmes trois métaux. Et la troisième médaille, à droite, qui n’existe qu’en argent et que l’on date sans certitude de 1919, elle est un hommage “Aux méritants de la Croix-Rouge italienne à la Sérénissime République de Saint-Marin”. Elle est signée M. Fornaghi et Johnson.

 

On le voit, ce musée est riche de bien des choses intéressantes, et même d’autant plus intéressantes qu’elles sont pour bon nombre d’entre elles différentes de ce que l’on voit ailleurs.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Claire 02/01/2016 12:33

Qui peut me donner des nouvelles de Thierry Jamard? Je n'en ai plus depuis août 2015... Et je m'inquiète..... Merci!!!!

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