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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 12:56
787a1 Le Général de Gaulle
 
Boulevard Saint-Germain se trouve le Musée du Manuscrit dont j’avoue avoir découvert l’existence en parcourant les expositions de la semaine dans Pariscope. En effet, il est proposé de voir les messages secrets envoyés par le général de Gaulle durant la Seconde Guerre Mondiale. Exposition temporaire passionnante, qui en outre nous a amenés à visiter les collections permanentes, tout aussi passionnantes. Mais commençons par de Gaulle.
 
787a2 affiche proclamation du 18 juin 1940
 
À l’université de Reading, dans le Berkshire, à un peu moins de 70 kilomètres de Londres (sorry, 43 miles…), ville où Oscar Wilde a été huit mois en prison et où plus près de nous Jacqueline Bisset a vécu quelque temps, un Français du nom de Desseignet, marié à une Anglaise, enseignait le français. En 1940, cela faisait quatorze ans qu’il était arrivé là avec sa fille Marie-Thérèse alors âgée de quatorze ans. Elle en a donc à présent vingt-huit. De Gaulle demande au père d’être son représentant dans les comtés de Berkshire, Oxfordshire et Buckinghamshire.
 
787a3 Laissez-passer de Marie-Thérèse Desseignet
 
Marie-Thérèse, qui a appris la dactylo, effectuera, elle, le secrétariat du Général, à l’État-major, au n°4 de Carlton Gardens à Londres. Le 30 mai 1943, de Gaulle arrive à Alger et s’établit à la Villa des Glycines. Marie-Thérèse l’y accompagne. Après le Débarquement du 6 juin 1944, de Gaulle, lui, débarque à Courseulles le 14 juin. Avant de l’accompagner en France, Marie-Thérèse est allée prendre ses affaires à la Villa des Glycines et là elle trouve au fond d’un placard vide un vieux dossier contenant 313 messages secrets manuscrits que le général a rédigés entre 1940 et 1942, et qu’elle a ensuite dactylographiés et télégraphiés.
 
787a4 Le Général de Gaulle et Marie-Thérèse Desseignet
 
Deux fois, en 1945 puis en 1958, elle veut les rendre au Général, qui refuse, estimant que ces originaux "peuvent rester entre de bonnes mains". Il avait déjà recopié et gardé en sa possession le texte de ceux qu’il a l’intention de publier en annexe de ses Mémoires. L’exposition actuelle présente environ 200 de ces originaux.
 
787b1 message du général de Gaulle à Pléven, 2 juin 194
 
Il n’est évidemment pas question que je fasse ici une exposition n°2 de tous les documents. Je vais même me limiter à un tout petit nombre, parce que l’écriture du Général de Gaulle, presque réduite à un trait et pourtant relativement lisible dans les vitrines, devient indéchiffrable sur mes photos. Voir les originaux est émouvant, voir mes photos est, j’en suis conscient, d’un intérêt fort limité. Donc, à titre d’exemple sans plus, quelques messages. Celui-ci a été adressé à René Pleven le 2 juin 1941. Tout en haut, il est écrit d’une autre main, probablement Marie-Thérèse Desseignet, "Télégramme à chiffrer". Ayant fait de Pleven son représentant aux USA, il lui demande de mettre à leur disposition les bases d’Afrique Française Libre. "Afrique est désignée par la nature comme base principale d’action progression des États-Unis vers centres vitaux ennemis en Europe". Il ajoute "Débarquement possible matériel et ravitaillement par Douala et Pointe-Noire. Facile y installer ateliers montage avions".
 
787b2 message du général de Gaulle à René Cassin 03-07-
 
Autre message autographe, celui-ci a été adressé à René Cassin le 3 juillet 1941. Le Général souhaite affermir son pouvoir, accroître l’audience du Conseil de Défense de l’Empire, préparer la rénovation de la France après le guerre. Pour cela, il envisage de convoquer, dans quelques mois, un grand Congrès de la France Libre, auquel participeraient toutes les populations françaises de l’Empire. Il adresse à René Cassin ce message pour lui demander de réfléchir à l’organisation de ce congrès. Il adressera, dans le même sens, d’autres messages à d’Argenlieu, à Antoine, à Dejean, à Escarra. "Étant donné le rôle que joue maintenant la France Libre au point de vue national, au point de vue international et au point de vue de l’effort de guerre, je pense que le moment est venu d’élargir la base de notre autorité et de fournir à l’opinion de nos compagnons le moyen de s’exprimer et de se concerter".
 
787b3 message du Général de Gaulle à Catroux, 21 juillet
 
Le 21 juillet 1941, le monde devra encore attendre trois ans un grand événement, ma naissance ! Plus sérieusement, de Gaulle s’adresse au général Georges Catroux à Damas. De Gaulle l’avait fait Haut-Commissaire au Levant. Le 8 juin, les troupes de Vichy se battent au Levant contre les troupes alliées. Le 14 juillet, à Saint-Jean-d’Acre les Alliés signent l’armistice avec Vichy, sans autoriser Catroux à le signer. Or il est important de prévoir que les hommes de troupe et les officiers puissent choisir entre le rapatriement vers le Maréchal Pétain ou le ralliement au Général de Gaulle, et d’autre part il y a des armes saisies, et ainsi rien n’en revient à la France Libre. D’où ce "Télégramme à chiffrer". De Gaulle écrit "J’ai notifié ce matin oralement et par écrit à Littleton: 1° que nous refusions d’accepter la convention et le protocole et que nous nous réservions d’agir comme il nous semblera bon. 2° qu’en date du vingt-quatre juillet à midi la France Libre ne consentait plus à subordonner les troupes du Levant au commandement britannique en Orient". Puis, parce qu’il a toujours refusé le rapatriement des troupes du Gouvernement de Vichy, "En conséquence je vous prescris d’une part d’organiser immédiatement et de réaliser avec les troupes de Vichy des contacts directs en vue de leur ralliement […], enfin de prendre possession des armes et des matériels partout où vous en trouverez. […] Si les gens de Vichy quelque soit leur grade continuent à parader à Beyrouth, veuillez les faire immédiatement arrêter et reléguer".
 
787b4 copie télégramme du général de Gaulle à Schweitz
 
Une idée remarquable a fait dactylographier tous les messages, avec leurs ratures, leurs ajouts, les notes en marge, et réunir l’ensemble de ces textes dans un très épais cahier, en les classant dans l’ordre des vitrines. À l’entrée, on vous remet un exemplaire de ce cahier en échange d’un document d’identité à titre de caution, de sorte qu’il n’est pas besoin, devant chaque lettre, de rester à la déchiffrer. Ci-dessus, par exemple, photocopié dans le cahier, le texte d’un message au Docteur Schweitzer. Je ne le recopie pas ici, je crois ma photo lisible.
 
787b5 message du Général de Gaulle à Leclerc, 25 mars 19
 
Cette lettre est suffisamment brève pour que je puisse la transcrire intégralement, et suffisamment claire pour se passer d’explications. Une main différente, vraisemblablement celle de Marie-Thérèse, a ajouté une référence et une date "2546b – 25.3.42".
"Au HC [Haut Commandement] Brazzaville,
pour le général Leclerc (personnel du général de Gaulle).
Mon cher Général je vous ai nommé aujourd’hui par décret [ces deux mots ajoutés en interligne] commandant supérieur en Afrique Française Libre.
Je désire que vous rejoigniez votre nouveau poste et preniez vos fonctions immédiatement et sans délai.
Le général Serres est mis à la disposition du général Catroux.
Veuillez me [ce mot ajouté en interligne] proposer d’urgence votre successeur dans ce commandement des troupes du Tchad que vous avez si glorieusement exercé. Mes profondes amitiés.
Général de Gaulle".
 
787b6 L'amiral Muselier en mer devant Saint-Pierre et Mique
 
Je vais en rester là, parce qu’il serait beaucoup trop long, quoiqu’intéressant, d’évoquer l’amiral Muselier (ci-dessus en mer, devant Saint-Pierre et Miquelon), son engagement, la discorde, les suites, l’action, tout cela à travers des messages très significatifs. Mais un message isolé perd beaucoup de son intérêt et je ne peux tous les publier.
 
787c1 Bas-relief égyptien de la XIXe dynastie
 
787c2 Stèle représentant Osiris
 
Il reste encore beaucoup de temps avant la fermeture, alors pourquoi pas aller jeter un coup d’œil aux collections permanentes ? Et en fait, elles sont d’une telle richesse, tous ces autographes originaux de toutes époques sont si émouvants, que nous sommes loin de regretter notre visite. Elle s’imposait. Je commence avec ces deux "manuscrits" égyptiens gravés dans la pierre. Le bas-relief de la première photo, du temps de Ramsès II (Nouvel Empire, XIXe dynastie, 1290-1224 avant Jésus-Christ), représente un haut dignitaire en adoration devant les noms de Ramsès II inscrits en hiéroglyphes dans les deux formes oblongues en face de lui. Au-dessus de ces noms, des plumes de Maât (la Justice).
 
Beaucoup plus récente, l’autre pierre est située entre la fin de l’époque ptolémaïque (Cléopâtre, dernière reine d’Égypte, descendante des Ptolémée, meurt en 30 avant Jésus-Christ) et l’époque romaine (les Romains, avec Octave, prennent le pouvoir en Égypte après le suicide de Cléopâtre). Deux momies, devant une table d’offrandes, se présentent au dieu Osiris. Les hiéroglyphes, en trois colonnes à gauche et quatre à droite, indiquent le nom d’Osiris et les deux noms des momies, Payef Tchaou Khonsou et Titagir. Sous les deux traits qui figurent le sol en-dessous des pieds des personnages, deux lignes de texte répètent ces noms, rédigées en démotique (état de la langue égyptienne tardive, et écriture hiéroglyphique simplifiée. Champollion a pu déchiffrer les hiéroglyphes anciens grâce à la pierre de Rosette rédigée en grec ancien, en démotique et en hiéroglyphes).
 
787d1 Charte au sceau de Jean le Bon, 1368
 
Quittons les pierres gravées, l’épigraphie, et venons-en aux manuscrits au sens propre. Il y a dans ce musée des écrits de chefs d’états. Ici, cette charte sur parchemin porte le sceau de cire rouge de Jean le Bon et elle est datée de Paris, le 3 mai 1368.
 
787d2 Lettre de François Ier à Charles Quint
 
787d3 Lettre en espagnol de Charles Quint
 
Je présente ici deux rivaux, deux ennemis, le roi de France François Premier et l’Empereur du Saint-Empire Romain Germanique et roi d’Espagne Charles Quint. Dans sa lettre adressée à Charles Quint, François 1er manifeste son amitié à son destinataire –on est après 1544 et la trêve de Crépy-en-Laonnois. Au contraire, quand Charles Quint écrit, en espagnol (lui qui, roi d’Espagne, ne parlera jamais correctement cette langue, prononciation, accent et grammaire) à un correspondant dont on sait seulement que c’est un duc, on est le 30 juin 1537. Or en 1536, François Premier, craignant son puissant rival, a fait le choix de s’allier à Soliman le Magnifique, sultan de l’Empire Ottoman. À cette époque, quoique ne parvenant jamais à faire front commun et restant désireux de protéger leurs intérêts commerciaux, tous les états d’Europe s’accordaient sur l’idée de reconquérir Constantinople, siège de l’Empire byzantin, donc chrétien, prise en 1453 par les Turcs qui maintenant mettent la main sur les Balkans et vont jusqu’à menacer Vienne. Le roi de France est considéré comme un traître, qui s’allie avec les Musulmans, accueille leur flotte à Marseille, et prépare avec eux une attaque des côtes d’Espagne. Tout cela est détaillé et expliqué de façon passionnante dans Le Turban et la stambouline, de Jean-François Solnon (éditions Perrin) que m’avait conseillé de lire notre ami Pierre (connu grâce à mon blog, et rencontré à Rome puis à Olympie). Dans la présente lettre, Charles Quint écrit que François Premier "s’est allié au Turc pour envahir la chrétienté et plus particulièrement [s]es royaumes".
 
787d4 Lettre de Catherine II de Russie
 
La tsarine Catherine II, "Impératrice et autocrate de toutes les Russies", écrit le 24 février 1796, de Saint-Pétersbourg, à Ferdinand Premier, fils de Charles III d’Espagne et de Marie-Amélie de Saxe, roi des Deux-Siciles, pour lui annoncer le mariage, le 26, de son petit-fils Constantin Pavlovitch avec Ana Feodorovna. Sa lettre, bien sûr, est en russe, langue de l’État, quoiqu’elle pratique parfaitement le français (on sait ses longs entretiens, philosophiques et politiques, en tête à tête avec Diderot dont l’impératrice a écrit un jour "Votre Diderot est un homme extraordinaire ; je ne me tire pas de mes entretiens avec lui sans avoir les cuisses meurtries et toutes noires ; j’ai été obligée de mettre une table entre lui et moi pour me mettre, moi et mes membres, à l’abri de sa gesticulation."). "Faisant part de cet heureux événement pour nous et pour notre empire, nous pensons assurément que Sa Majesté Royale, considérant son amitié pour nous, apprendra avec joie la nouvelle".
 
787d5 Manuscrit de Louis XVI
 
Je reviens un peu en arrière. Lors de la lettre de Catherine II, il y avait trois ans que Louis XVI avait été décapité. La "Déclaration à tous les Français" ci-dessus, écrite et signée de sa main, est datée du 20 juin 1791. Le roi, encore en place mais privé de presque tous les pouvoirs, écrit "Que reste-t-il au Roy autre chose que le vain simulacre de la royauté ?" Il s’agit d’une sorte de testament politique, officiel et paraphé à chaque page par Alexandre de Beauharnais, en tant que président de l’Assemblée Constituante. Or précisément ce 20 juin 1791, le roi va s’enfuir pour tenter de gagner l’Autriche dans le but de reconquérir son royaume et, reconnu à Varennes le 21 et ramené à Paris il perdra même ce simulacre de la royauté et c’est en grande partie sa fuite, considérée comme trahison à l’encontre de sa patrie, qui décidera de sa condamnation à la guillotine.
 
787d6 Notes et dessins de Napoléon à Sainte-Hélène
 
La Révolution est passée, le Premier Empire aussi, et Napoléon, empereur déchu, est relégué à Sainte-Hélène. Sur le Northumberland, navire qui l’emmenait vers l’île où il passera ses dernières années, il avait demandé au comte de Las Cases, qui l’accompagnait et sera son mémorialiste, de lui enseigner l’anglais. En effet, longtemps émigré à Londres lors de la Révolution puis de la Première Restauration, ce dernier parle parfaitement l’anglais. Installé à Longwood House, Napoléon poursuivra cette étude en élève consciencieux et parviendra à un niveau correct… sans plus (il écrit par exemple "runned / courru", avec de plus la faute d’orthographe en français, attribuant deux R au verbe courir, ou encore "Comment se portoient-ils / How do they do"). Les cahiers de l’empereur, autographes, comportent des dessins de places fortes et des mots ou des phrases en anglais et en français.
 
787e Lettre du capitaine Dreyfus
 
Ici, il ne s’agit plus d’un chef d’état. La fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième ont été secoués par l’Affaire Dreyfus, une affaire si retentissante que les antidreyfusards, antisémites, ont sans aucun doute gardée en mémoire, dans leur tête ou dans celle de leurs enfants, lors des lois sur les Juifs du Gouvernement de Vichy. Le conseil de guerre de Rennes, sur la foi de documents falsifiés, avait dégradé le capitaine Alfred Dreyfus et l'avait condamné pour traîtrise. Mais la vérité une fois découverte, la Cour de Cassation casse cet arrêt le 12 juillet 1906 et la presse doit publier la décision qui réhabilite Dreyfus. Mais l’Action Française ne publie rien. Dans la lettre autographe ci-dessus, le capitaine Dreyfus (je lui donne son grade, puisqu’il l’a officiellement et légitimement récupéré) déclare : "Si, donc, comme il est certain d’après les déclarations du journal, mes lettres ne sont pas insérées jusqu’à lundi prochain, dernier délai, dans l’Action Française, je remettrai le même jour un projet d’assignation de ce journal devant le Tribunal Correctionnel pour refus d’insertion". Cela est bien normal. Il a été traîné dans la boue, il en va de son honneur. Le journal avait publié des accusations fausses, avec de fausses preuves. Il convient de le contraindre à respecter le droit de réponse.
 
787f1 Brouillon d'une lettre de Champollion
 
Le musée propose des manuscrits de savants. Puisque j’ai commencé par deux pierres gravées égyptiennes et que j’ai évoqué la pierre de Rosette, voici le brouillon d’une lettre que Champollion destine à la Garde Nationale le 21 septembre 1830. Suite aux Journées de Juillet, tout homme peut se voir appelé à intégrer la milice, sauf les fonctionnaires publics. Telle est la raison de la lettre ci-dessus, dans laquelle Champollion rappelle que depuis 1826 il est "conservateur du musée des antiques du Louvre et professeur de langue et d’Archéologie Égyptienne au même musée".
 
787f2 Document autographe de Darwin
 
"Botanical works continued on the existence of two forms of their reciprocate sexual relations…". Ainsi commence cette page qui fait partie de la liste des grandes publications effectuées par Darwin, et qu’il adresse en 1870, dans ce document autographe, à Armand de Quatrefages, membre de l’Académie des Sciences depuis 1852, dans le but de présenter sa propre candidature à cette prestigieuse institution. Ces travaux qui ont fait l’objet de publications scientifiques, Darwin les classe en General works, Geological works, Botanical works, Zoological works. Et en effet, Quatrefages et Milne-Edwards présenteront conjointement, en 1870, la candidature de Darwin. Refusée… Mais Darwin sera finalement admis comme membre associé en 1878.
 
787f3 Lettre autographe d'Heinrich Schliemann
 
Heinrich Schliemann, le découvreur du site de Troie, puis de celui de Mycènes (en diverses occasions j’ai abondamment parlé de lui, notamment à Mycènes et devant sa tombe au cimetière d’Athènes), adresse le 16 août 1889 cette lettre à Carl Schuchardt, conservateur du musée de Hanovre. Il va se rendre à Paris pour prendre part à un congrès d’anthropologie et d’archéologie dans le but de défendre ses recherches sur Troie et sur Mycènes. Mais là, lui qui s’est formé à l’archéologie de très haut niveau en autodidacte, très attaqué par des collègues passés par les voies traditionnelles et sans doute jaloux de ses découvertes exceptionnelles, il doit reconnaître des erreurs sur des problèmes de datation. J’ignore quels sont exactement ces erreurs, mais ce que je sais, à titre d’exemple, c’est qu’à Mycènes ce que l’on appelle le tombeau d’Agamemnon date d’environ 1600 avant Jésus-Christ, soit quatre siècles avant la Guerre de Troie, Agamemnon et les autres héros de l’épopée.
 
787f4 Lettre de Gustave Eiffel
 
Gustave Eiffel, pour l’Exposition Universelle de Paris en 1889, a construit la célèbre tour. L’exposition finie, il est question de la démolir. Pour sauver son œuvre (heureusement) il imagine de la rendre indispensable pour raisons scientifiques et militaires. Le troisième étage abrite ainsi une station d’astronomie et une autre de météorologie. Une antenne permet l’émission d’une radio ainsi que des communications par télégraphie sans fil. Pour ces raisons, l’accès du dernier étage n’est pas public. Sa lettre, datée du 4 juillet 1889, est adressée à une dame Mangin, Banque de France, Paris.
"Madame,
Je regrette bien vivement de ne pouvoir vous donner l’autorisation écrite que vous me demandez par votre lettre du 27 juin, mais l’étage supérieur de la Tour est exclusivement réservé à des observations scientifiques et militaires ; en dehors de celles-ci l’accès de la plate-forme ne peut se faire qu’avec moi ou avec mon gendre M. Salles.
L’un de nous deux aura donc le plaisir de vous y accompagner un de ces matins si vous pouvez vous trouver à la Tour vers 9h1/2 du matin au pavillon de la Société de la Tour, en face de celui de la Cie du Gaz, près de la pile Nord de la Tour.
Veuillez agréer, Madame, l’assurance de mes sentiments distingués".
 
787f5 Manuscrit d'Albert Einstein
 
Cette page de calculs a été écrite de la main d’Albert Einstein, à Princeton, entre 1941 et 1945. Ceux qui n’ont de lui que le souvenir de la photo célèbre où il fait des grimaces se rendront vite compte qu’ici, il n’y a pas de quoi rire. J’ai compris la lettre d’Eiffel ou celle de Dreyfus, mais que l’on ne me demande pas, ici, d’expliquer de quoi il s’agit…
 
787f6 Lettre de Sigmund Freud
 
La langue allemande m’étant aussi impénétrable que les calculs d’Einstein, je n’ai pu dire que des généralités, tout à l’heure, de la lettre de Schliemann, en dehors des quelques mots d’explication que prodigue le musée. Ici, c’est Sigmund Freud qui écrit de Vienne, en Autriche, le 8 juin 1924, à Otto Juljewitsch Schmidt, professeur à l’université Lomonossov de Moscou et directeur des éditions d’État (à cette époque, c’est l’URSS). "Je suis naturellement prêt à autoriser sans restriction la traduction en russe de L’Interprétation des rêves que vous avez publiée et j’ai prié l’éditeur Deuticke d’interrompre les négociations dans un autre sens", cite la notice du musée.
 
787g1 Lettre du Bernin (Bernini) datée 3 mars 1635
 
Le baldaquin de bronze de la basilique Saint Pierre de Rome, la triple colonnade de la place Saint Pierre, l’église Sant’Andrea del Quirinale, la restauration de Santa Maria del Popolo, la fontaine des Quatre Fleuves sur la piazza Navona, la fontaine du Triton sur la piazza Barberini, l’Extase de Sainte Thérèse dans l’église Santa Maria della Vittoria, telles sont quelques unes des œuvres de l’architecte et sculpteur Gian Lorenzo Bernini, en français Le Bernin, parmi toutes celles que nous avons vues à Rome (et que j’ai commentées dans ce blog). Je ne cite que celles qui me reviennent spontanément en mémoire. Son bienfaiteur, son mécène, c’est le pape Urbain VIII Barberini (tiens, j’aurais pu aussi citer son buste au Musée du Vatican et son tombeau dans la basilique). Urbain VIII est mort, les commandes officielles au Bernin ont diminué. Dans cette lettre du 3 mars 1635 il évoque ce pape pour lequel il a beaucoup travaillé.
 
787g2 Lettre d'Utrillo à Paul Pétridès, 1941
 
Puisque nous venons de parler d’un artiste, ouvrons une nouvelle série. Datée du "Vésinet (Seine-et-Oise), juin 1941", cette lettre de Maurice Utrillo ornée d’un dessin est adressée à Paul Pétridès, son marchand d’art.
"Mon cher Pétridès,
De retour de l’exposition du Palais de Tokio (sic) ma chère femme ma bonne Lucie toujours si dévouée à mon Art, me dit que ma toile exposée (représentant le Sacré-Cœur de Montmartre), est fort bien placée et a été fort appréciée par les nombreux visiteurs.
J’en remercie les organisateurs.
Croyez, mon cher Pétridès, à l’assurance de mes sentiments d’amitié".
 
787g3 Dessin de Mérimée avec sous-titre en russe
 
Prosper Mérimée, l’auteur de la nouvelle Carmen qui a inspiré l’opéra le plus représenté dans le monde, et aussi de la Vénus d’Ille, Mateo Falcone, Colomba, est connu en tant qu’auteur de nouvelles, mais aussi en tant qu’inspecteur des monuments historiques, titre auquel il établit le répertoire des monuments dont l’architecture est remarquable. Mais il n’est pas connu pour ses dessins. Russophile et russophone, traducteur de Gogol et de Pouchkine, il s’efforce de diffuser en France la culture russe. Ici, Marius Petipa ayant fondé à Saint-Pétersbourg une école russe de ballet, Mérimée a réalisé ce dessin pour promouvoir chez nous la danse classique de Russie. Au bas de l’esquisse, à gauche, on discerne difficilement sa signature, mais en gros caractères d’écriture cyrillique il a écrit Galevskaïa Krasavitsa, c'est-à-dire La Beauté Galevskaïa.
 
787h1 Correction d'épreuve d'un poème de Baudelaire
 
Ceci est la correction de la main de Baudelaire, vers 1862, de l’épreuve envoyée par l’éditeur de son poème Les Petites vieilles. Il s’agit ici de l’intégration dans la réédition des Fleurs du mal de ce poème qui a déjà été publié séparément dans la Revue Contemporaine du 15 septembre 1859.
 
787h2 Stendhal, manuscrit de Rome, Naples et Florence
 
Cette page pleine de ratures est le début d’une préface jamais publiée de Rome, Naples et Florence, ce livre de Stendhal dont j’ai si souvent cité des extraits dans mon blog au sujet de nos visites en Italie. Ce manuscrit date d’avril – août 1824.
 
787h3 Préface du Soulier de satin, de Claudel
 
Beaucoup plus propre et non raturé, ceci est le manuscrit autographe par Paul Claudel de la préface du Soulier de satin (30 novembre 1924). En réalité, quoiqu’autographe, je pense que ce texte est une mise au propre.
 
787h4a Saint-Exupéry, manuscrit de Terre des hommes
 
787h4b Dessins de Saint-Exupéry
 
Ces deux photos se rapportent à des œuvres d’Antoine de Saint-Exupéry. La première montre le manuscrit, rédigé en janvier 1936, du chapitre Au centre du désert, du roman Terre des hommes. Dans ces 57 pages, il raconte son accident dans le désert de Libye, fin décembre 1935, survenu au cours de son raid de Paris à Saigon, et sa longue marche dans le désert. L’autre photo montre une page d’un carnet de dessins réalisés lors d’un stage de pilotage au Maroc en 1921, qu’il a intitulé Les Copains. Ici, il écrit "3 croquis de salle de police. Les uns rêvent, les autres dorment. Mais que la nuit est longue! (Hélas : des pilotes)". Au-dessus de chacun des pilotes punis de salle de police, il inscrit le motif de la sanction : "A viré trop près du sol", "A atterri vent de côté", "A coupé la piste à moins de 500m. de hauteur".
 
787h5 Poème et dessins de Max Jacob
 
Max Jacob a composé ici deux versions du même poème. Il a intitulé la version du haut, celle qui est toute pleine de ratures, St. Benoît Labre. Puis il avait repris le titre pour la deuxième version, l’a rayé et remplacé par Verlaine. Les deux dessins d’hommes sont aussi de sa main. Le musée suppose qu’il peut s’agir d’Adam. Et en effet, le poème commence par "La pluie une nuit entière / Ce nous vaut ta faute Adam". Et la faute d’Adam est reprise à la fin. Mais, personnellement, je ne vois rien dans ces dessins qui évoque Adam, et je me demande s’il ne s’agit pas de dessins réalisés sans sujet, en cherchant l’inspiration.
 
787h6 Manuscrit de Sartre intitulé Baudelaire
 
Cette page bien remplie et bien propre est due à Jean-Paul Sartre (1945-1946). C’est le manuscrit d’un essai intitulé Baudelaire, destiné à démontrer que Baudelaire a raté sa vie et n’a jamais fait usage de sa liberté.
 
787i Manuscrit musical de Verdi
 
Des manuscrits, ce ne sont pas que des textes ou des dessins. Les musiciens ont aussi tracé à la main les notes de leurs compositions sur des portées. Nous voyons ici, daté de Naples le 20 avril 1858, une partition autographe de Giuseppe Verdi, signée par lui, comportant seize mesures du Trouvère.
 
J’arrêterai là ma présentation de ce passionnant musée, si riche. Avant de poser le point final, je dois quand même me confesser. Mon choix des manuscrits présentés n’a pas été complètement libre. Par exemple, j’adore Verdi, mais Beethoven ou Mozart auraient mérité de figurer à ses côtés ou même à sa place. Pêle-mêle je peux citer Chopin, Liszt, Tchaïkovski, Verlaine, Nerval, Musset, Dostoïevski, Tolstoï, Marguerite Yourcenar, Vasari, Véronèse, Renoir, Pierre et Marie Curie, Henri Becquerel, et tant d’autres. J’ai pris ces documents en photo. Mais l’éclairage, les reflets sur les vitres, la position des documents, tout cela fait que, si les photos que je présente ne sont pas bien belles, beaucoup d’autres sont tellement pires que j’ai dû les éliminer de ma sélection. À défaut d’obtenir les autorisations nécessaires pour sortir les documents des vitrines, de les éclairer uniformément, suffisamment mais pas trop violemment, il m’aurait fallu, au moins, être un meilleur photographe. J’espère quand même avoir donné à quelques personnes l’envie d’y aller voir de plus près…

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Published by Thierry Jamard
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