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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 21:49

299 Hall musées du Vatican

 

Programme pour aujourd’hui : les musées du Vatican. Pour une seule entrée à 14 Euros (sans réduction pour les vieux) on accède à je ne sais combien de salles et de musées, dont la fameuse chapelle Sixtine, mais aussi aux antiquités égyptiennes, grecques, romaines, de Mésopotamie, à la galerie des cartes géographiques, aux peintures de Raphaël, à la pinacothèque, aux antiquités chrétiennes, à la galerie d’art religieux, à la galerie d’art moderne… Ouverture à 10h, fermeture à 17h30. Avec une petite coupure d’à peine une demi-heure à la cafétéria des musées (sympa et de prix très raisonnable), cela fait sept bonnes heures pour voir le tout. Et ce n’est pas de trop ! Nous nous sommes donc pointés dès l’ouverture dans ce grand hall moderne d’inspiration qui rappelle la pyramide du Louvre –en très différent pourtant.

 


300 Vatican, la Corse

 

Nous avons commencé en traversant la galerie des cartes géographiques. Ce sont des fresques couvrant les murs d’une grande galerie. Elles représentent les provinces d’Italie une à une et s’achèvent, en face à face, avec l’Italie antique et l’Italie moderne. Ces deux dernières sont présentées de façon normale, mais les autres partant de la latitude de Rome, tout ce qui est situé plus au nord est peint "les pieds en l’air", comme cette Corse (qui n’est devenue française que juste à temps pour que Napoléon naisse français). Pour le reste, notre parcours n’ayant suivi aucun ordre logique, je vais classer nos visites selon la chronologie de l’histoire.

 

301a

 

Nous sommes en Égypte, en 2250 avant Jésus-Christ. La notice est sobre, elle se contente de dire "Fragment de relief tombal, scène de vie animale sur les rives du Nil". Je l’ai choisie pour ce musée, parce que je la trouve à la fois vivante et amusante, et d’un graphisme très moderne.

 

301b

 

Mais quand on pense à l’Égypte ancienne, on pense immédiatement (moi, du moins) aux pyramides, qui renferment des momies. Je me devais donc de placer ici cette momie impressionnante.

 

302

 

Changeons de pays, changeons de civilisation. "Cadavres flottant sur une rivière. Du palais nord d’Assurbanipal à Ninive. Période néo-assyrienne, seconde moitié du règne d’Assurbanipal, 648-631 avant Jésus-Christ".

 

303a

 

De l’antiquité grecque, le musée présente une pléthore de bustes et de statues. Dans un coin des salles, et selon un ordre numérique fort désordonné, une très brève indication est donnée, mais certains numéros sont absents. Si, comme c’est généralement le cas, on n’est pas capable d’identifier la personne représentée, tant pis. Mais ici, tout Français de mon âge ayant fait du latin a appris par cœur dans la grammaire de Petitmangin l’exemple de la proposition infinitive : Dicunt Homerum caecum fuisse, On dit qu’Homère était aveugle. Un barbu aveugle, pas de doute, c’est bien lui. De même, plus loin en voyant un homme avec un haut casque planté sur le crâne, je n’ai pas eu de doute, c’était Périclès qui cachait sa tête d’œuf dont il avait honte sous cette parure de guerrier. Mais je n’ai même pas eu à aller voir si je m’étais trompé, son nom était gravé en grec sur le socle.

 

303b

 

L’une des statues les plus célèbres du Vatican, c’est ce Laocoon et ses fils. Je me rappelle qu’étant élève j’avais traduit cette légende dans Virgile et que, lors d’une balade en famille dans le parc de Versailles où se trouve une copie de cette statue, j’avais été tout fier d’en donner l’interprétation. Je recommence ici (avec moins de naïve fierté) : Ce prêtre d’Apollon avait fait l’amour à sa femme devant la statue du dieu, ce qui est sacrilège. Lors des événements qui ont décidé de la chute de Troie, sur les conseils d’Ulysse un immense cheval au ventre truffé de guerriers dissimulés est offert, comme un cadeau, aux Troyens. Ils auraient dû se méfier des Grecs ("Timeo Danaos, et dona ferentes"), mais ont eu le tort de croire que leurs ennemis se rembarquaient et ont chargé Laocoon de sacrifier un taureau à Poséidon pour qu’il envoie une tempête aux Grecs et fasse couler leurs bateaux. C’est alors qu’Apollon a choisi de se venger du sacrilège en envoyant deux serpents géants qui se sont emparés des fils de Laocoon. Il s’est porté au secours de ses enfants, mais les serpents les ont étouffés tous les trois et sont ensuite allés se lover aux pieds de la statue d’Athéna dans son temple troyen. On connaît la suite, le cheval a été tiré au cœur de la citadelle et la nuit, quand les guerriers troyens étaient au plumard et ronflaient comme des sonneurs, les guerriers grecs sont sortis et ont pris possession de Troie. Fin de la guerre. Cette splendide statue du premier siècle avant Jésus-Christ, sculptée par un groupe d’artistes de Rhodes, a été découverte par des paysans.

 

303c

 

Nous voici dans les antiquités romaines, au quatrième siècle de notre ère. Cet énorme sarcophage de porphyre rouge représentant des scènes de guerre où des cavaliers frappent des prisonniers barbares était sans doute destiné à l’empereur Constantin (ou à son prédécesseur), mais pour une raison inconnue c’est la mère de Constantin, sainte Hélène, morte en 335, qui y a été ensevelie (Constantin, lui, est mort en 337). En 1154, ce sarcophage a été transporté à Saint Jean de Latran et a été utilisé pour le pape Anastase IV. Il n’a échoué ici au Vatican qu’en 1777.

 

303d

 

Un peu plus tôt, fin du troisième siècle. Ce sarcophage chrétien est daté entre 280 et 300. Il représente la scène biblique de Jonas jeté par-dessus bord dans la gueule d’un monstre marin qui va l’avaler tout cru et tout entier, ce qui lui permettra de survivre à l’événement.

 

304a

 

Cette flagellation de Jésus nous fait faire un grand bond dans l’Histoire, puisqu’elle nous transporte au seizième siècle, date de cet émail peint provenant de Limoges, notre bonne vieille Limoges française. N’est-ce pas qu’il est beau, notre art français ?

 

304b

 

Une salle est consacrée à l’Immaculée Conception, dogme proclamé par le pape au milieu du dix-neuvième siècle (1854 je crois), selon l’apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous à Lourdes. Ainsi, Marie aurait été conçue sans le péché originel. Toutes sortes d’objets et de livres sont rassemblés ici. Une grande vitrine est bordée de quatre représentations de peuples des différents continents. Ici, l’Amérique. Le texte dit "Les peuples d’Amérique se souviendront de ton nom". Le même texte exactement (les peuples d’Asie, d’Europe, d’Afrique) souligne les autres représentations.

 

305a

 

Parmi les joyaux du Vatican, il y a évidemment la chapelle Sixtine avec son Jugement Dernier monumental de Michel-Ange et tout autour des fresques admirables de Botticelli, Le Pérugin, Pintoricchio et consorts, mais la photo y est strictement interdite et soigneusement contrôlée, aussi me contenterai-je de dire qu’en effet c’est admirable, et que nous en sommes ressortis avec un torticolis à force de nous être démanché le cou et une paralysie des mandibules à force de béer de la bouche. Ce qui fait baver, bien sûr, nos vêtements comme ceux de tous les visiteurs ressortant trempés de cette contemplation. Je ne devrais d’ailleurs pas plaisanter là-dessus, parce qu’il est parfaitement vrai que j’en béais d’admiration. Mais un autre joyau est cet ensemble de salles peintes par Raphaël. Quand on a tant vu de reproductions de cette École d’Athènes dans un tas de livres, quelle émotion de la voir en grand format, et en original, de la main de l’artiste !

 

305b

 

305c

 

Autre fresque très célèbre, dans une autre salle, c’est le Couronnement de Charlemagne par Léon III à St Pierre de Rome, dans la nuit de Noël 800. Mais en réalité, le premier gros plan ci-dessus montre que Léon III a plutôt les traits de Léon X (heureusement que le commentaire le dit, parce que je ne connais pas leurs tronches), et Charlemagne ceux de François Premier (là, je m’en rends compte. Il n’a même pas la barbe fleurie). Je trouve intéressantes les mimiques des évêques pendant la cérémonie.

 

306a

 

L’autre jour, dans l’église Santa Maria in Vallicella, nous avions vu une remarquable Déposition de Croix, copie d’un Caravage dont l’original avait été transféré au dix-septième siècle au Vatican. Eh bien voici l’original. Nous avions admiré la copie, nous sommes restés en contemplation devant l’original.

 

306b

 

Ici, saint Nicolas de Bari sauve le navire du naufrage, tableau daté de 1424-1425. On voit le monstre marin à vague forme humaine, en bas à gauche. Le saint arrive dans une nuée dorée. Cette représentation est involontairement d’une naïveté désarmante (et désopilante). Il s’agit d’une œuvre d’un certain Gentile da Fabriano (Fabriano 1370 – Parme 1427).

 

306c

 

Je ne connais ni le peintre Hercule de Roberti (1450-1496), ni le saint dont il est question, ni quels miracles ont été accomplis (le tableau représente les miracles de saint Vincent Ferreri), mais j’aime cette représentation un peu naïve, colorée, représentant une scène transposée au quinzième siècle.

 

307a

 

307b

 

Dans les salles de Pie VII ont été représentés des événements de sa vie et de son pontificat. Je préfère choisir ici ce qui se réfère à ses démêlés avec Napoléon, qui l’a humilié et l’a fait prisonnier. Devant ces images, je ne peux oublier ces excellentes pages de Vigny, dans Servitude et Grandeur Militaires, où il décrit l’empereur tentant de séduire le Saint Père avec des mots aimables et des promesses, et le pape se contentant, en guise de réponse, de dire calmement en italien "Commediante". L’empereur, furieux, l’insulte, tempête, le menace, et Pie VII recroquevillé sur son siège, à la fin de la colère, prononce simplement "Tragediante". Que ceux qui ne connaissent pas ce texte merveilleux le recherchent sur Internet. Je ne le sais pas par cœur, je ne l’ai pas sous la main, et de toute façon même si j’en disposais il est trop long pour que je le reproduise ici.

 

308a

 

Passons à la galerie d’art moderne. J’ai choisi ce tableau de Max Ernst daté de 1914 et intitulé Crucifix parce que je trouve cette interprétation particulièrement intéressante. Elle renouvelle ces Christ de douleur, certes, mais conventionnellement bien régulièrement verticaux sur leur croix, les bras bien horizontaux, et ce n’est que sur les Dépositions que parfois leur corps sans vie s’abandonne. Ici, le visage est jeune, le corps est torturé, cela évoque le supplice de la crucifixion, même si la fixation par des liens sur les avant-bras n’est pas conventionnelle. Mais elle permet de crisper cette main dans l’espace. La croix elle-même n’est que vaguement tracée, et les couleurs du fond, dramatiques, évoquent un orage. À droite, au niveau du ventre du Christ, un arc de cercle délimite un visage dissimulé dans la tempête, le regard tourné vers le haut, vers le Christ. Dieu le Père ? Ou le Destin ? Ou la face du Monde ?


 308b


Voyage pour le concile œcuménique
. Cette grande toile de 130x150 centimètres datée de 1972 est une œuvre de Fernando Botero, ce peintre Colombien né en 1932 à Medellin. Paysage champêtre, bois à droite, prés à vaches à gauche, champs à l’arrière-plan, montagnes à l’horizon, un petit lac derrière les bois, un clocher qui émerge des collines… Tout y est, tout est représenté. Et puis ce cardinal tout de rouge vêtu, avec sa mitre et sa crosse, rondouillard, qui avance au beau milieu du tableau sur ce petit sentier, cette grosse boule qui fait tache dans le calme de la nature, je le trouve tellement drôle ! J’aime bien la peinture naïve, genre Douanier Rousseau, et ce Voyage plein d’humour en est une excellente illustration.

 

308c

 

L’autre jour (le 25 novembre), à la Galerie Borghese, nous avons vu –mais sans avoir le droit de le photographier– un tableau de Francis Bacon (Dublin 1909 – Madrid 1992) donnant sa propre interprétation d’une œuvre de Velasquez qui l’obsédait, le portrait du pape Innocent X. Ici, la photo est autorisée, et est exposée une étude pour ce tableau, intitulée Study for Velasquez Pope II, 1961. Voici donc à quoi ressemble cette étude, assez proche de ce que j’ai en mémoire du tableau définitif.

 

Longue et fatigante, mais passionnante journée. Après avoir piétiné dans ces musées, cela fait du bien de marcher pour regagner notre station de métro. Est-il besoin de dire que nous n’avons même pas senti la dureté des sièges de ce métro ?

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Published by Thierry Jamard
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