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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 01:37

Ce matin, nous nous apprêtons pour une longue visite du Museo di Roma, qui est un peu (mais avec un type de documents très différent) l’équivalent de ce qu’est le musée Carnavalet à Paris, un musée historique de la ville. Notre camping-car laissé sur le parking de cette zone résidentielle de banlieue que nous avons adoptée pour son calme, nous nous rendons à l’arrêt de bus juste en face, le bus 507 qui nous déposera au terminus "Anagnina" du métro ligne A. C’est notre trajet habituel. Nous attendons, attendons, et nous commençons à avoir des doutes en ne voyant aucun autre voyageur poireautant devant l’arrêt auprès de nous. Vient une dame chargée de cabas qui, sans nous laisser le temps de l’interroger, nous demande si nous attendons le 507. À notre réponse affirmative, elle dit que c’est inutile, parce qu’aujourd’hui est un jour férié et qu’il n’y a pas de transports publics dans ce secteur. 25 décembre, 26 décembre, premier janvier, six janvier, et notre Gouvernement, en France, qui nous dit que nous avons plus de jours fériés que les autres. Ici, on célèbre aussi, comme chez nous, la Fête du Travail, l’Ascension, l’Assomption, la Toussaint… Bref, retour au bercail. Nous irons quand même voir notre musée, mais en voiture, nous garant comme à l’accoutumée le week-end, près de la gare de Termini.

 

Finalement, dans Rome, il y a quand même des lignes de bus qui fonctionnent. Dans les boîtes de conserves de sardines, il y a de l’huile, je suppose que ça aide à les faire toutes entrer. En revanche, dans le bus, à sec, c’est infiniment plus difficile d’atteindre à la même densité de population au centimètre cube, voire plus. Comme nous sommes en Italie, ça pousse, ça commente, ça crie, mais le plus terrible pour les Romains, ça ne peut pas gesticules, faute d’espace. Tant que les portes ne sont pas fermées, le conducteur refuse de démarrer. Mais quand, du fond, les gens crient que ça y est, c’est fermé, il ne part pas parce qu’il veut s’assurer que c’est vrai, et de sa place il ne voit pas. À chaque arrêt, ceux qui veulent descendre doivent bagarrer contre ceux qui redoutent que, si l’on ouvre les portes, une foule en colère ne cherche à s’engouffrer coûte que coûte à l’intérieur.

 

357a Museo di Roma

 

Avec tout cela, le trajet s’éternise mais enfin nous arrivons. Nous sommes à deux pas de la piazza San Pantaleo sur laquelle le Palazzo Braschi, siège du musée, aurait sa porte principale si elle n’était pas cachée derrière des palissades de travaux. Du coup, l’entrée est sur le côté, à quelques mètres de notre statue parlante Pasquino qui est à l’angle du même palais. Un coup d’œil pour voir s’il est toujours encapuchonné… Oui. Nous entrons donc dans le musée. Parce que l’accès y est gratuit pour les plus de 65 ans, je présente mon passeport. Voyant mon lieu de naissance, la jeune femme demande : "Vous êtes de Paris ? Et Madame aussi ? Alors c’est gratuit pour tous les deux". Bravo. C’est sympa dès l’accueil.

 

Nous accédons au musée par l’escalier monumental, dont les colonnes de granit sont récupérées d’un monument antique. Les corps mutilés des statues également, et les éléments manquants, les têtes en particulier, sont de l’époque du palais, soit la fin du dix-huitième siècle. C’est le pape Pie VI, Braschi de son nom civil, qui le commandita.

 

357b Museo di Roma, Innocent XII

 

Ce buste en marbre du pape Innocent XII, réalisé –vers 1700-1710 après la mort du souverain Pontife– par un sculpteur inconnu nous accueille au premier étage. Autour de lui, d’autres bustes de papes et de cardinaux, soit en marbre, soit en terre cuite ayant servi d’étude préliminaire. Leur taille grandeur nature, avec leurs défauts, un grand nez, une lèvre pendante, des rides, les rend si humains que c’est impressionnant.

 

357c Museo di Roma, Camille de Lellis

 

Pierre Subleyras, un Français né à Saint-Gilles-du-Gard en 1699 et mort à Rome en 1749, est l’auteur de ce tableau représentant saint Camille de Lellis mettant en sûreté les malades de l’hôpital du Saint Esprit pendant la crue du Tibre de 1598. Cet hôpital étant situé sur la rive droite du Tibre (Trastevere), juste en aval du Castel Sant’Angelo, directement au-dessus du quai, les eaux en ont effectivement inondé les salles.

 

357d Museo di Roma, Canova

 

Le tableau ci-dessus est un autoportrait du peintre et sculpteur Canova (1757-1821), très apprécié de Napoléon et de Stendhal. Derrière lui, on distingue vaguement La Mort d’Adonis, qu’il a réalisée en 1797. Ce portrait est donc postérieur. Et comme les spécialistes voient tout plein de similitudes, et notamment pour l’âge apparent, avec un autre tableau daté de 1799, ils pensent que celui-ci date aussi de 1799. Canova avait 42 ans, peu de cheveux et beaucoup de talent.

 

357e Museo di Roma, Innocent X et cardinal Chigi

 

C’est un certain Pier Leone Ghezzi (1674-1755), peut-être célèbre mais, je l’avoue, inconnu de moi, qui a représenté le pape Innocent X remettant le chapeau de cardinal à Fabio Chigi en 1724, sur un grand tableau dont je montre ici un détail. Deux motifs m’ont fait sélectionner cette scène. Le premier, c’est que l’on reconnaît parfaitement cet Innocent X de Velasquez, à la galerie Doria-Pamphili, et je trouve amusant de retrouver les mêmes personnages. Le deuxième motif tient à l’intérêt du commentaire qui est affiché près du tableau : "Cette cérémonie d’investiture fait allusion à des événements complexes et à des coalitions politiques au sein du gouvernement du Saint-Siège, dont la composition n’a pas encore été mise au point".

 

357f Museo di Roma, supplice de sainte Marguerite

 

Après Pier Leone Ghezzi, apparaît Giuseppe Ghezzi (1634-1721), tout aussi inconnu de moi. Vu sa date de naissance, il pourrait être le père du précédent, ce que j’ignore. Il a représenté ici le supplice de sainte Marguerite et, sur un autre tableau ovale qui fait le pendant de celui-ci, la décapitation de sainte Marguerite. D’après le commentaire, "le lumineux modelé des figures est inspiré de Michel-Ange". Pour moi, si j’ai choisi cette scène, c’est pour sa composition, avec la lumière donnant sur la peau très blanche de Marguerite, ses vêtements jetés en tas au premier plan et son corps tordu de souffrance, mais on voit en même temps qu’elle accepte son martyre. Les hommes, eux, dans l’ombre, sont très occupés à la torturer. Notamment l’homme du second plan, à l’extrême droite, a un visage où s’exprime le sadisme.

 

357g Museo di Roma, place St-Pierre

 

Ippolito Caffi est un peintre, dessinateur, aquarelliste romain du dix-neuvième siècle. Le Museo di Roma présente de nombreuses œuvres qui, non seulement ont un intérêt esthétique, mais de plus permettent d’évaluer les changements survenus en un siècle et demi. Ici, par exemple, c’est un tableau de 1843-1845 représentant une bénédiction papale sur la place Saint-Pierre du Vatican. Sur cette vue, on a l’impression que rien n’a changé, mais que le peintre a installé son chevalet tôt le matin, et non pas un dimanche peu avant midi, dans l’attente de la bénédiction dominicale. La foule s’est accumulée, mais rien de commun avec les flots humains qui aujourd’hui se déversent longtemps à l’avance par pleins métros, pleins tramways, pleins bus, et à pied de toutes parts, même hors saison d’été, même hors périodes de vacances.

 

357h Museo di Roma, abeilles Barberini

 

Ce ciel de baldaquin, tapisserie de haute lisse en laine et soie, sur un carton attribué à Pierre de Cortone, a été réalisé dans une manufacture papale pour le salon d’honneur du palais. Du palais de qui ? Trois abeilles d’or, plus une à chaque coin… Le blason aux abeilles que l’on retrouve sur la fontaine du Triton, sur le bateau du Bernin piazza di Spagna… Voilà la question à poser pour savoir si l’on lit attentivement mon blog. Oui, oui, bravo, c’est le blason des Barberini, que l’on voit notamment, bien sûr, au palazzo Barberini, mais aussi au château Saint-Ange, et dans bien d’autres endroits de Rome.

 

357i Museo di Roma, Taddeo Barberini

 

Nous avons vu cette grande tapisserie parce que nous entrons dans la partie du musée consacrée à la famille Barberini d’où est issu le pape Urbain VIII au dix-septième siècle. Ici, c’est Taddeo Barberini, préfet de Rome (1603-1647). Cette terre cuite est un modèle préparatoire pour la sculpture destinée à son cénotaphe.

 

357j Museo di Roma, Francesco Barberini senior

 

Ici, c’est un marbre de 1680 représentant le cardinal Francesco Barberini senior. Ce buste, commandé par le petit-neveu du pape Urbain VIII, était destiné à orner le palais familial.

 

357k Museo di Roma, Antonio Barberini junior

 

Antonio Barberini junior a été réalisé la même année, avec la même destination que le buste de Francesco. Mais là, il s’agit de son frère, neveu d’Urbain VIII par qui il a été fait cardinal en 1628. Cet Antonio a noué des liens solides avec le cardinal de Richelieu, devenant le co-protecteur des affaires françaises à Rome.

 

357L1 Museo di Roma, jugement de Pâris

 

Ce Jugement de Pâris est un dessin de très grande taille. L’histoire est bien connue. Pâris, appelé Alexandre par Homère, est l’un des fils de Priam, roi de Troie. Invité à désigner laquelle était la plus belle parmi trois déesses, Héra, Athéna et Aphrodite (les Romains parleront de Junon, Minerve et Vénus), il devait donner une pomme, la pomme de discorde, à celle de son choix. Il était bien embarrassé. Mais Aphrodite lui promit, s’il la désignait, de lui faire obtenir l’amour de la belle Hélène. Comme quoi ce n’est pas d’hier que des juges se laissent acheter (cf. la déclaration de Berlusconi, 24 janvier 2004 : "J’ai remarqué que la seule figure définie comme inique dans l’Évangile est celle du juge. C’est une définition parfaite : le fascisme a été moins odieux que cette bureaucratie en toge"). Il se laissa aller à ce marché, choisit Aphrodite, s’attirant la haine éternelle des deux autres (chaque femme est la plus belle du monde, et prétendre le contraire est lui faire une grave offense). Aphrodite tint parole, prit Hélène à son époux légitime Ménélas roi de Sparte pour la livrer à Pâris qui l’emmena chez Papa Maman, et voilà enclenchée la guerre de Troie.

 

357L2 Museo di Roma, Aphrodite

 

Je ne résiste pas à l’envie de présenter en gros plan les visages des trois déesses. Ce sourire d’Aphrodite est discret, il est enjôleur, mais il dit bien aussi le triomphe intérieur. La pomme est encore dans les mains de Pâris, mais avec le marché proposé, elle sait d’avance qu’elle a gagné. Et puis elle est si sûre d'elle... ses yeux disent tout.

 

357L3 Museo di Roma, Athéna

 

Les autres déesses sont dans l’attente du résultat. Ici, c’est Athéna, reconnaissable à son casque de guerrière sur la tête. Son regard montre son inquiétude, et peut-être déjà pressent-elle son échec, parce qu’on y lit aussi de la jalousie. Ou même de la haine. À l'encontre de ses rivales ? de ce Pâris qui ne va pas la choisir ?

 

357L4 Museo di Roma, Héra

 

Quant à Héra, elle a un regard interrogateur, mais je pense qu’elle est moins sûre qu’Athéna de ne pas avoir été choisie. Cela, ce ne sont pas seulement ses yeux qui le disent, mais son attitude plus relâchée, plus sereine. Il n’empêche, sa moue orgueilleuse de femme du roi des dieux sous sa couronne montre du dédain, et sans doute un refus anticipé d’admettre une défaite.

 

Tels sont mes sentiments face à ce dessin. Je le trouve spécialement intéressant pour tout ce qu’il me donne à interpréter, ainsi que pour la beauté formelle du graphisme et la représentation des personnages. C’est une scène de la mythologie, on ne peut dire que sont réalistes les détails du tableau, ces gens nus, ou avec des armes, ou encore ces amours ailés et cet Hermès avec son caducée et son casque à ailes. Et, malgré tout cela, eh bien si, il est extrêmement réaliste, par la véracité et l’actualité des sentiments qu’il exprime.

 

358a Rome, piazza Navona

 

Et, parce que c’est une œuvre que j’aime bien, c’est sur elle que nous quittons ce Museo di Roma. Nous ne le quittons toutefois pas encore complètement, parce que voici une vue de la piazza Navona prise depuis les fenêtres de ce palazzo Braschi qui abrite le musée. C’est un point de vue qui ne nous sera plus donné. On peut voir l’extrême animation de cette vaste place, ainsi que sa forme qui trahit que, dans l’Antiquité, c’était un cirque. Avant de sortir, nous faisons un tour à la librairie qui, à l’encontre de toutes les boutiques de musées, est la boutique exclusive d’une maison d’édition, Gangemi. Le monsieur qui la tient est fort aimable, et fort enthousiasme pour tous les trésors que recèle son magasin. Ayant deviné l’origine slave de Natacha, il propose de nombreux livres en russe, en polonais, et aussi en géorgien (ce qui n'est pas slave). Voyant que nous nous intéressons à l’architecture, il nous montre tout ce qu’il a sur le sujet, de l’Antiquité à nos jours. Parce que je jette un coup d’œil à Rome vue par Stendhal, il va chercher tout un tas de livres relatifs à des Français à Rome. Cette maison d’édition est une mine de livres passionnants, et de grande qualité. Hélas, si nous voulions acheter tout ce qui nous plaît, il nous faudrait auparavant gagner le gros lot à la Loterie Nationale et aussi remplacer le camping-car par un semi-remorque.

 

358b Rome, ponte Sant'Angelo

 

Quand, enfin, nous quittons cette passionnante librairie, le musée est fermé, et nous nous trouvons face au lourd portail clos. Nous tournons dans la cour, cherchant une autre issue, quand l’aimable et complaisant libraire, ayant vu l’heure et soupçonnant nos difficultés, vient nous libérer. Libres de ne pas passer la nuit enfermés dans la cour du palazzo, nous allons nous promener sur les bords du Tibre, et sur le pont Saint-Ange (ponte Sant’Angelo), entre les statues d’anges du Bernin. Le parapet du pont étant fait de belles grilles de fonte, j’ai eu envie de prendre cette photo à travers elles, et de l’utiliser comme conclusion de cette page de mon blog. Car ensuite nous sommes rentrés au camping-car et dans notre banlieue habituelle. Nous pensions qu’à cette heure assez tardive le bus serait plus confortable. Erreur. Il était aussi surchargé qu’à l’aller, si bien que nous en sommes descendus une ou deux stations avant le terminus et avons fini le trajet à pied vers le confort de notre maison à roulettes.

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Published by Thierry Jamard
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