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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 23:30

514a Christ voilé, Naples, Cappella Sansevero

 

 Nous nous rendons à la chapelle Sansevero pour voir une sculpture merveilleuse, le Christ voilé. Et, évidemment, photo interdite. Mais il est, à mon avis, si exceptionnel que je ne peux faire l’impasse. Je ne peux que scanner la photo que nous achetons et qui, pour le prix où elle est vendue, est de très mauvaise qualité. Pour le fond noir, plein de taches et de grain, je l’ai retouché pour le faire en noir uni, mais je ne peux modifier la statue.

 

Cette œuvre de Giuseppe Sanmartino réalisée en 1753 et sculptée dans le marbre donne l’impression, même de près, que la pierre du voile est transparente. Posé au milieu de la salle (la chapelle n’est plus lieu de culte, on a seulement la sensation d’être dans une salle de musée), ce Christ semble réel. Il est impressionnant. Sa position, la tête renversée sur le coussin, le visage tourné sur le côté, visage qui a trouvé la sérénité du repos de la mort après les souffrances de la Passion, cela vous plonge dans le drame calme de la situation. Combien de temps je suis resté en contemplation devant cette sculpture, je ne saurais le dire, longtemps, très longtemps, c’est le genre d’œuvre qui vous marque.

 

Il y a aussi d’autres choses intéressantes à voir, et parmi elles j’ai été frappé par une autre statue voilée, d’un autre sculpteur (Antonio Corradini) et antérieure au Christ voilé (1752),qui est une représentation symbolique de la Pudeur. Mais puisque je ne peux la montrer, je tourne la page.

 

514b1 Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

Il y a quelques jours, en passant devant le théâtre San Carlo où, le 14 mai, il y a à peine une semaine, nous avons assisté à la représentation de La Veuve joyeuse, nous sommes tombés en arrêt devant cette affiche. Le programme "Musique et autre dans le foyer" proposait, pour ce soir 20 mai, un "apéritif spectacle" intitulé Voyage à travers les langues d’Europe, parce que les œuvres interprétées sont de Puccini, Mozart, Wagner, Bizet, Prokofiev, Dvorak, Gershwin, Verdi. Un large échantillon d’Europe, en effet. Convaincu que, même au foyer, le prix devait être coquet puisqu’il y avait apéritif, je me suis contenté d’imaginer les chœurs dans mon oreille. Natacha, elle, est allée quand même demander le tarif. Tarif unique, non placé, 12 Euros. Pas un centime de plus.

 

514b2 Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

Nous avons sauté sur l’occasion et, ce soir, nous sommes de nouveau dans ce beau théâtre, mais au foyer, c’est-à-dire la vaste salle fumoir et bar, dont une partie a été équipée d’une estrade en guise de scène, quelques rangées de chaises en face (fort peu, en considération du prix si modique et de la population de l’agglomération napolitaine), les deux autres tiers de la salle permettant de prendre l’apéritif. Le sommelier servait le mousseux (disons le champagne italien, c’est plus élégant) sans compter, un garçon passait avec des plats d’amuse-gueule et d’autres plats étaient disposés sur le comptoir du bar. Les gens se servaient abondamment, nous les avons imités parce que c’était très bon. Et puis nous sommes allés nous asseoir de l’autre côté.

 

514c Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

514d Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

Le chef d’orchestre, directeur des chœurs, Salvatore Caputo, est excellent. Extrêmement simple et direct, il commentait en quelques mots, avant chaque œuvre, ce que nous allions entendre. À la fin, Natacha est allée lui parler, et puis je suis allé la rejoindre auprès de lui, il est très sympathique, très naturel, et il a beau être un artiste de haute qualité il ne joue pas les divas. Bravo.

 

La pièce est grande pour un foyer, mais fort petite pour une salle de concert. Les voix, dans cet espace, prenaient une ampleur incroyable, c’était splendide. Natacha et moi avons été tous les deux enthousiasmés. Par ce que nous avons entendu, pas pour avoir eu un bon apéritif dans un cadre agréable pour pas cher. Enfin... pas seulement.

 

514e Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

J’ai parlé des chœurs, de leur directeur, je dois aussi citer un personnage essentiel, c’est le pianiste. Il s’appelle Riccardo Fiorentino.

 

514f Naples, théâtre San Carlo, concert apéritif

 

Et puis deux morceaux ont été interprétés par des solistes, la soprano Margherita De Angelis et la mezzo-soprano Annamaria Napolitano (qui a interprété le morceau français, la Carmen de Bizet).

 

514g1 Naples, Pausilippe

 

514g2 Napoli, Posilippo

 

Après le concert, nous étions bien, alors nous n’avons pas voulu rentrer tout de suite, nous sommes allés traîner près de la mer, du côté du port de Santa Lucia et du Castel dell’Ovo. De là, on a une vue splendide sur la baie et, vers le nord, sur la pointe qui ferme la baie, du côté des Champs Phlégréens. Nous y sommes restés jusqu'à la nuit noire. Ce que l’on voit, c’est l’agréable et aristocratique Pausilippe. Ce nom ne peut manquer de faire vibrer en moi les vers de Gérard de Nerval :

 

          Je suis le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé,

          Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie

          Ma seule étoile est morte et mon luth constellé

          Porte le soleil noir de la mélancolie.

 

          Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,

          Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

          La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé

          Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

 

Dois-je citer ici les deux dernières strophes ? Elles font allusion aux Champs Phlégréens que nous visiterons probablement avant de quitter Naples et sa région. Mais aussi elles font allusion à cette petite presqu’île où nous sommes, celle du Castel dell’Ovo, au creux de laquelle a été retrouvé le corps noyé de la sirène Parthénope, qui avait aimé Ulysse mais n’avait pas été aimée en retour et qui, de désespoir, s’était jetée à la mer. Tant pis, je me répéterai concernant l’Achéron.

 

          Suis-je Amour ou Phébus ? Lusignan ou Biron ?

          Mon front est rouge encor du baiser de la reine.

          J’ai rêvé dans la grotte où nage la Sirène

 

          Et j’ai, deux fois vainqueur, traversé l’Achéron,

          Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

          Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

 

J’adore ce sonnet. J’ai, en son temps, travaillé à décrypter toutes les allusions assez hermétiques qu’il contient, vers par vers, mot par mot. C’est fabuleux, passionnant, mais cela lui retire aussi, peut-être, de son charme. Aussi, ne craignez rien, je ne le ferai pas ici et j’en reviens à des considérations plus prosaïques. En effet, le retour vers la gare n’ayant aucun charme, nous avons préféré prendre le bus.

 

514h1 Naples, Slowacki

 

514h2 Naples, Slowacki

 

Mais ce bus, nous l’avons attendu longtemps, environ une demi-heure, ce qui nous a laissé amplement le temps de découvrir, sur le mur en face de l’arrêt, la plaque ci-dessus, qui dit en italien et en polonais que "ici, en 1836, a habité le poète polonais Jules Slowacki". Natacha exultait parce qu’elle l’apprécie énormément, elle exultait plus que moi car (oserai-je l’avouer ?) jusqu’à ce soir où elle m’en a cité des extraits et où elle m’a parlé de lui, il n’était pour moi qu’un nom que je situais vaguement "quelque part dans le dix-neuvième siècle". Autant dire que son séjour à Naples… Je suis donc, pour ma part, resté essentiellement ce soir sur la musique que je garde dans mes oreilles pour accompagner l’autre musique, celle des vers de Nerval, tandis que Natacha la partage avec ses souvenirs de Slowacki.

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Published by Thierry Jamard
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