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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 02:57

507a1 Napoli, Palazzo Reale

 

 Hier nous sommes venus au Palais Royal, nous n’avons pas voulu le visiter et avons décidé de revenir le lendemain… aujourd’hui.

 

507a2 Napoli, Palazzo Reale

 

Tout de suite, nous pouvons apprécier l’ampleur de ce palais qui date de l’an 1600. Nous sommes à l’époque où le royaume de Naples est administré par un vice-roi d’Espagne. Ce vice-roi est don Fernando de Castro, comte de Lemos et le palais qu’il construit pour être la résidence du vice-roi est donc construit comme palais royal, puisqu’il représente le roi. Depuis, il n’a cessé d’être occupé par les vice-rois d’Espagne puis d’Autriche, et quand en 1734 le royaume de Naples devient autonome, ce sont les Bourbons qui y habiteront (avec la parenthèse Murat qui s’y est installé lui aussi) jusqu’en 1860 lorsque Naples perd son statut de capitale avec l’intégration au royaume d’Italie. Il reste cependant résidence périphérique, et la cour de Savoie y habite. C’est d’ailleurs dans ses murs que naîtra le futur Victor Emmanuel III, celui qui se pliera à la dictature fasciste de Mussolini, celui qui régnera durant la Seconde Guerre Mondiale, et qui aura été le dernier souverain régnant sur le pays puisque seulement quelques semaines après son abdication en faveur de son fils Humbert II c’en sera fait de la monarchie. Et en 1946, le royaume d’Italie devient république.

 

507b Naples, Palais Royal

 

Dès l’entrée, près de l’escalier, seule dans cet immense hall, cette sculpture d’un homme assassiné est privée de tout commentaire. Je suppose qu’il est une allusion à un crime réel, peut-être à celui de Matteotti, député socialiste qui, en 1925, s’était élevé contre les méthodes des fascistes et de leur chef de file Benito Mussolini, allant jusqu’à réclamer l’invalidation des élections dans toutes les circonscriptions du pays. Enlevé puis poignardé à mort, sur ordre de Mussolini, ou avec sa complicité, ou indépendamment de lui, c’est ce que n’ont prouvé ni le procès qui a suivi (on le comprend aisément), ni le nouveau procès qui a eu lieu après la guerre et la fin du régime fasciste. Je parle de tout cela, mais peut-être cette sculpture n’a-t-elle aucun lien avec l’assassinat de Matteotti.

 

507c1 Napoli, Palazzo Reale

 

507c2 Napoli, Palazzo Reale

 

La visite est à la fois celle du palais royal en tant que tel, enfilade de pièces magnifiques où ont été conservés en place certains meubles et certains objets décoratifs, et celle de la pinacothèque, le palais ayant été partiellement transformé en musée.

 

507d Napoli, Palazzo Reale

 

Dans cette salle, avec une vraie machine agricole de l’époque sont exposées six toiles de Francesco Celebrano (1729-1814), un peintre napolitain. Les tableaux sont sur le thème des travaux de la campagne à travers les saisons.

 

507e Napoli, Palazzo Reale, Sancio Pancia

 

Dans une autre salle sont réunis dix-neuf tableaux exécutés par quatre peintres différents, représentant des épisodes du célèbre roman espagnol de Cervantes, Don Quichotte. Il s’agit de cartons pour la réalisation de tapisseries des Gobelins destinées à recouvrir des sièges pour le palais royal de Caserte, en dehors de Naples. Ces sièges seront réalisés vers 1815. Je choisis ici deux de ces tableaux. Le premier représente Sancho Pança que l’on fait sauter dans un drap. Il est de Giovan Battista Rossi, actif à Naples de 1749 à 1782.

 

507f Naples, Palais Royal, Don Quichotte contre un lion

 

L’autre, qui est de Giuseppe Bonito (1707-1789), représente Don Quichotte luttant contre un lion. Il est évident qu’il ne faut pas, sur ma photo, chercher le lion qui n’existe pas plus que les moulins à vent ne sont des chevaliers. Il croit voir en face de lui un animal féroce, mais ce n’est qu’un inoffensif petit chien.

 

507g Naples, Palais Royal

 

Parmi les autres œuvres, beaucoup trop nombreuses pour que je puisse en évoquer ne fût-ce qu’une par salle, je vais en sélectionner juste deux au total. Ci-dessus, Grande bourrasque en Mer du Nord est une huile de Villes Joenshon datée de 1830. J’aime cette mer démontée, la transparence gris vert des vagues, la tornade qui tourbillonne au fond, les deux navires violemment secoués, et la falaise blanche sur la droite.

 

507h1 Naples, Palais Royal, mort du Tasse

 

507h2 Naples, Palais Royal, mort du Tasse

 

À Rome, nous avons vu la tombe du Tasse au monastère de Sant’Onofrio le 27 mars. Nous irons un de ces jours nous balader à Sorrento, qui est près d’ici, et où il est né, où il a longtemps vécu. Je ne pouvais manquer de montrer ici ce tableau daté de 1834, signé de Franz Ludwig Catel (Berlin 1778 – Rome 1856), et qui représente La Mort de Torquato Tasso. Nous sommes donc sur le mont Janicule, avec ce vaste panorama sur Rome à nos pieds, mais il est difficile de reconnaître les lieux aujourd’hui à cause de l’urbanisation qui a suivi l’unification de l’Italie, donnant à Rome le statut de capitale nationale.

 

507i Naples, Palais Royal, chapelle royale

 

Nous passons aussi par la chapelle du palais. Très large –presque aussi large que longue–, flanquée de deux bas-côtés, elle est de forme très rare pour ce genre de chapelle.

 

507j1 Naples, Palais Royal, crèche

 

507j2 Naples, Palais Royal, crèche

 

L’une des spécialités de Naples est la représentation de la crèche, comme je l'ai dit ici même le 11 mai au sujet de celles que nous avons vues à la chartreuse Saint Martin. Même si l’on a continué jusqu’à nos jours à façonner des personnages qui sont autant d’œuvres d’art, c’est du quinzième au dix-huitième siècles que s’est développée cette tradition. Au début, les personnages étaient en bois, mais à partir du dix-huitième siècle on façonne de très fins visages en terre cuite avec des yeux de verre. Puis la Sainte Famille est située près de ruines d’un temple antique, résultat d’une mode née de la découverte des villes englouties de Pompéi et d’Herculanum et des fouilles qui peu à peu mettent au jour les bâtiments de l’époque romaine. À ce moment-là, la valeur religieuse de la crèche se perd, c’est un magnifique objet laïque que s’offre la riche bourgeoisie, ou même un peu plus modeste que s’offre la classe moyenne. On représente ses contemporains de la ville ou de la campagne dans tous les actes de la vie. On remarque aussi un goût particulier pour les scènes exotiques et les personnages orientaux.

 

507j3 Naples, Palais Royal, crèche

 

Le plus typique, outre la Nativité et les rois mages, bien sûr, c’est la taverne qui permet de voir une scène de la vie quotidienne, c’est aussi l’échoppe avec fromages ou charcuteries, en cire pour un modelé précis, qui permet de montrer les produits locaux. Je ferai l'impasse aujourd'hui sur cette scène fréquente etn intéressante parce que j'en ai déjà montré une l'autre jour. Je préfère donc une scène de genre comme celle-ci, où une femme européenne se déplace à cheval dans une foule orientale, sa monture conduite par un Noir. L’homme au visage de Caucasien, le Noir, la femme, trois situations, trois types, trois expressions… Une société, un monde.

 

507j4 Naples, Palais Royal, crèche

 

De même ici nous voyons deux femmes, deux Napolitaines qui se croisent dans la rue. L’une d’elles est en discussion avec un marchand ambulant noir, elle a sur le bras une pièce d’étoffe dont elle doit être en train de marchander le prix. D’autres tissus sont roulés sur l’épaule du vendeur ou pliés sur les bords de la caisse dans laquelle il les a apportées. Si dans les crèches de Provence certains santons s’éloignent un peu du strict sujet de la Nativité, comme le "ravi" du village ou les tenanciers d’une auberge, jamais ils ne sont aussi loin du sujet que ces scènes purement profanes. C’est que leurs auteurs ont beau être des artistes, ils mettent leur art au service d’une représentation sacrée, tandis que les Napolitains, à partir du dix-huitième siècle, cherchent avant tout à réaliser une œuvre d’art, et le sujet religieux n’en est plus que le prétexte. Et ce commentaire de ma part ne signifie pas que je retire une once de valeur aux crèches provençales ni aux crèches napolitaines. Elles ont deux fonctions différentes et deux buts différents.

 

Longue visite, petite promenade dans Naples et retour au bercail.

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Published by Thierry Jamard
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