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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 23:56

523a1 une rue de Naples 

 

Surprenant, mon titre ? Nous verrons tout à l’heure, au moment du déjeuner, ce que vient faire ici l’ancien président des États-Unis d’Amérique. Pour l’instant, nous nous sommes rendus à Naples ce matin et au fur et à mesure que nous voyons et revoyons cette cité nous nous y attachons de plus en plus.

 

523a2 dans une rue de Naples

 

N’est-ce pas attachant, une ville dont les habitants peuvent avoir la tendresse, la sensibilité de fixer au mur de la rue un petit cadre comme celui-ci, avec la photo d’une dame devant l’étal de légumes dont elle est visiblement la commerçante, avec le texte "À ma mère. Dans ce coin du cœur de Naples, Gelsomina Cammarano a passé sa vie en portant Naples dans son cœur. 1914-2002".

 

523a3 Naples, piazza del ilo

 

Sur notre chemin, la piazza del Nilo représente le dieu du fleuve Nil. Une toute petite place au bord d’une rue, et une grande statue datant de l’Antiquité sur un haut piédestal. Hélas, la tête du crocodile est cassée, comme celle du sphinx. Mais le dieu porte encore, intacte, la corne d’abondance, cette abondance due à la fertilité qu’il apporte par ses crues.

 

523b1 Naples, San Gregorio Armeno

 

Mais notre but ce matin n’est pas de nous promener le nez en l’air pour le seul plaisir de goûter aux charmes de la ville. Cela, nous l’avons fait, nous comptons le refaire cet après-midi, mais d’abord nous allons à San Gregorio Armeno dont le cloître n’est ouvert que le matin.

 

523b2 Naples, San Gregorio Armeno

 

523b3 Naples, San Gregorio Armeno

 

Ce cloître est curieux. En effet, alors que de façon tout à fait normale sa galerie court autour des quatre murs, cette cour est partagée en deux par un bâtiment central, délimitant en fait deux cours, ou plutôt deux jardins plantés d’agrumes, et au milieu de la première partie on peut admirer cette très belle fontaine du dix-huitième siècle. Devant, reposant sur deux petites excroissances de la première marche, deux grandes statues de taille humaine et même un peu plus, représentent le Christ et la Samaritaine. L’effet est surprenant parce que généralement tous les éléments décoratifs des fontaines sont au centre du bassin ou sur le pourtour, et non pas détachés comme ici.

 

523b4 Naples, San Gregorio Armeno

 

Toujours dans cette première partie du cloître, l’accès au bâtiment central est gardé par deux anges au visage sympathique. Mais celui-ci exprime de l’étonnement, peut-être un peu de crainte. Pourtant je ne lui veux aucun mal. À moins qu’il ne s’inquiète de son droit à l’image.

 

523b5 Naples, San Gregorio Armeno 

 

À l’intérieur, on a accès d’en haut à cette petite chapelle qui est celle de la supérieure du couvent, mais on ne peut y pénétrer. C’est dommage mais quand je vois toutes les dégradations, tous les noms gravés sur les fresques, les statues, les murs dès que l’endroit ne dispose pas d’un Cerbère vigilant, je comprends cette contrainte. Nous ne sommes pas ici dans un musée avec ses gardiens dans chaque salle, nous sommes dans un couvent en activité et nous sommes livrés à nous-mêmes pour les visites.

 

523c Napoli, Girolamini

 

Ici l’église des Girolamini. Saint Jérôme, en latin, c’est Hieronymus, en italien Girolamo. Il s’agit donc des Hiéronymites. Nous aurions aimé voir les collections du couvent, mais il est fermé. Tant pis, nous renonçons. Tous ces lieux qui ne sont ouverts que jusqu’à 11h30 ou midi, si l’on veut en voir plusieurs par jour il faut être à l’ouverture, visiter en courant, et se précipiter au suivant avant de s’en faire jeter parce que c’est l’heure de fermeture. À nous, il nous faut au minimum deux bonnes heures pour nous imprégner de l’atmosphère d’un lieu, pour le visiter, pour prendre nos photos.

 

523d1 Naples, Duomo

 

En face, c’est la cathédrale, le Duomo. Nous y sommes déjà venus, nous l’avons bien vu, mais nous nous consolons des Girolamini en allant y faire un tour. Ci-dessus, la sculpture ornant le dessous du maître autel.

 

523d2 Naples, Duomo

 

De part et d’autre de la nef, juste avant le transept, ces orgues sont remarquables.

 

523d3 Naples, Duomo, Innocent XII

 

Le bras gauche du transept recèle aussi un monument au pape Innocent XII (1691-1700). Il ne s’agit pas de sa tombe, parce qu’en fait il est enterré à Saint-Pierre du Vatican. Ce souverain pontife originaire des Pouilles, Antonio Pignatelli, est l’auteur d’une bulle de 1692 condamnant le népotisme. Il a également interdit la vente de charges dans l’administration pontificale ainsi que celle des dignités ecclésiastiques. Au plan international, il a réussi à mettre un terme au différend qui opposait la papauté à Louis XIV. Notre Roi-Soleil entendait imposer la "liberté gauloise" dans l’Église de France dont il voulait être le maître. Aux termes de la négociation, il renonçait à cette indépendance qui risquait de mener à un schisme, mais le pape lui reconnaissait le privilège de nommer les évêques.

 

523e1 Naples, Il Pizzaiolo del Presidente

 

Le moment est venu de reprendre des forces. Sur la devanture d’une pizzeria notre regard est attiré par l’effigie de Clinton, alors que de l’autre côté de la porte une tête est dessinée portant un haut de forme aux couleurs du drapeau américain. C’est que le patron, Ernesto Cacciali, se dit "le pizzaiolo du président". Tout simplement parce que ce spécialiste reconnu de la pizza napolitaine (la seule vraie, celle de l’origine), issu d’une longue lignée de pizzaioli, veut diffuser dans le monde, et particulièrement aux États-Unis dont la population est grosse consommatrice de pizza, la tradition du vrai goût napolitain. Aussi va-t-il dans ce pays pour prodiguer des formations, et reçoit-il en stage de jeunes Américains dans son établissement de Naples. Là-bas, il a rencontré personnellement le président Bill Clinton, qui le considère comme son pizzaiolo personnel. D’où le titre affiché dans ce restaurant. Et il est vrai, j’en suis témoin, que sa pizza est excellente. Et Natacha, qui comme d’habitude "cale" devant les plats un tant soit peu abondants, a voulu demander un "doggy bag" pour emporter ce qu’elle ne pouvait avaler sur place. Ce qui fait qu’elle s’est ensuite baladée tout l’après-midi non pas avec un petit sachet en plastique glissé dans son sac photo, mais avec un grand carton à pizza. Pratique et esthétique !

 

523e2 Naples, Il Pizzaiolo del Presidente

 

Musicien et chanteur, un Napolitain pure souche est descendu dans la salle au sous-sol donner de la voix pendant le repas. Natacha lui a demandé de chanter Santa Lucia, mais il ne se rappelait plus cette chanson célèbre et en a donné avec humour une version très personnelle. À la fin, nous avons souhaité garder en souvenir une photo du chanteur et du garçon fort aimable qui nous avait servis. Toute l’équipe est alors venue pour poser. Sympathique. Nous avons l’adresse Internet de la pizzeria, nous allons leur envoyer nos photos.

 

523f Naples, figurines, Berlusconi

 

Nous repassons par la rue de San Gregorio Armeno. Tout du long, et des deux côtés, des boutiques vendent les personnages des traditionnelles crèches napolitaines de Noël, même en cette période de l’année. Il y a les modèles de personnages les plus rudimentaires, fabriqués en Chine, d’autres tous moulés sur le même modèle mais garantis fabriqués en Italie, et enfin d’autres splendides, fabriqués, peints et habillés à la main dans l’atelier au fond de la boutique pour que l’on puisse à la fois admirer l’habileté de l’artisan et constater que ce sont bien des produits authentiques et des pièces uniques. Mais tout cela n’assurerait sans doute pas hors période de Noël la rentabilité des boutiques de produits industrialisés, aussi y trouve-t-on toutes sortes de personnages qui ne sont pas destinés à des crèches. Ainsi ce Berlusconi sanguinolent après l’attaque dont il a été victime est-il en vente en compagnie de Sarkozy et Carla Bruni, de Maradona, de Mickael Jackson, d’Elvis Presley, et non loin de Joseph, de Marie, de Jésus et des Rois Mages d’un côté, de Scaramouche de l’autre. Très éclectique.

 

523g1 Napoli, piazza Dante

 

Nous avions vu la piazza Dante le premier mai, célébrant la Fête du Travail. Parce que nous allons bientôt quitter notre camping de Pompéi et nous éloigner de Naples, nous retournons aujourd’hui la voir sous son apparence quotidienne. Une pause sur un banc, un tour dans une librairie, nous restons sur cette place un bon moment. Elle est plaisante. Derrière moi, un groupe de très jeunes s’entraîne au football, tandis que sur le côté deux adolescents, un garçon et une fille, tentent de jongler avec trois balles, sérieux, appliqués, mais ont du mal à tenir plus de quelques échanges. La place est si vaste que le trafic dément des voitures est peu perceptible.

 

523g2a San Potito

 

Nous nous dirigeons à présent vers le nord, parce que je cherche la rue Salvatore Tommasi que j’ai repérée sur mon plan de Naples. Pourquoi ? La réponse est dans l’une des Chroniques italiennes de Stendhal intitulée Suora Scolastica. Don Gennarino est amoureux de Rosalinde, et pour l’approcher il courtise sa mère, la princesse de Bissignano. Le duc Vargas del Pardo "avait été touché des grâces naïves de la jeune Rosalinde de Bissignano. […] Mais il prenait du tabac et portait perruque ; ce sont précisément les deux grands sujets d’horreur pour les jeunes filles de Naples et, quoique Rosalinde eût une dot de vingt mille francs peut-être et n’eût dans la vie d’autre perspective que d’entrer au noble couvent de San Petito, situé dans la partie la plus élevée de la rue de Tolède, alors à la mode, et qui servait de tombeau aux jeunes filles de la plus haute noblesse, elle ne put jamais se résoudre à comprendre les regards passionnés du duc del Pardo. Au contraire, elle comprenait fort bien les yeux que lui faisait don Gennaro dans les moments où il n’était pas observé par la princesse de Bissignano. […] Sa coquetterie n’eût jamais pardonné au jeune marquis les fausses idées qu’elle s’était formées. Le vieux général, son mari, fut plus clairvoyant qu’elle […], il comprit fort bien que don Gennarino […] avait entrepris de plaire à sa femme ou à sa fille ; l’un lui convenait aussi peu que l’autre".

 

523g2b San Potito

 

Stendhal écrit Petito, mais très précisément où il le décrit se trouve San Potito, avec un O et non un E. Aucun doute, c’est une erreur. Il donne tant de précisions justes que ce ne peut être par discrétion, pour dérouter le lecteur. Il continue : "Le lendemain, après le déjeuner, il ordonna à sa fille Rosalinde de monter en voiture avec lui et, sans lui adresser une seule parole, la conduisit au noble couvent de San Petito. C’est à ce couvent, alors fort à la mode, qu’appartient cette façade magnifique que l’on voit à gauche dans la partie la plus élevée de la rue de Tolède près le magnifique palais des Studi. Ces murs, d’une immense étendue […]". J’arrête là. Pour qui connaît cette chronique j’ai déjà été trop long, pour qui ne la connaît pas je ne voudrais pas dévoiler la suite.

 

523g3 Naples, musée archéologique 

 

Ce grand bâtiment rose, sur la gauche, c’est le Musée Archéologique National, actuellement installé dans les anciens bâtiments de l’université, pour cela appelés palais des Studi (des études). Pour prendre ma photo, je suis au bout de cette rue Salvatore Tommasi où se trouve le couvent de San Potito. Cette rue est haute, aussi tourne-t-elle à angle droit pour descendre perpendiculairement à cette avenue qui est en face de moi sur la photo. Elle devient donc parallèle à la rue que surplombe l’endroit où je suis, et cette rue était la rue de Tolède autrefois. Maintenant, seule sa première partie, jusqu’à la piazza Dante, porte encore ce nom, mais on se rend compte que, lorsque je dis qu’il n’y a pas de doute sur l’identification du couvent, c’est la pure vérité. On peut donc désormais lire les aventures de Rosalinde et de don Gennaro en en imaginant le décor.

 

523h1 Naples, Santa Lucia

 

Nous ne quitterons pas Naples sans avoir revu sa baie et en particulier son port de Santa Lucia et le Castel dell’Ovo. Nous repartons donc vers ce prolongement de la via Toledo, puis piazza Dante, via Toledo, palazzo Reale, via Santa Lucia. Nous nous arrêtons quelques minutes dans l’église Santa Lucia où vient de s’achever une messe.

 

523h2 Napoli, Santa Lucia

 

La grande mosaïque de l’abside est visiblement moderne. Elle est très belle mais il est amusant de constater que partout ailleurs, l’église est offerte par un pape, que figurent les évangélistes, des saints, et que si l’on y voit des figures de femmes, Marie peut être au centre mais entourée d’hommes, sinon les saintes ont toujours des places secondaires, alors qu’ici, sainte Lucie est grande, bien au centre, et n’est accompagnée que de femmes. J’aime ces couleurs riches mais en même temps sobres, en une sorte de camaïeu.

 

523h3 Napoli, Santa Lucia 

 

Infiniment plus classique est cette statue de sainte Lucie. Je ne raffole pas de son style vestimentaire, cette robe plus courte jaune d’or sur une robe longue bleue traînant à terre, et dans le dos un manteau cape rouge, cela fait perroquet. J’ai quand même choisi cette photo parce que je lui trouve un geste gracieux de la main pour retenir le pan de sa robe (geste inutile parce qu’elle est sûrement plus entravée par sa robe bleue). Son visage fait un peu bobonne plan-plan femme au foyer incapable de s’en détacher, ce qui ne serait pas du goût de son double de la mosaïque de l’abside, mais vue rapidement dans son ensemble cette statue n’est pas laide.

 

523h4 Naples, Santa Lucia

 

Jetons un coup d’œil à ce baptistère avant de ressortir de l’église. Son pied et sa vasque en marbre blanc ont une forme pure, et permettent de donner plus de relief au couvercle richement orné.

 

C’est maintenant Santa Lucia, son port immortalisé par la chanson que le musicien de la pizzeria a oubliée. Le charme de l’endroit est exceptionnel, aussi ne rentrons-nous pas tout de suite à Pompéi.

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Published by Thierry Jamard
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