Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 23:57

 

511a1 Naples, lycée Victor Emmanuel II

 

Hier, rue Saint Sébastien, nous sommes passés devant la porte fermée du lycée d’État Victor Emmanuel II. Beau portail ancien, mais qui ne paie pas de mine parce que le mur est sale et que sa peinture s’écaille, parce que la porte disparaît sous les tags. Mais aujourd’hui le portail était ouvert sur une cour en bien meilleur état et sur un porche où nous avons lu quatre grandes plaques de marbre.

 

511a2 Naples, lycée Victor Emmanuel II

 

Il est dit que dans le couvent des sœurs dominicaines fermé en 1807 par le roi Joseph Bonaparte a été installé en 1808 le collège royal de musique de Saint Sébastien. Ici, Vincenzo Bellini, élève de la Grande École de Musique Napolitaine de 1819 à 1826, composa ses premières œuvres. Et puis par un décret du 15 septembre 1826, le roi François I de Bourbon a transféré ailleurs cette école de musique.

 

Le 30 octobre 1860, il a été décidé d’ouvrir un gymnase (au sens allemand du terme, soit ce que nous appelons un lycée) dans ce qui fut la maison et le collège des pères jésuites. Le premier lycée-gymnase laïc de la ville et du Midi (Mezzogiorno) de l’Italie unie a été inauguré le 10 mars 1861 par le Conseiller à l’Instruction Publique, dans l’église de Saint Sébastien. Que le premier lycée laïc soit inauguré à l’église par le représentant de l’État paraît surprenant…

 

En un jour de fonctionnement scolaire et sans invitation, nous n’osons pas nous aventurer plus loin. D’autant que moi, avec mon petit sac à dos, mon polo, et tous deux avec nos appareils photo, ne pourrions être pris pour une famille d’élève venue se renseigner sur son travail et son comportement.

 

511b1 Naples, Santa Chiara

 

Nous étions venus à Santa Chiara le premier mai lors de la célébration de saint Gennaro, le patron de Naples dont le sang s’est liquéfié, mais étant donné la cérémonie nous n’avions pas pu la visiter. Lacune réparée aujourd’hui. Le roi Robert d’Anjou, sur les instances de sa femme Sancie de Majorque, fait construire ce complexe qui sera occupé dès l’origine (il a été consacré en 1340) par des religieux des deux sexes, à savoir des Clarisses et des Frères Mineurs. Le Gesù Nuovo est presque en face de Santa Chiara et nous avons vu hier qu’une énorme bombe incendiaire avait touché cette église mais n’avait pas explosé. Santa Chiara a été victime du même bombardement en 1943, mais avec beaucoup moins de chance parce que l’église a brûlé, et les fresques du merveilleux Giotto dont ses murs étaient couverts ont disparu dans l’incendie. La façade du bâtiment est presque la seule partie restée intacte. Les Jésuites du Gesù rendent grâce à Dieu d’avoir épargné leur église, sans doute alors Jésus était-il en froid, là-haut dans le Ciel, avec la vilaine sainte Claire, s’il a décidé d’y dévier les bombes incendiaires.

 

511b2 Naples, Santa Chiara

 

Comme on le voit sur la photo, l’église est un immense espace rectangulaire sans abside et à nef unique, avec dix chapelles s’ouvrant sur chacun des côtés de la nef. Ce choix d’architecture est caractéristique des églises du Midi. Le mur du chœur étant plat, il dégage une vaste surface sur laquelle on peut adosser des sépultures.

 

511c Naples, Santa Chiara, tombeau de Robert le Sage

 

511d Naples, Santa Chiara, tombeau de Robert le Sage

 

C’est ainsi que le roi qui a construit cette église, Robert d’Anjou dit Robert le Sage, a son monument funéraire derrière l’autel, sur le mur du fond. Ce monument a été sculpté en 1343-1345.

 

511e Naples, Santa Chiara, sépulcre de Marie de Valois

 

Sur le côté droit se trouve la sépulture de Marie de Valois, réalisée en 1333-1338. En effet, cette église a été choisie pour être celle de la dynastie des Bourbons, branche d’Anjou, qui ont longtemps régné sur les Deux-Siciles. Elle a vu leurs couronnements, elle contient leurs restes. Nombreux sont ceux qui sont enterrés dans la première chapelle à droite du chœur, ainsi que dans la crypte.

 

512a Naples, Santa Chiara, cloître

 

Si l’église ne manque pas d’intérêt, en particulier pour la signification historique qu’elle porte, c’est surtout pour son cloître qu’elle vaut la visite. Même s’il est extrêmement désagréable d’y être suivi presque pas à pas par un gardien, comme si l’on voulait recouvrir de tags les fresques des murs ou emporter les carrelages décoratifs pour les coller au-dessus de son évier. Ce n’est même pas pour vous lancer un "No photo !" agressif, parce que la photo y est complètement légale et absolument autorisée.

 

Sur la photo ci-dessus, on sent l’ambiance de ce cloître, et l’on voit comment sont peints à fresque les voûtes et les murs, et on aperçoit comment côté jardin, sous les colonnades, les murets sont revêtus de carrelages.

 

512b Naples, Santa Chiara, cloître

 

512c Naples, Santa Chiara, cloître

 

Je ne montre ici que deux détails de fresques. Sur l’une, c’est saint François d’Assise qui prend la patte de son frère le loup, lequel avec lui est doux comme un agneau. Sur l’autre, c’est saint Onuphre (sant’Onofrio) dans le désert, là où il a vécu seulement vêtu de sa barbe et de ses cheveux. Nous avons vu son histoire lorsque nous avons visité le monastère qui lui est consacré à Rome, sur le Janicule, le 27 mars dernier.

 

512d Naples, Santa Chiara, cloître

 

512e Naples, Santa Chiara, cloître

 

Je me suis limité pour la nombre des peintures, parce que c’est moins original que ces carrelages, dont j’ai envie de montrer de nombreuses scènes. Ici, c’est la vie de tous les jours, sur la première vue on a une arche naturelle qui enjambe une calme rivière, sur le bord de laquelle un pêcheur trempe sa ligne, de même qu’un autre juché au sommet de l’arche, tout à droite et en haut de la photo. Deux autres sont en barque à rames près de la berge.

 

La seconde photo représente un paysage de collines plus accidenté, un chien qui bondit devant un chasseur fusil sur l’épaule, un homme qui se promène en donnant la main à son jeune fils, à gauche deux autres discutent.

 

512f Naples, Santa Chiara, cloître

 

Ici, nous sommes dans une atmosphère beaucoup plus exotique. Je ne sais pas où exactement ni pourquoi, mais on distingue, devant une grande tente au tissu à larges rayures colorées, un homme en djellaba parlant avec deux hommes à la peau brune et vêtus d’un pagne minimum. Les arbres, eux, n’ont pas l’air exotiques. Peut-être s’agit-il d’une représentation de la région où nous sommes, mais à l’époque de la domination sarrasine. Simple hypothèse de ma part.

 

512g Naples, Santa Chiara, cloître

 

Des îlots montagneux, une terre ravinée, un seul arbre bien maigre et couché par le vent, j’ai l’impression que nous sommes loin de Naples vers le nord et que ces îles montagneuses ne sont pas Ischia ou Capri. Mais sans doute cette galère vient-elle apporter d’Italie son chargement humain ou ses denrées manufacturées.

 

512h Naples, Santa Chiara, cloître

 

Nous sommes revenus en Campanie. Au loin, derrière la maison, on reconnaît les hauts cyprès effilés du midi méditerranéen. Les vêtements sont ceux d’ici à la campagne dans les siècles passés. Un gamin grimpe au mât de cocagne, tandis que plusieurs hommes le montrent du doigt et qu’un autre enfant, assis au sol, le regarde avec admiration ou envie.

 

512i Naples, Santa Chiara, cloître

 

Le Vésuve a enseveli ses alentours à de nombreuses reprises ; au nord de Naples, aux Champs Phlégréens, une haute colline a surgi de terre en 1538 suite à de violents tremblements de terre et à une éruption volcanique ; quand la terre bouge d’énormes quartiers de falaises s’effondrent dans la mer, les raz de marée sont la conséquence de ces mouvements multiples et provoquent des naufrages. Cette vue montre un navire en train de sombrer dans d’immenses vagues tandis qu’un bloc de falaise se détache et tombe dans la mer, au pied d’un château moyenâgeux. Sur la côte, deux hommes contemplent le désastre. Ces carreaux sont hélas en assez mauvais état.

 

512j Naples, Santa Chiara, cloître

 

Mais ce n’est pas tout. Un cloître, c’est un portique autour d’un jardin, mais il y a jardin et jardin. Celui-ci est coupé par deux allées qui se croisent à angle droit en son centre, pour dessiner symboliquement une croix. Et ces allées sont bordées de colonnes et de murets, le tout également décoré de carrelages. Tout du long, sous les murets et à la croisée des allées, des bancs permettent de se reposer (pas pour les visiteurs).

 

512k Naples, Santa Chiara, cloître

 

Voici une scène de village. Plusieurs maisons, une table dressée sur laquelle quelqu’un apporte des plats, un musicien avec sa mandoline, un homme et une femme qui dansent, et là-haut, sur le toit, un chat noir se promène et observe la scène.

 

512L Naples, Santa Chiara, cloître

 

Ailleurs, c’est un jardin bien ordonné, des carrés délimités, au fond une fontaine. Là, les gens travaillent. Cela ressemble à un jardin de plantes médicinales comme on les représente dans les monastères au Moyen-Âge, et comme c’est la mode de les reconstituer. Sauf erreur, il y en a un à Villandry, dans ce château de la Loire.

 

512m Naples, Santa Chiara, cloître

 

Mais ce que je trouve le plus amusant –et là je préfère cadrer sur un petit détail de la scène pour que ce soit bien visible– c’est cette religieuse au bord du bassin d’une fontaine qui apporte dans un panier de la nourriture pour des chats. Eux sont nombreux, l’un s’agrippe indiscrètement à sa robe, un autre est dressé sur ses pattes de derrière pour attraper au vol ce qu’elle leur lance, trois sont en train de manger au sol ce qu’ils ont pris, tandis qu’un retardataire arrive en courant.

 

Ces scènes, faites des petits riens de la vie quotidienne, des travaux agricoles, des moments de détente ou de fête, de personnages ou de lieux exotiques, d’aventures ou de catastrophes, sont toutes remplies de détails saisis sur le vif, de mouvement, parfois d’humour, et le tout est varié, coloré, ce sont de véritables petits tableaux. Nous restons là… jusqu’à ce qu’on nous mette dehors.

 

513a1 Naples, San Domenico Maggiore

 

San Domenico Maggiore. Nous sommes déjà passés plusieurs fois devant cette église, nous avons même pris un café à une terrasse installée sur la place, face à un bâtiment de l’université, mais nous n’avons pas visité l’intérieur.

 

513a2 Naples, San Domenico Maggiore

 

Pourtant, rien qu’à voir sa façade, on se rend compte qu’elle est originale. Cette grosse tour hexagonale, son entrée sur le côté au haut d’un escalier, décalée par rapport à la nef, le panneau en bas qui dit qu’elle a été construite de 1283 à 1324, tout cela nous incite à aller la voir de plus près. Et puisqu’elle ne ferme pas aussi tôt que le cloître de Santa Chiara, allons-y.

 

513b Naples, San Domenico Maggiore

 

L’unique entrée de l’église est donc latérale. On accède d’abord à cette chapelle, qui sur son flanc droit donne sur le bas du bas-côté gauche de l’église.

 

513c Naples, San Domenico Maggiore

 

513d Naples, San Domenico Maggiore

 

Et l’on débouche dans la nef. De l’extérieur, on a l’impression que c’est une petite église. Il n’en est rien. Au bout, l’architecture de l’abside est typiquement dans le style de la période angevine, et dans le chœur l’autel –qui date de 1652– est flanqué de deux chaires. Le violent tremblement de terre de 1688 a fortement endommagé l’autel et les chaires, et la restauration qui a suivi a donné lieu à une décoration nouvelle, qui n’a pas tenté de restituer l’ancienne, d’où un style mixte.

 

513e Naples, San Domenico Maggiore

 

513f Naples, San Domenico Maggiore

 

Au-dessus de l’autel de cette chapelle on aperçoit le crucifix, ou plutôt la représentation peinte de Jésus crucifié, dont je mets aussi une photo en gros plan. Voici le texte d’un panonceau d’information placé devant lui (je le reproduis textuellement, en italien, parce que sa traduction tombe sous le sens) : "Prodigiosa immagine di Gesù crocifisso che parlò a san Tommaso d’Aquino".

 

513g Naples, San Domenico Maggiore

 

Pietro Cavallini (1273-1321), peintre romain arrivé à Naples en 1308, a pris leçon pour construire son langage pictural sur Giotto, et il a certainement connu l’activité de Cimabue à Rome. En 1309, le cardinal Brancaccio lui commande la décoration à fresque de la chapelle qu’il a acquise dans cette église. Sur la fresque que j’ai choisie pour cette photo, on voit la "Crucifixion de saint André et le préfet Ægeas étranglé par le démon". Après avoir vu à Rome tant de représentations de ce supplice sur des "croix de saint André" en X, je suis étonné de cette croix de forme traditionnelle, comme celle du Christ et des deux larrons, ou même celle de saint Pierre qui était identique mais tête en bas. Cela dit, l’atmosphère dramatique est excellemment rendue avec cette grande robe noire dont est revêtu André ligoté sur sa croix, cette terre noire et ce ciel sombre, ce gros rocher marron foncé, et le démon, bien sûr. Le soldat, à droite, avec sa tunique claire, sa cape de couleur vive, rappelle les teintes de la vie, celle du bâtiment, et aussi celle des anges qui accueillent le saint au Paradis. Mais il est effrayé de ce qui se passe, il est le bourreau ou celui qui a commandé les bourreaux sur ordre du préfet. L’expressivité du personnage est remarquable. Je le cite lui, parce qu’il est plus difficile de rendre, en peinture, ce genre de sentiment que la souffrance du supplicié, ou la mort du préfet étranglé.

 

513h Naples, San Domenico Maggiore, sacristie

 

Terminons notre visite de San Domenico Maggiore avec un petit coup d’œil à la sacristie, qui est traitée comme une chapelle, avec un autel.

 

513i Naples, Goethe dans galerie Umberto

 

Après cette visite, nous retournons vers un quartier que nous connaissons bien pour y être allés souvent et que nous aimons bien, celui du théâtre San Carlo et du palais royal. Nous avons aussi à aller dans la galerie Umberto I parce que là se trouve une boutique de notre marque de carte SIM et nous allons pouvoir acheter des unités pour notre téléphone italien. Bien souvent nous avons traversé cette galerie, mais jamais encore nous n’avions remarqué une plaque située très haut et qui dit que là, dans des rues désormais démolies et qui faisaient face au Vésuve, se trouvait la maison où Goethe a habité en 1787. Il a donc fallu détruire ces rues pour ouvrir cette galerie un siècle plus tard (l’inauguration date de 1890). Nous avons visité deux fois l’appartement de Goethe à Rome, nous foulons aujourd’hui cette galerie là où il a habité à Naples, voilà une belle conclusion pour notre journée.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche