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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 01:18
696a1 Nauplie, l'acropole
 
Lundi 11, après avoir vu le site archéologique de Némée, le musée, puis le stade des jeux panhelléniques, nous nous sommes rendus à Nauplie, que nous avions vue très rapidement le 10 mars avec Emmanuelle mais que nous n’avions pas eu le temps de visiter. La ville fut fondée par un héros dont voici l’origine : Danaos s’était vu attribuer la Libye et son frère Égyptos l’Égypte. Danaos avait cinquante filles et Égyptos cinquante fils. Les mères des filles de Danaos, les Danaïdes, étaient nombreuses, mais l’une d’elles était fille du Nil et s’appelait Europe (une autre Europe que celle que Zeus changé en taureau enleva), et avait donné naissance à Amymonè. Craignant ses cinquante neveux, Danaos s’enfuit de Libye avec Amymonè et ses quarante-neuf sœurs. Arrivé à Argos, il en devint roi (je raconterai comment lorsque nous nous y rendrons) et fit venir ses cinquante neveux pour les marier à ses cinquante filles, afin de mettre un terme à leur querelle. C’est ainsi qu’Amymonè épousa Encelade. Or Danaos avait confié à chacune de ses filles un poignard, qu’elles devaient dissimuler pour tuer leur mari dans son sommeil. C’est ainsi qu’elles décapitèrent leurs époux pendant leur nuit de noces, en enterrèrent les corps à Argos et les têtes à Lerne. Ce meurtre dut à Amymonè comme à ses sœurs de recevoir aux Enfers un châtiment consistant à devoir remplir sans fin un tonneau percé (d’où l’expression, appliquée par exemple à des travaux coûteux et interminables “c’est le tonneau des Danaïdes”). Mais revenons au temps de leur vie terrestre. Poséidon avait voulu être le maître de l’Argolide, mais c’est à Héra que cette terre d’Argos avait été attribuée, alors pour se venger il l’avait privée d’eau. Et la sécheresse régnait. Or un jour que les Danaïdes étaient parties, comme les autres jours, chacune de leur côté à la recherche d’eau, Amymonè se trouva face à face avec un satyre qui voulut la prendre. Amymonè refusa. Le satyre alors voulut la violenter, il faisait usage de la force et allait parvenir à ses fins lorsque survint Poséidon qui, se souvenant qu’il était un ancêtre du père de Danaos, et ému du charme d’Amymonè, lança son trident sur le satyre, lequel prit la fuite. Le trident du dieu avait frappé la roche et de chacune des brèches jaillit une source d’eau pure. Quant à Amymonè, plus sensible à Dionysos qu’au satyre et séduite par le dieu qui l’avait sauvée, elle s’unit à lui et engendra Nauplios qui, adulte, fonda la ville de Nauplie. Il ne faut pas le confondre avec son arrière-petit-fils du même nom qui participa à l’expédition des Argonautes. Voilà donc comment vint au monde le fondateur de la ville où nous sommes.
 
696a2 Nauplie vue de l'Acronauplie
 
C’est au port de Nauplie que, de retour en Grèce après la Guerre de Troie, débarque Ménélas qui veut passer par Argos avant de regagner Sparte. Passant de la légende à l’histoire, vers l’an 600 avant Jésus-Christ nous voyons Argos, ennemie de Sparte, raser Nauplie, alliée de Sparte. Les rescapés du massacre vont s’installer à Methoni, à l’extrême sud-ouest de la Messénie (le “doigt” occidental du Péloponnèse). Désormais, Nauplie est l’arsenal et le port d’Argos. La ville vit un très long sommeil. En 589, lors de l’invasion des Avars, seule Nauplie parvient à les repousser. Aussi, dans les siècles suivants, les populations du centre et de l’ouest du Péloponnèse victimes des intrusions slaves vont se réfugier sous la citadelle de Nauplie. Au onzième siècle, les Byzantins relèvent et renforcent les vieux murs dont il ne reste quasiment rien de mycénien et pas grand chose d’hellénistique, mais c’est au douzième siècle que les fortifications puissantes sont établies. Après 1453 et la chute de Constantinople, les Francs occupent l’ancien Empire Byzantin. Lorsqu’en 1377 Marie d’Enghien, héritière de Nauplie, épouse un Vénitien, elle juge sage de céder la ville au doge de Venise afin d’en assurer la défense face aux despotes de Mystras et de percevoir de l’opération une rente viagère pour elle et ses enfants.
 
696a3 Nauplie,les murs du kastro
 
696a4 Nauplie, le Lion vénitien
 
Venise régnera sur Nauplie de 1389 à 1540. Nous voyons, en plusieurs endroits des murailles, son emblème, le lion ailé de saint Marc. Les Vénitiens organisent une vraie cité sur l’acropole, Acronauplie, à l’abri des puissantes murailles et, se sentant rassurées par cette protection, des populations s’installent également au pied du rocher. C’est le début d’un vrai essor de la ville moderne. Nous avons voulu visiter la citadelle. Alors qu’à Corinthe on monte en voiture jusqu’à la première enceinte et qu’ensuite l’ascension jusqu’au château est une agréable promenade sur des sentiers puis sur des rochers, ici à l’Acronauplie, on part sensiblement du niveau de la mer ou peu s’en faut, et l’on gravit d’interminables escaliers sous le soleil, entre des murailles de pierre surchauffée. En arrivant enfin devant la baraque de vente des billets, nous nous sommes vu refuser l’entrée parce que c’était à moins d’une demi-heure de la fermeture, exceptionnellement avancée ce jour-là. Nous sommes redescendus, renonçant à revenir le lendemain.
 
696b Nauplie, une fontaine
 
Puis viennent les Turcs, au terme d’un siège long et meurtrier. Je montre ici une fontaine de la ville. On voit, sur la photo du bas, au fond de la fontaine, une plaque fixée au mur. C’est la photo de cette plaque que j’ai placée en haut. Elle est rédigée en arabe. L’arabe est une langue sémitique, le turc est une langue indo-européenne écrite en alphabet latin. Mais les Turcs de l’Empire Ottoman sont musulmans et à ce titre beaucoup d’inscriptions sont dans la langue du Coran. On le sait, de même que l’Église catholique célébrait tous ses offices en latin, dans quelque pays que ce soit, jusqu’au concile de Vatican II voulu le pape Jean XXIII (mais chacun pouvait prier individuellement dans sa langue), de même l’Islam n’admet que l’arabe, la langue du Prophète, pour prier Allah, que ce soit en public ou en privé. Occupant la ville de 1540 à 1686 en bonne intelligence avec les Grecs orthodoxes qui sont l’élément le plus nombreux et avec les quelques juifs, les Turcs en seront chassés par les Vénitiens qui reviennent de 1686 à 1715. Nauplie est alors capitale du royaume de Morée. Les murailles et les défenses sont encore renforcées, néanmoins la ville ne résistera pas plus de deux semaines à l’attaque qui la fera rentrer dans le giron de la Sublime Porte en 1715. Fin 1822, lors de la Guerre d’Indépendance, Nauplie chasse les Turcs et reste libre jusqu’à ce que la Grèce devienne indépendante. C’est à Nauplie que s’établit le premier Gouvernement grec indépendant. En janvier 1828 s’installe Jean Capo d’Istria (Ioannis Kapodistrias), premier gouverneur de la Grèce libre.
 
696c1 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
696c2 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
696c3 Nauplie, assassinat de Capo d'Istria
 
Kapodistrias est né à Corfou du temps de l’occupation vénitienne ; membre du gouvernement de la République des Sept Îles de 1802 à 1807, entré au service du tsar de Russie comme diplomate de 1808 à 1815, puis ministre des Affaires Étrangères de Russie de 1816 à 1822, il démissionne de ces fonctions et renonce à sa belle carrière lors de l’insurrection grecque contre l’occupation turque. Il prend le parti des indépendantistes. En 1827 il est désigné pour être le premier gouverneur de la Grèce indépendante et c’est de Nauplie qu’il administre son pays. Comme le dit la plaque ci-dessus, apposée sur le mur de l’église Saint Spyridon de ma première photo, "Ici a été assassiné le premier gouverneur de la Grèce, Ioannis Kapodistrias, le 27 septembre 1831". La troisième photo reproduit (très mal…) une gravure située dans l’église et représentant la scène de l’assassinat. Les pays protecteurs, Angleterre, France et Russie, désignent Othon, le fils cadet de Louis de Bavière, comme roi héréditaire de Grèce. Othon rejoindra Nauplie en février 1832 mais fin 1834 il fera d’Athènes la capitale du royaume et quittera Nauplie.
 
696d1 Nauplie et l'îlot Bourdzi
 
696d2 Nauplie et l'îlot Bourdzi
 
696e Nauplie, la mairie, premier lycée
 
Voici quelques vues de Nauplie. Le 11 au soir nous nous sommes installés sur un grand parking face à la mer et j’ai pris la première photo lorsque le jour déclinait. La seconde photo a été prise du même endroit dans l’après-midi du 13. On y voit un rocher portant un fort vénitien, c’est l’îlot Bourtzi. Le bâtiment de ma troisième photo est l’hôtel de ville, mais si je le montre c’est parce que, comme le rappelle une plaque, c'est là que " le premier lycée grec a été fondé en 1833 par décret d’Othon I, roi de Grèce". La notoriété de la ville se voit dans ses nombreux jumelages, en Grèce même mais aussi en Allemagne, en Serbie, en Bulgarie, en Géorgie, aux États-Unis, ainsi qu’en France, à Martignias.
 
696f1a Nauplie, Saint Spyridon
 
696f1b Nauplie, Saint Spyridon, saint Jean l'Evangéliste
 
696f1c Nauplie, Saint Spyridon, premier concile de Nicée
 
Puisque j’ai parlé de l’assassinat de Kapodistrias devant l’église Saint Spyridon, jetons un coup d’œil à l’intérieur. Comme toutes les églises orthodoxes grecques il s’y trouve de riches lustres, une iconostase très décorée, des icônes et pas de statues. Beaucoup de fresques aussi, comme ici saint Jean l’évangéliste, ou une représentation du premier concile œcuménique de Nicée.
 
696f2a Nauplie, Saint Georges
 
696f2b Nauplie, Agios Georgios
 
696f2c Nauplie, Saint Georges
 
696f2d Nauplie, Saint Georges
 
696f2e Nauplie, Saint Georges
 
La belle et grande église Saint Georges (Agios Georgios) est la cathédrale de Nauplie. C’est un édifice du seizième siècle qui était revêtu de fresques du dix-septième siècle italien, mais ces fresques, qui n’ont pas été effacées, ont été recouvertes en 1823, lorsque la ville a été reprise aux Turcs qui avaient fait de l’église une mosquée, de nouvelles fresques d’un peintre grec. À l’intérieur, j’ai particulièrement été frappé par la qualité du travail du bois, comme cet angelot ou la porte de l’iconostase.
 
696f3 Nauplie, église de la Vierge (naos Panagias)
 
Nous sommes maintenant dans l’église de la Panagia, c’est-à-dire l’église de la Vierge. Du moins est-ce le nom qui est indiqué sur le mur de l’église, précisant qu’elle est du quinzième siècle. Mais dans le livre que nous avons acheté, elle est appelée Panagitsa, Petite Vierge. Toutes ces églises sont différentes les unes des autres, elles sont d’époques différentes et de styles différents. Mais l’œil habitué aux églises catholiques occidentales ne perçoit pas instantanément et clairement ces différences. Je me rappelle la réaction de mes élèves de Concepción, au Chili, dont le pays a été colonisé et christianisé à partir du seizième siècle, lors du grand voyage en France que je leur avais concocté. Romanes ou gothiques, toutes les églises étaient semblables à leurs yeux. Ils voyaient bien, par ailleurs, que le château de Chinon était plus vieux, mais Chambord, Chenonceau, Amboise, ainsi que Fontainebleau ou Saint-Germain ne différaient guère que par leurs dimensions et leur environnement. Arrivé en Grèce, pendant plusieurs mois je n’ai pas été sensible aux différences à l’intérieur des églises. Nous sommes arrivés à Igoumenitsa le 8 décembre. Je rédige ces lignes le 14 avril et je dois avouer que mon œil ne s’est fait que depuis trois ou quatre semaines.
 
696g1 Nauplie, le musée dans l'arsenal vénitien (1713)
 
Pour conclure cet article sur Nauplie, rendons-nous dans ce bâtiment construit en 1713 pour servir d’arsenal aux Vénitiens. Ce n’est pas l’arsenal que nous visiterons. Il a aussi servi de caserne. Ce n’est pas non plus pour m’engager dans l’armée grecque. Mais depuis 1930 le premier et le second étages sont un musée archéologique, et cela nous intéresse l’un et l’autre.
 
696g2 Nauplie, figurine féminine, 5300-4500 avant J.-C
 
696g3 Nauplie, collier néolithique, 6800-3200 avant J.-C
 
Commençons par ces objets. Leur âge donne le tournis. Pour cette figurine féminine en terre cuite, aux hanches larges, elle est datée dans une fourchette de 5300 à 4500 avant Jésus-Christ. Au bas mot, six millénaires et demi. Pour ce collier de coquillages, la fourchette est plus large, entre 6800 et 3200 avant Jésus-Christ, soit une possibilité de presque neuf mille ans. Certes, on présente le néolithique comme un progrès de la civilisation, c’est l’âge de la pierre taillée et polie, néanmoins on a souvent tendance à se représenter, à cette époque, l’homme vêtu d’une peau de bête, un gourdin dans une main et de l’autre traînant sa femme par les cheveux. Certes c’est caricatural, et on le sait bien, mais on a du mal à se représenter un niveau de civilisation aussi évolué, capable de façonner de tels objets. Enfin… je dis “on” mais je devrais dire ‘.“je” car sans doute mes lecteurs sont-ils plus ouverts que moi aux civilisations éloignées.
 
696g4 Nauplie, linéaire B, 13e-12e siècle avant JC
 
J’ai déjà parlé du linéaire B, cette écriture mycénienne dont l’architecte britannique Michael Ventris a découvert en 1952 que c’était un alphabet syllabique, qu’il est parvenu à déchiffrer et dont il a constaté alors que c’était du grec. Écrites dans de la glaise humide, ces tablettes ont cuit dans l’incendie des palais, ce qui a permis leur conservation. Celle-ci, du treizième ou du douzième siècle avant Jésus-Christ, et qui est reproduite sur un dessin situé sous elle pour plus de lisibilité, concerne un bail immobilier.
 
696g5 Nauplie, figurines du 14e au 12e siècles avant J.-C
 
Parmi toutes les figurines de terre cuite, j’ai choisi ces trois-là parce que je les trouve amusantes et originales. La première, du douzième siècle, provient du petit sanctuaire de Tirynthe. Son type aux bras levés est bien connu, mais celle-ci, façonnée au tour, est finement modelée et peinte, diadème, colliers, bracelets, robe, seins. Quant au visage, au nez fort, aux yeux ronds, à la bouche entrouverte, il est fin et expressif. La statuette du milieu est un peu plus ancienne, elle est de la seconde moitié du treizième siècle. C’est une déesse aux formes élancées et longilignes, très élégamment vêtue d’une longue robe et d’un chapeau rond. Elle aussi façonnée au tour, elle a fait l’objet ensuite d’un travail minutieux sur les détails et sur la peinture. Elle provient de Midea, une autre citadelle d’Argolide. Quant à la troisième figurine, à droite, datée entre 1400 et 1300 elle est encore plus ancienne. Cet homme qui se vautre dans son trône est à mourir de rire, avec ses jambes courtes qui ballottent comme celles d’un enfant sur un siège trop haut pour lui. Il a été découvert dans une tombe de Nauplie.
 
696g6 Nauplie, outils de bronze 1350-1250 avant Jésus-Chri
 
Ici sont présentés de nombreux instruments mycéniens. Puisque ce sont les Doriens qui, apportant la connaissance du travail du fer, ont mis fin à la civilisation mycénienne, cette dernière est donc encore à l’âge du bronze, alliage dont sont faits ces objets. De haut en bas, nous voyons des pincettes (1350-1280), peut-être une cuillère (1350-1250), une scie (1350-1250), un poignard (1350-1280), et puis sur le côté droit une petite pince (1350-1280) et une lame de couteau (1350-1280). Des formes très modernes.
 
696g7a Nauplie, cuirasse, fin 12e siècle avant JC
 
696g7b Nauplie, casque de bronze, 1050-1025 avant J.-C
 
Cette armure et ce casque, en bronze, des pièces exceptionnelles et remarquables, ne sont pas exactement contemporains puisque l’armure a été trouvée dans une tombe du quinzième siècle avant Jésus-Christ tandis que le casque de la seconde photo vient d’une tombe de Tirynthe de 1050-1025 avant Jésus-Christ, soit de quatre siècles plus récent. Sa forme cependant n’est pas fondamentalement différente de celle du casque présenté avec l’armure qui, lui, a dû subir une reconstitution. L’ivoire qui le décore ou le renforce provient, dit la notice, de défenses d’ours (tusk en anglais), mais je ne sache pas que les ours aient des défenses, et je suppose qu’il faut comprendre que c’est de l’ivoire de dents d’ours.
 
696h1 Nauplie, bouclier votif, début 7e siècle avant J.-C
 
Nous voici à présent au septième siècle avant notre ère. Cette amusante scène de combat est peinte sur un petit bouclier votif en terre cuite. Ce n’est pas, en effet, une matière convenable pour réaliser un vrai bouclier.
 
696h2 Nauplie, fragment de cratère attique, 6e s. avant JC
 
Ce bout de céramique me réjouit. Il est apparemment sans grand intérêt, mais il est très instructif pour la phonétique du grec ancien. En effet, il existait dans l’alphabet un epsilon, E fermé bref (comme dans l’été passé) et un êta (aujourd’hui ita), E ouvert long (comme dans j’aime la crème). Et il était fréquent aussi de rencontrer la diphtongue EI (prononcée comme dans groseille, treille). Mais il est arrivé qu’au cours des siècles la langue fasse disparaître un S entre un epsilon et une consonne, comme en français entre O et une consonne dans hôpital (cf. hospitalisation). Lorsque le S s’est amuï (est devenu muet), il a entraîné un allongement de l’epsilon qui le précédait. Problème, car l’alphabet grec ne comporte pas de E fermé long. Certains dialectes ont opté pour la graphie avec êta, qui ne correspondait pas à la prononciation. Mais il fallait bien adopter une convention. En français, par exemple, GN (le bagne) ne se prononce pas comme G+N, et CH (chaud) ne se prononce pas comme un K aspiré. Certains dialectes ont choisi la convention EI pour le E long fermé. Ainsi, le radical indo-européen du verbe être est ES- (en latin esse, es, est, et en grec “il est” = esti). La première personne du présent de l’indicatif, en grec, était es-mi. Après amuïssement du S, les dialectes en question ont écrit eimi mais on prononçait émi. La graphie EI pouvait donc correspondre à deux prononciations différentes, diphtongue ou E long fermé. Or sur ce fragment de cratère du sixième siècle avant Jésus-Christ, je lis ATHANAIAS EMI, je suis à Athéna. Cela, c’est du dialecte dorien.
 
696i1 Nauplie, danseuse, 3e siècle avant Jésus-Christ
 
Toutes mes excuses pour cet intermède philologique qui n’intéresse que moi ! J’en viens à des choses plus gracieuses, comme cette danseuse du troisième siècle avant Jésus-Christ, et donc d’époque hellénistique. On voit qu’aux mouvements du corps la danseuse ajoute ceux d’un grand voile.
 
696i2a Nauplie, miroir aux baigneuses, fin 3e-2e s. avant J
 
696i2b Nauplie, miroir aux baigneuses, fin 3e-2e s. avant J
 
J’aime également beaucoup ce miroir ouvrant fin troisième siècle avant Jésus-Christ ou début second siècle, avec son couvercle décoré de cette scène en relief. Ces deux femmes sont à la toilette, accroupies devant une cuvette. Au milieu, on voit un filet d’eau qui tombe. La femme de gauche, peut-être une servante, avec ses cheveux plus courts, tend le bras gauche vers la longue chevelure de l’autre, qui se retourne comme pour surveiller si on les regarde, et serre dans ses deux mains la main droite de la femme de gauche. Cette scène est à la fois naturelle, vivante, et esthétiquement très réussie.
 
696j Nauplie, renforcement de sandales, en fer
 
La forme de ces objets ne laisse pas de doute pour la partie du corps à laquelle ils sont destinés. Ce sont des renforcements de sandales en fer. Hélas, l’étiquette explicative n’indique ni une date, ni une provenance. On reste donc sur sa faim, mais cela ne retire rien à la curiosité de ces objets.
 
696k1 Fouilles à Mycènes, août 1952, par Nikolaos Tobazi
 
696k2 Nikolaos Tobazis, Repas des fouilleurs, Mycènes sept
 
Ici comme dans bien d’autres musées de Grèce, les richesses exposées sont innombrables, toutes plus intéressantes les unes que les autres. J’ai fait un choix arbitraire, en fonction de mes goûts et de mes centres d’intérêt. Je ne peux hélas pas tout montrer. J’arrête donc là la présentation des antiquités, mais j’y ajoute ces deux photos prises dans le passage. En effet, sur les murs du couloir sont exposées des œuvres du photographe grec Nikolaos Tobazis (1898-1986). Il a réalisé ses prises de vues sur les lieux de fouilles archéologiques, et permet donc de voir le chaînon entre l’objet avant sa découverte, et l’objet tel qu’il est exposé au musée. La première photo a été faite à Mycènes en août 1952, et la seconde, le repas des fouilleurs, à Mycènes également, en septembre 1953.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Annick Giagnoli 18/09/2014 19:42

Ne vous excusez pas de vos intermèdes philologiques...
Je les attends avec grande impatience comme tous vos articles !
Merci encore une fois.

Agritourisme en Italie 20/06/2014 17:05

Merci pour ces articles de qualité !

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