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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 17:11
754a1 Départ d'Amorgos, Aegiali
 
754a2 à bord du ferry
 
754a3 fête à bord du ferry
 
Nous avons pris le ferry vers Naxos et regardons, derrière le sillage du bateau, s’éloigner cette belle Amorgos. Il n’y a pas à chercher de justification à ma seconde photo, je n’ai pris ce cordage que pour me faire plaisir parce que j’aime bien la matière et les formes. La troisième photo montre un groupe de personnes qui font la fête à bord, un jeune violoniste joue pour faire danser ses amis. J’ai l’impression que ces gens se rendent à un mariage et s’amusent par anticipation.
 
Nous arrivons à Naxos vendredi 16 à 17h25 et en repartons lundi 19 à 12h55. C’est bref, aussi consacrons-nous la soirée de vendredi et la journée de samedi à la ville de Naxos, appelée Chora comme la plupart des capitales d’îles, et ce sera le sujet du présent article, tandis que mon prochain article portera sur le centre de l’île visité dimanche 18 et sur une équipée éclair dans le nord de l’île lundi 19 avant le ferry.
 
754b1 Site de la ville de Naxos
 
754b2 le port de Naxos
 
754b3 le Kastro de Naxos
 
754b4 Naxos, 1932 (par Polyklitos Rengos, 1903-1984)
 
Cette île est, avec ses 430 kilomètres carrés, la plus étendue des Cyclades. 1005 mètres, 1000 mètres, 930 mètres, Naxos compte trois sommets assez élevés. Ce n’est pas l’Everest, mais c’est suffisant pour que de nombreuses sources, laissant des sommets arides et rocailleux, dévalent pour irriguer de fertiles vallées où l’on cultive la vigne et l’olivier, le figuier, le grenadier, des agrumes. Et aussi pour battre le record d’altitude des Cyclades. Autre ressource de l’île, le marbre qui, sans atteindre la qualité de celui de Paros, en est néanmoins très proche. Le port de Naxos (deuxième photo) constitue un quartier plus récent de la ville, tandis que sur la colline se presse le Kastro, la citadelle vénitienne (troisième photo. Ainsi que, quatrième photo, un tableau de Naxos en 1932 peint par Polyklitos Rengos, 1903-1984). En effet, à la suite de la terrible quatrième croisade dévoyée, l’île a été prise par un Vénitien, Marco Sanudo, qui y a fondé ainsi que sur les îles avoisinantes son duché, le Duché de l’Archipel. Mais au lieu de rester sous la coupe de sa patrie d’origine, il s’est rangé aux côtés de l’empereur Henri Premier. Cet homme, Henri de Hainaut, avait participé au siège et à la prise de Constantinople, mais au moment du pillage il a protégé le Palais Blacherne situé près de la porte de la ville dont il était chargé, empêchant le massacre de la garnison et le sac des richesses. Son frère Baudouin est couronné premier empereur latin de Constantinople mais il est fait prisonnier par les Bulgares et tué par eux en 1206. Henri de Hainaut est sacré empereur de Constantinople pour succéder à son frère. Sans doute est-ce l’honnêteté et la rigueur démontrées lors de la prise de Constantinople en 1204 qui ont conduit Sanudo à faire sécession avec Venise. Mais son choix lui a assuré, à lui et à son île, la reconnaissance de l’empereur et, avec elle, une solide protection pour Naxos. En 1344 Amur, un corsaire turc, la ravage. En 1537 c’est le corsaire Barberousse qui, à la tête d’une armada turque de deux cents navires, en prend possession et la remet entre les mains de l’Empire Ottoman. En 1768, en raison d’un différend au sujet de la Pologne, la tsarine Catherine II de Russie entre en guerre contre l’Empire Ottoman. Les Grecs en profitent pour demander de faire cause commune avec les Russes pour les débarrasser des Turcs. Le comte Orloff, favori de Catherine II, mène campagne. Dans le Péloponnèse, c’est un échec complet, mais en mer Égée la flotte turque est intégralement coulée, sauf un seul et unique navire, pris par les Russes. De 1770 à 1774 Naxos est brièvement occupée par les Russes, mais elle est reprise ensuite par les Turcs.
 
Hors sujet : Orloff… Pour moi, cela évoque cette campagne (c’est plus noble), mais aussi la recette de veau Orloff (c’est plus terre à terre), un rôti parfumé d’une duxelles de champignons de Paris que j’aime bien cuisiner. Il ne s’agit pas, en l’occurrence, du même comte Orloff, mais d’un descendant, Prince Nikolaï Orloff du dix-neuvième siècle. On lit dans Le Gaulois du 12 septembre 1895 "Georges Bouzon, qui servit, sous l'Empire, le marquis de La Valette et le prince Orloff, est aujourd'hui chez la duchesse d'Albe". Et c’est ce Bouzon qui a inventé pour son patron cette recette savoureuse à laquelle le comte qui a occupé Naxos n’a jamais pu goûter. Fin de mon hors sujet.
 
754c1 Château vénitien du Kastro, à Naxos
 
754c2 Château vénitien du Kastro, à Naxos
 
Ce bâtiment constitue le reste d’une grosse tour, part du château disparu que Marco Sanudo a construit ici, au sommet de la citadelle, dès 1207. Il est probable que la citadelle antique avait occupé le même emplacement, comme tendent à le prouver les conduites d’eau enterrées datant du sixième siècle avant Jésus-Christ et qui se dirigent visiblement vers ce château.
 
754c3 Naxos, colonnes antiques (temple), maison vénitienne
 
L’Antiquité et l’époque vénitienne ont partout laissé leurs traces. Dans cette boutique qui vend des objets d’art, bijoux originaux et toutes sortes de jolies choses, la patronne invite fort aimablement les passants à admirer l’intérieur, sans pousser le moins du monde à l’achat. Mais elle est fière, à juste titre, des lieux sur lesquels elle règne. En effet, il s’agit d’un bâtiment vénitien très ancien, remontant au début de l’occupation, et pour soutenir le toit duquel ont été utilisées des colonnes antiques, prélevées sur les ruines d’un temple.
 
754c4 Naxos, blason sur maison vénitienne
 
Quand on se promène dans le Kastro, à travers le labyrinthe de ses ruelles, on est frappé par le nombre de façades qui portent des blasons vénitiens. Celui-ci est du dix-septième siècle.
 
754c5a Fontaine, à Naxos
 
754c5b Fontaine, à Naxos
 
Nous sommes ici dans la ville basse. Puisqu’il y a de l’eau dans l’île et qu’elle a été occupée par les Vénitiens, on ne peut être étonné d’y trouver une fontaine. Elle est constituée de quatre arches qui supportaient un toit, mais ce toit n’existe plus. Au centre se trouve le puits. Il comporte un système d’évacuation de l’eau au cas où le niveau serait trop haut, pour éviter un débordement.
 
754c6 Naxos, Grande citerne antique, dite Fontaine d'Ariane
 
Mais ce que l’on voit ici, et qui est à quelques pas de cette fontaine, c’est l’ouverture d’une immense citerne antique d’époque romaine. Son nom, Trani Fountana, signifie "la Grande Citerne". Évidemment, je n’ai pas eu accès à l’intérieur, mais j’ai lu que c’est un réservoir couvert d’une voûte. Nous verrons, en roulant dans la campagne, des sections de l’adduction d’eau vers Naxos, que je montrerai dans mon prochain article, et vu leur direction, il est très probable que les aqueducs amenaient l’eau à cette citerne, mais le développement de la ville au dix-neuvième siècle a détruit l’aboutissement des tuyaux sans laisser ni leur trace archéologique, ni un texte ou un graphique décrivant ce que les travaux de construction modernes ont détruit. On ne peut donc que supposer que l’aqueduc s’achevait ici. Plusieurs voyageurs, du seizième et du dix-huitième siècle, parlent d’un temple de Bacchus, dont on dit qu’il est né à Naxos, et ils disent que non loin de là se trouve la Fontaine d’Ariane. Une carte dessinée par Camocio au seizième siècle montre clairement qu’en fait de temple de Bacchus ils font allusion au temple d’Apollon dont je vais parler tout à l’heure, et que là où est représentée la fontaine d’Ariane se trouve en réalité la Grande Citerne.
 
On se rappelle qu’Ariane, l’une des filles de Minos et de Pasiphaé, en Crète, était tombée amoureuse à la vue de Thésée, que sur les conseils de l’ingénieur Dédale elle lui avait remis une pelote de fil à dérouler sur son chemin pour retrouver ensuite la sortie du Labyrinthe, en échange de la promesse de l’épouser, qu’après avoir tué le Minotaure et être ressorti grâce à l’artifice du fil d’Ariane Thésée avait fui la Crète de nuit en emmenant la jeune fille et que, ayant passé la nuit sur le rivage de Naxos (la navigation ne se faisait pas de nuit), il était reparti au matin, abandonnant Ariane endormie. Elle ne s’était réveillée que pour voir disparaître à l’horizon les voiles du navire de Thésée. "Ariane, ma sœur, de quel amour blessée / Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée", lui dit Phèdre dans la pièce de Racine. Et l’on dit qu’Ariane pleura tant la perte de son amour que ses larmes salèrent la fontaine à laquelle on a donné son nom. La tradition prétend donc que l’eau de cette citerne est salée, ou saumâtre, mais si ses parois sont étanches et si elle est alimentée par l’aqueduc qui s’alimente à une source dans la montagne, je ne vois pas trop comment l’eau pourrait ne pas être douce.
 
754c7a Naxos, dans le Kastro
 
754c7b Naxos, dans le Kastro
 
754c7c Naxos, dans le Kastro
 
Puisque j’ai parlé des ruelles tortueuses et étroites de la citadelle, le Kastro, il me faut en montrer quelques images. C’est un enchevêtrement de boyaux qui passent sous de longs tunnels, d’escaliers, de hauts murs, de petits jardins, d’arcs, d’ogives. J’ai lu quelque part que c’était trop resserré, trop enlacé, pour être sympathique. L’auteur, pour cette raison nettement exprimée, trouvait cette ville moins agréable que les villes des autres Cyclades. Je ne suis pas d’accord. Il y a là un cachet exceptionnel. Le tourisme n’a pas, ou pas encore, défiguré ce quartier, et en se promenant dans ces ruelles on est reporté quelques siècles en arrière.
 
754c8 Naxos
 
754c9 Naxos, la cathédrale catholique
 
La population est, ici, presque exclusivement orthodoxe. Toutefois, héritage de l’époque vénitienne, il subsiste une très petite minorité catholique, qui a droit à sa cathédrale (évêché de Tinos et Naxos), que je montre sur ma seconde photo ci-dessus, et que l’on apercevait sur ma seconde photo de la tour du château. Elle date du treizième siècle. Ma première photo ci-dessus, quant à elle, montre la cathédrale orthodoxe.
 
754d1 la ville de Naxos vue du temple d'Apollon
 
Rendons-nous à présent vers le temple qui était consacré à Apollon Délien (et non à Bacchus). La carte de Camocio le représente sur un îlot, ce qui veut dire que cette courte digue qui le relie à Naxos est postérieure. Et de là on a une vue intéressante sur la ville et sa citadelle.
 
754d2 sculpture moderne près du temple d'Apollon à Naxos
 
Mais auparavant, juste à l’entrée de la digue en venant de Naxos, on voit cette belle sculpture contemporaine. Un corps qui émerge de la pierre, jamais la statuaire antique n’a traité le sujet de cette façon moderne que l’on retrouve chez d’autres, Rodin par exemple, et pourtant je trouve que l’on sent un lien entre la sculpture grecque de l’époque classique et cette statue. Vraie œuvre d’art.
 
754d3 Naxos, le temple d'Apollon Delien
 
754d4 Naxos, le temple d'Apollon Delien
 
754d5 Naxos, le temple d'Apollon Delien
 
754d6 Naxos, le temple d'Apollon Delien
 
Le voici, ce temple. On le voit, au sol il ne reste quasiment rien de ses ruines, mais cette porte monumentale qui se dresse seule au-dessus d’un sol ras n’en est que plus remarquable. Finalement, j’en viens à me demander si elle n’y gagne pas, à subsister seule du temple antique. Ce temple qui a été commencé au sixième siècle avant Jésus-Christ, à l’époque du tyran Lygdamis, vers 530. Mais il n’a jamais été achevé et, au cinquième siècle de notre ère, il a été récupéré par le christianisme pour en faire une basilique. Et puis il a été abandonné, il est tombé en ruines, bien des éléments ont été pillés pour construire les maisons de la citadelle.
 
754e Naxos, école française où a étudié Kazantzakis
 
Sur le mur du fond de cette petite impasse toute blanche on aperçoit vaguement une plaque. Elle dit que "dans ce bâtiment a fonctionné l’école française privée où a étudié Nikos Kazantzakis, écrivain, poète et penseur, de 1897 à 1899". En effet, l’auteur de Zorba le Grec est né à Héraklion en Crète en 1883, alors que l’île était encore possession de l’Empire Ottoman. Quand a éclaté la révolution de libération, en 1897, la famille Kazantzakis a émigré à Naxos, et le jeune Nikos a été scolarisé pendant deux ans à l’école française de la Sainte-Croix, avant de rentrer à Héraklion et d’y être inscrit au lycée. Dans cette école des Franciscains de Naxos, ancien palais ducal de Sanudo où se retrouvent tous les enfants de Crétois en exil, il apprend le français et l’italien, découvre la littérature européenne, se frotte à la culture occidentale. Ces deux années ont été déterminantes dans son évolution, elles sont à l’origine des années qu’il va passer à Paris, 1907-1909, suivant au Collège de France les cours de philosophie de Bergson.
 
754f1 musée de Naxos, mosaïque Europe et Zeus (taureau)
 
Tout près se situe le musée archéologique de Naxos. Il s’y trouve de nombreuses pièces intéressantes. Je me limiterai à quelques unes, comme cette mosaïque de sol dont je ne montre que le sujet central représentant Europe sur le dos de Zeus qui a pris l’apparence d’un taureau et qui traverse la Méditerranée de Sidon à la Crète, comme en témoignent un poisson et un dauphin.
 
754f2 musée de Naxos, statuettes cycladiques
 
754f3 musée de Naxos, statuette cycladique
 
754f4 musée de Naxos, statuette cycladique
 
Le musée est célèbre, à juste titre, pour sa riche collection de statuettes cycladiques datant de 2800-2300 avant Jésus-Christ et trouvées dans des tombes, à Naxos même ou dans les îles environnantes. Il y en a des vitrines entières. Je mets l’accent sur ces deux figurines assises que je trouve amusantes et originales. Il y en a plusieurs autres, plus que dans le musée Cycladique d’Athènes.
 
754g1 musée de Naxos, vases géométriques, 9e-8e s. avant
 
754g2 musée de Naxos, terre cuite cycladique 2800-2300 ava
 
Ces vases aussi sont amusants. J’aime bien ces bottes d’époque géométrique (neuvième ou huitième siècle), mais j’avoue avoir un faible pour ce petit cochon beaucoup plus ancien (2800-2300 avant Jésus-Christ).
 
754g3 musée de Naxos, boîtes en marbre, 3e millénaire av
 
Encore un objet avant de ressortir du musée archéologique. C’est une double boîte taillée dans le marbre. Le choix de la pierre et son orientation qui fait apparaître une décoration à partir des veines de la pierre, la précision du travail en forme parfaitement circulaire, le poli de finition, tout cela démontre un art et une technique de haut niveau. Or nous sommes en pleine époque préhistorique, au troisième millénaire avant Jésus-Christ. De quoi corriger les idées de qui, au mot préhistorique, associe un homme sommairement vêtu d’une peau de bête, tenant son gourdin de la main droite et, de la main gauche, traînant sa femme qu’il a saisie par les cheveux. Certes, aujourd’hui, on se déplace en voiture, en avion, les bateaux sont mus par des moteurs thermiques, voire nucléaires, on dispose de l’électricité, du téléphone, de l’ordinateur, de la télévision, etc. Mais quand je vois le niveau d’évolution et de civilisation des Mycéniens ou des Minoens, je me dis qu’il n’était pas éloigné de celui du temps de Napoléon Premier, il y a deux cents ans. Et les hommes et les femmes du troisième millénaire ne disposaient pas de l’écriture, ce qui n’est pas un manque négligeable, mais à part cela eux aussi sont incroyablement proches de nous. Ils vivaient dans de vraies maisons alors que j’ai lu des informations selon lesquelles deux Françaises vont passer tout l’hiver dans une caverne pour se protéger des ondes… Le peuple mycénien était guerrier et conquérant, mais ceux qui, dans les îles ou sur le continent, les ont précédés étaient beaucoup moins belliqueux, ce qui marque leur supériorité sur nous. Pas de Hitler, pas de Staline, ni Tian’anmen, ni La Tortuga.
 
754h1 Naxos, musée vénitien
 
Nous sortons du musée archéologique pour nous jeter dans le musée vénitien. C’est une famille aristocratique de Naxos, les della Rocca-Barozzi, qui ont disposé dans leur maison de famille située en plein Kastro toutes sortes de meubles, de vêtements, d’objets leur appartenant et qui évoquent la vie des Vénitiens de Naxos, et ils ont ouvert depuis 1999 leur maison ainsi équipée pour la visite. À l’origine, les della Rocca ne sont pas des Vénitiens, en fait il s’agit d’une très ancienne famille française qui, au cours des siècles, a italianisé son nom. En effet, membre d’une branche cadette des comtes de Bourgogne, le chevalier Othon de la Roche a participé à la quatrième croisade, a pris le duché d’Athènes, a été mégaskyr (seigneur) d’Athènes et de Thèbes de 1205 à 1225, "et puis est retourné, plein d’usage et raison,/ Vivre entre ses parents le reste de son âge", dans son château de Rigney-sur-l’Ognon, dans le Doubs, à quelque vingt kilomètres au nord de Besançon. Il y est mort en 1234. En 1458 Athènes tombe sous le joug ottoman et les La Roche émigrent vers Naxos. Et puis une autre famille, les Barozzi, vénitienne celle-là, a été l’une des douze familles qui ont fondé la République de Venise et dont les membres ont gouverné la Sérénissime pendant des siècles. Les Barozzi ont participé à la quatrième croisade, ont conquis Santorin et d’autres îles des alentours, sont partis pour la Crète et y ont donné des gouverneurs d’Héraklion. Mais quand les Turcs ont pris possession de la Crète en 1669 les Barozzi émigrent vers Naxos. Les deux familles de la Roche et Barozzi, toutes deux résidentes de Naxos désormais, s’unissent et la famille della Rocca-Barozzi, membre de la noblesse de Naxos et riche d’une généalogie exceptionnelle, vit la vie des aristocrates vénitiens de l’île. Ci-dessus, une chambre.
 
754h2 Naxos, musée vénitien
 
J’ai vu, alors que j’étais jeune et chez des personnes déjà âgées, ce genre de table de toilette à dessus de marbre avec cuvette et pot en faïence. Et aujourd’hui il est fréquent d’en voir chez les antiquaires. Ce n’est donc pas typique de Venise, mais il est probable que les Grecs de Naxos avaient d’autres usages.
 
754h3 Naxos, musée vénitien
 
Au mur, il y a plusieurs de ces tapisseries brodées. Je pense qu’il s’agit de travaux d’aiguille de dames de la maison. Dans l’Antiquité, en Grèce, les femmes dans le gynécée tissaient, cousaient, brodaient, l’essentiel de leur temps était consacré à fournir la maison en linge et en vêtements, car il n’y avait ni tailleurs professionnels faisant du sur mesure, ni encore moins de prêt-à-porter. Les siècles ont passé, les femmes ont acheté ou fait confectionner linge et vêtements, mais sont restées fidèles à la tradition en continuant à broder pour leur plaisir. Il n’y a que peu de dizaines d’années que l’on ne voit presque plus de femmes brodant ou surtout tricotant dans la salle d’attente du dentiste, dans le train, en salle des professeurs, sur les bancs du Jardin du Luxembourg…
 
754h4 Naxos, musée vénitien
 
754h5 Naxos, musée vénitien
 
754h6 Naxos, musée vénitien
 
Dans plusieurs pièces de la maison sont présentés posés sur une table, étalés sur le lit, suspendus sur un portemanteau, accrochés au mur, des couvre-chefs, des gilets, des pantalons, des chemises, des robes, des jupes. Très peu de sous-vêtements, puisque l’on n’en portait pas. Notons cependant sur la troisième de ces photos cette grande culotte à laquelle le mot sexy a beaucoup de mal à s’appliquer !
 
754i1 Naxos, musée vénitien, bulletin chez les Ursulines
 
Je voudrais terminer cette visite du musée Vénitien –et par la même occasion le présent article– avec deux documents que je trouve intéressants. Le premier est un bulletin scolaire concernant une enfant de la maison, scolarisée à l’École Supérieure des Ursulines de Naxos. Il est écrit : "Je soussignée sœur Marie-Joseph Monnot, prieure des Ursulines de Naxos, déclare que Mademoiselle Andrée della Rocca a suivi l’examen pour les leçons suivantes de la cinquième de Gymnase et a mérité : Éducation chrétienne 10, Grec moderne 10, Histoire 10, Mathématiques 8, Sciences physiques et naturelles 10. Naxos, 19 juin 1931". Une excellente élève. Si les choses n’ont pas changé, il y a successivement école primaire, gymnase, lycée, et la cinquième de collège scolariserait donc des adolescents. Scolarisée chez les sœurs ursulines françaises, portant le prénom français Andrée, on voit que cette jeune fille devait être consciente que sa famille avait des origines françaises.
 
754i2 Naxos, musée vénitien, sauf-conduit
 
Le deuxième document me semble également intéressant, à la fois pour sa nature, pour sa présentation et pour son style. C’est un sauf-conduit rédigé et grec à gauche et en français à droite. Jusqu’à une époque récente, le français était la langue diplomatique, officielle entre diplomates dans tous les pays du monde. Aujourd’hui, alors que dans le métro d’Athènes ou à l’aéroport international les touristes néerlandais, italiens, allemands, français, japonais sont beaucoup plus nombreux que les Britanniques, Américains, Australiens et autres anglophones, les inscriptions sont en grec et en anglais, quand ce n’est pas en anglais seulement. Et ici, alors que les touristes grecs sont les plus nombreux, les enseignes disent "Rent a car" et "Rooms to let". Sic transit gloria mundi... Bref, ce document dit : "Au nom du gouvernement du Royaume de Grèce requérons tous les officiers, civils et militaires, du Royaume de Grèce, et prions ceux des pays amis de laisser passer librement Monsieur Nicolas Jean de la Roca ainsi que sa femme et sa belle-mère se rendant en Italie pour ses affaires, sans qu’il soit empêché ni molesté par personne et de lui prêter aide et protection, en cas de besoin. À cet effet nous avons délivré le présent, signé par nous. Ermopolis, le 30 août 1904. Par autorisation du ministre des affaires étrangères, le préfet des Cyclades". Pas de doute, cette Ermopolis est celle que nous appelons Ermoupoli, capitale de Syros où nous étions le 17 août dernier. Quant au nom, bien français, Nicolas Jean de la Roca, il est à noter que du côté grec il est transcrit (en caractères grecs et à l’accusatif) Nikolaon Ioannon Della-Rokkan… ce qui n’a rien de français.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

marandel josette 29/06/2015 10:02

D'accord avec vous. Je viens de séjourner 15 j dans les Cyclades et 2 j seulement à Naxos. Très étonnée en découvrant la maison dans le Castro, avec le musée très intéressant, l'article de presse en français évoquant la famille zll

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