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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 00:53
703a Autres musées d'Olympie
 
Sur le musée des Jeux Olympiques (modernes) à Olympie, les jours et heures d’ouverture sont indiqués. Il faut avoir de bons yeux, parce qu’ils sont gravés sur une belle plaque fixée sur le musée, tandis que la grille, au bas des marches, est fermée. Plusieurs fois, nous nous sommes cassé le nez devant la grille close pendant les heures théoriques d’ouverture. Renseignements pris, le musée est provisoirement fermé. Tant pis, nous repartirons en nous limitant aux Jeux Olympiques antiques. Car les deux musées indiqués sur ces panneaux, l’histoire des fouilles d’Olympie et l’histoire des Jeux Olympiques dans l’Antiquité, sont ouverts et valent une visite.
 
Dans mon précédent article, devant un fronton du temple de Zeus représentant la course de chars entre Pélops et Œnomaos, j’ai raconté l’origine mythique des jeux institués par Pélops à titre funéraire pour le père d’Hippodamie qu’il a pu épouser au prix de la vie de son futur beau-père. Déjà bien avant les Grecs, dès le troisième millénaire, la pratique sportive existait. On en trouve des témoignages, sur des bas-reliefs, à Sumer, à Babylone, en Assyrie, en Égypte. Mais c’est clairement un divertissement. Au musée national d’Athènes, le huit mars dernier, nous avons vu ainsi de jeunes boxeurs minoens. Mais avec les Mycéniens, quelque chose de nouveau apparaît, c’est le sport avec une utilité directe, ce peuple guerrier développe l’athlétisme et la compétition en tant qu’entraînement pour la guerre. Les disciplines pratiquées sont en relation directe avec ce but, course à pied, lutte, pugilat, lancer de javelot et de disque, course de chars. Il existe aussi dans la pratique sportive une valeur religieuse, les hommes qui participent aux jeux funèbres, comme ceux qui sont offerts par Achille à la mémoire de son ami et écuyer Patrocle et sont décrits dans l’Iliade, ou ceux qu’offre Pélops à la mémoire d’Œnomaos, acquièrent du fait de leur participation la force et la valeur du défunt. Cette utilisation pédagogique du sport et sa valeur religieuse et morale sont nées en Grèce et sont mortes lorsqu’elle a sombré. Elles se sont dissoutes avec l’occupation romaine. Seule l’époque contemporaine a compris et retrouvé le sens pédagogique du sport.
 
Mais revenons à Pélops et à Hippodamie, aux jeux Olympiques et aux Héraia. Tombés en désuétude, ils furent institués de nouveau par Héraklès en souvenir de Pélops sur la tombe duquel il plante un olivier. C’est du feuillage de cet olivier que l’on tressait les couronnes des vainqueurs. Indépendamment des légendes, il semble que des jeux se soient déroulés à Olympie très tôt, peut-être au dixième siècle, mais des tables de vainqueurs sont établies depuis 776 avant Jésus-Christ, permettant de constater que, sans interruption depuis cette date, des jeux ont été organisés tous les quatre ans jusqu’à l’arrêt des listes en 267 après Jésus-Christ, et encore au-delà jusqu’en 394, lorsque l’empereur Théodose publia un édit interdisant ces jeux. C’était à la suite de la 293ème olympiade, en 392 de notre ère, après 1168 années…
 
703b1 Le complexe d'Olympie au 4e s. avt JC
 
Pendant tout ce temps, les lieux ont évolué. Les fouilles ont révélé, on l’a vu sur le site, un habitat de la fin du troisième millénaire, mais bien peu de choses concernant les Jeux, les toutes premières installations seraient du dixième siècle. Dans le sanctuaire on honorait primitivement Gaia (la Terre), puis Cronos et Rhéa. Avec l’arrivée des Doriens et l’établissement des dieux de l’Olympe, ces dieux primitifs ont laissé la place à Zeus. Au musée, des maquettes montrent la configuration des lieux à diverses époques. Ci-dessus, l’état entre le quatrième et le premier siècles avant Jésus-Christ. Malgré les reflets sur la vitre qu’atténue le filtre polarisant mais qu’il ne parvient pas à éliminer, on voit, en haut, au-delà de la colline, le stade tel qu’il est aujourd’hui. Juste au pied du mont, ces tout petits bâtiments sont les trésors des cités. Un chemin passe devant eux, de l’autre côté duquel un petit bâtiment est le metrôon. Puis, en se rapprochant du premier plan, on voit un grand temple au toit rouge, c’est le temple d’Héra. Devant ce temple, une petite tholos (construction ronde) est le Philippeion. En repartant vers le centre, le grand temple au toit blanc est le temple de Zeus. À sa droite, un bâtiment à trois corps dont les deux des côtés se terminent en absides semi-circulaires, est le bouleutérion. Le premier plan, à présent : tout à gauche, cet espace limité au fond par un portique, c’est le gymnase. Puis, toujours au premier plan et de gauche à droite, un carré autour d’une cour est la palestre, quelques bâtiments parmi lesquels l’hérôon et (le plus à droite) l’atelier de Phidias, et un autre grand carré, le Léonidaion (hôtel pour les officiels).
 
703b2 Le complexe d'Olympie au 3e s. après JC
 
Cette autre maquette montre les lieux aux troisième et quatrième siècles après Jésus-Christ, c’est-à-dire dans les derniers temps de réalisation des jeux. L’orientation est différente, le gymnase est au premier plan et, restant sur la droite en montant, on retrouve la palestre, le hérôon, l’atelier de Phidias, le Léonidaion. Plus à gauche, rien non plus n’a changé, c’est, de bas en haut, le temple d’Héra (à sa droite, caché par un arbre, le Philippéion), le temple de Zeus, le bouleutérion. Mais entre le temple d’Héra et les trésors est apparu le nymphée d’Hérode Atticus et Regilla, ce demi-cercle blanc haut de deux étages. Autre nouveauté, barrant l’angle supérieur gauche de la photo, c’est le portique de l’Écho. Si la photo se prolongeait sur la gauche, on verrait le stade dans le prolongement de la ligne des trésors. Un détail qui existait sur la première maquette mais qui est plus visible sur ma photo de la seconde maquette, c’est un mur blanc qui passe, entre autres, entre les lieux d’entraînement et de résidence (palestre, hôtel) et les lieux sacrés (temples, stade). Ce mur délimite l’espace que recouvrait autrefois le petit bois d’oliviers appelé l’Altis.
 
Dans l’Altis, espace des temples et du stade, les femmes n’avaient absolument pas le droit d’entrer, sous peine de mort, précipitées du haut du mont Typée. Une exception toutefois, à l’origine la civilisation ici était matriarcale et la déesse Gaia y était célébrée. Quand la civilisation patriarcale, avec le dieu mâle Zeus, l’a remplacée, les prérogatives de la déesse chthonienne Gaia ont été transmises à la prêtresse de la déesse chthonienne qui lui a succédé, Déméter. Ainsi, la prêtresse de Déméter (dont un autel se dresse le long du stade) pouvait se déplacer librement dans l’Altis et assister à l’intégralité des jeux. Regilla, la femme d’Hérode Atticus, a joui de ce privilège.
 
Mais un jour, dans la première moitié du cinquième siècle, une femme nommée Callipatire, une veuve issue d’une grande famille de Rhodes dont plusieurs athlètes avaient remporté lors des olympiades précédentes bien des victoires à Olympie (dont son père Diagoras et ses deux frères), a voulu voir concourir son fils Pisidore au pugilat. Elle a imaginé de se travestir en entraîneur et elle a pu ainsi tromper la surveillance et entrer sur le stade. Conformément à la tradition familiale, Pisidore était un athlète brillant, et il remporta la victoire. Folle de joie et de fierté, Callipatire s’est élancée vers son fils pour le féliciter, pour l’embrasser, mais oubliant qu’elle était vêtue en homme elle s’est pris les pieds dans son vêtement, qui est tombé à terre. Face à sa nudité, plus question, évidemment, de tromper les milliers de spectateurs ni les juges sur la nature de son sexe. Les juges (les hellanodices) ont délibéré sur son cas et, prenant en considération le brillant palmarès familial, ils l’ont acquittée, de sorte que jamais dans l’histoire des Jeux Olympiques la sentence de mort pour une femme n’a été prononcée. Mais à compter de cette olympiade, les entraîneurs devaient être nus, au même titre que les athlètes. D’autre part, j’ai parlé des Héraia, ces compétitions de femmes. Parce qu’elles se déroulaient hors de l’enceinte sacrée d’Olympie, les femmes pouvaient y assister.
 
703c1 Olympie, évolution du programme des compétitions
 
Les épreuves n’ont pas toujours été les mêmes, et les compétitions ont parfois été ouvertes aux jeunes garçons. Plutôt que de tout énumérer, je publie ci-dessus la liste affichée dans le musée. Mais on peut se rendre compte que longtemps, pendant treize olympiades, il n’y a eu que la course de vitesse, et les chars n’ont été introduits qu’à la vingt-cinquième olympiade, au début du septième siècle. À ce propos, je précise que le vainqueur de la course de chars n’était pas le cocher, ni celui de la course de chevaux le jockey, mais le propriétaire. Ainsi, quoique les femmes soient exclues physiquement des jeux, certaines ont été couronnées à ce titre (la fille d’Agésilas II roi de Sparte en 396 puis en 392, ou la pupille de Ptolémée Philadelphe roi d’Égypte en 264 avant Jésus-Christ, pour ne citer que deux exemples).
 
Je parle d’olympiades. C’est le temps des jeux, tous les quatre ans. Le pourquoi de cette périodicité tient à des problèmes de calendrier. Nous utilisons le calendrier grégorien, où l’année est basée sur 365 jours, cinq heures, quarante huit minutes et des poussières. Il a remplacé en 1582 le calendrier julien (Jules César) qui, avec ses 365 jours un quart avait en un millénaire et demi, accumulé dix jours de retard : on s’est endormi le 5 octobre 1582 et on s’est réveillé le lendemain 15 octobre au matin. Mais ce calendrier julien lui-même était un gros progrès, car d’une part il était moins imprécis que les computs antérieurs, et d’autre part il était uniforme dans tout l’Empire. Les organisateurs des quatre jeux panhelléniques avaient adopté le calendrier de l’astronome grec Cléostrate (qui vécut à cheval sur le sixième et le cinquième siècles avant Jésus-Christ) qui, se basant sur une année lunaire de 354 jours, de onze jours plus courte que l’année solaire, rattrapait ce décalage tous les huit ans en ajoutant trois mois au calendrier. Il avait été décidé d’organiser des jeux quadriennaux, parce qu’ils coupaient la période du calendrier en deux. Organisés lors de la pleine lune qui suivait le solstice d’été, leur date variait donc selon les olympiades entre la mi-juillet et la mi-août.
 
703c2 Olympie, réglement pour juges et athlètes (6e s. av
 
Cette petite plaque de bronze (quatrième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ) porte le règlement des jeux pour les juges et pour les athlètes. Quoiqu’ici il s’agisse du règlement des jeux, je vais dire un mot de la toute première règle, la trêve sacrée. Sous peine de disqualification, les athlètes devaient être sur place un mois avant le début des compétitions. Puis se déplaçaient les officiels et les dizaines de milliers de spectateurs et de pèlerins. Afin que leurs déplacements puissent se faire en toute sécurité dans l’ensemble du monde grec, toutes les hostilités entre cités devaient impérativement cesser. Durant un mois au début, mais dès le cinquième siècle la durée de la trêve sacrée est passée à trois mois. Les Jeux Olympiques étant panhelléniques, concouraient des ressortissants de cités ennemies, mais sur le stade les antagonismes n’étaient que sportifs. Cette règle de la trêve sacrée, toujours scrupuleusement respectée, a beaucoup contribué à maintenir le sentiment d’unité du peuple grec. Les Grecs se querellaient sans cesse, certes, mais ils ressentaient ces oppositions comme des rivalités entre frères, au sein d’une même famille hellène.
 
703c3 Olympie, victoire au dolichos (5e s. avt JC)
 
Le bronze gravé ci-dessus est un fragment de plaque mentionnant la victoire d’Ergotélès au dolichos (première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ). Le dolichos est une course d’endurance (à pied), l’adjectif dolichos signifiant long, allongé (cf. les dolichocéphales et les brachycéphales, répartition des humains –et des autres animaux– selon qu’ils ont le crâne en œuf ou en citrouille). La course était d’une longueur de 24 stades, le stade se définissant comme une longueur de 600 pieds. Là commence la difficulté parce que le pied n’est pas le même selon les cités, par exemple 29,6 centimètres à Delphes et 30,8 centimètres à Athènes. À Olympie, avec 32,045 centimètres pour le pied, le stade faisait 192,27 mètres et le dolichos 4614,48 mètres. Et le stade, unité de longueur, correspondait à la longueur de la piste, entre la ligne de départ et la ligne d’arrivée, mais le stade, espace sportif, était un peu plus long pour que les coureurs en pleine vitesse puissent freiner après la ligne d’arrivée. Il suffisait d’être meilleur que les concurrents, et peu importait que les stades de Delphes, d’Olympie et d’ailleurs ne soient pas de même longueur, puisqu’il n’existait pas de chronomètres. On ne comparait donc pas des records, on ne pouvait pas se mesurer à soi-même, se surpasser, on ne pouvait que se mesurer aux autres, compétition par compétition.
 
703c4 Olympie, feuilles d'olivier pour lauréats
 
Ma deuxième photo montre des feuilles d’olivier en bronze, d’époque classique. La tradition voulait faire coiffer aux vainqueurs une couronne de feuilles de l’olivier sauvage planté par Héraklès, comme je le disais au début du présent article. Pour des jeux régionaux, il pouvait y avoir des récompenses matérielles, argent, trépied, jarres remplies d’huile d’olive, mais pour les grands jeux panhelléniques, dits stéphanites (couronnés), l’honneur de la couronne était exclusif de toute récompense matérielle. Olivier sauvage planté par Héraklès à Olympie, laurier à Delphes (Pythiques), céleri sauvage à Némée, et enfin aiguilles de pin à Corinthe (Isthmiques) au début, et céleri après le cinquième siècle.
 
703d1 Olympie, char votif
 
703d2 Olympie, char votif
 
Ces photos montrent un aurige sur son char et des roues de char (bronzes du huitième siècle avant Jésus-Christ). Il s’agit d’objets votifs. Du fait de leur stylisation, il ne faut pas les considérer comme représentatifs de la technique de construction des chars à l’époque du début des Jeux Olympiques.
 
703e Olympie, bronze fin 2e s. avt JC et restitution
 
La tête de droite est une reconstitution de ce qu’était l’originale, celle de gauche (deuxième siècle avant Jésus-Christ), avant qu’elle soit déformée et perde un œil, avant aussi que l’oxydation ne change son aspect. Aucune explication ne dit ce que fait cette tête, trouvée sur le site d’Olympie, dans ce musée des jeux antiques plutôt que dans le musée archéologique. Je me rappelle d’ailleurs l’avoir vue en compagnie de sa reconstitution lors de ma visite d’Olympie en 1978, dans l’ancien musée archéologique et avoir été frappé de sa beauté et de l’intelligence de cette double présentation. Alors même si je pense qu’elle n’est pas à sa place dans cet article (de plus, une fille dans ces jeux interdits au sexe féminin, une honte !) j’ai quand même envie de montrer cette œuvre de qualité.
 
703f1 Olympie, monnaies de compétitions
 
Voici quelques pièces de monnaie antiques en relation avec les activités sportives. En haut à gauche, un statère en argent frappé en Pamphilie (400-333 avant Jésus-Christ) et à droite un autre de Pisidie (cinquième au troisième siècles avant Jésus-Christ), représentant des lutteurs. Il est difficile de donner une valeur pour le statère, comme pour toutes les autres monnaies antiques, non seulement parce que, comme toute monnaie, les cours ont varié en fonction des circonstances économiques et au gré de dévaluations programmées (poids d’or ou d’argent en baisse pour une même pièce), mais aussi parce que la valeur d’une monnaie dépend de son pouvoir d’achat dans un lieu particulier. Néanmoins, on s’accorde généralement pour reconnaître à la drachme, aux alentours de l’époque classique, une équivalence approximative avec le franc-or. À partir de là, l’obole vaut un sixième de drachme et le statère, tel que nous en voyons ici, vaut deux drachmes, soit deux francs-or. Et puis la mine vaut cent drachmes et le talent six mille drachmes.
 
Sur la deuxième ligne, à gauche, ce cavalier qui tient une palme, vainqueur d’une course montée, est frappé sur une tétradrachme (quatre drachmes) en argent au nom du roi Philippe II de Macédoine (336-328 avant Jésus-Christ). Au milieu, c’est une course de biges (chars attelés de deux chevaux) avec sur le char un aurige qui excite ses chevaux, frappés sur un statère en or du même Philippe II (fourchette un peu plus large, 340-328 avant Jésus-Christ). Et comment ne pas clore ma série avec une Nikè, une victoire ailée ? C’est un statère en argent provenant d’Élis et datant du cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
703f2 Olympie, dispute de guerriers pour un trépied
 
Les stéphanites évitaient que l’on se batte pour l’intérêt matériel. Dans les autres jeux, et donc hors d’Olympie, c’était comme après une victoire à la guerre, on se disputait la place pour avoir le prix. On se rappelle le conflit entre Achille et Agamemnon au sujet de la belle captive Briséis, qui est le sujet de l’Iliade lorsque, furieux, Achille se retire sous sa tente. Ici, sur un pied de chaudron tripode remontant à la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ, nous voyons deux guerriers se disputant un trépied. La même chose pouvait avoir lieu dans des jeux dits thématiques (autres que stéphanites).
 
703f3 Olympie, deux lutteurs (Egypte, époque romaine)
 
Voici un beau bronze d’époque romaine et provenant d’Égypte représentant deux lutteurs. Comme on le voit, comme on le sait, les sportifs étaient nus. Ce n’était pas par pudeur, la nudité n’avait pas dans l’Antiquité la même signification qu’aujourd’hui dans nos civilisations occidentales. Certes à Olympie il n’y avait que des hommes, mais dans d’autres villes telles que Sparte les femmes assistaient aux compétitions. En prenant le problème à l’envers, les femmes distrayant les hommes et par là diminuant leur efficacité sportive ou guerrière, elles étaient interdites dans les temples du plus fort, Héraklès. Et comme, à Olympie, le culte d’Héraklès a précédé celui de Zeus, leur interdiction dans l’Altis est plutôt due, n’en doutons pas, à une survivance de l’ancien culte. Pour en revenir à la nudité, Homère décrit les athlètes, donc pour l’époque de la Guerre de Troie, l’époque mycénienne, avec un pagne. Des poteries du sixième siècle représentent, encore à cette époque, les athlètes avec un cache-sexe. On raconte qu’en 720, à la quinzième olympiade, Orsippos, athlète de Mégare, a perdu son pagne pendant la course, on l’a même soupçonné de l’avoir volontairement laissé tomber pour être plus libre de ses mouvements, et il est arrivé le premier. Sa tombe, à Mégare, a été retrouvée, et il y est gravé qu’il a été le premier vainqueur à avoir été couronné nu. La nudité s’est vite imposée pour la course à pied, puis s’est étendue à toutes les disciplines au cinquième siècle, y compris pour les entraîneurs après l’épisode de Callipatire.
 
En grec, gymnos signifie nu. Le gymnase est la salle de sport chez nous, la salle ou l’espace de la nudité par excellence dans le vocabulaire grec antique. Comme on l’a vu lors de la visite du site, mais comme, mieux que mes photos in situ, le montrent les maquettes ci-dessus, c’était une cour d’exercices à ciel ouvert, entourée de portiques abritant les vestiaires, les salles d’exercice couvertes, les lieux réservés à la toilette, les salles de soins, etc. Puisque la pratique sportive était la partie la plus importante de l’éducation des hommes, on y passait le plus clair de son temps à l’âge de la formation. Au cinquième siècle ont commencé à apparaître dans l’enceinte des gymnases des bibliothèques, des salles d’études, des salles de conférences. On y a regroupé tous les éléments de l’éducation. En Grèce moderne, les trois niveaux scolaires avant l’université, correspondant à nos écoles primaires, à nos collèges et à nos lycées, sont SCHOLÊ, GYMNASIO, LYKEIO, et dans des langues comme l’allemand le mot Gymnasium désigne le lycée. À Athènes, certains gymnases étaient célèbres, tel celui où enseigna Aristote, dans un lieu qui avait été hanté par les loups (lykoi) et dédié au héros Lykeios, c’est le Lycée… mot que nous avons repris en français (et en espagnol, en italien, etc.) comme nom commun. Platon, lui, enseignait dans un autre gymnase, dédié au héros Académos, l’Académie. Tiens, tiens, ce nom-là aussi, nous en avons fait un nom commun. Si Aristote vivait, il serait peut-être vexé de n’avoir qu’un niveau d’enseignement secondaire quand Platon est au niveau universitaire. Mais il est vrai qu’il avait été l’élève et le disciple de Platon, avant de faire sécession et d’aller implanter un enseignement dans le gymnase nommé ‘Lycée’.
 
703f4 Pierre de Coubertin rénovateur des Jeux Olympiques
 
Je ne peux décemment pas clore mon article sur les Jeux Olympiques sans parler de leur renouveau, même si le musée des J.O. modernes est fermé. Il me faut, au minimum, montrer cette photo du baron Pierre de Coubertin (1863-1937) qui les a renouvelés en 1896. Se consacrant à la recherche pédagogique, il croit à la vertu du sport et, à travers des écrits nombreux il tente d’imposer l’idée que l’exercice physique, tel que les Grecs anciens le comprenaient, est le nécessaire complément de la formation morale et de la formation intellectuelle. C’est pour procéder de manière éclatante à cette promotion qu’il instaure ces jeux modernes, symboliquement à Athènes pour les premiers. C’est un étudiant d’Harvard, James Connolly, qui sera le premier médaillé des Jeux modernes, avec un triple saut de 13,71 mètres. Il y a eu aussi une course de Marathon, sur l’itinéraire original d’environ quarante kilomètres parcouru par ce soldat qui annonça la victoire grecque sur les Perses de Darius, et sur les seize concurrents c’est un berger grec qui a gagné en 2h58’50". Puis les jeux se sont renouvelés tous les quatre ans, comme dans l’Antiquité. La deuxième olympiade moderne était à Paris, et les femmes y ont été admises pour la première fois. En 1908, pour les J.O. de Londres, le roi Edouard VII a souhaité que le marathon soit couru du château de Windsor à la loge royale du stade olympique, soit 42,195 kilomètres. Et cette distance est restée la longueur officielle du marathon.
 
703g1 Olympie, fouilles de Dörpfeld
 
Laissons là le sport et les Jeux Olympiques, modernes ou antiques. Le musée de l’histoire des fouilles présente beaucoup de photos, que je ne vais pas toutes re-photographier, beaucoup de lettres en langue grecque ou allemande, qu’il n’est pas très intéressant de montrer si on ne les comprend pas (de plus, avec le reflet sur la vitrine, et le peu d’éclairage, ce n’est pas seulement un problème de langue), et aussi des outils qui, modernes, n’ont d’intérêt que si on les voit "en vrai" parce que ce sont ceux qu’ont utilisés les archéologues. Je me limite donc à trois documents. Sur cette photo, on voit Dörpfeld et son équipe, l’archéologue qui a fouillé Olympie en 1906-1909, en 1920-1923 et en 1927-1929. Déjà, Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) prévoyait qu’il y aurait beaucoup à découvrir à Olympie, et, dans une lettre du 13 janvier 1768 il propose que l’on mette à sa disposition cent ouvriers pour dégager le stade mais, assassiné le 8 juin de la même année, il n’a pu mettre son projet à exécution. C’est donc Dörpfeld le vrai découvreur d’Olympie. Il a publié en 1935 Alt Olympie (Olympie ancienne).
 
703g2 Olympie, interdiction fouilles allemandes en 1940
 
703g3 Olympie, reprise des fouilles allemandes en 1952
 
Les deux autres documents sont des lettres liées à la Seconde Guerre Mondiale. La première, du 6 novembre 1940, interdit à la mission archéologique allemande de poursuivre les fouilles. La seconde, du 11 juillet 1952, au contraire autorise la reprise des fouilles.
 
703h1 Thucydide Kosmopoulos à Olympie
 
703h2 Lia Kosmopoulou à Olympie
 
Le monsieur que je montre sur la première de ces photos (l’une et l’autre œuvres de Natacha) a nom Thucydide Kosmopoulos. C’est par hasard que nous l’avons rencontré, car il y a trois campings à Olympie, nous sommes entrés dans l’un d’eux un peu au hasard, et ce camping –le camping Diana– est le sien, qu’il tient avec sa femme Lia. Lui, au départ économiste et retraité du ministère des finances, a honoré le patron de son prénom, le grand historien grec Thucydide (né en 460 avant Jésus-Christ, mort vers 400), fondateur de la méthode historique, auteur de huit livres couvrant la période allant de 431 à 411, en publiant un résumé de cette œuvre monumentale. Il a également publié un livre sur le serment à travers les âges, une recherche lourde, qui mériterait d’être traduite en français, en anglais… mais il faudrait trouver des traducteurs, et un éditeur intéressé. Et c’est un couple de lettrés. Lia est poétesse, elle a publié un recueil. Invités à prendre le café chez eux, nous lui avons demandé de nous lire quelques uns de ses poèmes. Certes, je ne suis pas capable de comprendre ce qu’elle a exprimé en grec moderne, mais quelle que soit la langue la poésie est d’abord, ou aussi, musique et harmonie, et je peux dire que sur ce plan ses vers sont magnifiques. Voilà donc des personnes de qualité, des gens intéressants, sympathiques, accueillants, et un camping agréable. Je regrette seulement qu’au lieu de porter le nom de la déesse Artémis ce terrain ait celui de la déesse à laquelle les conquérants et occupants romains ont cru devoir l’assimiler, Diane.

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Published by Thierry Jamard
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air max france 17/08/2011 10:11


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