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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 21:15

La Chalcidique, c’est cette grosse bosse qui ferme le golfe Thermaïque juste à l’est de Thessalonique, et qui se termine par trois “doigts” étroits et longs qui pointent vers le sud. La première de ces péninsules, à gauche, s’appelle Kassandra, celle du milieu c’est Sithonia et celle de l’est est le fameux Mont Athos, la “Montagne Sacrée” au statut particulier, couvert de monastères d’hommes et qui est interdit à toutes les femelles, qu’elles soient humaines ou vaches, chiennes, chattes… Mais cela c’est un autre sujet, qui fera l’objet d’un article spécifique. Au creux du golfe entre Kassandra et Sithonia se trouvent les ruines de la ville antique d’Olynthe (Olynthos), dont le site avait été habité depuis la fin du néolithique (3000-2500 avant Jésus-Christ).

 

En 479, rentrant chez eux après la défaite de Platées (mon article du 10 juin 2012), les Perses prennent Olynthe et c’est Hérodote qui nous le raconte, mais auparavant je dois préciser que Mardonios et Artabaze sont des généraux perses et que la ville de Potidée se trouve à quinze kilomètres d’Olynthe, à l’entrée de la péninsule de Kassandra en un point très étroit, ce qui fait qu’elle en commande l’accès. “Mardonios [...] jugea de son devoir de ne point passer près de Potidée, ville rebelle, sans la réduire en esclavage. En effet, lorsque le roi eut dépassé leur territoire et que la flotte perse en fuite eut quitté Salamine, les Potidéates avaient ouvertement répudié le parti des Barbares. Et les autres peuples de la péninsule en avaient fait autant. C’est alors qu’Artabaze investit Potidée. Comme il soupçonnait les Olynthiens de vouloir eux aussi faire défection, il les assiégea également. Leur ville était occupée par les Bottiens chassés du golfe Thermaïque par les Macédoniens. Artabaze les assiégea, prit la ville et en fit égorger les habitants dans un marais des environs. Puis il chargea Critoboulos de Toironé de gouverner la ville qu’il remit aux gens de la Chalcidique. Voilà comment Olynthe passa aux mains des Chalcidiens”. En effet, la Macédoine était vassale de la Perse, et à ce titre ses cités étaient tenues de prendre part à la guerre aux côtés du pays suzerain.

 

Désormais –donc à partir de 479–, Olynthe dépend de la Chalcidique. Ce qui n’est pas dit ici, c’est que ce sont des colons athéniens de Kassandra qui la repeuplent, ce qui en fait l’alliée naturelle d’Athènes. Mais persuadée par Perdiccas, roi de Macédoine, Olynthe retourne sa veste (pardon, elle retourne son chiton). Laissons là Hérodote et écoutons maintenant Thucydide : “Les Potidéates envoyèrent à Athènes une ambassade pour la détourner de faire des changements à leur statut. Ils allèrent aussi à Lacédémone, accompagnés des Corinthiens, pour y obtenir du secours en cas de besoin. Ils étaient depuis longtemps à Athènes qu’ils n’avaient encore rien obtenu. Au contraire, les vaisseaux qu’on envoyait contre la Macédoine et contre eux prenaient la mer. En revanche, les autorités de Lacédémone leur promirent, au cas où les Athéniens attaqueraient Potidée, de faire une incursion en Attique […]. Perdiccas persuada aux Chalcidiens de quitter les villes du littoral, de les détruire, de s’installer dans l’intérieur des terres à Olynthe et de fortifier uniquement cette ville”. Et voilà créée la Ligue de Chalcidique, alliance de 32 cités prenant le parti de Sparte contre Athènes, qui établit son siège à Olynthe en 432, à la veille de la Guerre du Péloponnèse (431-404).

 

En 383, Olynthe est si puissante en Chalcidique qu’elle inquiète ses voisines qui recherchent l’appui de Sparte contre elle. Cette fois c’est à Xénophon que je laisse la parole : “Des députés d'Acanthos et d'Apollonia, les plus grandes villes des environs d'Olynthe, arrivèrent alors à Lacédémone. Après avoir entendu les motifs de leur venue, les éphores les introduisirent dans l'assemblée et devant les alliés. Cleigénès d'Acanthos prit la parole et dit : «Lacédémoniens et alliés, nous croyons que vous ignorez qu'une grande puissance est en train de se développer en Grèce. Vous savez à peu près tous que, des villes de Thrace, Olynthe est la plus grande. Or les Olynthiens ont annexé des villes en leur imposant leurs lois et leur constitution, puis ils ont mis aussi la main sur les plus grandes. Ensuite ils ont essayé d'affranchir aussi les villes de Macédoine de la domination d'Amyntas, roi des Macédoniens. Après avoir gagné les villes les plus proches, ils n'ont pas tardé à se tourner vers les villes lointaines et les plus considérables. Que dire maintenant de leur orgueil ? La divinité en effet a sans doute voulu que l'orgueil des hommes s'enfle avec leur puissance.» […]”. D’où un nouveau rapprochement avec Athènes. Mais en 379, Sparte assiège Olynthe et s’en empare.

 

Olynthe alors appelle à l’aide Amphipolis (ville sur la côte, à l’est de la Chalcidique, que nous avons l’intention de visiter prochainement), d’où la rupture une nouvelle fois avec Athènes. Du coup, cela entraîne une alliance avec Philippe II de Macédoine en 356 (précisément l’année de naissance d’Alexandre). Et Philippe entreprend ses conquêtes. Quand l’instable, changeante, lunatique Olynthe commence à se disputer avec lui, Démosthène publie les Olynthiennes, où il presse les Athéniens de soutenir leur ancienne colonie, non par affection pour la traîtresse mais par crainte de ce roi de plus en plus puissant. Athènes traîne les pieds, elle se souvient de l’infidélité, elle ne réagit pas et, en 348, Philippe prend Olynthe et la rase.

 

837a Olynthe (Olynthos)

 

Lorsque l’on pénètre dans l’enceinte du site, on est au pied de deux collines. Ce que l’on voit en arrivant, ce sont d’abord  ces pierres, meules, pressoir.

 

837b1 cimetière d'Olynthos

 

837b2 Cinetière d'Olynthe)

 

Mais juste à côté, c’est le cimetière. Comme à l’habitude, il est hors de la ville, et comme on peut supposer que la route antique et la route moderne respectent le même tracé qui suit la vallée, il était donc près de la route.

 

837c1 la ville hippodaméenne d'Olynthos

 

837c2 la ville hippodaméenne d'Olynthe

 

837c3 Olynthe, en Chalcidique

 

Je disais qu’il y avait deux collines. La ville primitive se trouvait sur la colline sud. Après 479 et la destruction par les Perses, c’est sur la colline nord que la ville a été reconstruite, et elle a pris une ampleur considérable après 432 et les mouvements de population suscités par Perdiccas, occupant une trentaine d’hectares. C’est par cette dernière, située à une dizaine de minutes de l’entrée du site, que nous commençons. La ville a été conçue selon un plan hippodaméen, en blocs de 86,20 sur 36 mètres comportant dix maisons dont cinq tournées vers le nord et cinq tournées vers le sud (soit pour chaque maison un peu moins de 18 mètres sur 18), chacune s’organisant généralement autour d’une cour intérieure avec portique ouvert au nord, puits, drainage, sol de pierre, et petit autel au centre pour le culte domestique de Zeus Herkeios. Il y a parfois un étage. On a dénombré au moins cinq grandes avenues de cinq à sept mètres de large, qui courent du nord au sud et qui sont coupées à angle droit par au moins vingt rues de cinq mètres de large. Ma troisième photo montre qu’à l’extrémité, les blocs étaient différents, parce qu’ils s’appuyaient sur le mur de la ville.

 

837d1 distribution de l'eau à Olynthe

 

837d2 distribution de l'eau à Olynthe

 

L’adduction d’eau et l’évacuation des eaux pluviales et des eaux usées sont également bien étudiées. Le puits, dans chaque cour, ne plonge pas jusqu’à la nappe phréatique, il est alimenté par la ville. Et puis il y a collecte des eaux drainées dans chaque cour.

 

837e la fontaine de l'Olynthe antique

 

Ceci est tout ce qui reste d’une grande fontaine publique couverte. Certaines maisons, non pourvues de puits, devaient s’y approvisionner.

 

837f1 l'arsenal d'Olynthe

 

Voyons quelques bâtiments publics. Celui de ma photo a été identifié comme étant très probablement l’arsenal. Non pas au sens de lieu de garage et d’entretien des navires de guerre, nous ne sommes certes pas loin de la mer mais le sommet d’une colline élevée n’est pas l’idéal pour cet usage ! C’est le lieu de stockage des armes et des munitions. Et si les armes sont nombreuses, défensives comme les casques, les boucliers, les cnémides, etc., et offensives comme les lances, les javelots, les épées, les arcs, il ne faut pas oublier que les munitions ne sont pas réservées aux armes à feu qui n’existent pas encore, car il faut des flèches en très grand nombre. Certains ont supposé qu’il s’agissait plutôt des écuries militaires.

 

837f2 le sénat d'Olynthe

 

837f3 le bouleuterion d'Olynthos

 

Et ici, nous voyons le bouleutérion, salle d’assemblée politique, mot que l’on traduit parfois par sénat. C’était une grande pièce de 19 mètres sur 9,50 mètres, au toit à double pente reposant sur les murs latéraux et au centre sur une rangée de sept colonnes doriques dont il ne reste que les bases.

 

837g1 plan d'une maison d'Olynthe

 

837g2 cour de maison privée à Olynthe

 

Mais revenons aux maisons privées. La première image ci-dessus, proposée par le site dans un petit bâtiment dont les murs sont couverts d’excellents panneaux explicatifs, montre le plan type d’une maison olythienne. On voit en bas au milieu la cour pavée (ma seconde photo) qui constitue l’entrée principale sur la rue, et à gauche une pièce qui ouvre aussi sur la rue, et où se situe une boutique. En effet, il n’y a pas de bâtiments spécifiques pour les commerces, qui sont intégrés dans les maisons. Dans le prolongement de la cour, en plein cœur de la maison, le portique couvert, soutenu par des colonnes de bois surmontées d’un chapiteau dorique en pierre. Toutes les pièces ouvrent sur ce portique. Au fond se trouvent les pièces d’habitation et les réserves. Dans le coin inférieur droit du plan, cette pièce carrée à laquelle on accède par une antichambre, c’est l’andron, autrement dit la salle de banquets, banquets qui ne se font qu’entre hommes. On remarque, indiqué par des flèches, le chemin du drainage souterrain. Au fond à droite se situe le living-room avec au centre un foyer, servant à cuire et aussi faisant office de chauffage en hiver. Dans le toit, une ouverture au-dessus de ce foyer permettait de faire cheminée.

 

837g3 baignoire dans une maison d'Olynthe

 

Sur le plan de la maison, on n’a pas manqué de noter que, tout au fond au milieu, il y a une salle d’eau. En effet, on a retrouvé dans beaucoup de maisons la trace de baignoires sabots en terre cuite. Quelques unes sont encore entières, et celle de ma photo a même été laissée en place. C’est la preuve que les habitants attachaient une grande importance à la propreté corporelle et à l’hygiène. On utilisait de l’eau chaude et on y ajoutait des huiles parfumées. Et puis il y avait aussi des WC fixes ou, selon les maisons, portables du type seau hygiénique.

 

837g4 six maisons (d'un groupe de 10) avec mosaïques

 

Je disais que les îlots faisaient dix maisons. Ci-dessus, pour que ma photo reste lisible, j’ai coupé le plan aux six maisons de gauche. Il a été démontré que les maisons n’avaient pas été construites individuellement, mais qu’une ou plus vraisemblablement plusieurs équipes d’ouvriers avaient édifié en un seul bloc toute la barre. Et, sur le site, dans plusieurs des maisons des mosaïques de sol sont encore en place. Elles figurent sur le plan. Dans ce bloc de dix maisons, on a remarqué la conduite qui amène l’eau de la rue à une allée entre deux maisons (à droite sur ma photo, là où j’ai coupé le plan), et de là l’eau était distribuée à chaque unité d’habitation. On a noté aussi cinq maisons avec un andron, trois avec une baignoire et huit avec une cuisine. On se rend compte que la construction de barres monobloc, divisées en habitations de surface égale, ne suppose pas forcément que les logements aient la même composition et jouissent du même confort. Cela signifie qu'elles n'étaient pas livrées “clés en main” avec un équipement standard, mais nues au contraire, chaque propriétaire complétant l'équipement, ainsi que la couverture du sol, parfois en mosaïque.

 

837h1 mosaïque de sol dans une maison d'Olynthe

 

837h2 mosaïque de sol dans une maison d'Olynthe

 

837h3 mosaïque de sol dans une maison d'Olynthe

 

837h4 mosaïque de sol dans une maison d'Olynthe

 

Une particularité de ce bloc de maisons est le nombre de mosaïques de sol qu’on y a retrouvées, et aussi de sols recouverts d’une couche de plâtre. Datées de la fin du cinquième siècle, ces mosaïques sont parmi les plus anciens exemples connus. Elles sont en noir et blanc pour celles qui représentent des dessins géométriques, les autres utilisent en outre des galets rouges, jaunes et violets. C’est généralement dans l’andron que se trouvent les sols de mosaïque, car c’est la pièce de réception par excellence, à la décoration plus formelle. La troisième photo représente Bellérophon sur Pégase, tuant la chimère. Sans entrer dans les détails cde la légende, disons que ce Bellérophon, héros de Corinthe, y avait tué le tyran et avait dû se réfugier chez Proétos, roi de Tirynthe, qui le purifia de ce meurtre. Mais Sthénébée (nommée Antéia chez Homère), la femme de Proétos, tomba amoureuse du héros. Comme dans l’histoire de Phèdre et d’Hippolyte (voir Racine), Bellérophon refuse de trahir ainsi son hôte, et Sthénébée offensée raconte à son mari que Bellérophon a voulu la séduire. Proétos, estimant que cela mérite la mort mais ne pouvant s’en charger parce que l’on ne peut tuer son hôte, écrit au roi de Lycie Iobatès pour lui demander de tuer le porteur de la lettre, dont il charge Bellérophon, sans lui parler de la dénonciation calomniatrice. Lequel accomplit sa mission. Mais en Lycie, un être à tête de chèvre, avec un corps de lion et une queue de dragon –la Chimère– crachait le feu, enlevait les troupeaux, dévastait le pays. Pensant qu’elle tuerait Bellérophon et lui éviterait ainsi de se souiller d’un meurtre, Iobatès charge Bellérophon de débarrasser le pays de cette Chimère. Mais la Chimère n’a pas tué Bellérophon, parce qu’il a enfourché Pégase, le cheval ailé, et a attaqué le monstre par en haut, l’exterminant d’un seul coup. Tel est le sujet de cette mosaïque. En résumé, Iobatès tente encore à plusieurs reprises d’envoyer Bellérophon à une mort certaine en s’acquittant de tâches dangereuses, mais toujours Bellérophon est vainqueur. Alors Iobatès lui donne sa fille en mariage.

 

837i1 ruines d'Olynthos détruite par les Perses

 

837i2 ruines d'Olynthe détruite par les Perses

 

837i3 ruines d'Olynthe détruite par les Perses

 

Redescendant de la colline nord, je me suis rendu à la colline sud à quelque distance et l’ai escaladée, par acquit de conscience, mais les Perses n’ont vraiment pas laissé grand-chose. Et comme de plus le lieu est laissé à l’abandon, on a du mal à discerner les murs sous la végétation (troisième photo). Le reste, ce sont des pierres éparses, ou quelques éléments dont il est bien difficile de comprendre à quoi ils correspondent. Il n’y a plus qu’à redescendre, et à partir vers une prochaine visite.

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Published by Thierry Jamard
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