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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 22:56

 

 

 

Aujourd’hui, nous avons décidé de nous éloigner un peu de Rome. Aussi hier au soir sommes-nous partis en direction d’Ostie, pour passer la nuit dans une rue à l’écart de la grand-route, à quelques kilomètres seulement de notre but. Il ne me fait pas plaisir de ne plus avoir vingt ans, mais c’est une consolation que les musées et sites nationaux ou romains municipaux soient gratuits pour les citoyens de l’Union Européenne âgés de 65 ans. J’ai donc, depuis presque quatre mois, le droit d’économiser 6,50€ pour la visite d’Ostie.

 

Ostia, ce port de la Rome antique, est désormais à plus de deux kilomètres de la côte du fait de l’ensablement dû à l’estuaire du Tibre. La station balnéaire du Lido di Ostia est entièrement construite sur ce rivage nouveau. Le port antique, né au quatrième siècle avant Jésus-Christ, a commencé à décliner au quatrième siècle de notre ère quand Rome, qui justifiait son activité, a elle-même décliné, sans compter la malaria qui a décimé sa population. Mais pendant ses huit siècles d’activité Ostia a été une ville importante, comptant jusqu’à cent mille habitants sous l’empire. Certains hauts bâtiments étaient connus depuis toujours, au dix-neuvième siècle le poète polonais Mickiewicz a visité Ostia avec une amie russe installée à Rome (dixit Natacha), mais c’est à partir de 1909 que des fouilles systématiques ont été entreprises –et continuent–, mettant au jour des quartiers entiers. Hélas, au cours des siècles, bien des choses ont disparu, jusqu’aux matériaux utilisés pour la construction.

 

 

Les trois photos ci-dessus représentent des mosaïques des thermes de Neptune, sur les sols des bassins. Il s’agit des noces du dieu de la mer, Neptune, avec Amphitrite. Vue d’ensemble de l’une des mosaïques, détail du visage de Neptune sur une autre mosaïque, puis sur le sol de la palestre deux athlètes luttant. Plus loin se trouve, à l’angle de la grand-rue et d’une rue latérale, la taverne d’un certain Fortunatus. La mosaïque du sol est assez dégradée, de sorte qu’il est un peu difficile de déchiffrer ce qui y est inscrit, de plus elle est incomplète et pour la compléter je dois me fier à ce que disent les archéologues qui en ont retrouvé des morceaux épars, et enfin du fait des jeux du soleil ma photo est mauvaise. Mais parce que je la trouve amusante et qu’elle est le reflet de la vie, je ne peux me dispenser de la présenter dans mon blog. Elle dit : "Dicit Fortunatus vinum cratera quod sitis bibe" [Fortunatus dit : au cratère, bois du vin à la mesure de ta soif].

 

 

 

Le théâtre est assez bien conservé. Ci-dessus, ces masques de pierre décoraient, paraît-il, la façade côté rue, mais comme leurs supports ont disparu ils ont été replacés sur ces bases de colonnes, ce qui les rend plus accessibles à la vue pour les touristes. Je les trouve impressionnants. L’autre photo, ci-contre, a été prise depuis le temple de Cérès, derrière la scène, au milieu de la place des Corporations. Cette vaste place qui entourait le temple était bordée de portiques où 70 corporations étaient représentées. Ces corporations étaient celles de métiers de divers pays. Le Guide Vert Michelin dit qu’il y en avait d’Arles et de Narbonne. J’ai donc fait le tour de la place, déchiffrant consciencieusement toutes les inscriptions, en vain. J’aurais pourtant tellement aimé mettre ici la photo du nom gravé dans la pierre ou rédigé en mosaïque d’une de nos villes françaises…

 

 

 

Au musée, les photos sont interdites. Tant pis. Il s’y trouve pourtant quelques statues intéressantes, par exemple Mithra et un taureau, le culte de cette divinité d’origine orientale étant très fortement implanté à Ostia. Mais devant le mur du musée, je note deux choses. D’une part, plusieurs sarcophages, dont celui-ci, ci-dessus, qui représente un petit garçon, à gauche il est en vie et défend sa grappe de raisin contre un oiseau, à droite je ne sais si l’on doit interpréter qu’il dort ou qu’il est mort. C’est de toute façon émouvant. D’autre part, de grands panneaux, rédigés les uns en italien, d’autres en espagnol, d’autres enfin en français, font état de recherches conjointes sur les problèmes d’adduction et d’évacuation de l’eau par l’université de Rome sur le site d’Ostie, par l’université se Séville sur le site d’Italica et par l’École Française de Rome sur un site du département de la Vienne, Saint-Romain-en-Gal.

 

À côté, les restes d’une petite synagogue et, dans ce qui devait être un magasin, de grandes jarres partiellement enterrées qui avaient contenu des réserves d’huile d’olive.

 

 

 

Poursuivant notre chemin sur le Decumanus Maximus, ou rue principale, nous arrivons à l’échoppe de poissonnier ci-dessus. On aperçoit, au-delà du pied de la table, une seconde mosaïque représentant un dauphin. C’est cette mosaïque que je montre ci-contre en gros plan. Son inscription est plus lisible que celle de la taverne de Fortunatus dont je parlais tout à l’heure, et je la trouve encore plus savoureuse. Sans doute en guerre contre un concurrent situé en face ou contre le tenancier de la taverne à côté, le poissonnier a fait inscrire "Inbide calco te" [Envieux, je te marche dessus]. Excellent, non ?

 

Des temples, le forum, d’autres thermes, des "insulae" (immeubles d’appartements), une cité-jardin, on n’en finit pas de se plonger dans la vie quotidienne des Romains de l’Antiquité. Et je n’en finirais pas de placer des photos. Je vais donc m’arrêter là, non sans avoir quand même ajouté (ci-dessous) la basilique chrétienne, édifiée là dans la seconde moitié du quatrième siècle, quand cette religion a pu s’implanter officiellement grâce à l’édit de Milan (313) promulgué par l’empereur Constantin assurant la liberté de culte, puis grâce à la conversion de l’empereur qui, au terme de son cheminement, s’est fait baptiser sur son lit de mort, en 337, ses successeurs étant eux-mêmes chrétiens.

 

 


C’est après cette visite que, chassés par les coups de sifflet impératifs d’un gardien impatient de fermer le site à 17 heures précises, nous sommes rentrés sur Rome, et avons passé la nuit sur un petit parking d’une zone résidentielle, dont nous avions sauvegardé les coordonnées dans le GPS après y avoir passé au calme la nuit du 6 au 7.

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Published by Thierry Jamard
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