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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 22:29

648a1 Ostuni

 

648a2 Ostuni

 

L’origine d’Ostuni se perd dans la nuit des temps. On y a retrouvé des traces de vie humaine, pierres, objets, extrêmement anciens, des populations ayant migré d’Anatolie vers ce site au néolithique, sans doute vers la fin du septième millénaire avant Jésus-Christ. Mais encore plus ancien, en 1991 on a retrouvé dans une grotte un squelette du paléolithique. Une jeune femme que l’on appelle Delia, âgée de vingt ans environ et sur le point d’accoucher, y a été ensevelie il y a vingt-cinq mille ans. Elle était en position fœtale, coiffée d’un casque de coquillages. De quoi donner le vertige. Des époques suivantes, on a retrouvé des vestiges de cabanes, mais le premier établissement urbanistique date du quatrième ou du troisième siècle avant Jésus-Christ. Puis les Romains sont arrivés, la ville a été détruite par Hannibal, les Grecs l’ont reconstruite mais elle est restée sous domination romaine jusqu’en 488 de notre ère.

 

De cette époque date probablement son nom. En effet, Ostuni serait la déformation du grec Asty-Néon. En grec, polis est plutôt la cité (le politès est un citoyen), tandis qu’asty est la ville (le nom d’Astyanax signifie le Maître de la Ville) et néos (masculin), néa (féminin), néon (neutre) est l’adjectif nouveau (je viens de parler du néolithique, l’ère nouvelle de la pierre). On pourrait donc jumeler étymologiquement Naples (Néa-Polis) et Ostuni (Asty-Néon) avec la ville nouvelle de Marne-la Vallée et avec Novgorod en Russie et Novogrudok en Biélorussie (c’est près de cette ville qu’est né Domeyko, géologue célèbre au Chili dont une sierra et plusieurs villes portent le nom), qui ont la même signification étymologique.

 

Puis vinrent les Ostrogoths, les Lombards, les Byzantins, les Normands qui ont bâti un château au sommet de la colline où s’est construite la ville. La suite est commune à tout le royaume de Naples, les Souabes, les Anjou qui ont bâti les murailles de la ville, les Aragon, les Bourbons (d’Espagne) incluant l’intermède napoléonien (Joseph Bonaparte, puis Joachim Murat). Le 26 juin 1860, c’est la population d’Ostuni qui a été la première de la région des Pouilles à battre les Bourbons pour aboutir à l’unité italienne et à la démocratie.

 

En 1743, un fort tremblement de terre avait détruit bon nombre de bâtiments anciens. Et sous leurs murs écroulés, on a pu retrouver des fondations de l’époque romaine, les époques suivantes ayant construit sur les restes de villas antiques.

 

648b1 Ostuni 

648b2 Ostuni 

648b3 Ostuni 

648b4 Ostuni 

Ostuni est une ville fascinante. Toute blanche, avec ses ruelles qui serpentent, ses escaliers, ses passages sous voûtes. En Provence, en Italie, nous avons déjà vu bien des villes aux petites rues étroites, mais Ostuni a une personnalité bien à elle. Selon certains, elle évoque certaines îles grecques (Cyclades, Dodécanèse). Je n’y ai jamais mis ne fût-ce que le bout de mon gros orteil droit, nous verrons bien lorsque nous y serons (quoique ce modèle de camping-car ait le gros défaut de n’être pas amphibie), mais parmi tout ce que j’ai déjà vu je reconnaîtrais immédiatement Ostuni si j’y étais parachuté après un vol les yeux bandés.

 

648c1 Ostuni, hôtel de ville 

On n’en est que plus surpris quand soudain on débouche sur une immense place, et qui de plus n’est pas blanche. La Place de la Liberté a été projetée en 1861 et décidée en 1870. Au fond se dresse l’imposante façade avec un haut fronton où l’horloge est soutenue par deux statues de géants, de ce qui a été le couvent des Franciscains bâti au quatorzième siècle après le don du terrain à cet ordre par Philippe d’Anjou le 12 juin 1304 et qui après la sécularisation des ordres religieux dans les années 1860 a connu une période d’utilisations diverses avant de devenir en 1887 le siège de l’hôtel de ville.

 

648c2 Ostuni, chiesa dello Spirito Santo 

Et maintenant, quelques images de bâtiments anciens qui, comme l’hôtel de ville, ne sont pas dans le style blanc de la ville. Ceci est le dessus du portail de l’église de l’Esprit Saint (chiesa dello Spirito Santo) construite entre 1629 et 1637, mais la lunette du tympan que je montre ici, ainsi que tout le portail, datent de 1450 et proviennent d’une autre église. Ce bas-relief représente la Dormition de la Vierge, veillée par les apôtres et entourée d’anges. Mais on remarque que les apôtres aussi bien que les anges portent des auréoles, tandis qu’au premier plan, agenouillé, sans auréole et sans ailes, il y a un petit personnage. C’est Monseigneur Arpone, l’évêque qui a fait placer ce portail au quinzième siècle sur une église médiévale, et qui exprime ainsi sa dévotion à la Vierge (et son désir de ne pas être oublié !).

 

648c3 Ostuni, palazzo del Seminario 

En face de la cathédrale cette arche –l’Arco Scoppa– ferme la place, tandis que sur la gauche on a le palazzo del Seminario. Ces deux monuments ont été reconstruits après le tremblement de terre de 1793, par l’évêque qui a donné son nom, monseigneur Scoppa. Ils n’avaient pas été complètement détruits, mais fortement ébranlés et ils avaient subi de gros dommages. Le séminaire étant considéré par l’évêque comme d’utilité publique, tout a été rasé jusqu’au sol et intégralement reconstruit en l’espace d’une seule année.

 

648c4 Ostuni, chiesa di San Giacomo di Compostela 

648c5 Ostuni, église Saint Jacques de Compostelle 

Ici nous sommes de retour dans le cœur de la Ville Blanche avec la chiesa di San Giacomo di Compostela (même sans savoir un seul mot d’italien, on devine que Giacomo c’est Jacques). En dehors de son tympan décoré, rien ne laisse penser que c’est une église car elle est insérée dans l’alignement de la rue, sans statues, sans colonnes, sans clocher. Mais c’en est bien une, construite en 1432 sur la commande d’un noble de Brindisi. Les animaux qui se trouvent à chacune des bases de l’architrave sont clairement du style de l’époque frédéricienne.

 

648d1 Ostuni, cattedrale di Santa Maria Assunta 

648d2 Ostuni, cattedrale di Santa Maria Assunta 

648d3 Ostuni, cattedrale di Santa Maria Assunta 

Avant de quitter Ostuni, nous allons voir sa magnifique cathédrale, si originale, avec ses lignes concaves et convexes alternées. Non pas dessinées sur un plan horizontal comme le faisait à Rome Borromini, mais sur un plan vertical plaqué sur la façade. Construite entre la fin du quinzième siècle et le tout début du seizième, elle a été classée monument national en 1902.

 

648e Ostuni, cathédrale 

D’un dessin très original également est la grande rosace centrale, la façade comportant une plus petite rose sur chacune des ailes du bâtiment. Elle est composée de trois cercles concentriques. Au centre du plus petit cercle figure le Christ parce qu’il est le centre de l’univers. Sur le cercle lui-même figurent sept têtes d’angelots aux grandes ailes. La tête de Jésus est aussi sur le cercle et ses pieds reposent sur l’une des têtes. Puis douze très courtes colonnettes aux imposants chapiteaux relient ce cercle au suivant, et vingt-quatre rayons soutiennent sur de fines et élégantes ogives le cercle extérieur où la figuration des douze apôtres alterne avec des décors végétaux. L’ensemble est du plus bel effet.

 

648f1a Cathédrale d'Ostuni 

648f1b Ostuni, cathédrale 

Au-dessus du portail principal, le tympan représente une Vierge en majesté, sur un trône, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras. Quatre anges volent autour d’elle. Et puis on remarque sur la gauche, agenouillé et coiffé d’une mitre d’évêque, un petit personnage à la grosse tête et au profil ovin. C’est quelqu’un que nous connaissons déjà mais qui, à vrai dire, ne se ressemble absolument pas. En effet, c’est le même Monseigneur Arpone que nous avons vu barbu et avec des traits réguliers auprès de la Vierge endormie sur le tympan de l’église dello Spirito Santo.

 

648f2 Ostuni, cathédrale 

Avant de quitter la cathédrale et Ostuni, encore une image, celle de ce saint Jean Baptiste qui orne le tympan de droite, parce que je trouve beaucoup de personnalité dans cette statue.

 

648g Galatina 

Et puis nous nous embarquons et roulons jusqu’à Galatina. D’Ostuni à Galatina, ce n’est pas le bout du monde, c’est la même région des Pouilles, mais dans ce coin on est tellement habitué à trouver une cathédrale ou un château de Frédéric II à chaque tour de roue ou presque, que parcourir ces quelque quatre-vingt-dix kilomètres donne l’impression de traverser un pays entier. Nous sommes dans une ville aux nombreux bâtiments baroques, comme le palazzo ci-dessus. Oui, c’est le bâtiment qu’il faut regarder, et non le panneau de défense de stationner placardé sur le portail, là précisément où une voiture est garée, car il n’y a rien de plus banal dans un pays où l’on s’arrête où l’on a envie de s’arrêter…

 

648h1 Galatina, Ste Catherine d'Alexandrie 

648h2 Galatina, Ste Catherine d'Alexandrie 

648h3 Galatina, Ste Catherine d'Alexandrie

 

Ce que nous sommes venus voir ici, c’est essentiellement Sainte Catherine d’Alexandrie, une église dont les murs sont couverts de fresques magnifiques. Mais la photo est interdite, et un vigile nous suit pas à pas. Il est dans une église, que diable. Il ferait mieux de prier un peu. Et même sans photographier, cela gâche le plaisir d’être épié par quelqu’un qui se penche pour vérifier que l’appareil que vous ne mettez pas en face de votre nez n’est pas déclenché en cachette devant votre ventre. Alors nous admirons un peu et ressortons en courant. À l’extérieur, c’est peut-être parce que je suis mécontent de ce qui s’est passé à l’intérieur que je suis plus critique, mais je trouve que ce Christ, représenté en plus grand puisqu’il est Dieu, et entouré de ses douze petits apôtres a l’air d’un maître d’école faisant une sortie avec ses jeunes élèves.

 

648i1 Galatina, chiesa dei Santi Pietro e Paolo Apostoli 

648i2 Galatina, chiesa dei Santi Pietro e Paolo Apostoli 

Allez, juste deux photos pour terminer et me consoler de ma déception. Cette église est dédiée aux Saints Pierre et Paul Apôtres (chiesa dei Santi Pietro e Paolo Apostoli). Je trouve intéressante cette architecture avec ses lourdes colonnes très espacées et qui laissent presque sans séparation la nef centrale et les bas-côtés, donnant une remarquable sensation d’espace.

 

Cela dit, il est tard, le camping-car est garé un peu loin, nous savons que nous voulons gagner Lecce toute proche (vingt et quelques kilomètres) mais où nous ne savons pas s’il y a un espace pour nous accueillir pour la nuit (en fait, nous trouverons facilement un grand parking en plein centre), par conséquent nous préférons repartir sans prolonger ni multiplier les visites.

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Published by Thierry Jamard
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