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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 17:59

 

Comme je l’ai expliqué dans l’article précédent de mon blog, nous avons une foule de musées à voir, entre ce soir dimanche et après-demain mardi, sachant qu’ils sont fermés le lundi. Le plus riche, le plus beau, d’après tous les guides, est le Palazzo Massimo alle Terme, situé comme son nom l’indique auprès des thermes, alors que les autres sont disséminés loin de là. Nous décidons donc de nous y rendre dès ce soir.

 

Là, dès l’entrée, nous sommes accueillis par une statue de déesse (ci-contre), traitée de diverses couleurs, rappelant les statues chryséléphantines (or et ivoire) du grec Phidias. Parce qu’elle porte sur la poitrine une tête de Méduse, comme il en était représenté sur les cuirasses des soldats pour effrayer l’ennemi en l’hypnotisant, on peut voir en elle une déesse guerrière, c’est-à-dire Minerve, assimilée par les Romains à la grecque Athéna. Mais alors qu’Athéna porte un casque, Minerve est plus féminine. Elle porte pourtant des vêtements grecs, le chiton et l’himation. Cette statue impressionnante date de l’époque d’Auguste.

 

La photo ci-dessus représente quelqu’un qui a laissé une empreinte terrible dans l’histoire. C’est Agrippine, la mère de Néron, qui l’a fait assassiner à l’âge de 44 ans, en 59 de notre ère. Dix ans auparavant, elle avait épousé l’empereur Claude. Son nez autoritaire, sa bouche serrée, son regard ne sont pas ceux de n’importe qui, on sent une volonté de fer. Elle est pourtant belle.

 

 

Tout autre est cette tête en bronze. D’après le texte explicatif du musée, cette sculpture qui peut être du seizième ou du dix-huitième siècle (c’est peu précis) pourrait être une copie d’un modèle antique, ou bien une œuvre authentiquement antique, mais fortement retravaillée et repolie. Bref, contentons-nous de la contempler, sans chercher à savoir quoi que ce soit de son âge ou de son histoire. En revanche, sa coiffure (que je ne montre pas ici, parce que j’ai privilégié le gros plan) permet de l’identifier sans risque d’erreur à Sapho (612-580 avant Jésus-Christ), la poétesse grecque de Mytilène, sur l’île de Lesbos. Ce visage est beau, alors qu’un papyrus tardif (deuxième siècle après Jésus-Christ) disait qu’elle était sans intérêt physiquement et, probablement parce qu’elle a écrit d’elle-même qu’elle était petite et mate, ajoutait qu’elle était plutôt laide, trop brune de peau et très petite. Quelques vers d’elle :

          Heureux! qui près de toi, pour toi seule soupire,

          Qui jouit du plaisir de t'entendre parler,

          Qui te voit quelquefois doucement lui sourire.

          Les Dieux dans son bonheur peuvent-ils l'égaler ?

 

 

Après nos visites de musées, Natacha et moi discutons de ce que nous avons vu, et de ce qui nous a frappés. Dans la salle où est présenté ce pugiliste (ci-dessus et ci-contre), nous étions ensemble, et sommes longtemps restés en admiration. De toutes les statues vues ici, c’est peut-être celle qui m’a le plus frappé. C’est une œuvre de l’athénien Apollodore, au premier siècle avant Jésus-Christ. Les boxeurs se bandaient les avant-bras et s’entouraient les mains de lanières de cuir renforcées de métal dont le rôle était aussi bien de protéger la main que de rendre les coups plus violents. Ici, l’athlète est au repos après le combat, il porte la marque des coups reçus, ainsi que la marque des combats antérieurs : nez cassé, cicatrices. Beauté, réalisme, sensibilité humaniste. Comment ne resterait-on pas en contemplation devant une telle œuvre ?

 

Dans la même salle, un autre bronze représentant un prince hellénistique (deuxième siècle avant Jésus-Christ), debout, appuyé sur sa lance, est également très beau. Les rares visiteurs du musée semblent d’ailleurs davantage attirés par lui. Comme je ne peux pas tout montrer ici, je fais l’impasse sur lui parce que je le trouve moins original, sa position rappelle celle d’une Athéna que j’ai vue en photo et qui doit se trouver dans l’un des musées de Grèce que nous visiterons dans la suite de notre voyage, et la beauté très lisse de son visage, de son corps, de ses muscles me touchent moins que le rude réalisme de cet homme qui se repose après une épreuve violente et douloureuse.

 

 

Moins impressionnante, mais également expressive, est cette tête qu’au premier abord on prendrait pour Méduse, avec ses cheveux ébouriffés, mais ces cheveux ne sont pas des serpents et deux ailes apparaissent au sommet du crâne. Il s’agit donc sans doute du Soleil, quoique je m’interroge sur ce que l’on voit sur le cou. On dirait bien des écailles, mais plutôt des écailles de poisson, avec une queue de poisson sur la gauche. Je reste donc un peu perplexe. Ce que j’espère sûr, c’est ce que dit le musée, à savoir que c’est un bronze de l’époque de l’empereur Caligula le fou, 37-41 après Jésus-Christ), retrouvé dans l’épave d’un bateau qui gisait au fond du lac de Némi (ce lac est situé plein sud-est de Rome, à une trentaine de kilomètres du centre historique).

 

La tête que je présente maintenant, nous l’avons vue au début de notre visite, mais je n’en parle que maintenant parce qu’il va s’agir ensuite du cadre de vie de la personne représentée. Ce marbre a été retrouvé lors de travaux dans Rome, sur la boucle du Tibre. Il représente Livie (née en 58 avant Jésus-Christ et morte en 29 de notre ère à 87 ans si je calcule bien). Elle a épousé en 38, à 20 ans, un certain Octave qui allait devenir l’empereur Auguste en 27 au terme de la guerre qu’il a menée contre Antoine pendant plus de dix ans.

 

L’impératrice Livie disposait, à Prima Porta, d’une villa. À une époque située entre son mariage et le début de l’an 37, elle était assise là quand soudain elle reçut sur les genoux une poule blanche qu’un aigle volant au-dessus d’elle avait laissé tomber saine et sauve. Elle portait dans son bec une branche d’olivier chargée de fruits. Considérant ce prodige comme un signe, Livie planta la branche qui prit racine et donna un arbre vigoureux, et garda la poule qu’elle éleva. Depuis, on appela ce lieu "Ad Gallinas Albas", soit "Aux poules Blanches". C’est là qu’elle fit construire sa villa dont les siècles suivants ont réutilisé bien des matériaux, et qui fut redécouverte en 1863 mis pas sauvée pour autant. Ce n’est qu’en 1982 qu’enfin l’État put acquérir le terrain et récupérer la villa dont une salle à manger d’été a été retrouvée et transférée intacte dans ce musée. Les murs en sont intégralement peints et représentent un jardin. L’état de conservation est excellent, sauf dans la partie supérieure. Lorsque l’on entre dans la pièce reconstituée là, l’effet est saisissant.

 

 

Je n’ai pas été capable de rendre sur ma photo l’impression vécue. L’importance du plafond et du sol n’apparaît pas telle au naturel, on ne voit que les murs, on est ébahi. Nous étions dans la pièce avec un Japonais venu de Kyoto. Il riait de plaisir, admirait chaque détail. Comme nous. Nous sommes (lui et nous) restés longtemps, longtemps. Je ne saurais dire combien de temps, nous ne pouvions nous arracher à ce spectacle, à cette atmosphère. Je ne comprends pas : même en cette saison, le Colisée, le forum, la piazza di Spagna sont noirs de monde, alors que ce merveilleux Massimo est presque vide. La faute aux tour opérators, aux agences de voyages ? Toujours est-il que le Guide Vert Michelin lui attribue trois étoiles et lui consacre sept pages.

 

 

 

J’ai peur, avec mes photos, qui pour moi rappellent les originaux mais qui, ainsi présentées, risquent de ne plus être aussi significatives, de dégoûter les futurs visiteurs éventuels. Mais je ne résiste pas au plaisir de mettre ici deux images des oiseaux qui enchantent ce jardin.

 

 

Et puis il y a les arbres, les plantes, les fleurs, les fruits. Le réalisme est absolu. Les botanistes modernes ont ainsi pu lister les espèces plantées dans ce jardin. On ressort dans le couloir pour consulter ce tableau, et puis on retourne dans la pièce pour y chercher la plante décrite, parce que la peinture est à la fois un enchantement pour l’œil et un sujet d’étude intéressant.

 

 

 

Après mes exemplaires d’oiseaux, voici deux exemplaires de fleurs. Le premier figure sur le tableau, sous le nom de Rosa centifolia. Lorsque nous nous sommes enfin arrachés à cette villa de Livie, il était déjà tard et nous n’avons pu voir tout ce que le musée présente.

 

 

 

Nous avons quand même eu le temps de voir quelques mosaïques remarquables, comme ce sol de chambre à coucher, daté de la première moitié du troisième siècle après Jésus-Christ, trouvé dans la villa des Sévères, dans la localité de Baccano, sur la via Cassia. La mosaïque représente des auriges (conducteurs de chars) du cirque. J’y ajoute un gros plan ciblé sur le quart inférieur gauche. La seule façon pour moi de ne pas user, ici encore, de superlatifs est de me dispenser de tout commentaire.

 

Nous sommes partis rechercher notre camping-car dans sa rue près de la gare, et sommes allés passer la nuit sur un parking d’une zone résidentielle. Impossible, avec tout cela dans les yeux, d’aller sur le parking infesté de papiers, cartons, bouteilles, immondices en tous genres, du McDo.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

lavandine 02/12/2009 22:48


J'ai trouvé votre blog car je recherchais quelques informations sur l'italie suite à notre voyage durant les congés de la toussaint.et comme je suis de nature "curieuse" et que j'aime voyager, je
suis avec intérêt, quelquefois très tard :-), vos pérégrinations.
Nos routes se sont croisées durant quelques jours mais à présent le quotidien a repris le dessus. Bonne route et au plaisir de lire vos récits.


lavandine 01/12/2009 23:30


Bravo ! Magnifiques photos et commentaires très détaillés.
je lis avec plaisir, régulièrement, vos posts et suis ainsi votre voyage.
lavandine


Thierry Jamard 02/12/2009 22:41



Un grand, grand merci pour votre commentaire qui me fait vraiment plaisir. Parti pour un long voyage, un an ou plus, j'avais ouvert un blog pour que famille et amis puissent nous suivre, mais
quand je vois entre 5 et 9 connexions par jour, je me dis parfois que les absents sont vite oubliés. Alors vous comprenez que votre message sympathique, d'une personne que je ne connais pas, me
va droit au cœur. Encore merci!
Thierry.



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