Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 00:11

580a Palerme, arrivée Oratorio del Santissimo Rosario in S

 

Hier, j’avais à lire, j’avais à trier mes photos, Natacha est allée seule dans le centre de Palerme. En rentrant, elle m’a dit avoir vu des choses magnifiques et aujourd’hui elle a absolument tenu à ce que nous allions ensemble pour que je les voie. Et ce soir devant l’ordinateur, en repensant à ce que j’ai vu, je ne le regrette pas. Ce que l’on appelle le Quartier de la Loggia vaut vraiment la peine. À la fin du dix-huitième siècle, de nombreux Génois, Amalfitains, Pisans et Vénitiens s’installèrent en "colonies" à Palerme et y construisirent des logements, des églises, des boutiques et des loggias commerciales. Le nom du quartier, Quartiere della Loggia (au singulier) vient probablement d’une loggia génoise. Le district touristique de Palerme a défini et fléché un parcours, "Les Trésors de la Loggia", qui constitue la première moitié des visites d’aujourd’hui.

 

580b1 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

580b2 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

Nous commençons par l’Oratorio del Santissimo Rosario in San Domenico. La Compagnie du Très Saint Rosaire, instituée en 1568, accueillait la fine fleur des artisans, commerçants et artistes, dont le fameux Giacomo Serpotta. La construction de l’oratoire a débuté en 1573, et au gré d’aménagements, modifications, agrandissements, a été achevé et 1594. Au dix-huitième siècle, pour décorer l’ensemble, on a fait appel à Serpotta. Le coût du marbre blanc étant trop élevé, il a travaillé en stuc. Toutes ces décorations de stuc ont été réalisées entre 1710 et 1717. Une gestion aberrante des eaux, propres, pluviales et usées, dans les immeubles voisins a entraîné des dégradations des stucs, qui ont revêtu des taches jaunes en surface. Ce que l’on voit aujourd’hui est le fruit d’une soigneuse restauration.

 

580c Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domeni

 

Des tableaux de maîtres ornent les murs, des fresques sont peintes au plafond. Les formes rectangulaires de l’oratoire, sans transept, ses murs blancs, sa luminosité en font presque une salle de musée. Pourtant, aujourd’hui comme hier, il reste un lieu de culte.

 

580d1 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

Voilà un bel exemple de stucs foisonnants baroques, tous ces anges et angelots volant et virevoltant partout. Mais c’est aussi très créatif, un ange est en train de peindre l’inscription, tandis que l’autre tend le tissu. À ce propos, il faut dire que sur le stuc, certains endroits, comme cette tenture ou des objets que nous allons voir ensuite, ont été revêtus d’une feuille d’or, et puis une restauration maladroite et économique a plus tard passé une couche de peinture dorée… Je ne sais si une récente restauration a restitué l’or véritable, autrement dit j’ignore l’authenticité de ce que nous voyons ici.

 

580d2 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

Juste en passant cette image d’un dessus de porte, parce que je trouve à la fois de très jolis traits et une grande beauté dans ce visage, doux mais volontaire.

 

580d3 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

580d4 Palerme, Oratorio del Santissimo Rosario in San Domen

 

Tout autour de l’oratoire, les murs sont creusés de niches où se trouvent des statues représentant des vertus. Ici, la première est "fortitudo", soit quelque chose comme le courage, la force de caractère, la détermination. Ce n’est pas exactement ce qu’évoque pour moi cette statue, sans son nom inscrit dessous je ne l’aurais pas identifiée ainsi, mais je trouve admirable le mouvement de sa robe, le drapé, la grâce de son geste et de sa posture. Quant au visage que je montre en détail, c’est celui de la mansuétude. Et en effet cette femme semble pleine de bonté et de compréhension.

 

580e Palerme, Giacomo Serpotta à l'Oratorio del Rosario di

 

Notre étape suivante est à Santa Cita. Il y a là une grande église et, de l’autre côté d’un petit jardin, un oratoire. Nous commençons par nous diriger vers l’oratoire, mais devant l’entrée est placé ce buste de Giacomo Serpotta. Il faut préciser que, n’ayant pas été réalisé de son vivant (mais seulement pour le deuxième centenaire de sa mort survenue en 1732), il n’exprime peut-être pas exactement son expression. Je suppose qu’il a été réalisé d’après portrait peint.

 

580f1 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, bataille

 

580f2 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, bataille

 

Là encore, nous sommes en présence de stucs de Serpotta. Regardant le mur du fond de l’oratoire, surprise ! Que vois-je ? La bataille de Lépante. La Méditerranée, au seizième siècle, est dominée dans sa partie occidentale par l’Espagne, dans sa partie orientale par l’Empire Ottoman, lequel mène une politique d’expansion, ce qui inquiète le monde occidental chrétien. De plus, la marine turque se livre à des razzias sur les villes côtières européennes de Méditerranée, pille, emmène les habitants en esclavage. Puis, en 1570, les Turcs s’emparent de Chypre, possession vénitienne. Le pape Pie V, voyant là une occasion de stopper l’expansion de la nation islamique, arrange une alliance entre la République de Venise, l’Espagne et lui-même. C’est la Sainte Ligue. Une puissante flotte espagnole, vénitienne, et du Saint-Siège part de Messine et, le 7 octobre 1571, enferme les galères turques commandées par Ali Pacha dans le Golfe de Lépante (Naupacte aujourd’hui). C’est la première grande victoire chrétienne sur les Ottomans depuis près de deux siècles. Sur les 300 navires de la flotte turque, 117sont pris, 143 sont coulés, ils n’en ont plus que 40. Quinze mille occidentaux esclaves sont libérés. Trente mille Turcs sont morts, huit mille sont faits prisonniers, la Sainte Ligue emporte un butin de 450 canons mais a quand même perdu sept mille cinq cents hommes. Quatre fois moins que les Turcs, on préfère le présenter ainsi pour grandir la victoire, mais je ne peux m’empêcher de penser à tous ces morts, des hommes, qu’ils soient Turcs ou chrétiens. Le 21 mars, à Rome, dans l’église Santa Maria in Aracœli, nous avons vu le plafond offert par Marcantonio Colonna en action de grâce à la Vierge. Ici, ce stuc représente avec des détails minutieux cette bataille et les navires.

 

580f3 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, bataille

 

Ceci est sous la bataille de Lépante. Dans l’enfant de gauche sur cette photo, Natacha voit mon grand-père maternel, parce que je lui ai raconté il y a quelques jours comment, fils d’un capitaine au long cours, il rêvait d’être marin. Et, un jour –il avait peut-être huit ou neuf ans, parce que c’était du vivant de son père, qu’il a perdu alors qu’il avait dix ans– le navire de son père avait levé l’ancre de Nantes, et sa mère était folle d’inquiétude en ne trouvant nulle part son fils. Il s’était embarqué clandestinement sur le bateau de son père, un navire marchand qui partait pour l’Afrique. Comme il y avait une escale à Bordeaux pour charger des marchandises, mon grand-père a été débarqué et réexpédié sur Nantes dare-dare. Natacha se l’imagine dans ce jeune garçon sculpté sous un paysage marin.

 

580g1 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, Annoncia

 

580g2 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, Visitati

 

580g3 Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, Fragella 

 

Dans cet oratoire, les murs sont couverts de scènes du Nouveau Testament. On suit le déroulement d’un tableau au suivant. D’abord, c’est l’Annonciation. Puis la Visitation. Je voudrais tout montrer, c’est impossible. Alors je fais un grand bond jusqu’à ce tableau de la Passion, la Flagellation. Ce sont des représentations en ronde-bosse d’une incroyable précision. Je sais bien que pour Théophile Gautier le stuc ne vaut pas le marbre :

 

            Oui, l’œuvre sort plus belle

            D’une forme au travail

                    Rebelle

            Vers, marbre, onyx, émail […].

 

            Statuaire, repousse
            L'argile que pétrit
                    Le pouce,
            Quand flotte ailleurs l'esprit ;

            Lutte avec le carrare,
            Avec le paros dur
                    Et rare,
            Gardiens du contour pur.

 

Mais ne lui en déplaise, j’admire ces petits tableaux de Serpotta. Il a bien le droit de préférer l’émail à l’aquarelle, le marbre de Carrare ou de Paros à l’argile ou, quoiqu’il ne le cite pas, au stuc, mais j’aime certaines aquarelles et j’aime ces scènes de l’oratoire de Santa Cita.

 

580h Palerme, Oratorio del Rosario di Santa Cita, siège

 

Sous ces stucs, le long des murs, tout autour courent des bancs soutenus par des sculptures en bois. Tant pis si les touristes, me voyant ramper à quatre pattes, se sont demandé si j’avais perdu quelque chose (la tête, peut-être), mais j’ai eu envie de prendre quelques photos de ces supports. En voici un.

 

580i1 Palerme, église Santa Cita, Pietà, par Giorgio da M

 

Je suis à présent non plus dans l’oratoire, mais dans l’église. J’y ai admiré cette Pietà (de marbre, Monsieur Gautier), sculptée au quinzième siècle par Giorgio da Milano. Non pas tant pour le Christ, qui me paraît bien petit par rapport à sa mère, et bien malingre, mais pour Marie. Cela dit, cette œuvre ne vaut pas celle de Michel-Ange à Saint-Pierre du Vatican.

 

580i2 Palerme, église Santa Cita, San Mamiliano (18e sièc

 

Je ne suis pas en admiration devant cette statue de san Mamiliano sculptée au dix-huitième siècle. Je la mets ici pour la richesse de ses ors, pour sa polychromie (les gants rouges en particulier), et parce que je trouve amusante cette représentation du saint évêque. Il est né et a vécu au cinquième siècle à Palerme, dont il est devenu l’évêque. Après le sac de Rome par les Vandales, leur roi Genséric le poursuivit (que l’on ne me demande pas le lien entre Rome et Palerme, entre Genséric et Mamiliano, je n’en ai pas la moindre idée et rien, aucun document, ne m’éclaire à ce sujet). Toujours est-il qu’il baptisa Ninfa (Nymphe), la fille du préfet de Palerme nommé Aurélien qui, païen, fut furieux et tenta par des tortures de faire abandonner le christianisme à sa fille, qu’il emprisonna au palais royal, dans la tour qui aujourd’hui encore porte le nom de Ninfa. Puis il exila Mamiliano et Ninfa dans une prison en Afrique, ainsi que trois disciples. Tous cinq parvinrent à s’évader et naviguèrent vers la Sardaigne, puis vers des îles de Toscane, où ils s’établirent. C’est là qu’est mort saint Mamilien vers 460. Mais je passe vite à la suite.

 

580i3 Palerme, église Santa Cita, Marie, d'une Annonciatio 

 

580i4 Palerme, église Santa Cita, Madonna del Parto (18e s

 

La suite, ce sont ces deux Vierges qui me plaisent infiniment. La première, du seizième siècle, faisait partie d’un groupe de l’Annonciation. Elle accepte la nouvelle, mais elle est désemparée, on sent qu’elle ne sait pas comment assumer la situation. J’aime l’expression du visage, les mains sur la poitrine, et puis ce manteau étoilé flottant sur sa robe rouge. Évidemment, puisque nous étions il y a deux jours au musée du palais Abatellis, je peux me référer à l’Annunziata d’Antonello da Messina, et cette sculpture n’a rien de commun avec le tableau, ce sont deux interprétations différentes de la réaction de Marie à l’Annonciation, et les deux sont également intéressantes.

 

Quant à la seconde sculpture, du dix-huitième siècle, c’est une Madonna del Parto. Marie est représentée enceinte. Elle tient son ventre entre ses deux mains, son visage tout jeune est fatigué par la grossesse, elle est grave sans être triste, elle aussi me plaît énormément.

 

580j1 Palerme, église Santa Cita, Visitation

 

580j2 Palerme, église Santa Cita, Couronnement d'épines

 

L’église, elle aussi, comporte des scènes du Nouveau Testament en stuc, mais beaucoup moins nombreuses. J’ai sélectionné la Visitation pour la mettre en parallèle avec celle de l’oratoire, et le couronnement d’épines. Ici, dans la première scène, je n’aime pas trop l’expression d’Élisabeth, et dans la seconde Jésus est épuisé, certes, mais l’Évangile le représente comme assumant ce qui lui arrive alors qu’il est représenté ici comme subissant en étant absent. Décidément, je trouve que les stucs de l’oratoire sont bien meilleurs.

 

581a Palerme, Santa Maria in Valverde

 

581b Palerme, Santa Maria in Valverde

 

L’étape suivante est à Santa Maria in Valverde. Ce n’est plus un oratoire, mais une église. Son extérieur assez sévère ne laisse pas prévoir l’exubérance de la décoration intérieure. Ici, ce sont des marbres qui recouvrent chaque centimètre carré de mur.

 

581c1 Palerme, Santa Maria in Valverde

 

581c2 Palerme, Santa Maria in Valverde

 

Aussi bien ces loges latérales que la tribune dans le fond de l’église sont séparées de la nef par des grilles. Mais alors que le fond ne comporte qu’un léger treillage métallique très décoratif et complètement transparent, en revanche les loges latérales isolent complètement et cachent à la vue les personnes qui s’y trouventL les religieuses, des Carmélites, ne devaient pas être vues des fidèles de l’autre sexe assistant aux offices. Elles étaient donc cachées dans les loges latérales derrière leurs grilles, mais je ne comprends pas bien le rôle, autre que décoratif, de la légère grille du fond.

 

581d1 Palerme, Santa Maria in Valverde 

581d2 Palerme, Santa Maria in Valverde

 

Je ne ferai pas de commentaire de tout ce que je vois, parce que je ne comprends pas grand-chose et que nous n’avons pas trouvé le moindre livre explicatif. Cela ne m’empêche pas de trouver intéressant cet au revoir en agitant un mouchoir devant le soleil figuré avec son char. Quant à cet ange enfant (il y a beaucoup de “putti” partout, mais celui-ci a des ailes, c'est un angelot) chevauchant un aigle, je n’en sais pas non plus le sens. Ce n’est quand même pas l’aigle de saint Jean l’évangéliste.

 

581e Palerme, Santa Maria in Valverde

 

Beaucoup plus classique (et compréhensible pour moi) est cette Vierge au pied de la Croix, devant un fond fleuri de couleurs délicates. Ces dessins en marqueterie de marbre sont remarquables, et la Vierge, tout en noir, son mouchoir entre les mains, le visage penché, se détache bien sur ce fond.

 

581f1 Palerme, San Giorgio dei Genovesi

 

581f2 Palerme, San Giorgio dei Genovesi

 

Et nous voici tout près du port, à l’église San Giorgio dei Genovesi, Saint Georges des Génois. Isolée sur une place calme, avec ses quelques marches sur toute sa largeur, sa façade plutôt austère et simple, sa belle pierre colorée, cette église me plaît.

 

581g Palerme, San Giorgio dei Genovesi

 

581h Palerme, San Giorgio dei Genovesi

 

Elle me plaît d’ailleurs davantage d’extérieur que d’intérieur. Non que l’intérieur soit laid, mais il n’est ni particulièrement original, ni particulièrement décoré. Je relèverai seulement ce tableau représentant le supplice de Saint Laurent. On note la cruauté de celui qui applique Laurent sur le gril en le tirant par les cheveux, ou le sadisme de celui qui, avec des pinces, applique une pièce de fer rougie au feu sur le bas-ventre du martyr. L’hagiographie, bien sûr, parle du supplice du gril mais ne donne pas d'indications sur le détail du comportement des bourreaux. En employant, il y a un instant, le mot de sadisme (avec cet anachronisme consciemment commis parce que du Marquis de Sade il n’était pas question du temps de saint Laurent), je me suis dit aussi que ces peintres qui, dans leurs œuvres, imaginent, inventent des raffinements dans le supplice, et les représentent avec complaisance, ne sont sans doute pas, eux non plus, exempts d’une certaine forme de sadisme. Sans doute, ils réprouvent cette cruauté, mais ils parviennent à imaginer, à concevoir ce que l’on peut faire pour augmenter la souffrance.

 

581i Palerme, San Domenico

 

581j Palerme, San Domenico 

 

Nous passons devant San Domenico. Il est 15h30, elle est fermée, nous ne visiterons pas. Encore une église de Dominicains, reconnaissable à son blason. En italien, le chien se dit cane. D’ailleurs, on connaît le fameux cave canem latin, prends garde au chien, des villas romaines. Les religieux de cet ordre jouent avec le nom Domini-cani, les chiens du Seigneur. Voilà pourquoi on retrouve le chien sur le symbole de leur ordre.

 

Et voilà, nous avons fini le tour des églises prévues pour ce jour. Comme il est encore tôt et que Natacha comme moi avons envie de voir le musée des marionnettes de Palerme avant de quitter la ville, surtout depuis que nous avons assisté à une représentation et avons rencontré un créateur le 11 juillet, nous décidons de nous y rendre. À vrai dire, nous avons déjà été là-bas, le 14 juillet, mais c’était fermé… pour célébrer santa Rosalia. Aujourd’hui, il est ouvert.

 

582a1 Palerme, museo dei Pupi, Mali

 

582a2 Palerme, museo dei Pupi, Mali 

 

Ce musée n’est pas exclusivement consacré aux marionnettes palermitaines, il raconte l’histoire de la marionnette de tous les pays, de tous les temps et manipulées de diverses manières, à fil, à bâtons, ou par dessous. Ici, ce sont des marionnettes des Bambara du Mali, premier théâtre de marionnettes africain découvert par les Européens à la fin du dix-neuvième siècle. Mues par en-dessous au moyen de bâtons, elles dansent des danses rituelles, la plupart du temps sans parler ou, quand elles parlent, c’est à travers un instrument qui rend leur voix incompréhensible, nécessitant un traducteur. À l’origine, les représentations avaient lieu à la saison sèche, et matérialisaient les esprits qui président à la vie de la communauté, avec effet propitiatoire pour l’agriculture, la chasse, la pêche, la santé et la paix. Ni femmes ni enfants n’ont droit d’accès à la cabane où sont conservées les marionnettes.

 

582b1 Palerme, museo dei Pupi, frontière Nigéria-Bénin

 

582b2 Palerme, musée des marionnettes, frontière Nigéria

 

Tout autres sont les marionnettes des Yoruba de la ville de Ketu, à la frontière entre le Nigeria et le Bénin. Ce que l’on voit s’appelle Glédé, ce sont deux masques marionnettes. À la fin de la saison des pluies et au début de la saison sèche, les danseurs revêtent ces masques et effectuent des danses propitiatoires. Les marionnettes, en cette position haute au sommet de la tête, émergent au-dessus de la foule et le danseur lui-même les actionne, par en-dessous, au moyen de fils, le mouvement du danseur et celui de la marionnette s’intégrant dans une même action.

 

582c1 Palerme, musée des marionnettes, Japon

 

582c2 Palerme, musée des marionnettes, Japon

 

Je ne m’étendrai pas aussi longtemps sur les théâtres de marionnettes plus connus, comme ceux du Japon. Je me contenterai d’en montrer quelques exemplaires.

 

582d Palerme, musée des marionnettes, Chine

 

De même, les marionnettes chinoises sont connues en Europe depuis longtemps, il y a même dans les pays occidentaux des représentations de ces théâtres traditionnels de marionnettes chinoises. Voici un échantillon des personnages courants.

 

582e Palerme, museo dei Pupi, marionnettes aquatiques, Viet

 

Beaucoup moins connu (de moi, en tous cas) est ce théâtre vietnamien aquatique. En effet, les représentations ont lieu sur l’eau.

 

582f Palerme, musée des marionnettes, France, Guignol

 

Et puis voici Guignol, notre Guignol français. Mais, ô scandale ! Alors que tous ces théâtres de marionnettes d’Afrique, d’Asie, et bien sûr d’Italie ont droit à des panneaux explicatifs fort détaillés, quelques personnages du Guignol lyonnais sont alignés sur une étagère (il n’y a même pas le gendarme, personnage essentiel puisqu’il se fait rosser à chaque fois par Guignol), sans autre explication que "Guignol, Francia", "Femme de Guignol", "Ami de Guignol"… Les Normands, les Anjou, Napoléon, Murat, au secours !

 

582g1 Palerme, musée des marionnettes, Italie, 19e siècle

 

Ces marionnettes proviennent d’un théâtre de marionnettes italien privé datant du dix-neuvième siècle. Clairement, elles évoquent la Nouvelle Orléans.

 

582g2 Palerme, musée des marionnettes, Italie 1920, Laurel

 

Quant à ces marionnettes à fil, également italiennes, elles datent de 1920. Elles représentent Laurel et Hardy, ainsi que Greta Garbo. On voit qu’à côté des représentations traditionnelles, les marionnettes peuvent aussi évoquer l’actualité.

 

582h1 Palerme, museo dei Pupi

 

Typiquement sicilien est le théâtre de marionnettes dans le cadre de l’opera dei pupi. Il s’agit d’un théâtre qui date du dix-neuvième siècle, aussi les vêtements des personnages et tout l’environnement sont-ils caractéristiques de cette époque. Il s’agit de récits à épisodes, qui peuvent s’étaler sur plusieurs mois, la durée de chaque épisode étant d’environ une heure. Du fait de cette continuité, il fallait un local fixe. Les spectateurs sont des hommes et des enfants, quasiment jamais des femmes. Le public participe avec enthousiasme, il s’identifie aux héros, il hue les méchants. Également, les personnages de l’actualité sont souvent représentés, sous les traits et les noms des personnages du théâtre, mais le public (adulte) reconnaît fort bien de qui il s’agit et peut ainsi exprimer sa détestation ou son approbation.

 

582h2 Palerme, musée des marionnettes, traditionnels Pupi

 

Selon le principe des séries américaines à la télévision, l’opera dei pupi met en scène des récits carolingiens à épisodes multiples. À côté des personnages historiques ou légendaires apparaissent des figures emblématiques propres au théâtre local, ce sont Nofriu et Verticchiu à Palerme, c’est Peppinninu à Catane. Car entre ces deux centres de ce teatro dei pupi, chacun a ses traditions, et en particulier les marionnettes de Palerme sont beaucoup plus petites que celles de Catane. Les légendes chevaleresques diffusées en Sicile dérivent des chansons de geste médiévales françaises (que l’on pense à l’Orlando Furioso de l’Arioste, ou à la Jérusalem Libérée du Tasse). Le récit est écrit pour en définir les lignes, mais les dialogues sont improvisés.

 

582h3 Palerme, museo dei Pupi, personnages divers

 

582h4 Palerme, museo dei Pupi, animaux

 

En dehors de ces chevaliers et soldats, il y a les personnages civils de toutes sortes, ainsi que les animaux. Par ces photos, on voit qu’ils sont nombreux, variés, et que la qualité de leur exécution n’a rien à envier à celle des soldats en cuirasse.

 

582h5 Palerme, museo dei Pupi, Polyphème

 

Récits carolingiens, chansons de geste, oui mais pas uniquement. Les personnages que j’appelle civils, par exemple, ne trouvent pas tous, loin de là, leur place dans ces thèmes. Et encore moins celui-ci, que je montre pour terminer la visite de ce musée. C’est Polyphème, le géant qui n’a qu’un œil au milieu du front et qui retenait Ulysse et ses compagnons dans son antre.

 

Voilà donc une journée bien remplie, et un article surchargé de photos. Il est grand temps de mettre le point final.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche