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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 20:13

Hier, passant devant le palazzo Abatellis qui abrite une galerie d’art sicilien, je disais que nous devrions aller le visiter un de ces jours. Eh bien, c’est fait, dès ce matin. Nous avons quitté assez tôt notre lieu de stationnement parce qu’il y a du chemin à pied vers le bus, un trajet un peu long et de nouveau de la marche à pied, avant de parvenir à ce musée qui ferme ses portes à 13 heures. Déjeuner, chaleur et sieste obligent. Et pour des raisons budgétaires de personnel, il ne rouvre pas à 16 ou 17 heures. Comme ses collections sont très riches et intéressantes, nous devons donc arriver tôt.

565a1 Palerme, palais Abatellis, saint Jean

 

Nous commençons, dès une salle sur le côté de la cour du palais, par deux splendides statues de bois. Ici, c’est un saint Jean, tout ce qu’il reste d’une Crucifixion, œuvre d’un anonyme du quatorzième siècle. Il est entier, lui, en pied, mais son visage est si beau, si expressif, si troublant, avec son regard intense et sa bouche entrouverte, que je préfère cadrer sur ce détail.

 

565a2 Palerme, palais Abatellis, Marie

 

Tout autre est le style de cette santa Francescana, sainte Franciscaine, également œuvre d’un anonyme, mais beaucoup plus tardive, puisque réalisée dans la première moitié du seizième siècle. Elle aussi est en pied, mais je préfère montrer son visage doux, penché avec une tendre sollicitude. Avant de lire l’étiquette, je pensais que c’était une Vierge regardant l’Enfant Jésus. Peu importe le personnage, l’artiste a su donner une merveilleuse vie intérieure à sa statue.

 

565b1 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Il est étonnant qu’en ce mois de juillet, où bien des gens sont en vacances, si peu de monde visite ce musée. Peut-être vient-on en Sicile l’hiver pour se réchauffer dans les musées et l’été pour se griller sur les plages… Car dans cette salle, devant ce Triomphe de la Mort qui justifie les trois étoiles au Guide Vert Michelin et constitue l’un des fleurons de cette galerie, on ne se bouscule pas, et pourtant c’est là que l’on trouve la foule la plus dense.

 

565b2 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Cette immense fresque en quatre morceaux est étonnamment moderne pour une œuvre du milieu du quinzième siècle. Elle a été détachée du mur d’un palais de Palerme, le palazzo Sclafani. Je vais parler plus loin de quelqu’un du musée que nous avons rencontré, Angelo Di Garbo, qui nous a montré des photos d’une autre peinture monumentale que nous connaissons, que nous avons vue à Madrid au musée de la Reina Sofia, le Guernica de Picasso. Quand je l’ai évoqué devant lui, il est allé me chercher ces photos pour que l’on puisse comparer, et il est clair que Picasso, qui n’est pas allé en Sicile paraît-il, avait vu des reproductions de cette fresque, parce que les références sont évidentes. D’un côté c’est la ville décimée par la peste, de l’autre ce sont les Républicains abattus par les bombes, et dans les deux cas c’est la Mort qui triomphe. En particulier ce cheval mi-vivant, mi-mort, qui ici galope vers la droite et chez Picasso vers la gauche.

 

565b3 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

565b4 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Les atteintes de la peste sont symbolisées par des flèches. Sur la première de ces photos, l’une des femmes est touchée, et sa compagne, une main posée sur son épaule, la soutient moralement. L’expression des visages est admirable. Sur la seconde photo, trois femmes sont inquiètes dans ce monde dévasté. L’une d’entre elles regarde son doigt et se demande si elle n’a pas été atteinte. J’aime aussi la beauté de ces femmes, leur élégance, qui sont fortement contrebalancées par l’horreur de l’épidémie.

               "Un mal qui répand la terreur,

               Mal que le Ciel en sa fureur

        Inventa pour punir les crimes de la terre,

        La peste, puisqu’il faut l’appeler par son nom,

        Capable d’enrichir en un jour l’Achéron…"

dira deux siècles plus tard La Fontaine. Et c’est cette terreur, cet enrichissement de l’Achéron, le fleuve des enfers, ainsi que les crimes commis, que ce peintre de génie que l’on ne connaît que par cette œuvre, le Maître du Triomphe de la Mort, a su si fortement rendre dans cette fresque.

 

565b5 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

De l’autre côté, des hommes morts gisent au sol, des flèches enfoncées dans leur chair. Sur cette image, c’est en bas à gauche le pape et sur la droite l’antipape, tous deux réunis dans une même mort, de façon très symbolique.

 

565b6 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Sur la grande fresque, en bas à gauche, on a été frappé par ce vieillard en rouge, à la longue barbe blanche, qui s’appuie sur deux cannes. Cela m’a donné l’envie d’en faire ce gros plan. Encore en vie, mais vieux et invalide, il se tourne vers la Mort avec un regard d’imploration. Ainsi donc, tu acceptes de m’épargner. Et c’est encore à La Fontaine que je me réfère :

          "Plutôt souffrir que mourir,

          C’est la devise des hommes".

 

565b7 Palerme, palais Abatellis, le Triomphe de ma mort

 

Là-haut, dans le coin en haut à gauche, une fontaine. Encore un symbole. C’est l’eau de la Vie, devant elle les gens sont vivants et il y en a même un qui joue de la musique, le cheval va passer devant elle et la Mort tourne la tête de l’autre côté, continuant à jeter ses flèches. Mais pour importante que soit cette peinture, pour fort que soit son effet, il faut passer à autre chose, je me suis déjà beaucoup trop attardé.

 

565c Palerme, palais Abatellis, le Caravage

 

À Rome, lors de notre visite à l’exposition temporaire du Caravage, nous avons contemplé une œuvre du Caravage, les Musiciens, qui n’est pas celle que je préfère (je préfère ses toiles fortes, celles d’après son crime et sa fuite de Rome) mais qui est cependant admirable et qu’il était interdit de photographier. Et la voici pour un temps ici, en Sicile, à Palerme, cette œuvre prêtée par le Metropolitan Museum of Art de New-York. Et en Sicile, presque tous les musées autorisent la photo sans restriction (sans flash, évidemment). Elle a été réalisée vers 1594-1595, à Rome.

 

565d Palerme, palais Abatellis, plafond siculo-arabe

 

Plus loin, on voit quelques objets datant de l’époque arabe en Sicile –avant ou après l’implantation des Normands–, des poteries et aussi un fragment de plafond en bois. Le fragment exposé est de bonnes dimensions, comme une grande porte, mais le travail de cette œuvre siculo-arabe du douzième siècle est si beau, si minutieux dans le détail, que je n’en montre qu’un gros plan pour que l’on puisse apprécier la finesse de l’exécution. Dans les cathédrales romanes, des sculptures invisibles à l’œil nu, tout là-haut, ne sont réalisées que pour le plaisir de l’art et la gloire de Dieu, et ici ce plafond d’une très haute salle laïque ne peut être en l’honneur d’Allah pour qui seules des décorations géométriques sont admises, et ne peut être admiré dans le détail par les personnes qui vivent là. C’est donc de l’art pur, de l’art pour l’art, qui pour notre admiration, par chance, a été descendu à notre niveau dans ce musée.

 

565e1 Palerme, palais Abatellis, Eléonore d'Aragon

 

565e2 Palerme, palais Abatellis, Eléonore d'Aragon

 

Bibendum ne donne que deux étoiles à cette Éléonore d’Aragon, œuvre de Francesco Laurana (1430-1502). Moi je n’hésite pas à la gratifier de trois étoiles. Je suis resté devant elle longtemps, je la trouve merveilleuse. Cet artiste qui travailla entre autres pour le roi René d’Anjou, qui a réalisé le masque mortuaire de la Laure de Pétrarque, masque que nous avons vu au musée Granet d’Aix-en-Provence, a aussi réalisé un autre buste de cette Éléonore d’Aragon, qui se trouve au musée du Louvre. Le buste que j’admire a Palerme date du séjour de Laurana en Sicile, 1466-1471, et parmi les nombreuses femmes portant ce nom et ce titre, mais dont aucune n’a vécu en Sicile, je suppose qu’il a représenté celle qui a vécu de 1425 à 1479, quoiqu’elle fasse bien jeune pour ses quarante et quelques années.

 

Jean II d’Aragon épouse Blanche de Navarre, une capétienne, dont il a trois enfants, Charles, Blanche et la dernière étant Éléonore. Les femmes, dans ce pays de Navarre, pouvant régner en titre, Blanche devient reine en 1425. Quand meurt sa femme en 1441, Jean II usurpe le trône de Navarre qui aurait dû revenir à leurs enfants et se remarie en 1444 avec la fille de l’amiral de Castille. Tout enfant, Éléonore avait épousé le comte Gaston de Foix qui n’avait comme elle que onze ans, aussi leur premier enfant n’est-il né qu’en 1443. Neuf autres enfants suivront. Quand son père a pris, puis gardé la Navarre sans aucune légitimité, elle s’est faite sa complice et a été gouverneur de ce pays au nom de son père à partir de 1455. Son frère Charles une fois mort en 1461, le père et la fille doivent se débarrasser de Blanche, qui revendique le trône de sa mère. Le roi la jette en prison et la laisse aux bons soins d’Éléonore, qui de façon charitable la laisse mourir en geôle (1464). Quand son père, Jean II, meurt le 19 janvier 1479, c’est de la façon la plus légitime qui soit, cette fois-ci, qu’Éléonore, dernière fille vivante de la reine Blanche de Navarre, devient reine de Navarre à son tour, mais elle ne dispose pas de la puissance nécessaire pour s’opposer à son demi-frère Ferdinand au sujet de la couronne d’Aragon, peut-être d’ailleurs n’en a-t-elle pas le désir (c’est lui, Ferdinand le Catholique, qui verra la fin de la domination musulmane en Espagne en 1492). Et puis dès le 12 février de la même année, soit 24 jours plus tard, elle meurt à son tour. Les générations passeront et en 1572 c’est un autre Capétien, un Bourbon, qui devient roi sous le nom de Henri III. Henri III de Navarre, pas de France, mais quand il assumera la couronne de France il aura le n°4, c’est notre grand Henri IV, fils de Jeanne d’Albret reine de Navarre, époux de la reine Margot et assassiné par Ravaillac en 1610.

 

Jolie, Éléonore d’Aragon et de Navarre ne l’est peut-être pas vraiment quand on regarde son portrait, mais elle a du charme, je trouve, et il est évident que c’est une femme de caractère, douée d’une très forte personnalité. Pas toujours utilisée dans les règles de la morale, comme on l’a vu, mais intéressante ô combien.

 

565f1 Palerme, palais Abatellis, Domenico Gagini, Madonna d

 

Dans les églises de Palerme, j’ai déjà vu des sculptures de Domenico Gagini (1430-1492) ou de son fils Antonello (1478-1536). La Madonna del Latte (Madone du Lait, ainsi nommée parce qu’elle allaite l’Enfant Jésus) est de Domenico. J’aime son visage lisse et calme, plein de douceur.

 

565f2 Palerme, palais Abatellis, atelier Cagini, Madonna de

 

565f3 Palerme, palais Abatellis, Antonello Cagini, Ritratto

 

La Madonna della Neve (Madone de la Neige) ci-dessus est d’Antonello Gagini, le fils, ou peut-être plutôt de son atelier, et elle date de 1516. En revanche, c’est par Antonello authentiquement qu’a été sculpté ce Ritratto di Giovinetto (Portrait de petit jeune homme) qui, parce qu’il se trouvait dans l’église San Vito de Palerme, a longtemps été interprété comme une effigie de ce saint. Mes photos pour aujourd’hui sont déjà trop nombreuses, mais je ne peux résister à l’envie de montrer ces sculptures qui m’enchantent.

 

565g Palerme, palais Abatellis, Couronnement de la Vierge

 

Ce détail du panneau central d’un triptyque montre le Couronnement de la Vierge par le Christ, peint au début du quinzième siècle par celui que l’on appelle le Maître du polyptyque de Trapani. Sur les panneaux latéraux, sont représentés à gauche l’archange saint Michel et à droite l’archange saint Raphaël.

 

565h Palerme, palais Abatellis, Annunziata, Antonello da Me

 

Impossible de ne pas être d’accord avec Bibendum, qui accorde trois étoiles à cette Annunziata (la Vierge qui reçoit l’Annonciation) d’Antonello da Messina (1430-1479), parfait contemporain, donc, de Francesco Laurana et de Domenico Gagini, puisque né la même année qu’eux. C’est une œuvre exceptionnelle. Là encore, je suis resté en contemplation trop longtemps, parce que l’heure tourne et qu’il y a encore beaucoup à voir. Déjà, il y a la simplicité de la mise en scène, un pupitre avec un feuillet, et sur un fond noir une très jeune fille dont on ne voit que les deux mains et le visage, enveloppés dans un grand voile d’un bleu intense. Selon la tradition, Marie avait 15 ans mais les représentations habituelles la montrent jeune mais pas à ce point. Derrière la merveilleuse douceur de ce visage aux yeux modestement baissés, qu’y a-t-il ? Une main retient le voile, mais la main droite est avancée. C’est ici, devant ce tableau, que nous avons rencontré un animateur culturel du musée, Angelo Di Garbo, dont j’ai parlé au sujet du Triomphe de la Mort. Il y voit un geste d’acceptation, et j’aurais tendance à le croire parce que sa culture artistique est extrêmement étendue et qu’en outre il a tout particulièrement étudié les œuvres exposées dans son musée. Mais je ne peux m’empêcher de ressentir peut-être dans ce regard baissé et cette main avancée une réflexion, comme un peu de crainte devant une si extraordinaire mission, une sorte de geste demandant un instant de réflexion non pas de doute ou d’hésitation, mais le temps de digérer la nouvelle. Quoi qu’il en soit, rien que le fait que ce tableau porte à discussion est en soi la preuve qu’il est l’œuvre d’un très grand artiste.

 

565i Palerme, palais Abatellis, Annonciation, Marie

 

Je réunis ces deux tableaux parce qu’ils proviennent tous deux de la même église de Palerme, ont tous deux été réalisés dans le style de l’école palermitaine dans les premières décennies du seizième siècle, et sont les deux moitiés d’une Annonciation, l’archange Gabriel et la Vierge Marie. C’est indubitablement joli, mais c’est un peu trop maniéré à mon goût. Je n’ai retenu ces peintures que comme témoignages typiques de cette école.

 

565j Palerme, palais Abatellis, prie-Dieu, lo Spasimo di Si

 

Le musée présente une collection de représentations de la souffrance de la Passion, sous diverses formes. Ici, c’est une sculpture sur bois dans le dossier d’un prie-Dieu datant de la première moitié du dix-septième siècle. Les cavaliers à l’arrière-plan, les Saintes Femmes à genoux, l’homme au martinet levé contre Jésus tombé sous le poids de la croix, l’autre homme qui, je suppose, est Simon de Cyrène réquisitionné pour aider Jésus à porter la croix, le tout rassemblé dans ce petit espace dans une composition resserrée et rigoureuse, et représenté avec une grande finesse de détails, cela me plaît bien.

 

565k1 Palerme, palais Abatellis, Jésus au calvaire

 

Cette Montée au Calvaire est de Luca Cambiaso (1527-1585). C’est un dessin à la plume, à l’encre noire et aquarelle brune sur papier blanc.

 

565k2 Palerme, palais Abatellis, Dürer

 

565k3 Maison d'Albrecht Dürer à Nuremberg

 

Je ne présenterai pas l’auteur de cette gravure, il est trop connu. C’est Albrecht Dürer (1471-1528), dont j’ai vu la maison le 20 août 2008 à Nuremberg (ci-dessus). Dans différents musées de différentes villes d’Europe, j’ai eu l’occasion de voir pas mal d’œuvres de lui, et je peux dire que je l’aime infiniment mieux comme peintre que comme graveur. Cette scène de la Passion ne me parle pas.

 

566a1 Palerme, jardin public face palazzo Chiaramonte

 

Nous n’avions pas tout vu, hélas, quand on nous a gentiment (mais fermement) guidés vers la sortie. C’est bien dommage, mais nous avons quand même vu des merveilles, et aussi nous avons fait la connaissance de cet animateur culturel qui est un vrai passionné pour l’art, pour son musée où il œuvre depuis longtemps, et pour sa ville de Palerme. Il nous a même proposé de nous retrouver demain samedi, jour de repos pour lui, afin de nous montrer sa ville comme les touristes ne la voient pas. Il ne se propose pas comme guide payant, mais avec une vraie chaleur humaine pour nous montrer de façon amicale la Palerme qu’il connaît et qu’il aime. Nous lui avons donc dit à demain, et sommes partis vers le palazzo Chiaramonte et le jardin public qui se trouve en face.

 

566a2 Palerme, lieu de l'assassinat de Joe Petrosino

 

Devant ce jardin, une plaque dit que "en ce lieu, le 12 mars 1909 à 20h45, par une traîtresse main mafieuse s’est éteinte la vie de Joe Petrosino, lieutenant de la police de New-York. La ville rappelle et honore le sacrifice du policier italo-américain". Ce Giuseppe / Joe Petrosino est natif de Padula, où l’on montre sa maison. J’ai parlé de lui et de sa vie le 17 juin, et j’ai encore montré son buste le 21 juin.

 

566b1 Palermo, palazzo dei Normanni

 

566b2 Palerme, palais des Normands

 

Nous sommes tout au bout du Corso Vittorio Emanuele, près de la Porta Felice, face au port de Palerme. Nous cassons une petite croûte dans un bar sympathique, avant de partir vers l’autre extrémité du même Corso Vittorio Emanuele et de la ville, près de la Porta Nuova, pour visiter le palazzo dei Normanni, le palais des Normands. Là se dressait une forteresse punique. Les émirs arabes bâtirent ensuite leur palais Al-Khalesa mais ne s’y sentant pas en sûreté ils l’abandonnèrent en 938 pour s’établir du côté du port. Quand arrivèrent les rois normands, ils bâtirent sur ces fondations un luxueux palais que nous allons visiter aujourd’hui.

 

566c Palerme, palazzo dei Normanni

 

Le palais des Normands a connu des heures de gloire et de grandeur, mais aussi des périodes d’abandon et de dégradation. Il ne reste plus aujourd’hui qu’une partie des bâtiments mais ce qui a été restauré est splendide. Ces portiques à l’étage de cette cour, sont ornés de belles peintures. Pour celle-ci, le texte en latin dit "Le roi Roger remet le manuscrit de l’institution à Simon, chantre de la chapelle palatine. En l’année 1140". Le Roger qui règne en cette année-là est Roger II. C’est justement l’année où il s’installe dans le palais qui remplace Al-Khalesa.

 

566d1 Palerme, palazzo dei Normanni

 

566d2 Palerme, palazzo dei Normanni

 

La visite des appartements royaux, qui abritent le conseil régional de Sicile (et comme la Région Sicile a obtenu l’autonomie, c’est en fait le Gouvernement), ne peut se faire qu’avec un guide. La nôtre est intéressante, elle est vive et pleine d’humour (même si, hélas, je ne comprends pas toujours tout… en italien). Nous passons de salle en salle. On peut voir, ici, la série des portraits de qui a régné sur la Sicile.

 

566d3 Palerme, palazzo dei Normanni

 

Le bureau du président, avec au mur les portraits de ses prédécesseurs. Le tremblement de terre de 2002 a fait tomber le revêtement des murs et a permis de découvrir que des ouvertures avaient été bouchées. Au sujet de ce bureau, deux remarques. La première, c’est que si l’on avait dû faire visiter mon bureau ainsi chaque après-midi, il m’aurait fallu faire disparaître quotidiennement tout mon désordre. Je ne sais si cela m’aurait aidé à être plus ordonné ou si j’en aurais souffert quotidiennement. L’autre remarque concerne l’interdiction formelle faite aux visiteurs de s’asseoir sur les sièges de ce bureau. Comme si des fesses de politiciens siciliens étaient plus propres que celles de visiteurs étrangers, ou italiens, et même siciliens. Je me tourne donc de l’autre côté pour prendre ma photo, je ne veux pas montrer ces sièges xénophobes ou touristophobes.

 

566d4 Palerme, palazzo dei Normanni

 

566e Palerme, palazzo dei Normanni

 

Et nous poursuivons la visite, qui est intéressante de bout en bout, mais elle perd de son sens sans les commentaires de la guide, aussi passerai-je rapidement, en me contentant de montrer ces quelques images.

 

566f Palerme, palazzo dei Normanni, l'Été

 

En sortant, nous passons devant ce bronze signé Francesco Messina et daté 1988. Il est intitulé Estate (Été). J’en aime bien le mouvement, la forme, le visage de cette jeune fille est joli, le corps est beau, bref j’aime bien cette sculpture, mais j’ai beau la regarder, cet après-midi dans le palais, ce soir devant ma photo, je ne ressens pas l’évocation de l’été. D’accord, elle est nue, elle aurait peut-être envie de se mettre quelque chose sur le dos en hiver, mais c’est un mauvais argument. Alors j’oublie le titre et je me contente du plaisir esthétique de la statue en elle-même.

 

566g Palerme, porte de la chapelle palatine

 

Mais le morceau de choix de ce palais, c’est sa chapelle, la chapelle palatine, la cappella palatina. La porte, déjà, à elle seule, est une œuvre d’art. Elle est décorée sur chaque battant de cinq panneaux de bois sculptés de scènes bibliques. Ici, c’est l’épisode de la pêche miraculeuse.

 

567a1 Palerme, Normanni, chapelle palatine

 

Et puis dès que l’on entre, on est ébloui par la richesse des mosaïques qui recouvrent tous les murs. À l’abside trône un grand Christ Pantocrator, qui nous bénit de sa main droite et dans la gauche tient le Livre. D’un côté c’est en grec, de l’autre en latin. "Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie". Mais je lis "set abebit lumen vite" alors que j’attends, en latin, "sed habebit lumen vitæ"…

 

567a2 Palerme, Normanni, chapelle palatine

 

Juste en-dessous, on trouve la Vierge avec le Christ à sa gauche et, à sa droite, Marie Madeleine. Tout cela ruisselle d’or, mais à la différence de ce que nous avons vu ailleurs, à Rome en particulier, on voit que nous sommes chez les Normands, éloignés de la tradition de Byzance car les personnages ne portent pas les somptueux vêtements de la cour de Byzance, Marie n’est pas habillée en impératrice ni Jésus en empereur. On évoque plutôt la Judée ou la Palestine de l’Antiquité.

 

567b Palerme, Normanni, chapelle palatine, création d'Ève

 

Les mosaïques du pourtour de la chapelle content la Genèse et survolent les pans principaux de l’Ancien Testament. J’en extrais ici quelques scènes. Nous avons assisté à la création du monde, des plantes, des animaux, d’Adam. Maintenant, dans le sommeil d’Adam, Dieu fait sortir Ève de son flanc.

 

567c Palerme, Normanni, chapelle palatine, Caïn tue Abel

 

Cette image montre en fait deux scènes successives. Sur la gauche, on voit Caïn, une hache à la main, qui tue son frère Abel. À droite, quoique je ne reconnaisse pas Caïn dont le visage a changé et le vêtement aussi, le texte en latin dit bien que c’est lui, à qui parle Dieu : "Dieu dit à Caïn ‘Où est ton frère ?’ Celui-ci répondit ‘Je ne sais pas’."

 

567d Palerme, Normanni, chapelle palatine, Noé et ses fils

 

Sur la gauche on voit les vendangeurs. Noé s’est enivré et il s’est endormi dans sa tente, découvrant sa nudité. Son fils Cham le voit et va le raconter à ses deux frères, Sem et Japhet qui, prenant un manteau, entrent à reculons sous la tente pour ne pas voir leur père et jettent le manteau sur sa nudité. Quand il se réveillera de son ivresse, Noé maudira Cham et sa descendance. De façon curieuse, si je me rappelle bien le texte biblique que je n’ai pas dans ce camping-car, en fait ce n’est pas Cham lui-même qui est maudit, mais son fils Canaan et ses descendants. Sur cette image on voit le vêtement de Noé relevé impudiquement, Cham (en blanc) le désigne du doigt à ses frères qui, visage tourné, posent sur leur père un manteau brun.

 

567e Palerme, Normanni, chapelle palatine, baptême de sain

 

Et nous passons au Nouveau Testament. Dans sa représentation, saint Paul porte toujours son épée, c’est ainsi qu’on le reconnaît, comme on identifie saint Pierre à ses clés. Mais ici, immergé dans son baptistère, il serait vraiment ridicule s’il la brandissait au bout du bras, alors pour ne pas s’en défaire il l’a confiée à un assistant. Du moins c’est la version que j’aimerais, mais je crains que ce ne soit un cierge que porte cet homme... Les Actes des Apôtres racontent comment celui qui, à l’époque, s’appelait Saul a été jeté à bas de son cheval par une lumière alors qu’il approchait de Damas pour y persécuter les chrétiens, et comment il s’est relevé aveugle alors qu’une voix lui disait "Je suis Jésus, pourquoi me persécutes-tu ?". Trois jours plus tard, un disciple de Jésus nommé Ananias a une vision où Jésus lui demande d’aller imposer les mains à un certain Saul de Tarse pour le guérir de sa cécité. Et quelques jours plus tard Saul se fait baptiser par Ananias. Il s’appellera désormais Paul. Tout en haut à droite on voit la main de Dieu dont émane le rayon de la grâce qui descend sur Paul avec la colombe du Saint-Esprit à mi-hauteur.

 

567f Palerme, Normanni, chapelle palatine, fuite de saint P

 

Le texte dit que Paul discute avec les prêtres juifs et les confond. Ensuite, fuyant, il donne lieu à leur colère. Je n’ai aucun souvenir de cet épisode. Je me rappelle les ennuis qu’il a eus à Jérusalem où il a failli être lynché, je sais aussi qu’il a demandé à être jugé comme citoyen romain et qu’il a été en prison, mais je ne sais ni quand, ni pourquoi il a été ainsi évacué pour fuir. Cela n’empêche pas cette image de saint Paul descendu dans un couffin où il se ratatine d’être très amusante (par pour lui, le pauvre).

 

567g Palerme, Normanni, chapelle palatine, Néron et Simon

 

567h Palerme, Normanni, chapelle palatine, chute de Simon l

 

Et puis je ne peux manquer, pour finir, cette scène dont j’ai eu à parler déjà à plusieurs reprises, saint Pierre mis en concurrence pour ses miracles avec Simon le Magicien qui officie auprès de Néron. J’ai raconté l’histoire, tirée des Actes des Apôtres, le 24 février dernier, et je l’ai de nouveau évoquée plus brièvement le 4 juin. L’empereur Néron (le texte, ici, dit rex, c’est-à-dire roi en latin) veut tester les deux hommes. Simon s’envole et plane dans le ciel. Saint Pierre et son compère saint Paul prient tellement que leurs genoux s’impriment dans la pierre fixée au mur de Santa Francesca Romana à Rome. Et Dieu les exauce en faisant tomber Simon. Sur la deuxième image nous voyons Pierre en barbe blanche et Paul en longue barbe noire, et Simon s’abîme, entre deux démons qui volettent autour de lui.

 

Lorsque l’on voit comme ces mosaïques sont belles et décoratives, comme elles sont aussi amusantes à regarder, comme elles évoquent les épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testaments, on peut se douter que j’en ai pris bien d’autres photos que celles que je présente ici. Mais je pense qu’avec 44 photos pour la journée d’aujourd’hui, j’ai déjà épuisé le plus courageux de mes lecteurs.

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Published by Thierry Jamard
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