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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 18:41

577a Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

 

Hier j’ai été horriblement long. Un texte démesuré, des photos à n’en plus finir, et même pas belles. Aujourd’hui je vais me rattraper. Nous avons fait un tour en ville mais n’avons effectué qu’une visite, l’église San Giovanni degli Eremiti avec ascension de son campanile. Il y avait des Français au campanile, ils prononçaient sans cesse mal le nom de cette église. D’autres Français, l’autre jour, commettaient la même faute et, malgré mon niveau nul en italien cela m’horripile. Je précise donc pour qui n’a aucune notion de cette langue, encore moins que moi, ce qui n’est pas peu dire, que le GLI ne se prononce pas comme en français (glisser, par exemple) mais YI. Ainsi, le DES français, contraction de la préposition DE et de l’article LES, est DEI devant une consonne et DEGLI, prononcé DÉYI devant voyelle ou devant deux consonnes. Nous sommes donc à Saint Jean des Ermites.

 

Je montre cette église de haut, parce que l’on a peu de recul dans la rue, et que c’est son toit qui est le plus frappant dans son architecture. Giulio Carlo Argan, un célèbre critique d’art italien, ex-maire de Rome, décédé il y a une vingtaine d’années, écrivait : "Les Normands, qui ont instauré leur dynastie en 1072, ont détruit les monuments, mais pas la tradition de l’architecture byzantine et arabe. San Giovanni degli Eremiti à Palerme (1132) est arabe dans la brillante relation entre les corps cubiques et les coupoles hémisphériques". En fait, à l’origine, il y a une église qui remonte au sixième siècle. Quand les Arabes occupent la Sicile, ils en font une mosquée et lui donnent les formes actuelles. Et puis c’est Roger II qui fera revenir cette mosquée à sa vocation première d’église chrétienne.

 

577b Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

Nous voici donc à l’intérieur de cette église. On se rend compte tout de suite qu’elle a été profondément remaniée au cours des siècles car vue de sa nef, en dehors du plan en croix grecque, elle n’a rien d’une église aussi ancienne et rien d’arabe non plus.

 

577c Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

Une Vierge de Douleur, une Addolorata. Je crois –je suppose– qu’il y a quelques mois j’aurais détesté ces grands rayons d’argent en guise d’auréole ou autour de son auréole, cette affectation dans la douleur, ce symbole du poignard (comme des sept poignards pour les Vierges des Sept Douleurs), cette grande cape noire de deuil sur cette robe blanche d’Immaculée Conception. Mais aujourd’hui j’aime son expressivité. Mon œil s’est fait à cet art, à ce style, à ce goût très italien (et espagnol) qui a donné naissance à la représentation de la Pietà. C’est comme pour l’art contemporain non figuratif, parfois on se dit, lorsque l’on n’y est pas initié, que l’artiste s’est moqué de son public, que l’on ne peut aimer cela et que si l’on a l’air d’apprécier c’est par snobisme. Et puis on en voit et on en revoit, on lit, on se documente, on apprend à voir et on finit par aimer. Problème d’initiation. Je ne sais si ceux de mes concitoyens qui ne sont jamais allés en Sicile, dans le sud de l’Italie, en Espagne, et qui n’en ont jamais approfondi l’art, apprécieront cette statue. À moi, aujourd’hui, elle me plaît. Je ne tombe pas en pâmoison d'admiration devant elle, mais je me suis arrêté un moment en éprouvant un sentiment esthétique agréable.

 

577d Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

En revanche je n’arrive pas à apprécier cette autre Vierge étendue sur un lit en pente et dont les pieds reposent sur une couronne métallique pour l’empêcher de glisser. Et puis, à moins d’être collée à la colle UHU (publicité gratuite), sa couronne devrait rouler à terre sauf si le champ magnétique de l’auréole étoilée la maintient en place par un subtil calcul de l’intensité du courant. De toute façon, sa robe droite est si serrée que, debout, elle ne pourrait pas marcher. Elle ouvre les mains, paumes en l’air pour diffuser sa grâce, mais elle ferme les yeux pour ne pas voir cette sale humanité qui en profite. J’arrête là mon humour imbécile, mais –je le répète– je n’arrive pas à apprécier cette statue.

 

577e Palerme, San Giovanni degli Eremiti

 

Plus loin, couronne de roses sur la tête et lys devant elle, Crucifix en main et crâne sur le sol, étendue dans une grotte, ce ne peut être que notre amie santa Rosalia. Ici encore je ne peux dire que c’est un chef d’œuvre, loin de là, mais en tant que représentation conventionnelle de la sainte avec tous ses attributs ce n’est pas mal. Elle est jolie, sa pose étendue n’est pas alanguie comme c’est parfois le cas, et finalement j’aime mieux sa représentation en vie dans l’exercice de sa vie d’ascèse que morte, dans la position où elle a été trouvée, avec un grand ange qui la regarde.

 

577f Palerme, campanile de San Giovanni degli Eremiti

 

577g Palerme, du campanile de San Giovanni degli Eremiti, l

 

À présent nous sommes ressortis de l’église et nous nous sommes rendus sur le côté pour entreprendre l’ascension du campanile. À l’entrée, en même temps que le billet d’accès, on nous remet un casque de chantier. Trop de gens se sont cogné la tête pour que l’on prenne ce risque. Par hygiène, un Sopalin propre est installé sur la sangle. Quand on tend le sien, jaune, à Natacha, elle le refuse, disant préférer un bleu (au milieu de la vingtaine de casques jaunes, il y en a deux bleus). Cela me rappelle, lors d’un voyage à Budapest entre collègues que j’avais organisé il y a quelques années, une anecdote survenue aux bains. Dans les recommandations préparatoires, j’avais bien précisé que le thermalisme faisant partie intégrante de la vie dans cette capitale de la Hongrie, que le programme prévoyait de se rendre au moins une fois aux bains et qu’il fallait donc emporter un maillot. Mon adjointe, qui avait négligé cette recommandation, a dû en louer un. Tous les autres membres du groupe, nous allons vers les cabines. Quand nous en sommes ressortis, en tenue de bain, elle était toujours en train de chercher sa taille, parce qu’elle voulait absolument du noir, plus seyant pensait-elle…

 

Coiffés de nos casques comme des maçons ou des chefs de chantier, nous grimpons, grimpons. Et je me cogne la tête… enfin, mon casque (jaune) se cogne la tête. On a vue, bien sûr, sur les coupoles rouges de l’église, que j’ai déjà montrées en début de cet article, mais aussi sur le cloître, qui est fermé à la visite. Et même, quand en bas nous avons demandé où en était l’entrée, le jeune homme préposé aux casques a répondu qu’il n’y avait ici ni cloître, ni monastère. C’est la jeune fille préposée à la caisse et aux tickets qui a dit que si, il y a bien un cloître, mais on ne le visite pas. Ah bon. Alors contentons-nous de le contempler de haut.

 

577h Palerme, campanile de San Giovanni degli Eremiti, cloc

 

Une photo de la belle grosse cloche qui est là sous nos yeux, à notre portée. Elle porte le nom et la représentation en relief de San Giuseppe Cafasso, un prêtre italien (1811-1860) canonisé par Pie XII en 1947. C’est à Turin. Ami de Don Bosco il aide les pauvres, mais tout spécialement il s’attache aux prisonniers, accompagnant les condamnés à mort jusqu’au dernier moment, pour les embrasser et leur montrer qu’ils sont aimés. Depuis sa canonisation, il est le patron des prisonniers et des condamnés à mort. Et puisque l’usage est de donner un nom aux cloches, il est le patron de celle-ci, fondue pour le jubilé 2000.

 

577i Palerme, la cathédrale vue du campanile de San Giovan

 

De là-haut, on voit aussi la cathédrale de Palerme, apparaissant derrière une ligne dense de palmiers et se détachant sur la montagne dans le fond. Sur le plan architectural, ce n’est sans doute pas la meilleure façon de la voir, seules se montrant ses parties les plus hautes, de styles différents sans lien entre elles, mais j’aime bien ce paysage mêlant le végétal des palmiers avec la dureté de la roche, la cathédrale y introduisant l’élément humain.

 

577j Palerme, toits vus du campanile de S. Giovanni degli E

 

Je terminerai par quelque chose qu’il m’est toujours agréable de regarder, cette mer de vieilles tuiles patinées par le temps, brûlées par le soleil, sur ces toits qui semblent avoir été jetés au hasard, en désordre, dans tous les sens.

 

J’espère, aujourd’hui, ne pas avoir été trop verbeux.

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Published by Thierry Jamard
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