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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 22:39
679a Approche d'Antirrio
 
Dans mes articles précédents, j’ai parlé de la rencontre que nous avons faite à Missolonghi de voisines de camping-car, de l’amitié des relations, des promenades sur la lagune et autour d’Agrinio en leur compagnie. Ensuite, nous nous sommes dirigés vers le Péloponnèse, les deux camping-cars se suivant, car l’une de ces amies habite à Rio, au débouché du pont, et l’autre à Patra, dix ou quinze kilomètres plus loin.
 
Le pont ? Le Péloponnèse est une presqu’île seulement reliée au continent par le très étroit isthme de Corinthe au nord-est, où a été creusé un canal à la fin du dix-neuvième siècle pour éviter aux bateaux de faire tout le tour du Péloponnèse quand ils vont de la Méditerranée orientale (Athènes, Istanbul, la Mer Noire) vers la Méditerranée occidentale (Italie, Espagne, France et, bien sûr aussi, côte ionienne de la Grèce). Mais après s’être un peu éloignée du continent lorsque l’on va vers l’ouest, creusant le golfe de Corinthe, au contraire cette énorme presqu’île se rapproche de la terre ferme à son extrémité nord-ouest.
 
679b1 Antirrio et le pont du Péloponnèse
 
679b2 Le pont d'Antirrio à Rio
 
679b3 Rio, au débouché du pont du Péloponnèse
 
Deux forts vénitiens gardent le passage, étroit de seulement deux kilomètres. Dans la mouvance des Jeux Olympiques d’Athènes de 2004, un pont a été construit pour relier les deux rives. Pour éviter au trafic routier le long détour par Corinthe, de l’autre côté du Péloponnèse, il existait un transport par ferry entre Rio, qui garde la rive sud, côté Péloponnèse, et Antirrio (étymologiquement “en face de Rio”) qui garde la rive nord, côté continent. Actuellement, le ferry a été maintenu, doublant le pont. Le péage du pont est un peu supérieur au coût de la traversée par mer, mais la différence de prix n’est sensible que pour qui effectue le passage quotidiennement ou fréquemment, et le temps gagné est considérable. Toutefois nous avons choisi la solution du ferry parce que du pont… on ne voit pas le pont !
 
En réalité les Jeux Olympiques ont eu lieu à l’été 2004 et le pont n’a été achevé que fin 2004. La Grèce escomptait de fortes retombées touristiques de l’organisation de ces Jeux pour lesquels elle a investi neuf milliards d’Euros. Mais l’immense chantier de préparation et de construction a, l’année précédente, découragé beaucoup de touristes, et les années suivantes le souvenir des Jeux n’a absolument pas dopé le tourisme, de sorte que la Grèce, qui s’enfonçait de plus en plus dans une crise économique depuis le début du millénaire, a encore plombé son déficit budgétaire avec l’organisation des Jeux et avec ce pont. Mais j’ai lu quelque part que les futurs Jeux Olympiques de Londres dépassent d’ores et déjà largement le budget prévu et s’annoncent comme une catastrophe économique pour la Grande-Bretagne. L’avenir nous dira si ces prévisions pessimistes d’un économiste sont confirmées par les faits.
 
679b4 Le pont de Rio à Antirrio
 
Quoi qu’il en soit de l’aspect financier, il faut reconnaître qu’il est beau, ce pont, surtout les soirs de week-end, où il est éclairé en bleu, comme ci-dessus. Et il est certain que son existence permet de fluidifier grandement le trafic.
 
679c1 Eirini
 
679c2 Nikos
 
679c3 Christina
 
679c4 Marouane
 
Après la traversée et à quelques dizaines de mètres de la mer, dans une ruelle tranquille, nous avons découvert la superbe et luxueuse maison sur quatre niveaux où l’une des deux sœurs, Eirini (dont le nom signifie la Paix), nous a offert l’hospitalité. Une hospitalité de longue, de très longue durée puisque, arrivés chez elle le 17 janvier, nous n’en sommes repartis que le 19 février, séjour seulement interrompu par six jours passés dans les îles ioniennes de Céphalonie et d’Ithaque.
 
Puisque nous avons vécu dans cette famille, il serait bon que j’en présente les membres. La première photo représente donc Eirini. Les deux suivantes, ses enfants, Nikos l’aîné et Christina la cadette. Puis c’est Marouane, un Palestinien qui partage la vie de la famille depuis trois ans.
 
679c5 Viki
 
679c6 Eirini et ses cousins
 
Hors de la maison, je dois également présenter Viki, la sœur d’Eirini que j’ai évoquée à Missolonghi, et il y a aussi leur cousine germaine et son mari avec qui nous avons dîné après la balade en bateau et qui étaient de la partie dans la montagne autour d’Agrinio et auprès des lacs. Ce sont des personnes qui vont réapparaître dans mon récit dans un instant.
 
679d1 Carnaval de Patra
 
679d2 Carnaval de Patra
 
Mais d’abord, je voudrais parler du carnaval de Patra. Après Athènes et Thessalonique, Patra (que l’on appelait autrefois Patras) est la troisième ville de Grèce, avec près de 170 000 habitants, et c’est la capitale du Péloponnèse. Rio, où est située la maison d’Eirini, en est toute proche, et est considérée comme une banlieue résidentielle. Tous les ans se déroule à Patra le plus grand carnaval de toute la Grèce. Il dure près d’un mois. Cette année, il débutait le 22 janvier au soir, et malheureusement il s’est mis à pleuvoir assez fort, ce qui n’a pas empêché les plus jeunes de rester à assister aux festivités, mais on a vu beaucoup d’adultes partir. Dommage. Il y avait, en ce premier soir, un défilé de chars et un feu d’artifice, suivis d’un grand concert sur une scène établie sur une grande place du centre ville.
 
679d3 Carnaval de Patra
 
679d4 Carnaval de Patra
 
Nous avons peu bougé de chez Eirini durant ce mois. Elle nous a bien emmenés deux ou trois fois au supermarché ou en ville, mais là où était garé le camping-car le sol était meuble, ce que je ne savais pas en m’y plaçant, et avec les pluies d’hiver nous étions embourbés. Il nous est quand même arrivé de prendre, à la gare située à un petit quart d’heure à pied, le train de banlieue, qui serait plutôt un joli métro en plein air. Sans assister à d’autres festivités du carnaval, nous avons cependant pu voir ces mannequins de jour et par beau temps.
 
679e Dans la montagne au-dessus de Patra
 
En Grèce, la montagne est partout. Ainsi, Patra est coincée entre mer et montagne et lorsqu’en hiver il pleut à Patra il neige en montagne. Eirini, un jour, nous a emmenés dans son 4x4 et nous avons retrouvé le couple de sa cousine pour une promenade dans la neige. Cela fait plaisir aussi de revoir une montagne enneigée, ce qui ne nous était plus arrivé depuis l’hiver qui précédait notre départ en camping-car, il y a deux ans. Et les paysages que nous avons vus ici étaient magnifiques.
 
679f1a Le port de Naupacte (Lépante)
 
679f1b Le port de Nafpactos (Lepanto)
 
Une autre fois, Eirini a encore mis son 4x4 à contribution pour nous emmener à Naupacte, en grec Nafpaktos. Cette ville est surtout célèbre pour la bataille navale de Lépante qui s’est déroulée dans ses eaux le 7 octobre 1571. Dans mon article du 5 août 2010, j’en ai parlé abondamment, il est facile de s’y reporter, inutile que je me répète. Mais la ville a des origines anciennes. Héraklès devait régner sur le Péloponnèse, mais le trône lui avait été ravi par un rival, et l’oracle de Delphes lui avait alors dit que seule la troisième génération de sa descendance (dite les Héraclides) pourrait investir le Péloponnèse. Aussi l’histoire légendaire assimile-t-elle la prise de possession de toute la péninsule par les Doriens venus de Thessalie comme le retour des Héraclides. Or c’est à Naupacte, port sur le continent proche du plus étroit bras de mer à franchir, que les Doriens auraient construit leur flotte, ce qui expliquerait le nom de la ville, nau- étant le radical du nom du bateau et pak-to- étant une formation d’adjectif sur le verbe pêg-numi, qui signifie je cloue, je fixe. Étymologie fantaisiste, bien sûr, imaginée dès l’Antiquité, mais qui donne des racines anciennes et significatives à Naupacte. Puis on n’en entend plus parler jusqu’à ce qu’un document nous informe que l’évêque de Naupacte a participé au synode de Sofia en 343. Puis c’est Procope, l’historien (vers 500-560), qui mentionne la ville. Ensuite, la ville est souvent citée comme victime de raids de Slaves. Dès le début du dixième siècle, elle devient le siège d’un métropolite et l’un des ports les plus importants pour la flotte byzantine. En 1204, elle tombe sous la coupe des Vénitiens qui la renomment en Lépante, mais immédiatement après, en 1210, un traité la donne à Michel I Comnène, le fondateur du despotat d’Épire. En 1294, Nicéphore I, l’un de ses successeurs sur le trône du despotat d’Épire, donne la ville à Philippe I d’Anjou, prince de Tarente et d’Achaïe, en cadeau de mariage lorsqu’il épouse sa fille Thamar.
 
679f2 Naupacte (Lépante)
 
679f3 Naupacte (Lépante)
 
679f4 Naupacte, la citadelle de Lépante
 
En 1407, les Vénitiens s’emparent de Lépante, fortifient le port, reprennent toutes les vieilles fortifications byzantines, mais finalement se la feront ravir par les Ottomans en 1499 malgré la solidité de ses fortifications, aussi est-ce ce port que choisit Ali Pacha (évidemment pas le même que l’Ali Pacha dont j’ai parlé pour Ioannina et qui a été décapité en 1822) pour regrouper sa flotte avant la grande bataille de 1571. La flotte de la Sainte Ligue menée par Don Juan d’Autriche, jeune bâtard de Charles Quint âgé de 24 ans, a été vainqueur haut la main sur les Turcs, cependant le but n’était pas de prendre Naupacte, qui est restée possession de la Sublime Porte jusqu’à 1829, lorsqu’elle est entrée dans le giron de l’état grec libre et indépendant (si l’on fait l’impasse sur le bref épisode 1678-1699 où, reprise par les Vénitiens, elle est finalement rendue aux Turcs par le traité de Karlowitz).
 
La première photo ci-dessus montre les fortifications vénitiennes du port, sur la seconde on aperçoit vaguement à flanc de colline l’un des murs d’enceinte de la citadelle, mais il y avait six murailles, oui six, pas une de moins, deux descendant le long de la pente et quatre transversales, et pour prendre la troisième photo je suis monté en haut de la colline, au pied de la citadelle.
 
679g1a Cervantes à Lépante
 
679g1b Cervantes à Lépante (Naupacte)
 
Lorsque, le 21 mars 2010, je contemplais à Rome le plafond de l’église Santa Maria in Aracœli offert par Marcantonio Colonna en action de grâces pour la victoire de Lépante, j’écrivais : “Derrière le Crucifix brandi par Don Juan, la Sainte Ligue remporte une victoire écrasante. Mais Cervantes, l’auteur de Don Quichotte, y perd son bras gauche. Évidemment, quand nous serons en Grèce à cet endroit j’aurai l’occasion d’en reparler”. Voilà, nous y sommes, et j’en reparle. Né le 29 septembre 1547, il n’avait encore que 24 ans lors de la fameuse bataille. C’était pourtant comme fantassin qu’il s’était engagé en 1570, mais les combats sur les bateaux à l’époque nécessitaient des marins pour manœuvrer, pour poursuivre, pour monter à l’assaut, mais aussi des fantassins pour se battre au corps à corps lorsque l’on était abordé par un navire ennemi. La perte de son bras ne constitue pas la fin de ses malheurs car il reste dans l’armée, et en 1575, à 28 ans, il est pris par des pirates qui vont le vendre comme esclave. Ses parents, aidés par l’Ordre des Trinitariens, vont payer la rançon pour le racheter. Il avait déjà un peu touché à la littérature, mais à présent il va s’y consacrer, car par chance dans son malheur il était droitier. Il est à Valladolid quand il apprend le succès de la première partie de son Don Quichotte en 1605. Cela le ramène à Madrid, où il résidera jusqu’à sa mort survenue le 23 septembre 1616, le hasard ayant fait mourir exactement le même jour Cervantes, le plus grand écrivain espagnol et Shakespeare, le plus grand écrivain anglais. Ci-dessus, la plaque dit “Cervantes, soldat espagnol, génie des Lettres, honneur de l’humanité, glorieusement blessé à la bataille de Lépante”.
 
679g2 les Maltais à Lépante
 
679g3 les Croates à Lépante
 
La Sainte Ligue était constituée de combattants des États du pape, de l’Espagne, de Venise et de Gênes. Mais en outre, bien des États ont pris une part plus ou moins grande. La Savoie, la France, par exemple. Beaucoup de plaques ont été vandalisées, revêtues de peinture, et sont maintenant protégées, une forte grille interdisant l’accès au passage entre deux rangs de murailles sur lesquelles elles sont fixées. De la plage, des soupiraux bien protégés par des grilles m’ont cependant permis en me contorsionnant de glisser mon objectif entre les barreaux et, en position télé, de photographier celles qui n’étaient pas peinturlurées et qui se trouvaient plus ou moins en face du soupirail. C’est ainsi que j’ai pu prendre les deux plaques ci-dessus sans vraiment parvenir à les déchiffrer et découvrir ensuite sur mon écran qui elles glorifiaient. La première a été offerte par l’ambassade de Malte en 2009 : “En mémoire de la participation des héroïques guerriers maltais à la bataille de Lépante en 1571”. Et la seconde, offerte par l’Ambassade de Croatie en 2006 : “À la mémoire des soldats et marins croates qui ont combattu à la bataille de Lépante, 1571”.
 
Cette visite de Naupacte / Lépante l’après-midi du 6 février nous a amplement dédommagés de notre déception du matin, lors de notre visite du musée archéologique de Patra. Ce musée, tout neuf puisqu’inauguré en juillet 2010 dans un bâtiment à la superbe architecture, souffre de bien des défauts. Le premier c’est qu’il est assez loin de la ville et de la gare du train de banlieue. Or quand on vient de Patra, roulant sur une grande avenue à deux chaussées séparées on voit soudain le musée sur la gauche mais, à chacun des feux tricolores, des panneaux interdisent le demi-tour. Je sais bien que cela n’entrave nullement un conducteur Grec, mais que feront les touristes, notamment les Allemands, si respectueux du code de la route ? Ensuite, sur le parking, il n’y avait qu’une voiture en sus de celle d’Eirini, mais heureusement parce qu’il est tout petit et incapable d’accueillir la foule des visiteurs que devrait attirer le deuxième plus grand musée de Grèce après celui d’Athènes (ceux, du moins, qui se dirigent vers Patra, pas ceux qui en viennent !). Troisième défaut, la muséographie n’est pas claire. Elle est aérée, mais il est difficile de suivre une chaîne logique, qu’elle soit chronologique, ou par type d’œuvres. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de logique, mais je ne l’ai pas vue, et donc c’était –pour moi– peu pédagogique. Quatrième point, il est interdit de photographier les objets exposés, et des gardes-chiourmes sont postés à vous épier pour être sûrs que vous ne volez pas une image. Si, sans avoir l’intention de désobéir, vous posez une main sur votre appareil pour l’empêcher de ballotter au bout de sa bandoulière, on vous prie sans ménagements de le lâcher et de mettre vos mains dans vos poches. C’est insupportable. Et enfin, cinquième reproche, il n’y a pas de livres dans la librairie. Vous ne pouvez pas prendre vous-mêmes de photos, mais vous ne pouvez pas non plus vous documenter et emporter des souvenirs imprimés. Or, aussi souvent que possible, et même quand nous pouvons faire des photos, nous achetons des livres. C’est autant pour nourrir mon blog que pour enrichir un petit peu ma trop pauvre culture. Sans compter que, systématiquement, quand je photographie une œuvre, immédiatement après je photographie aussi l’étiquette explicative afin de toujours pouvoir retrouver de quoi il s’agit. Ici, rien. Après tout, sans doute est-ce positif puisque, la culture étant ce qui reste quand on a tout oublié, l’on oublie plus vite ce que l’on a vu et ce musée participe ainsi grandement au développement de la culture.
 
Le moment est venu de conclure cet article pour laisser reposer ma bile. Je parlerai bientôt de nos découvertes, de nos enthousiasmes éblouis, de nos aventures dans les îles de Céphalonie et d’Ithaque.

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Published by Thierry Jamard
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