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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 19:10

829a1 Alexandre I, Archélaos I, Amyntas III

 

Lors de notre visite de Vergina, l’antique Aigai, capitale du royaume de Macédoine, nous avons vu qu’elle avait cédé cette fonction à Pella au tout début du quatrième siècle avant Jésus-Christ. C’est Archélaos I (413-399) ou peut-être Amyntas III (393-369) qui a opéré ce transfert, construisant de toutes pièces une grande ville là où précédemment existait un gros bourg. Les pièces de monnaie ci-dessus sont au musée de Pella. Pella a bénéficié d’un plan d’urbanisme très moderne dit hippodaméen ou hippodamien, d’après le nom d’Hippodamos de Milet, architecte du cinquième siècle avant Jésus-Christ, qui a construit le Pirée pour Périclès, Thourioi (en Italie du sud, dans le golfe de Tarente, c’est-à-dire entre semelle et talon de la “botte”), Rhodes, Milet. Le plan qui lui doit son nom est fait de rues perpendiculaires déterminant des îlots de bâtiments carrés ou rectangulaires. C’est génial pour remplacer des dédales de rues qui s’enchevêtrent au gré des constructions anarchiques, fluidifier la circulation, faciliter les reconstructions, mais quand, après la Seconde Guerre Mondiale, on a voulu rebâtir selon un plan hippodaméen Brest ou Le Havre qui avaient disparu sous les bombes, on a oublié de tenir compte des vents dominants, et ces voies rectilignes sont idéales pour laisser le vent s’engouffrer et souffler à travers toute la ville.

 

829a2 Philippe II et Alexandre le Grand

 

Mais revenons à Pella. Le damier de la ville est constitué de larges rues, 6 mètres pour les unes, 9 mètres pour les rues perpendiculaires, pavées, dotées de trottoirs pour celles qui vont de l’agora au port, et se coupant à angle droit, formant des îlots de 46 ou 47 mètres de large, sur 111, 133, 152, ou le plus généralement 125 mètres de long. La route du port arrivait tout droit à l’agora au cœur de la ville, facilitant contacts et commerce. Cette disposition a permis à la ville de croître pendant trois siècles. Xénophon (né en 430 ou 426, mort vers 355) dans le livre 5 des Helléniques qui traite des événements du début du quatrième siècle, prête à Cleigénès d'Acanthos (cité proche de Stageira, qui est la ville natale d’Aristote, en Chalcidique) un discours qui nous renseigne sur ce qu’était la ville peu après sa création : “Quand nous avons quitté le pays, [les Olynthiens] étaient déjà en possession d'un grand nombre de places, en particulier de Pella, la plus grande ville de Macédoine, et nous savions qu'Amyntas avait évacué ses villes et qu'il avait été chassé de presque toute la Macédoine”.

 

829a3 Cassandre, Démétrios, pièce romaine

 

En 356, Alexandre le Grand naît à Pella, fils d’Olympias (d’Épire) et de Philippe II. Il a une sœur, Cléopâtre, dont on célébrait le mariage à Aigai quand Philippe a été assassiné. En 353 Philippe II annexe la Thessalie. En 352 il se remarie avec la Thessalienne Nikésipolis, ce qui mécontente grandement Olympias, et de cette union naît en 351 une petite fille que l’on appelle Thessalonikè, ce qui veut dire Victoire des Thessaliens. Devenue grande, cette demi-sœur d’Alexandre épouse Cassandre, fils d’Antipater –un grand général de Philippe puis d’Alexandre–. Ce Cassandre règne sur la Macédoine comme régent d’abord en 316, puis comme roi en 305 après la mort du petit roi encore mineur. C’est en 315 qu’il a fondé, à la place de la petite ville de Therma, sur le golfe Thermaïque, une ville qu’il offre à sa femme et qu’il nomme comme elle, Thessalonique. Mais il maintient sa capitale à Pella. Ce n’est que sous la domination romaine que Pella perd son titre de capitale, puisque Rome est la capitale de tout l’Empire, et que la préfecture de province sera transférée à Thessalonique. Mais j’y reviendrai quand nous visiterons cette grande ville.

 

829a4 Alexandre le Grand, musée de Pella

 

829a5 Alexandre le Grand en dieu Pan, musée de Pella

 

C’est à Pella que sont nés les deux rois les plus célèbres de Macédoine, Philippe en 382 et Alexandre en 356. Au musée de Pella, j’ai photographié cette tête d’Alexandre en marbre que l’on date de 325 à 300 avant Jésus-Christ. Alexandre étant mort en 323, elle a donc été exécutée d’après nature de son vivant, ou peu après sa mort par un sculpteur qui a pu le connaître. “La forme de son corps, nous dit Plutarque, n'est nulle part mieux représentée que dans les statues de Lysippe, le seul statuaire auquel Alexandre eût permis de le jeter en fonte. Plusieurs de ses successeurs et de ses amis affectèrent bien dans la suite d'imiter les manières de ce héros, mais Lysippe fut le seul qui rendit parfaitement l'attitude de son cou qu'il penchait un peu sur l'épaule gauche, et la douceur qui paraissait dans ses yeux. Apelle, qui le peignit sous la forme de Zeus armé de la foudre, ne sut pas saisir la couleur de son teint, il la fit plus brune et plus sombre qu'elle n'était naturellement. Car Alexandre avait la peau très blanche, et cette blancheur était relevée par une teinte d'incarnat plus marquée sur son visage et sur sa poitrine que dans le reste du corps. J'ai lu, dans les Mémoires d'Aristoxène, que sa peau sentait bon, qu'il s'exhalait de sa bouche et de tout son corps une odeur agréable, qui parfumait ses vêtements. Cela venait peut-être de la chaleur de son tempérament, qui était tout de feu car, selon Théophraste, la bonne odeur est la suite de l'élaboration parfaite que la chaleur naturelle donne aux humeurs. Aussi les pays les plus secs et les plus chauds sont ceux qui produisent avec plus d'abondance les meilleurs aromates, parce que le soleil y pompe toute l'humidité qui, répandue sur la surface des corps, est un principe de corruption. C'était sans doute de cette chaleur naturelle que venait le courage d'Alexandre et son goût pour le vin”. Ici, en effet, sa tête est penchée sur son épaule gauche.

 

L’autre photo montre Alexandre en dieu Pan, avec deux petites cornes sur le front (comme le Moïse de Michel-Ange). Comme le feront plus tard les empereurs romains pour mieux affirmer leur autorité, Alexandre laissait penser qu’il était un dieu, et certains supposent que lui-même y croyait. Mais, se réclamant de la descendance d’Héraklès, fils de Zeus et d’Alcmène, il avait du sang divin dans les veines. En France, “la fille aînée de l’Église”, pays officiellement catholique jusqu’à la loi Combes de séparation de l’Église et de l’État, les “rois très-chrétiens” n’osaient pas se dire dieux dans une religion monothéiste, mais ils régnaient “par la grâce de Dieu”, ce qui est juste le degré en-dessous.

 

829b1 Pella, décantation du réseau d'eau

 

À Pella, la distribution d’eau ainsi que l’écoulement des eaux pluviales et des eaux usées ont également fait l’objet d’un plan très élaboré. Un aqueduc général, canal creusé directement dans la roche, amenait l’eau à la ville. Là, des canalisations de terre cuite enterrées, à section circulaire, prenaient le relais vers chaque rue. De place en place, à intervalles réguliers, des puits d’épuration comme celui de ma photo recueillaient au passage les impuretés. Des canalisations secondaires connectées à la conduite principale de la rue amenaient l’eau à une fontaine dans la cour de chaque maison, mais la plupart des maisons disposaient également d’un puits et d’une citerne souterraine. Les eaux pluviales et les eaux usées empruntaient, elles, des canaux à section rectangulaire courant le long des rues nord-sud et suivant la pente naturelle en direction du port. À partir des maisons et à partir des rues est-ouest, des canaux plus petits, à section rectangulaire également, rejoignaient ces gros canaux.

 

829b2 Agora de Pella

 

829b3 L'agora de Pella

 

L’agora a été construite dans la seconde moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ, et sera jetée à terre, avec toute la ville, par un terrible tremblement de terre à la fin de la première décennie du premier siècle avant Jésus-Christ. C’est un grand rectangle de soixante-dix mille mètres carrés occupant l’espace de dix blocs d’immeubles. Chacun des quatre côtés de l’agora donne sur l’extérieur par une porte, dont la principale est celle de l’est, large de 15 mètres, tout comme la rue qui y mène et traverse la ville. Ce vaste ensemble comprend d’abord la place centrale (200,15 x 181,76 m.) entourée de portiques de 6 mètres de large, derrière lesquels s’ouvrent des ateliers et des boutiques de quatre pièces dont deux donnent sur le portique et les deux autres, derrière, un peu plus hautes du fait de la déclivité du terrain, donnent sur la rue de l’autre côté. Ce sont ces entreprises qui fournissaient en poteries et figurines de terre cuite, en objets métalliques, en nourriture, non seulement tout l’ouest de la Macédoine, mais aussi très largement le sud des Balkans. On trouve aussi des sols de mosaïque très élaborés et aux sujets variés –qui supposent à Pella des ateliers spécialisés–, ainsi que des peintures murales (dont il ne reste que des traces) qui sont les premiers ancêtres connus de la décoration des maisons de Pompéi. Ces très solides infrastructures commerciales ont permis à Pella de maintenir sa prospérité même après la conquête romaine de 168 avant Jésus-Christ.

 

829c1a Pella, dans l'atelier d'un potier

 

829c1b Poteries déformées à la cuisson (Pella)

 

Depuis le début, je préfère entrelarder de photos prises au musée ma description de Pella plutôt que de parler d’abord de la ville, et du musée ensuite (même si la moitié des photos du musée sont rejetées à la fin de mon article). Puisque je parle de l’agora et de ses artisans, cette grande jarre pleine de petites poteries, dans une boutique dotée d’un four, révèle l’atelier d’un potier. Lors de la cuisson, un certain nombre de pièces se déforment et sont mises au rebut. C’est ce qui est arrivé à cette assiette et à cette cruche, évidemment impropres à la vente. Plusieurs objets ratés étaient ainsi accumulés dans un coin.

 

829c2 Anses de poteries portant un sceau

 

Les anses des amphores et autres récipients servant au commerce des liquides et des grains portent presque toujours un sceau à la fabrication. C’est très intéressant pour les archéologues, parce qu’il est ainsi possible de voir d’où viennent les produits. Et ils ont constaté que Pella était en rapport commercial avec le monde entier.

 

829c3 Magot amassé par un commerçant de Pella

 

Une autre indication précieuse, c’est la découverte de monnaies. Car chaque cité, chaque état frappait sa propre monnaie, mais comme les pièces étaient en cuivre, en argent, en or, et avaient la valeur du métal dont elles étaient constituées, il n’était pas besoin de bureaux de change et toutes les monnaies étaient acceptées partout. Dévaluer consistait à amputer les monnaies d’un peu de leur poids. La “tirelire” ci-dessus avait été cachée par un commerçant dans le sol de terre battue de sa boutique. Cette jarre contenait 307 pièces d’argent de Rhodes, de la région de Pella, d’Istiée (ville de l’île d’Eubée), et de Macédoine (outre les monnaies frappées par les cités, il y avait en parallèle des koina, monnaies communes à tout le pays). Il a dû mourir sans révéler sa cachette à ses héritiers.

 

829c4 Pella, agora, sceau de la ville lors du contrôle

 

Situé dans l’un des angles de l’agora, un bâtiment a livré aux archéologues une grande quantité de sceaux comme celui-ci. Il s’agit donc d’un bâtiment administratif qui scellait ses documents, notamment ceux qui concernaient l’activité commerciale. Certains portent le nom de la ville de Pella, d’autres comme celui-ci représentent en outre une femme couronnée d’un rempart de ville. C’est, dit la notice, une allégorie de la cité. Personnellement, j’y verrais plutôt une Tychè, divinité protectrice de la cité qui en détermine le sort, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Seul ou avec le portrait, le texte dit PELLÊS POLITARKHÔN, le chef de la ville de Pella. Quelque chose comme le maire, mais avec bien plus de pouvoir que les maires de nos municipalités, qui en outre doivent soumettre leurs décisions au vote de leurs conseils municipaux.

 

829c5 Pella reconstruite

 

829c6 Pella reconstruite

 

La ville sera conquise par les Romains en 168 avant Jésus-Christ puis, trois quarts de siècle plus tard, comme je le disais tout à l’heure, elle sera ravagée par un violent séisme. Néanmoins elle continuera d’exister car il en est encore fait mention au sixième siècle de notre ère. Ensuite, très probablement, elle a été détruite par les Slaves à la fin du sixième siècle ou au début du septième. Mais pour ne pas décevoir le touriste, on s’applique à la reconstruire. C’est ridicule. Dans certains quartiers, comme sur les photos ci-dessus, il n’y a quasiment que de la pierre bien blanche et bien taillée, c’est-à-dire posée au vingt-et-unième siècle. Il aurait mieux valu construire, à l'écart, un Disneyland-Pella.

 

Les maisons s’organisaient généralement autour d’une cour intérieure bordée de portiques aux colonnes doriques ou ioniques, et possédaient leur autel domestique dans la cour, ou dans une pièce réservée, ou simplement dans une niche dans le mur, pour des cérémonies religieuses. On trouve aussi partout des réserves et des salles d’eau pour les sanitaires, souvent même avec une baignoire. Heureusement, il y a une maison dont les fondations sont en suffisamment bon état pour donner une idée de ce qu’elle a pu être. C’est la villa dite de Dionysos ci-dessous.

 

829d1 Maison de Dionysos à Pella

 

829d2 Maison de Dionysos à Pella

 

829d3 Maison de Dionysos à Pella

 

La villa dite de Dionysos, 3160 mètres carrés –l’une des plus grandes de la ville–, a été construite entre 325 et 300 avant Jésus-Christ. Elle partage son pâté de maisons avec une seule autre propriété bien plus petite et s’organise autour d’une grande cour de 300 mètres carrés et d’une cour plus petite, toutes deux bordées d’un péristyle. Celui, ionique, de la petite cour a été relevé. Ma première photo reproduit une vue d’avion qui est présentée sur le site. On y distingue très bien la petite cour bordée d’un portique et la grande cour avec un autel en son centre.

 

829d4 Pella, reconstitution de la maison de Dionysos

 

Le musée propose une maquette de la maison de Dionysos. Elle est sous plexiglas, et il y a tant de reflets que je préfère encore reproduire la photo qui en a été placée sur le site, malgré les moisissures et autres taches. Sur trois côtés de la grande cour étaient des salles de réception. Parmi elles, deux salles de banquet aux superbes sols de mosaïque.

 

829e1 Maison de Dionysos à Pella

 

829e2 Mosaïque Dionysos, maison de Dionysos à Pella

 

Venant de la cour, après avoir franchi l’antichambre au sol de mosaïque en triangles noirs et blancs faits de galets, on pénétrait dans la salle de banquet qui justifie le nom donné à la villa par les archéologues, car la mosaïque de son sol représente Dionysos portant le thyrse et chevauchant une panthère.

 

829e3a mosaïque chasse au lion, Pella

 

829e3b mosaïque chasse au lion, Pella

 

Après une autre antichambre au sol de galets en losanges, on trouvait la seconde salle de banquet dont la mosaïque représente une chasse au lion. Ces deux merveilleuses compositions n’ont pas été laissées en place. Pour les mettre à l’abri des intempéries, et peut-être aussi des visiteurs, elles ont été transportées au musée, où j’ai pu les photographier. Autour de la petite cour étaient disposés les espaces de vie. Une amorce d’escalier signifie qu’un étage existait au-dessus de tout ou partie des bâtiments de la petite cour.

 

829e4 chasse au cerf, maison du rapt d'Hélène, Pella

 

Une autre maison aux merveilleuses mosaïques est la villa dite de l’Enlèvement d’Hélène, construite elle aussi entre 325 et 300 avant Jésus-Christ. Avec ses 2350 mètres carrés, elle ne comporte qu’une cour à portique dorique, mais immense avec ses 500 mètres carrés, sur laquelle ouvrent trois salles de banquet. La mosaïque de la première salle représente une chasse au cerf, et l’artiste qui l’a réalisée a signé son œuvre, ΓΝΩΣΙΣ ΕΠΟΗΣΕΝ, "Gnôsis l’a fait".

 

829e5 mosaïque du rapt d'Hélène par Thésée, à Pella

 

Puis vient la salle d’où la villa tire son nom, avec en mosaïque le rapt d’Hélène par Thésée (les noms sont inscrits dans le sol, en haut de ma photo il est écrit Thésée, Hélène, Déjanire). Celle-ci n’est pas au musée, elle est restée sur le site et en bien mauvais état. Le dessin en semble excellent, mais de Thésée on ne voit presque rien sauf une jambe, d'Hélène on voit le visage suppliant, les mains tendues vers son amie Déjanire, et ses deux pieds… En général, on pense plutôt à l’enlèvement d’Hélène, épouse de Ménélas, par Pâris (appelé Alexandre chez Homère), fils du roi de Troie Priam, ce qui causa la Guerre de Troie pour la récupérer. Mais avant cet enlèvement, alors qu’elle n’était pas encore mariée, un jour qu’à Lacédémone (sa ville natale) elle était en train d’offrir un sacrifice à Artémis, les deux compères Thésée roi d’Athènes et Pirithoos son âme damnée l’ont enlevée parce que, trop jeune et pas encore nubile, elle ne pouvait être accordée en mariage, à la suite de quoi en bons copains ils l’ont tirée au sort. C’est Thésée qui a gagné. Mais, plus vertueux sans doute que leur roi, les Athéniens n’ont pas voulu de la jeune fille dans leurs murs, aussi Thésée l’a-t-il menée chez sa mère Aethra, à Aphidna qui est une ville voisine d’Athènes. Thésée et Pirithoos étant repartis pour d’autres aventures (l’enlèvement de Perséphone aux Enfers), les Dioscures Castor et Pollux, frères d’Hélène, sont montés à l’assaut d’Aphidna, ont récupéré leur sœur, se sont saisis d’Aethra et ont emmené les deux femmes à Lacédémone. Pour mémoire, je rappelle que Thésée a aussi enlevé Antiope, une Amazone, et que cela a été la cause de l’Amazonomachie, guerre menée par les Amazones contre Athènes. Hélène, Perséphone, Antiope, cela fait beaucoup d’enlèvements pour un seul homme. Thésée, spécialiste du rapt… Sur un autre côté de la cour, parmi trois pièces en enfilade, l’une d’entre elles qui semble être une antichambre possédait aussi un sol de mosaïque. Le sujet en est une scène d’Amazonomachie. Ne serait-ce que pour ses exceptionnelles mosaïques, Pella mériterait le voyage.

 

829f1 Poséidon, musée de Pella

 

On a retrouvé quelques autres mosaïques aux sujets mythologiques ou floraux, mais elles sont très partielles. Il a fallu trouver d’autres raisons de donner des noms aux bâtiments découverts. Par exemple, près d’un autel domestique, on a retrouvé cette jolie statuette de Poséidon. Son trident a disparu, mais l’identification est claire. On a donc appelé cette villa la Maison de Poséidon…

 

829f2 Terre cuite, musée de Pella

 

829f3 Aphrodite. Terre cuite, musée de Pella

 

829f3 Eros endormi. Terre cuite, musée de Pella

 

Encore quelques images prises au musée archéologique. Parmi la multitude de terres cuites, toutes plus jolies les unes que les autres, je ne sais que choisir. Peut-être cette jeune élégante au chapeau recherché, un bébé accroché à son flanc, et tenant à la main… un tambourin ? Un miroir ? Ensuite, j’aime bien cette Aphrodite dansant, le mouvement de son corps ne manque pas de grâce. Par décence, pour ne pas être complètement nue, elle a eu la pudeur de se mettre un chapeau. Nous avons vu que, même si la ville a survécu sept ou huit siècles, la vie a brusquement été interrompue par un tremblement de terre. La petite fortune enterrée en est une preuve. Cette statuette retrouvée dans un four de potier en est une autre. On est mort sous les décombres, ou on a fui sans retour. Quant à cet adorable petit Éros endormi, il est plus ancien, il a été trouvé dans la tombe d’une femme enterrée dans la deuxième moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ, soit l’âge d’or de Pella, le temps de Philippe et d’Alexandre.

 

829g1 Tête d'enfant, offrande votive, musée de Pella

 

On voit beaucoup de statues de dieux et de déesses, d’hommes et de femmes, mais lorsqu’il ne s’agit pas d’Éros les enfants sont bien moins fréquemment représentés, sauf en terres cuites généralement assez frustes. J’ai donc retenu cette belle tête d’enfant, qui constituait une offrande votive.

 

829g2 Poséidon propose un cheval à Athènes

 

Cette poterie à figures rouges date de la fin du cinquième siècle ou du début du quatrième. Elle est donc contemporaine du transfert de la capitale. On sait que, pour être dieu éponyme de la cité d’Athènes, Athéna et Poséidon étaient tous deux candidats et se sont opposés. C’est le sujet que représente ce vase. De l’autre côté, on voit à côté de Zeus Athéna proposant l’olivier. De ce côté-ci du vase, Poséidon propose le cheval. Inutile de préciser qui a gagné, mais au septième siècle avant Jésus-Christ Poséidon a pu se consoler quand des colons grecs de Sybaris (golfe de Tarente) originaires du Péloponnèse ont fondé sur la côte tyrrhénienne de Calabre la ville de Poseidonia, ou Pæstum.

 

829g3 Décoration de lit de banquet, musée de Pella

 

829g4 Aigle en bronze, époque hellénistique, musée de Pe

 

Deux bronzes, à présent. Le premier est un accessoire en équerre servant à maintenir un lit de banquet en position redressée. À l’une de ses extrémités, il représente une tête d’homme. Je préfère montrer ici en gros plan la tête de cheval de l’autre extrémité. Cet aigle hellénistique (on le date entre le quatrième siècle, soit la fondation de Pella, et le début du premier siècle, soit la destruction de Pella), avec ses ailes étendues a dû être une décoration d’un ustensile de table, plat ou récipient, à moins qu’il n’ait orné un meuble.

 

829h1 bijou de Philoxéna, musée de Pella

 

Nombre d’objets de ce musée évoquent les habitants de Pella, dans leur vie ou après leur mort. C’est émouvant. Ainsi, cette feuille d’or gravée du nom de Philoxéna (“qui aime les étrangers”) a été trouvée dans la tombe de cette femme enterrée à la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, ou au début du troisième.

 

829h2a encriers et plume, musée archéologique de Pella

 

829h2b encrier et plumes, musée archéologique de Pella

 

On s’imagine généralement les Grecs de l’époque classique ou hellénistique traçant dans l’argile molle à l’aide de stylets, laborieusement, des textes qui seront lourds et encombrants à transporter. On voit ici que cette image n’est pas sérieuse. Ils utilisaient des encriers et des plumes taillées en os (première photo) ou réalisées en bronze (deuxième photo). Mais pour des raisons évidentes de conservation, la plupart des textes qui nous sont parvenus de cette époque sont gravés dans la pierre, ou tracés dans de l’argile cuite, ou encore incisés dans des métaux, comme la feuille de Philoxéna ou l’objet ci-dessous.

 

829h3 inscriprtion magique, musée de Pella

 

Je terminerai notre visite du musée avec ce très curieux objet. Il s’agit d’une tablette de plomb gravée d’une inscription en dialecte dorien tel que le parlaient les habitants de Pella, et à intention magique. Elle était roulée sur elle-même et se trouvait dans la tombe d’une femme morte dans la première moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ, posée près de sa main droite. Le musée propose, outre la reproduction du texte (en bas de la photo ci-dessus), une transcription en caractères grecs d’imprimerie avec séparation entre les mots et avec ponctuation. Mais voilà bien des années que je ne pratique plus quotidiennement le grec ancien, et malgré mes études de philologie qui m’ont fait comparer les dialectes et comprendre leur évolution divergente à partir du grec commun, j’ai eu un peu de mal à traduire ce texte, assez éloigné de l’attique de Platon. Comme fruit de mes efforts, voici ce que dit la tablette :

 

“Je jette un sort sur les noces de Thétime et Dionysophon et leur mariage, aussi bien que [son mariage] avec toute autre femme, qu’elle soit veuve ou qu’elle soit célibataire, mais surtout celui de Thétime. Et je confie [ce sort] à Makron et aux esprits. Et quand moi, un jour, je déroulerai et relirai ces mots après avoir déterré la tablette, seulement alors Dionysophon pourra se marier, pas avant. Puisse-t-il en effet ne pas prendre une autre femme que moi-même, et que je vieillisse seule aux côtés de Dionysophon, et aucune autre. Je vous supplie, chers esprits, ayez pitié de [Phila], privée que je suis, en effet, de tous ceux qui me sont chers, et abandonnée. Mais gardez-moi [cet écrit], afin que cela n'arrive pas et que cette misérable Thétime périsse misérablement […] mais que moi je sois heureuse et bénie […]”.

 

On comprend donc que la défunte s’appelait Phila (si tel est bien le nom mal déchiffré au début, abîmé, de la ligne 6), et qu’elle aurait voulu épouser Dionysophon, être sa seule femme pour la vie, mais qu’il va épouser Thétime. Elle jette un sort sur ce mariage, et sur Thétime à qui elle souhaite de mourir de male mort, espérant au contraire obtenir le bonheur pour elle-même. L’implication de la religion et de la magie dans cette situation intime de femme jalouse de sa rivale gagnante est quelque chose que je trouve très intéressant. Par ailleurs, le fait qu’elle ait été enterrée avec cette tablette non déroulée semble indiquer que son vœu n’a pas été exaucé.

 

829i1 Pella moderne, statue d'Alexandre le Grand

 

829i2 Pella moderne, statue d'Alexandre le Grand

 

Ressortons de ce grand musée, tout récent (les abords ne sont pas achevés), immensément riche (j’y ai pris 706 photos…), bien présenté, et qui malheureusement n’attire presque personne. En pleine saison touristique (on ne peut trouver mieux que la mi-juillet), très près de la capitale régionale qu’est Thessalonique, dont l’aéroport est fréquenté par les myriades de touristes qui viennent de partout pour se dorer sur les plages des environs, arrivés vers 15h et repartis peu avant 20h, nous n’avons pas vu plus d’une douzaine de visiteurs. Pourtant, en ce qui concerne les Français, l’exposition de cet hiver au Louvre Au royaume d’Alexandre le Grand a fait connaître Pella au grand public. Et si le site, très étendu sous un soleil sans ombres est peu “lisible” pour qui n’est pas initié, en revanche ce musée est exceptionnel. Voilà pourquoi j’en fais la publicité.

 

Mais nous sommes maintenant dans le bourg moderne. On ne peut manquer la statue d’Alexandre, même si je trouve un peu injuste de ne voir que lui ici, alors que son père, Philippe, a aussi été un très grand roi. Sur le socle, une plaque dit “ΓΙΑ ΤΗΝ ΚΑΤΑΣΚΕΥΗ ΤΟΥ ΑΝΔΡΙΑΝΤΑ ΜΕΓΙΣΤΗ ΥΠHΡΞΕ Η ΣΥΜΒΟΛΗ ΤΩΝ ΣΧΟΛΕΙΩΝ ΟΛΗΣ ΤΗΣ ΕΛΛΑΔΑΣ ΕΠΕΙΤΑ ΑΠΟ ΠΡΩΤΟΒΟΥΛΙΑ ΤΟΥ ΓΥΜΝΑΣΙΟΥ ΠΕΛΛΑΣ”, ce qui veut dire (c’est un comble, j’ai moins de mal à traduire ces quelques mots de grec moderne que tout à l’heure le texte de grec ancien, en dorien du nord, il est vrai) “Pour la réalisation de la statue géante a eu lieu la contribution des écoles de toute la Grèce à l’initiative du collège de Pella”. Je traduis le mot γυμνάσιο par collège, parce que ce type d’établissement accueille les élèves entre l’école primaire et le lycée.

 

829j Thesmophorion de Pella

 

Et je terminerai notre visite à Pella par le Thesmophorion, qui se trouve dans le centre moderne, derrière un grillage. Il s’agit, comme son nom l’indique, d’un sanctuaire de Déméter Thesmophoros, petit édifice circulaire de 10 mètres de diamètre, dont l’autel se trouvait à l’intérieur, au centre. Nombre des statuettes de terre cuite qui figurent au musée en proviennent, reproduites à l’identique par moulage. Lors de la fête des Thesmophories, à l’automne, avec des célébrations propitiatoires pour la récolte au moment où on met le grain en terre, on procédait à l’offrande des grains de la moisson précédente et au sacrifice d’animaux de l’élevage. Aussi a-t-on retrouvé dans ce sanctuaire un grand nombre d’ossements de brebis et de porcelets.

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Published by Thierry Jamard
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Daniel 02/02/2013 10:21

Bonjour Thierry,

Je suis avec assez bien d'assiduités votre blog, et je suis heureux de revoir des endroits où j'ai eu la chance de passer moi aussi, d'en découvrir d'autres que je n'ai pas pu voir par manque de
temps.
J'étais féru d'Italie et d'histoire romaine (je le suis encore du reste), mais je suis littéralement tombé en admiration pour la Grèce dès mon premier séjour.

Je m'inquiète de savoir comment vu de l'intérieur les choses avaient évoluées et comment le peuple grec vivait les événements actuels.

J'apprécie vos commentaires éclairés et plutôt bien ficelés sur chaque endroit. Et j'ai l'impression de replonger quelques années en arrière dans mes cours de Latin (pas de Grec hélas) et
d'histoire antique.

J'attends avec impatience la suite (Thessaloniki, Olynthos, Kavala, Philippoi, Amphípolis), mais aussi et surtout mon prochain passage en Grèce, cela fait bientôt 2 ans que je n'y suis plus venu et
je suis plutôt "en manque".

Merci encore de nous faire partager toute ces expériences.

Ευχαριστώ σας και καλό ταξίδι,

Daniel

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