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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 23:02

Ayant passé la nuit à Pérouse, et envisageant d’y passer une seconde nuit, nous consacrons notre matinée de jeudi à des courses dans un supermarché découvert au hasard de recherches d’une laverie libre-service parce que le linge sale s’accumule et parce que le linge propre risque de manquer à court terme si nous ne voulons pas nous résoudre à porter deux fois la même chose. Nous repartons vers le camping-car chargés comme des mulets de nos achats et en repartons tout aussi chargés de notre linge à laver. Quant à l’après-midi, parce que nous avons épuisé nos batteries d’ordinateur et comptons bien retourner au McDo le soir, nous le passons sur une petite route de campagne, loin de tout, à faire tourner notre groupe électrogène sans risquer de déranger le voisinage (autre que campagnols et asticots), et je peux rédiger mon blog pour les deux dernières journées.

 

Si l’on intercale un déjeuner entre la lessive et l’escapade champêtre et bruyante, si l’on ajoute au bout un dîner et un séjour Internet au McDo, on a une journée de jeudi remplie, mais sans activité de découverte. En fait, quelle est notre situation ? Comment s’appelle-t-elle ? Si nous sommes touristes professionnels, nous avons droit à un jour de congé par semaine et un maximum de 35 heures par semaine. Nous faisons bien plus. Si je suis un retraité parti faire du tourisme, j’ai le droit –le devoir– de rester "à la maison" une grande partie de mon temps. Par conséquent, ce jeudi, journée "off".

 

 

Vendredi. Aujourd’hui nous allons visiter Pérouse. Le parking est en bas, dans la vallée, et la ville, comme la plupart de celles que nous avons visitées dans les alentours, est perchée sur la colline. Et pas question de tenter d’y aller avec notre véhicule. Nous nous armons donc de courage et entreprenons l’ascension. Du courage, il en faut, non seulement pour grimper les rues abruptes, mais pour affronter les conducteurs italiens, nous qui n’avons pas de trottoirs pour nous protéger. Arrivés là-haut, nous pouvons contempler la ville accrochée à flanc de colline (photo du haut). Puis nous nous rendons à la cathédrale San Lorenzo (ci-dessus), énorme masse sévère. Mais elle est fermée, nous ne verrons pas l’intérieur.

 

 


Devant San Lorenzo, une belle fontaine polygonale en marbre représente toutes sortes de scènes sur chacun de ses côtés. La louve romaine allaitant les jumeaux Romulus et Rémus, ou des travaux des champs, etc. Ici, sur mes photos, c’est un boucher équarrissant un porc, tandis qu’un homme lui apporte une carcasse d’un autre animal, qui tente un chien. Et c’est une illustration de deux fables de La Fontaine –ou plutôt, ici, de Phèdre ou d’Ésope–, le Renard et la cigogne, et le Loup et l’agneau. Je suppose que ces sculptures sont des originaux, mais après avoir vu dans les musées bien des fois des sculptures dont on indique que ce sont les originaux des copies qui ont été mises en place sur les monuments, je commence à avoir des doutes partout. Et ici même, sur l’une des façades du Palais des Prieurs, il y a un énorme aigle et un énorme lion en bronze, et puis quand on entre dans le hall on trouve les mêmes qui sont les originaux. Ce Palazzo dei Priori, c’est lui que je montre ci-contre. Il comporte des administrations publiques, et aux second et troisième étages, la Galleria Nazionale dell’Umbria, le musée national d’Ombrie. Nous l’avons visité avec d’autant plus de plaisir que l’entrée des citoyens européens de plus de 65 ans est gratuite…

 

 

Ci-dessus, un coffre de mariage en peuplier peint et doré qui représente l’histoire de Lucrèce à laquelle Tarquin le Superbe, le dernier roi étrusque de Rome, a fait violence pour la violer. Il date du milieu du quinzième siècle.

 

 

Fra Angelico, celui qui a peint l’Annonciation dont j’ai amplement parlé au sujet de Cortone et qui a peint aussi les cellules du couvent de Florence, est l’auteur de ce tableau datant de 1447-1448, qui raconte la vie de saint Nicolas, trois scènes en une. À gauche, sa naissance, au milieu sa prédication, à droite son miracle. Ici, ce n’est pas un boucher qui tue trois enfants partis glaner, mais un père qui veut prostituer ses trois filles parce qu’il est veuf et pauvre. Il dort sur une chaise, les trois enfants sont dans le même lit, et saint Nicolas jette de l’or par la fenêtre pour les sauver de cette ignominie.

 

 

La sculpture ci-dessus m’a beaucoup plu. Son titre –ce n’est pas original– est la Madone et l’Enfant Jésus, d’Agostino d’Antonio di Duccio, datée de 1457-1461. Le visage de la Vierge est doux, Jésus a une bonne bouille d’enfant, alors que si souvent aux quatorzième ou au quinzième siècle il est représenté avec un visage presque adulte sur un petit corps, et puis il semble être trop conscient de son rôle de Sauveur. Ici, il est souriant, voire rigolard, capable plus tard de changer à Cana l’eau en vin pour que l’on puisse se réjouir. Je ne vois pas pourquoi, hors de ses prédications ou, évidemment, de sa passion, Jésus devrait toujours avoir un air compassé.

 

 

 

Le nom de ce Benedetto Bonfigli, auteur de l’Annonciation (1453), ne me dit rien, je l’avoue à ma grande honte (feinte), et je ne crois pas avoir déjà vu des tableaux de lui, car je m’en souviendrais sûrement. Ses personnages sont si pleins de grâce, si délicats… j’adore. C’est, je crois, le concile de Byzance, qui a dû se séparer au bout de dix ans sans avoir résolu, avec ses discussions... byzantines, le problème de savoir le sexe des anges. Eh bien, je trouve que Gabriel a plutôt l’air d’être une Gabrielle dans ce tableau. Les deux photos ci-dessus représentent l’ensemble, puis le détail du visage de l’archange. Dans le cadre de ce blog, les photos sont trop petites pour que l’on voie bien, mais au premier plan, un homme accompagné d’un bœuf écrit sur un parchemin qui s’enroule sur les cornes de l’animal, et il tient sur ses genoux un livre blanc. Ce ne peut être que saint Luc rédigeant son évangile "sur le vif", comme un reporter d’une agence de presse.

 

 

Les deux images ci-dessus représentent le même san Girolamo, c’est-à-dire saint Jérôme. Salut, p’tit frère (puisque c’est ton patron). Mais je préfère ta tronche par le Perugin "Saint Jérôme pénitent" (1512) à gauche, plutôt que par Pinturicchio "Saint Jérôme en prière dans le désert" (1495-1496) à droite. Sa prière ne le met pas de bonne humeur, semble-t-il. C’est un saint très populaire dans la peinture italienne, on le voit partout. Facile à reconnaître, il a toujours l’un ou plusieurs de ses attributs favoris, le lion, le crâne, la pierre dans la main et un immense galure rouge ridicule. Trois de ses attributs à gauche, quatre à droite, on ne peut pas s’y tromper.

 

Et voilà pour Pérouse. Notre parking servant au marché du samedi matin, il est interdit de 6h à 15h. Comme il n’est pas question que nous mettions le réveil à 5h pour être prêts au départ à temps, nous allons nous installer pour la nuit dans un petit village proche, sur un parking non aménagé, genre petit terrain vague, dans un espace d’entreprises industrielles, en compagnie d’un semi-remorque et d’une camionnette.

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Published by Thierry Jamard
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REYNAL Pierre 12/01/2010 09:00


Bravo pour tous ces commentaires et ces belles photos.Nabeth a fort justement vanté les mérites de Gubbio où nous avons séjourné l'été 2009.Vous allez entrer en Italie du Sud où "le Christ s'est
arrêté a Eboli". L'accueil y sera encore plus chaleureux que dans le Nord ou le Centre comme dirait mon épouse née en Basilicate, plus précisément à Rionero in Vulture.Allez voir les Sassi de
Matera, les Trulli d'Alberobello, Castel del Monte, le château du 3nom de la Rose", Lecce la baroque. Bref, des merveilles que nous connaissons mais que nous attendons de revoir avec gourmandise
sous votre plume et dans votre objectif.
A +, bonne continuation
Pierredechalon


nabeth 09/11/2009 17:38


Vous en avez de la chance, même si les jours sont courts à cette époque de l'année!
Je viens de lire en diagonale quelques articles de votre blog: je cherchais des infos sur Spoleto dont j'ai quelques belles photos (1984..) mais que j'ai complètement oublié!
A propos de Perugia, il me semble que vous avez fait trop vite: c'est une ville mystérieuse -comme toute l'Ombrie-
Et vous n'avez pas trouvé les escalators souterrains?
Pour voir une ville accrochée à flanc de colline.. c'est à Gubbio que vous devez vous rendre si vous êtes encore dans la région.
Bonne continuation!
nabeth


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