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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 10:45
Phaestos, l’un des hauts lieux de la Crète du deuxième millénaire avant Jésus-Christ. La graphie Phaestos s’inspire de la transcription latine, et l’on trouve souvent aussi l’orthographe Phaistos qui reproduit la graphie grecque. Nous sommes ici chez les Minoens, un peuple sans doute venu d’Asie, qui n’est pas grec, qui ne parle pas grec, et qui a conservé des liens culturels et commerciaux étroits avec l’Orient. Le site était déjà habité à la fin du Néolithique, de 4500 à 3200 avant Jésus-Christ. Il y a eu d’abord de 3200 à 2000 ou 1900, après le néolithique, une première civilisation crétoise appelée prépalatiale parce qu’elle est antérieure aux grands palais de Phaestos, Cnossos, Malia et Zakros, grands palais édifiés avant 1900 avant Jésus-Christ, appelés Anciens Palais, anéantis ou presque vers 1700 ou 1650. Pas de guerre, pas de révolution, pas de trace d’incendie (d’ailleurs, un incendie accidentel se déclarant partout à la fois serait curieux), on suppose que la cause a dû en être un très violent tremblement de terre, peut-être un raz-de-marée, ou les deux réunis, conséquence de l’explosion du volcan Santorin, dont toute l’île aurait été affectée. Mais qu’à cela ne tienne, immédiatement on se met au travail, on reconstruit, plus beau, plus grand ou plus dense, avec de nouvelles techniques. Ce sont les Nouveaux Palais. Néolithique, Prépalatial, Paléopalatial (ou protopalatial), Néopalatial se sont ainsi succédé. Vers 1450, nouvelles destructions, à l’exception de Cnossos pour laquelle cela interviendra vers 1375. Ce sont les terribles Achéens, que l’on appelle aussi Mycéniens parce que c’est à Mycènes que, pour la première fois, ils ont été identifiés par Schliemann, ces guerriers de la Guerre de Troie, qui ont conquis la Crète par les armes et s’y sont installés en maîtres. Eux, ce sont des Grecs, ils parlent le grec dans un dialecte arcado-chypriote. Ils ne reconstruisent pas les palais qu’ils ont détruits, ils ne bâtiront pas en Crète les cités que l’on voit à Mycènes ou à Pylos, l’ère des grands palais est close. Nous voici donc, et ce nom est logique, à la période Postpalatiale, la période d’après les palais. Palais qui, détruits, reconstruits, auront vécu près de 600 ans.
 
Enfin vers 1100 d’autres invasions, mais générales cette fois, tant en Grèce continentale (Thèbes) que dans le Péloponnèse (Mycènes, Tirynthe, Pylos, etc.) ou en Crète, sont le fait d’autres Grecs, les Doriens, qui connaissent le fer (on passe de l’âge du bronze à l’âge du fer). Ils incendient tout, les palais en Grèce continentale, les villes en Crète, ce qui cuit les tablettes d’argile et nous livre ainsi de petits mais nombreux textes en écriture linéaire B. Les Anciens parlent du retour des Héraclides. Un certain Phaestos, fils d’Héraklès, régnait sur Sicyone (ville à 25 kilomètres à l’ouest de Corinthe, tout au nord du Péloponnèse). Mais un oracle lui ayant dit de se rendre en Crète, il a effectué la traversée et y a fondé la ville qui porte son nom. J’ai lu quelque part (mais sans aucune référence à un texte ancien, or je n’ai jamais entendu parler de cette légende et mon dictionnaire Grimal l’ignore), que Phaestos aurait été tué par Idoménée, ce qui expliquerait un retour justicier des descendants d’Héraklès (les Héraclides). Cet Idoménée, petit-fils de Minos, était roi de Crète à l’époque de la Guerre de Troie, à laquelle il prit part à la tête d’une flotte de 80 navires, obligé par son serment envers Ménélas, quoiqu’ayant été un prétendant malheureux à la main d’Hélène. L’Iliade parle souvent de ses faits d’armes, et il était l’un des combattants entrés dans Troie cachés dans le ventre du célèbre cheval.
 
732a Palais de Phaestos
 
Un palais minoen n’était pas, comme à Versailles, le château du roi qui y logeait ses courtisans. C’était bien plus que cela, et d’abord, tout autant que résidence royale, c’était un lieu où se déroulaient les cultes. Par ailleurs, le palais abritait les artisans et leurs ateliers. Les terres, l’artisanat, tout appartenait au roi et dépendait de lui, et par conséquent il avait la mainmise sur la production et sur la commercialisation. Comme la monnaie n’était pas encore en usage, le commerce se faisait par troc. C’était toute une ville qui s’édifiait. Pas de plan d’ensemble pour l’architecture, au cours des années et des siècles se développaient des bâtiments autour d’un noyau central au fur et à mesure des besoins.
 
732b1 Palais de Phaistos, la cour supérieure
 
732b2 Palais de Phaistos, cour supérieure, base de colonne
 
Nous commençons la visite par la Cour Supérieure, le vaste espace dallé de ma première photo. En haut à gauche de la photo, un peu avant les arbres, on remarque un chemin légèrement surélevé, comme une sorte de trottoir, qui était une voie suivie par les processions sacrées et autres cérémonies officielles. Sur le côté ouest, dix-sept trous alignés, comme celui de ma deuxième photo, recevaient la base de colonnes de bois, supportant sans doute un portique couvert. Cette cour est au nord-ouest du palais, par conséquent celle que l’on appelle la Cour de l’Ouest (j’en parlerai tout à l’heure) est située au sud de la Cour Supérieure. Entre les deux, un puissant mur de soutènement supporte la cour haute. Toutes deux datent de l’Ancien Palais.
 
732b3 Palais de Phaestos
 
Les bâtiments se sont développés en hauteur à l’époque des Nouveaux Palais, aussi trouve-t-on de nombreux escaliers, non seulement en extérieur selon la pente du terrain, comme entre les deux cours dont je viens de parler, mais également en intérieur.
 
732b4 Palais de Phaistos, conduit de drainage des apparteme
 
732b5 Palais de Phaestos, conduite d'eau
 
732b6 Phaistos, canalisation
 
Le niveau technique d’équipement était remarquable. En témoignent ce conduit de drainage des appartements royaux (première photo), cette adduction d’eau (seconde photo) et cette conduite d’eau en terre cuite (troisième photo).
 
732c1 Palais de Phaistos, mégaron du roi
 
732c2 Palais de Phaestos, mégaron de la reine
 
Protégés sous un toit translucide, ce sont les appartements royaux. La pièce de la photo du haut, appelée mégaron du roi, est une grande salle de réception dallée d’albâtre, avec des joints de stuc rouge. Sur l’un de ses côtés, elle était bordée par un portique donnant sur un vaste paysage de hautes montagnes culminant à 2456 mètres, mais l’accès à la pièce étant fermé au public, je n’ai pu prendre de l’intérieur la photo qui le montre. L’autre salle, avec ses colonnes, a été appelée mégaron de la reine. Les deux pièces sont dallées d’albâtre et leurs murs étaient décorés de fresques. Le mégaron de la reine disposait de toilettes dans une petite pièce attenante. Cette interprétation de l’usage de cette petite pièce tient à la présence d’une conduite d’évacuation. À l’est du mégaron du roi, quelques ruines qui, au premier abord, ne signifient rien, sont en fait des bâtiments indépendants du palais et datant de l’époque prépalatiale, soit vieux de quatre mille ans. La découverte de vases à libations, une crypte à piliers juste à côté, des compartiments en briques dans les murs pour le dépôt d’objets sacrés, tout cela signifie, sans aucun doute possible, que l’on est dans un lieu sacré, ce dont on doit tenir compte quand on pense à un objet absolument exceptionnel qui y a été découvert et qui est actuellement au musée d’Héraklion (j’en parlerai davantage quand je le verrai), le célèbre Disque de Phaestos, un disque de terre cuite portant des caractères hiéroglyphiques non déchiffrés à ce jour.
 
732d1 Palais de Phaestos, secteur des artisans
 
Comme je le disais tout à l’heure, le palais était un tout, vivant en autarcie. Ceci est le quartier des artisans. On y a retrouvé non seulement des outils, mais aussi une accumulation de leurs stocks de production, notamment des poteries.
 
732d2 Palais de Phaistos, magasins de l'ouest
 
732d3 Palais de Phaistos, magasins de l'ouest
 
732d4 Palais de Phaestos, jarres des magasins de l'ouest
 
732d5 Phaistos, ancien palais, magasin des jarres géantes
 
Ici, c’est l’un des quartiers de magasins, ceux de l’ouest. Par magasins, on n’entend pas ici des boutiques, mais des lieux de magasinage, de stockage. C’est pourquoi on y trouve ces jarres (troisième photo) ayant contenu soit du vin, soit de l’huile. D’autres pouvaient contenir des grains. Celles de ma quatrième photo se trouvent dans ce que l’on appelle le Magasin des jarres géantes, en raison, évidemment, des dimensions exceptionnelles de ces jarres.
 
732e1 Phaestos, dans l'aile est (nouveau palais)
 
732e2 Palais de Phaistos, complexe nord-est
 
732e3 Palais de Phaistos, complexe nord-est
 
Encore trois images. La première est prise dans l’aile est du nouveau palais, les deux autres représentent ce que l’on appelle le complexe du nord-est. Je passe vite, parce que pour qui n’est pas sur les lieux, plan en main, l’endroit perd beaucoup de sa magie. Au sein de cet article, ces photos sont là pour donner un aperçu du site.
 
732f1 Palais de Phaistos
 
Pour alimenter en eau ce gigantesque palais, il fallait accumuler des réserves énormes. C’est à des citernes comme celle-ci que cette fonction était attribuée.
 
732f2 Palais de Phaistos, le théâtre
 
732f3 Phaistos, propylées du nouveau palais
 
Les huit marches de la première de ces photos montent vers un mur aveugle. Il ne s’agit donc pas d’un escalier, mais de gradins de 22 mètres de long surplombant un vaste espace dallé, et on les appelle le théâtre. Il ne faut pas imaginer en ce lieu des représentations théâtrales traditionnelles, des tragédies comme celles d’Eschyle ou des comédies comme celles d’Aristophane, mais des cérémonies religieuses. D’ailleurs, ici comme dans la cour supérieure, on remarque une voie de procession qui monte même sur les gradins. Cet espace dallé, au sud de la cour supérieure et situé six mètres plus bas, est la cour ouest à laquelle j’ai fait allusion au début. Ces deux cours datent de l’époque des anciens palais mais celle-ci, lors de la construction des nouveaux palais, encombrée des gravats de l’ancien palais écroulé, a été nivelée par-dessus les décombres, enterrant quatre des huit gradins du théâtre. C’est dans cette nouvelle cour ouest qu’avaient lieu les tauromachies minoennes, ces jeux d’acrobates avec des taureaux, sans mise à mort des animaux et revêtant sans doute un caractère religieux.
 
La seconde de ces photos est prise de la cour ouest. On voit au fond un escalier, c’est celui qui monte vers la cour supérieure, à côté des gradins du théâtre que l’on ne voit pas ici mais qui sont hors cadre sur la gauche. Perpendiculaire par rapport aux gradins et à l’escalier, on voit sur la droite de la photo un escalier monumental. Il mesure quatorze mètres de large, dimension exceptionnelle dans l’architecture minoenne. Ses marches sont légèrement inclinées pour laisser s’écouler les eaux de pluie, raffinement architectural qui montre le niveau de la recherche des constructeurs de l’époque. Cet escalier montait vers les propylées du palais.
 
732g1 Palais de Phaistos, autel de sacrifices
 
Dans cette petite pièce, une pierre taillée rectangulaire comporte une cavité dans laquelle, lors des fouilles, ont été retrouvées des cendres en abondance, dans lesquelles étaient mêlés des ossements d’animaux et des fragments de vases brisés. Il convient d’y voir un gril pour les sacrifices.
 
732g2 Palais de Phaistos, signes sur les pierres
 
Lorsque je me promène sur un site antique, notamment un site minoen, je ne manque pas d’inspecter de près les pierres, parce que je suis toujours friand de ces signes gravés qui sont la signature du maçon. Lorsque j’en trouve, le bout de mur en ruine n’est plus un simple élément de fouilles, mais l’œuvre d’un ouvrier, la vie naît pour moi sur le chantier qui a vu s’élever la construction. C’est sur cette notation "romantique" que je vais quitter ce palais de Phaestos.
 
732h1 Phaestos, église Saint Georges
 
732h2 Phaestos, église Saint Georges
 
732h3 Phaistos, église Saint Georges
 
732h4 Phaestos, église Saint Georges
 
En sortant du site de fouilles du palais minoen de Phaestos, on découvre, juste à côté, une intéressante église. Ici a été créé au début de la présence des Vénitiens, au seizième siècle, le monastère orthodoxe d’hommes Agios Georgios Phalandras, et cette église, qui porte le même nom, en est le catholicon (église de monastère). Le monastère a été fermé en 1821, et ses ruines mêmes ont disparu au début du vingtième siècle. Les moines pratiquaient l’élevage du ver à soie et possédaient des filatures, d’où le nom donné à ce lieu, Filanda en italien. Les Grecs, en le déformant, en ont fait Phalandra (Saint Georges "de" Phalandra, donc avec un S à la fin du nom). Il est possible, quoique ce ne soit qu’une hypothèse, que le monastère créé dans la seconde moitié du dixième siècle par un certain saint Jean l’Étranger, dédié à Agios Georgios Douvrikas et dont on n’a pas retrouvé de traces, ait occupé ce même lieu. À la droite de l’abside que l’on voit sur ma troisième photo, c’est-à-dire sur l’espace de ma quatrième photo, était prévue une seconde nef qui n’a jamais été achevée, ce qui a entraîné le mur construit dans les deux ouvertures voûtées (on n’en voit qu’une sur ma photo) qui devaient permettre la communication d’une nef à l’autre. La première photo est significative de l’architecture prévue à deux nefs. La seconde nef devait être plus courte et supporter le clocher dans sa partie antérieure, en façade, et puisqu’elle n’a pas vu le jour le clocher a été transformé en tour (quatrième photo).
 
Nous avons lu qu’à quelques kilomètres de là se trouve un autre site minoen intéressant, Agia Triada. Nous nous y rendons, mais il est fermé à cette heure-ci. Nous continuons notre route, mais reviendrons sans doute. Pour l’heure nous gagnons Matala et nous installons dans son camping très, très sommaire, mais aussi très bon marché. Allons, bon ! Le terrain n’est pas stabilisé, me voilà profondément ensablé. Mais l’incident est courant, d’ailleurs un Kombi Volkswagen de jeunes Allemands est lui aussi ensablé, on nous sortira de là demain matin, il y a un employé qui viendra avec un puissant 4x4 et des câbles.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

pasche 20/07/2013 21:03

bonjour, je possède une pierre ( 60 kg ) trouvée dans une ruine romaine en Egypte, ressemblant à une pierre à sacrifice. comment puis-je vous envoyer des photos afin de me dire ce que vous en
pensez ?

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