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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 09:00

    Et nous voilà à Istanbul. Parce que, du 21 octobre au 11 décembre, pendant près de deux mois nous nous sommes plongés dans la vie d’Istanbul, marchant par les rues, visitant et revisitant les lieux et les monuments, je n’ai guère envie de faire la chronique, jour par jour, de nos activités, comme je le faisais pour l’Italie et pour la Grèce. Je préfère rédiger 25 articles thématiques, alternant des lieux de la ville, des mosquées, des monuments célèbres, des musées.


863a0 programme de publication 

Voilà ci-dessus les articles que j'ai mis en ligne et les dates de publication que j'ai programmées, au rythme d'un tous les trois jours.

 

863a1 La Turquie et ses voisins


 

863a2Turquie, Bosphote, mer de Marmara, Dardanelles

 

Tout le monde a entendu parler de la Corne d’Or, du Bosphore, de la mer de Marmara, mais si l’on n’est pas allé à Istanbul on ne situe peut-être pas très bien la ville dans tout cela. Alors commençons par ces deux cartes. Hé oui, elles ne sont pas très belles, mais je ne voulais pas utiliser des cartes piratées, aussi je les ai dessinées moi-même. Mais je ne suis pas géographe, et encore moins cartographe… Tant pis, elles permettent quand même de se situer. La mer Noire est bordée par la Turquie, bien sûr, mais aussi d’ouest en est par la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie, l’Ukraine, la Russie et la Géorgie. À l’exception de la Russie, aucun de ces pays ne dispose d’autre débouché maritime. Or la seule ouverture de cette mer intérieure est l’étroit Bosphore qui sépare la rive européenne et la rive asiatique de la Turquie et coupe Istanbul en deux.

 

Une fois que les bateaux ont franchi le Bosphore, ils se trouvent dans la mer de Marmara, elle aussi mer intérieure dont les deux issues sont des détroits commandés par la Turquie, le Bosphore au nord, comme on vient de le voir, et les Dardanelles au sud. Or une fois passées les Dardanelles, on navigue en mer Égée, c’est-à-dire en Méditerranée. Les navires ont alors accès non seulement à tous les pays qui bordent cette mer, de la Syrie au Maroc et de la Grèce à l’Espagne, mais au monde entier par le détroit de Gibraltar. On comprend alors l’intérêt, pour les pays de la mer Noire, de s’assurer le contrôle de ces détroits tout au long de l’histoire de l’Empire Ottoman. En particulier pour le puissant Empire Russe, qui possédait l’Ukraine et la Moldavie, et dont le débouché en mer Blanche était inutilisable une grande partie de l’année parce que gelé, à une époque où les navires à voile ne pouvaient briser les glaces, et le débouché sur le Pacifique nécessitait un long trajet sur terre depuis les régions économiquement développées, puis un grand détour par le Cap de Bonne-Espérance, au bout de l’Afrique, pour rejoindre les pays occidentaux.

 

863b1a Plan de Constantinople en 1453

 

 

863b1b Constantinople au temps des sultans

 

Mais rapprochons-nous d’Istanbul. La ville est située au sud du Bosphore, à cheval sur ses deux rives. Je vais profiter ici de quelques images de cartes tirées d’une intéressante exposition qui était proposée en ville pendant notre séjour. Le plan ci-dessus provient de cette exposition. Il a été dressé au dix-huitième siècle par Guer, un voyageur auteur de César aveugle et voyageur. Ici, il a voulu établir le plan de la ville telle qu’elle était entre 1453 (conquête de Constantinople par les Ottomans sur les Byzantins) et 1481, montrant la situation topographique et archéologique. Quant à la seconde image, elle est une représentation de la ville à l’époque des sultans ottomans, d’après un dessin exposé à Sainte-Sophie.

 

À cette époque, la ville ne s’étend pas du côté asiatique du Bosphore. Ce que l’on voit, c’est la Corne d’Or (mon neuvième article sur Istanbul), un ancien estuaire inondé, long de plus de sept kilomètres qui, avec ses 35 mètres de profondeur, constitue un excellent port naturel. Au débouché dans le Bosphore, la Corne d’Or fait 750 mètres de large. Sur la seconde image, au premier plan nous avons la mer de Marmara et, derrière les murailles, en bas à droite le palais de Topkapi, puis le grand dôme de Sainte-Sophie (église puis mosquée qui fera l’objet d’un article à part, le huitième), et on distingue l’hippodrome (dont je parlerai au sujet de la ville antique, quatrième article). Courant sur le bord droit de l’image, c’est la Corne d’Or. On remarque sur le dessin qu’elle est barrée d’une chaîne, et protégée tout du long par des murailles sur ses deux rives. Il s’agissait en effet, pour les Byzantins comme pour les Ottomans, de protéger la ville des attaques par mer, et l’on n’ouvrait la chaîne que pour les navires autorisés. Néanmoins, lors de la quatrième croisade détournée au cours de laquelle, en 1204, les Francs aidés des Vénitiens sont parvenus à prendre Constantinople, ils ont réussi à briser la chaîne. Quant à Mehmet II en 1453, pour prendre la ville aux Byzantins qui eux-mêmes l’avaient reprise à l’Empire Franc de 1204, il est arrivé dans le Bosphore, puis il a transporté ses navires par terre pour les remettre à flot dans la Corne d’Or, contournant ainsi la fameuse chaîne. Grâce à cette astucieuse manœuvre, Istanbul est encore turque aujourd’hui.

 

863b2 Plan de Constantinople en 1654

 

L’exposition montre ce plan fait par Isaac Jaspar (qui très souvent signe Jaspar Isac, avec un seul A). La légende, dans l’exposition, le date “avant 1654”, parce que c’est l’année de la mort de ce graveur français. En fait, il s’agit d’une illustration d’un livre, Le Voyage de Hierusalem et autres lieux de la Terre Ste, paru en 1621. Disons donc que cette gravure représente une vue de Constantinople au début du dix-septième siècle. C’est une perspective à vol d’oiseau, vue de la rive nord de la Corne d’Or, avec la Tour de Galata sur cette rive, en bas à gauche (septième article, Istiklal et tour de Galata), et sur l’autre rive Topkapi à gauche (articles 22 et 23), et au milieu l’aqueduc de Valens (Istanbul antique, quatrième article).

 

863b3 Plan de Constantinople en 1836

 

On nous dit que cette carte de Hellert est basée sur celle de Kauffer et Barbié du Bocage. Ne connaissant pas ces personnages, j’ai dû rechercher un peu. Jean-Jacques Hellert est un cartographe du dix-neuvième siècle dont les dates et lieux de naissance et de mort sont inconnus de mes sources (Gallica, BNF).  Dans le Catalogue des cartes géographiques, topographiques & marines, de la bibliothèque du prince Alexandre Labanoff de Rostoff, à Saint-Pétersbourg, par Aleksandr I︠a︡kovlevich Lobanov-Rostovskiĭ, je lis que le n°1338 est “dressé sur plusieurs plans particuliers, entre autres celui du canal de Constantinople, ébauché en 1776 et continué en 1786 et années suivantes jusqu’en 1801, par Fr. Kauffer, ingénieur, d’abord attaché à M. le comte de Choiseul Gouffier [ambassadeur de France à Constantinople de 1784 à 1791, grand amateur d’archéologie, et qui avait pour secrétaire l’ingénieur François Kauffer], et ensuite au service de la Porte Ottomane. J.D. Barbié du Bocage. 1819, Paris”. De très nombreux bâtiments occupent l’espace, c’est significatif de l’essor de Constantinople et de son occidentalisation. Ici, on distingue très clairement le Bosphore à droite, la Corne d’Or à gauche, la mer de Marmara en bas, sous les légendes.

 

863b4a Plan de Constantinople en 1841

 

863b4b Plan de Constantinople en 1841 (détail)

 

Avec cette carte, nous sommes un demi-siècle plus tard qu’avec la carte précédente. Mais cette fois-ci, l’esprit est tout différent. Les voyageurs, en cette première moitié du dix-neuvième siècle, se font plus nombreux, curieux de découvrir cet Empire Ottoman si typique, si pittoresque. C’est le début des voyages touristiques. Le Français Adolphe Joanne lance la série devenue très célèbre des “Guides Joanne”. Ce sont ces Guides Joanne qui, en 1919, deviendront les Guides Bleus. Le plan ci-dessus, tiré du guide de 1886, représente Pera et Galata, deux quartiers dont j’aurai l’occasion de reparler à plusieurs reprises.

 

863b5 Plan de Constantinople en 1882

 

Cette carte-ci est quasiment contemporaine de celle de Joanne, puisque dressée seulement quatre ans plus tôt par l’Allemand Stolpe, mais son esprit est radicalement différent. C’est une carte démographique. Jouant sur les couleurs, elle montre les aires de répartition des populations musulmanes, chrétiennes et juives qui vivent en bonne intelligence mais dans des quartiers différents. Et ici, comme tout à l’heure, on perçoit bien comment reporter sur mes cartes générales, tout au début, le détroit du Bosphore et l’estuaire de la Corne d’Or. Sur le plan d’Hellert, aucun pont ne permettait de franchir la Corne d’Or, et un demi-siècle plus tard deux ponts ont été construits.

 

863b6 Plan de Constantinople en 1930

 

Dans les années 1930, dans le grand mouvement de renouveau apporté par la République de Turquie et sous l’impulsion énergique et visionnaire de Mustapha Kemal Atatürk, les Municipalités d’Istanbul ont souhaité sensibiliser les populations à leur ville, et ont fait appel à tout un chacun, résident ou touriste, pour apporter des informations permettant de composer un guide à l’usage des habitants. C’est dans cet esprit que Necip, le cartographe de la Municipalité, a dressé des cartes comme celle-ci (quartier de Pera, rive nord de la Corne d’Or), et a rédigé un guide.

 

863b7 Plan de Constantinople en 1932

 

C’est également dans les années 1930 que des plans très précis, numérotant chaque îlot, représentant chaque bâtiment, ont été dressés, en commençant par les ambassades. Ici, un fragment du quartier de Beyoğlu, nord de la Corne d’Or, dessiné par Jacques Pervititch en octobre 1932. Il est à noter que, même dressée pour le Centre d’Assurances de Turquie, la carte est rédigée en français. Sur cette photo réduite il est malaisé de lire, mais sur ma photo originale, je lis “Liste des rues de cette planche”, et sur le plan lui-même, je vois “garage”, “jardin”, “terrain à bâtir”, “vaste salle vitrée avec galeries bois”, etc.

 

863b8 Plan de Constantinople en 1951

 

Le Suisse Ernest Mamboury (1878-1953) était un passionné de Byzance. Venu voir Constantinople en 1909, il n’a pu s’en arracher et il y est resté. Il a acquis une renommée de chercheur pour ses écrits sur les traces laissées par Byzance, mais il a aussi beaucoup peint, à l’huile ou à l’aquarelle. Et puis il a publié un remarquable guide (Constantinople, guide touristique) traitant de géographie, d’histoire, d’art, d’ethnographie, en y ajoutant nombre de repères matériels utiles pour les touristes. La première édition a vu le jour en français en 1925, et elle a été traduite en turc dès la même année, imprimée en caractères arabes (la réforme adoptant l’alphabet latin date de 1928). Ci-dessus, une page de l’édition  de 1952.

 

863c1 Parking pour camping-cars à Istanbul


 

863c2 La mer de Marmara, au port d'Istanbul

 

Voilà, avec tous ces plans j’ai suffisamment situé la ville. Et pendant cette cinquantaine de jours, nous étions idéalement placés, juste en face de la mer de Marmara (ma seconde photo ci-dessus), à un quart d’heure à pied des principaux monuments, et si nous souhaitions aller vers la Corne d’Or et ne voulions pas marcher jusque-là, nous avions le train de banlieue à cinq minutes. Il s’agit d’un parking gardé, fermé, avec connexion électrique 220 volts, alimentation en eau, vidange eaux usées et WC chimique, usage gratuit de la machine à laver le linge, attenant à un stade d’entraînement au football. Il est demandé pour l’ensemble des services 20 Euros par jour quel que soit le nombre de personnes dans le camping-car, ce qui est raisonnable vu la situation en pleine ville. Pour le prix, on peut aussi utiliser les sanitaires du stade, avec des douches bien chaudes, mais les lieux étant prévus pour les sportifs les cabines de douche ferment d’un simple rideau de plastique… Pour qui est intéressé, entrez dans votre GPS les coordonnées N41°00’09,50” / E28°58’03,20”. Avec ces coordonnées sur Google Earth, on voit très nettement le parking, le bâtiment des sanitaires, le stade de foot de l’autre côté du bâtiment, la mer de Marmara, et puis juste à l’ouest du stade le marché aux poissons qui fonctionne toute la journée. Et on se rend compte que l’on est tout près du centre.

 

Certes, j’ai entendu des bougons qui se plaignaient d’entendre le muezzin. Ceux-là n’ont qu’à choisir d’aller visiter des pays non musulmans. Pas chrétiens non plus s’ils redoutent les cloches des campaniles. Mais le chien du parking, un grand animal pourtant très sympathique, est farouchement islamophobe, il se met à hurler à la mort dès que retentit la voix du muezzin!!!

 

863d1 Ataturk veille sur la Corne d'Or


 

863d2 Mustapha Kemal Atatürk


 

863d3 la Lumière de la République

 

Évidemment, l’homme qui a rendu son honneur à la Turquie quand l’Empire Ottoman était au plus bas, vaincu, démembré, qui l’a ouverte sur le monde, qui en a fait un état moderne, véritable pont entre le monde occidental et le Moyen-Orient, entre les pays de tradition chrétienne et les pays de tradition islamique en la rendant laïque dans ses structures étatiques, ce grand Mustapha Kemal Atatürk est partout. On voit sa photo dans les marchés, sur le mur des boutiques, en statue dans les rues. Et sur les affiches des partis politiques qui se réclament de lui, comme ici “la Lumière de la République”.

 

863e1 Quartier de Pera à Istanbul

 

Symboliquement, pour rompre avec le long passé qui concentrait le pouvoir à Constantinople, il a donné à la ville le nom d’Istanbul qui n’était que celui de l’un de ses quartiers, et il a transféré la capitale au cœur de l’Anatolie, à Ankara. Lorsqu’il venait à Istanbul, il descendait –cela aussi est symbolique– dans un hôtel de l’ancien quartier des Occidentaux, sur la rive nord de la Corne d’Or, au Pera Palas (le Palace de Pera, la traduction ne demande pas des dons de linguiste!). Dans ce quartier de Pera, en 1876, le banquier grec Christaki Zografos efendi (efendi placé après le nom est une sorte d’équivalent de monsieur) a financé la construction d’un élégant passage qui a reçu le nom de Cité de Pera. En 1908, le Grand Vizir (c’est-à-dire le Premier Ministre) Küçük Saïd Pacha a racheté le passage. Après la fin de la Première Guerre Mondiale, les fleuristes s’y sont installés, et malgré le nom gravé au-dessus de la grille d’entrée le passage a pris le nom de Çiçek Pasaj, le Passage des Fleurs. Or les tavernes, meyhane, ont toujours fait partie des traditions de la ville, déjà du temps de l’Empire Byzantin, et aussi tout au long de l’existence de l’Empire Ottoman. Aussi, à partir de la fin des années 1940, les meyhane ont grignoté la place des fleuristes, qui ont fini par déserter les lieux. On n’a guère entretenu les bâtiments, ils étaient dans un état lamentable et dangereux en 1978, obligeant à fermer le passage. La rénovation une fois faite, on l’a rouvert en 1988, et quoique l’on n’y trouve aujourd’hui que des meyhane, il a gardé son nom de Passage des Fleurs, Çiçek Pasaj.

 

863e2a Salon du Pera Palas à Istanbul


 

863e2b Salon du Pera Palas à Istanbul

 

Dans un autre coin de ce même quartier, nous sommes allés voir le Pera Palas où descendaient, outre Atatürk, toutes sortes de célébrités, comme Agatha Christie qui, dans la chambre 411, a écrit Le Crime de l’Orient-Express, et aussi Pierre Loti (chambre 102), Hemingway (chambre 218), Sarah Bernhardt (chambre 304), etc., etc. Il s’y trouve un salon de thé, élégant mais sans cachet particulier, où nous avons passé un moment lors de notre seconde visite, mais qui était fermé à l’heure de notre première visite. Par chance, parce que nous avons alors pu prendre une consommation dans le grand salon qui, lui, est superbe.

 

863e3 l'ascenseur du Pera Palas à Istanbul

 

Et si nous sommes revenus, c’est parce que lors de notre premier passage, nous avons appris que l’on pouvait visiter la suite d’Atatürk, transformée en petit musée, pendant un bref créneau de l’après-midi. Pénétrant alors au cœur de l’hôtel, nous avons vu cet ascenseur installé en 1892. C’était le tout premier ascenseur de Turquie, et l’on est fier de nous rappeler qu’il a vu le jour seulement trois ans après celui de la Tour Eiffel. Il était fait de bois et de fonte.

 

863e4a Suite d'Ataturk au Pera Palas à Istanbul


 

863e4b Suite d'Ataturk au Pera Palas à Istanbul


 

863e5 Suite d'Ataturk au Pera Palas à Istanbul

 

Venons-en à la suite elle-même. Nous voyons d’abord ce petit salon qui servait aussi de bureau de travail. On sait qu’Atatürk travaillait avec acharnement, ne prenant qu’un repos minimum indispensable. C’est ce qui lui a permis de réaliser cette tâche immense en relativement peu d’années. Pas question, donc, de profiter du séjour à Istanbul dans cette confortable suite pour n’y pas travailler.

 

863e6 Suite d'Ataturk au Pera Palas à Istanbul


 

863e7 Suite d'Ataturk au Pera Palas à Istanbul

 

Ici, ce sont les pièces de la vie intime, chambre à coucher et salle de bain. En dehors du fait que l’on a accroché partout des photos de lui qui n’y étaient pas lors de ses séjours, l’ameublement de la chambre n’a paraît-il pas changé.

 

863f1 Ataturk dans l'Illustration


 

863f2 souvenirs d'Ataturk (Pera Palas, Istanbul)


 

863f3 souvenirs d'Ataturk (Pera Palas, Istanbul)

 

Je disais tout à l’heure que la suite était transformée en mini-musée. Il s’y trouve de nombreux souvenirs du grand homme. Cet exemplaire de l’Illustration daté du samedi 16 septembre 1922 (ce jour-là, Maman fêtait ses six ans…) le montre ici avec pour légende “Un victorieux conducteur d’hommes : Moustapha Kemal pacha, et le commandant en chef des armées kémalistes, le général Ismet Pacha. Photographie prise à Tchankaya par Mme Berthe-George Gaulis. – Voir l’article, page 236”. La République n’est pas encore proclamée, il ne s’agit pour l’instant que de victoires militaires, les réformes ne commenceront que plus tard. Les Turcs de cette époque, comme les Français au Moyen-Âge, n’avaient pas de nom de famille, et c’est pourquoi Kemal n’avait pas encore choisi ce nom d’Atatürk, “Père des Turcs”, qu’il adoptera en 1934. On voit, outre des extraits de presse et d’innombrables photographies, des reliques telles que cette paire de chaussures ou ces lunettes.

 

863f4 Langue turque en alphabet latin

 

Cette page manuscrite datée du 27 octobre 1938 (Atatürk mourra le 10 novembre suivant, ce qui rend ce document encore plus émouvant) montre la décomposition de mots en syllabes, pour transcrire l’ancien alphabet arabe dans l’alphabet latin désormais adopté depuis 1928.

 

863g1a La Turquie, pays à large majorité musulmane


 

863g1b Islam, la route droite

 

Atatürk, pour occidentaliser le pays, a interdit le port du fez, qui n’était qu’un accessoire vestimentaire. Mais il n’a pas interdit le hijab, ce voile qui cache les cheveux des femmes tout en laissant visible leur visage, car il s’agit d’un accessoire à valeur religieuse. Toutefois, faisant de la Turquie une république laïque, il en a interdit le port aux fonctionnaires. Aujourd’hui, auprès de femmes en tenue très occidentale on voit aussi de nombreuses femmes en hijab dans la rue. Souvent même on voit marchant ensemble deux amies, l’une en vêtements très traditionnels et le moindre cheveu caché, et l’autre en jeans très serrés, épaules nues et cheveux libres. Les tenants d’une religion plus rigoriste tentent de revenir en arrière, témoin ce graffito qui dit “Islam, la route droite”.

 

863g2 affiche contre les violences conjugales

 

Cette affiche contre les violences conjugales ne doit pas faire penser que la situation est pire en Turquie qu’en France. Certes, certains interprètent le Coran comme autorisant le mari à brutaliser sa femme si elle ne se comporte pas comme il pense qu’elle le devrait, mais il y a aussi d’autres interprétations des mêmes versets et le pays compte aussi bien des gens qui ne se réfèrent pas au Coran. En France, les statistiques montrent que ces situations dramatiques de femmes victimes de violences de la part de leur mari ou de leur compagnon sont également très nombreuses, hélas, et ce pour des motifs qui n’ont rien de religieux, tels que l’alcool ou la répétition de génération en génération de pratiques familiales.

  863g3 magasin de sous-vêtements à Istanbul

Témoin du libéralisme du pays, cette boutique de sous-vêtements féminins qui exhibe en pleine rue des dessous affriolants. Et donne même dans la provocation avec cette petite culotte portant en gros caractères sur les fesses “I love [un cœur] men”.

 

863g4 Sainte-Irène, à Istanbul

 

863g5 Sainte-Irène, à Istanbul

 

863g6 Sainte-Irène, à Istanbul

 

Cette église était chrétienne. C’est Sainte Irène. Mais aujourd’hui elle est fermée, on ne peut la visiter. Elle n’est ouverte, en raison de sa remarquable acoustique, que pour le festival international de musique d’Istanbul, chaque année au mois de juin (l’année prochaine, du 4 au 29 juin 2013).

 

863h1 cuisine traditionnelle... pour touristes

 

863h2 scène de rue à Istanbul

 

863h3 pêcheurs en nombre sur le pont de Galata

 

863h4 L'usage du narguilé est encore très fréquent

 

Quelques images de la vie quotidienne. La première est plutôt destinée à attirer l’attention des touristes devant un spectacle qui joue à être couleur locale mais qui est un peu frelaté. Il s’agit d’une femme cuisinant derrière la vitrine d’un restaurant dans une rue extrêmement fréquentée par les touristes. Mais je dois dire que nous avons dîné un jour dans ce restaurant, assis au sol sur des coussins, et que la nourriture y était excellente. Cet homme qui mange dans la rue n’est nullement un mendiant, et s’il fait couleur locale, c’est quelque chose d’authentique. Chaque jour, et surtout le soir, les pêcheurs à la ligne sont innombrables sur le pont de Galata (celui qui franchit la Corne d’Or tout près de son débouché dans le Bosphore). À l’étage en-dessous, c’est une ligne indiscontinue de restaurants, et en marchant sur le bord on voit parfois un hameçon se balancer dangereusement à hauteur des passants. Et puis le narguilé n’est pas là pour le folklore, beaucoup de Turcs le pratiquent, et aussi bien sûr des touristes désireux de s’initier à cet usage. Ici, on voit devant un établissement comment on entretient des braises pour renouveler celles dont ont besoin les clients.

 

863h5a sur les toits sans encordage de sécurité

 

863h5b sur les toits sans encordage de sécurité

 

J’ignore s’il existe des lois exigeant de prendre des mesures de sécurité que l’on néglige parfois de respecter, ou si la règlementation laisse chacun libre de mesurer les risques qu’il prend, mais la scène que j’ai photographiée ici fait frémir. C’est deux fois la même photo, d’abord réduite aux dimension de ce blog 500x333 pixels, ensuite cadrée sur un détail laissé en dimension originale, pour mieux montrer sur quoi repose cet homme non encordé, et à quelle hauteur.

 

863i1 Bâtiments à Istanbul

 

863i2 Vieilles maisons à Istanbul

 

En dehors du centre historique d’Istanbul, les bâtiments modernes et les vieilles constructions se mêlent en un enchevêtrement très sympathique. Il y a encore quelques-unes de ces vieilles maisons de bois qui, jusqu’au milieu du vingtième siècle, prenaient feu si facilement. Comme toutes les maisons étaient aussi combustibles les unes que les autres, l’incendie se communiquait de l’une à l’autre, et des quartiers entiers partaient en fumée. Presque aucune de ces maisons n’a été volontairement détruite, et si elles sont aujourd’hui si peu nombreuses alors qu’à part les maisons des diplomates étrangers construites en pierre tout Constantinople était en bois, c’est parce que toute la ville a brûlé, segment par segment. Malgré l’état de délabrement de celles de ma seconde photo, on se rend compte qu’elles étaient confortables et élégantes. “Satilik bina”, que l’on peut lire sur le panonceau, signifie “bâtiment à vendre”.

 

863i3 Incendie à Constantinople

 

Cela me donne l’occasion d’ajouter cette photo prise un an plus tard, lors de notre visite au musée Benaki d’Athènes de l’exposition “Philoxenia”. C’est le détail du centre d’un plateau métallique de la fin du dix-neuvième siècle destiné au marché ottoman représentant Constantinople en flammes, des deux côtés de la Corne d’Or.

 

863j1a Tramway d'Istiklal, de Taksim au Tünel

 

863j1b Tramway d'Istiklal, modèle réduit

 

Dans ce quartier de Pera, il y a une vaste place sans grand intérêt, Taksim, et à l’autre bout un funiculaire souterrain appelé “Tünel” dont j’aurai l’occasion de reparler dans mon septième article, Istiklal et Galata. Entre les deux, et suivant une rue piétonne extrêmement animée et vivante (qui précisément s’appelle Istiklal), passe un amusant tramway ancien, sur les attaches duquel il ne manque jamais un passager clandestin. Prisé des touristes, ce tramway est aussi très populaire chez les Stambouliotes, et chez cet antiquaire sa reproduction en modèle réduit, ancienne, n’est donc pas surprenante.

 

863j2 Tramway d'Istanbul

 

863j3 Tramway d'Istanbul

 

Toutefois, il ne faut pas croire que ce vieux tramway soit l’image d’une ville arriérée. Istanbul est une grande métropole très moderne, et ses autres tramways ne sont pas là pour le fun. Ils sont fréquents, rapides, confortables. Beaucoup sont peints de manière classique, mais certains portent des publicités qui égaient le paysage urbain.

  

Telles sont donc mes premières impressions dans cette mégalopole de près de quatorze millions d’habitants (Paris intramuros 2,2 millions, agglomération parisienne un peu plus de 10 millions) qui, si elle a perdu son titre et ses fonctions de capitale administrative de la Turquie au bénéfice d’Ankara, n’en reste pas moins la capitale économique et culturelle. Parlant ici ou là avec certains Français, on aurait l’impression que venant d’un pays de tradition chrétienne on est en danger permanent, qu’en tant que touriste on se fait arnaquer dans tous les magasins, que le pays est arriéré et rétrograde. Et puis on passe deux mois à Istanbul, la vie en camping-car signifie que l’on y fréquente quotidiennement les boutiques, et pas une fois nous nous sommes fait escroquer ou voler, toujours nous avons été accueillis de façon sympathique, chaleureuse, nous nous sommes sentis partout en sécurité dans un pays plus tolérant qu’on ne veut bien le dire généralement. Cela dit, je parle d’Istanbul. Le reste du pays, à part Edirne, je ne connais pas. Ce sera pour un prochain voyage. Ce que je dis est peut-être vrai aussi pour l’Anatolie, peut-être complètement faux, je n’en sais rien. Mais Istanbul a été pour nous un enchantement.  

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Published by Thierry Jamard
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miriam 06/04/2014 08:17

Deux mois à Istanbul! quelle chance! Pour le magasin de lingeries je ne suis pas d’accord avec vous, j'en ai vu de plus affriolants et plus colorés dans les bazars du Caire, (pas spécialement
féministes). Dissimulés sous un habit long couvrant, ils sont au bénéfice du mari(qui souvent les a achetés lui-même)

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