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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 11:27

Prespa, c’est une région de l’ouest de la Macédoine, à l’extrémité nord des monts Pinde, qui doit son nom à deux lacs, un petit (Mikri Prespa), tout grec à l’exception d’une toute petite portion albanaise (43,5 kilomètres carrés en Grèce et seulement 3,9 en Albanie), et un grand (Megali Prespa), dont la Grèce ne possède que 41,3 kilomètres carrés alors que l’Albanie en a 34,9 et que 176,3 sont en FYROM (Former Yugoslav Republic Of Macedonia, c’est-à-dire le pays de Macédoine, opposé à la région grecque de Macédoine). Prespa, lacs et terre, ce sont en Grèce 330 kilomètres carrés, 13 villages et seulement 1400 habitants.

 

825a Prespa sur Google Earth

 

Ci-dessus, une vue satellite des lacs et de la région prise sur Google Earth. Parce que Prespa est enclavée entre le mont Vrondero (1457m.) à l’ouest, le mont Triklario (1749m.) au sud et le mont Varnoundas (2334m.) à l’est, seules trois passes (que j’ai représentées par des traits rouges) donnent accès à l’extérieur, vers l’est la ville grecque de Florina, au sud vers la ville albanaise de Bilisht et au nord vers la ville macédonienne de Bitola. En un temps où les attaques ne pouvaient avoir lieu par avion, cette situation rendait plus aisée la protection des accès, et comme on va le voir dans mon autre article sur Prespa elle explique certaines données historiques. Encore un mot sur la géologie et la géographie. Au jurassique, il y a deux cents millions d’années, la région n’était qu’une partie d’un très grand lac. Au pliocène, entre onze et un million d’années, le niveau de l’eau était à 80 mètres plus haut qu’aujourd’hui, où l’altitude de la surface est de 850 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le niveau de l’eau baissant a laissé sèche une grande partie, tandis que subsistait entre Albanie et Macédoine le grand lac d’Orchid, et d’autre part les lacs Prespa qui tous trois ne faisaient qu’un. Puis la rivière Agios Germanos qui se déversait au niveau du petit lac a apporté des sédiments qui ont créé un isthme haut de 18 mètres entre les deux lacs, sauf une étroite passe, le détroit de Koula. Au vingtième siècle, dans les années 30, la rivière a été déviée vers le sud du grand lac, et dans les années 80 le libre passage des bateaux a été entravé par une première écluse rudimentaire, reconstruite de façon plus élaborée en 2005 avec des fonds européens pour réguler le niveau de Mikri Prespa. En effet, Megali Prespa est un peu plus bas, et en limitant le déversement de Mikri Prespa on peut en utiliser les eaux pour l’irrigation des champs.

 

On a pu s’étonner que Megali Prespa n’ait pas de déversoir, jusqu’à ce que l’on se rende compte que par des voies souterraines ses eaux s’écoulent pour donner naissance à des sources en FYROM, d’où des cours d’eau se dirigent vers le lac d’Orchid, puis la rivière Drin. La profondeur moyenne de Mikri Prespa n’est que de 4,10 mètres, tandis que celle de Megali Prespa est de 18 mètres, avec un maximum de 55 mètres.

 

     825b1 champ de haricots à Prespa

 

825b2 haricots à fleurs rouges

 

825b3 haricots à fleurs blanches

 

Ces données expliquent que l’économie de Prespa repose sur l’agriculture, avec une spécialité, le haricot. Mes photos ci-dessus représentent un champ de haricots comme on en voit partout, partout, partout dans cette région. Et toutes les espèces sont cultivées. Ici, je montre des haricots à fleurs rouges cet d’autres à fleurs blanches, mais j’ignore si ce sont des fèves, des lingots, des cocos, des flageolets, etc.

 

825c1 vaches en liberté à Agios Achilleios

 

825c2 vache se rafraîchissant dans la mer à Psarades

 

L’élevage aussi occupe une grande place. Ici, on n’enclot généralement pas les animaux, qui se promènent librement. Par exemple, pour je ne sais quelle raison qui leur passe par la tête, ces vaches gravissent la colline d’Agios Achilleios, une petite île sur Mikri Prespa, comme si elles voulaient se rendre à l’église. Ailleurs, à Psarades, en bordure de Megali Prespa, cette vache est descendue dans la mer, chercher peut-être la fraîcheur, mais plus probablement parce que les parties de son corps qui sont immergées sont à l’abri des insectes, mouches et taons.

 

825c3 poissons séchant au soleil à Psarades

 

825c4 poissons séchant au soleil à Psarades

 

Bien sûr aussi la pêche est une ressource essentielle de la région. Mes photos, prises à Psarades, montrent des poissons que l’on met à sécher au soleil dans la rue. Conservé séché ou vendu à l’exportation, le poisson frais ne fait pas partie des spécialités culinaires les plus courantes en Grèce. Avec ces kilomètres de côtes maritimes, avec ces lacs comme Prespa, on se dit que dans n’importe quelle taverne on va déguster du poisson frais, or si tous les menus proposent du poisson, dans la liste la moitié sont surgelés…

 

825d1 centre d'information de Laimos

 

825d2 Foteini, au siège de la SPP (Société pour la Prote

 

À ces ressources, récemment s’est ajouté le tourisme, qui s’explique par la richesse écologique de la région, où l’on recense plus de 1500 espèces végétales, 23 espèces de poissons, 11 espèces d’amphibiens, 21 espèces de reptiles dont la vipère et le lézard des sables qui ont ici leur habitat le plus austral d’Europe, 42 espèces de mammifères dont des ours bruns, des loups, des chamois sur les pentes de la montagne et des loutres dans les marécages, et plus de 260 espèces d’oiseaux dont 164 nidifient ici. C’est cela qui va faire l’objet du présent article. Hélas, nous n’avons vu ni ours, ni loup, ni chamois, ni loutre, rien que des centaines d’oiseaux et d’insectes. Ce qui nous a déjà procuré bien du plaisir.

 

En février 2000, les premiers ministres des trois pays concernés, Grèce, Albanie, FYROM, se sont réunis à Agios Germanos pour signer officiellement la création du parc transfrontières de Prespa. Cette zone protégée favorise évidemment le tourisme écologique. Il existe à Laimos, un village de ce territoire, un centre d’information (première photo) où nous avons été accueillis par une jeune Française qui fait ici une période de volontariat, et qui nous a aussi indiqué, à quelques centaines de mètres, la Société pour la Protection de Prespa (SPP). Là, nous avons fait la connaissance de Foteini (seconde photo), l’une des responsables, extrêmement compétente, qui nous a tout expliqué et qui nous a fait effectuer une passionnante visite de certains points clés du parc. J’ajoute au passage qu’avec cette personne aussi sympathique qu’elle est compétente, nous avons noué des liens d’amitié. Je ne suis plus à Prespa aujourd’hui, et j’ai oublié de relever les coordonnées GPS de SPP. Disons qu’en se dirigeant du lac vers Agios Germanos, tout de suite après avoir vu sur la droite le centre d’information, on prend la première rue à gauche, et c’est là, à cinquante mètres. Et le téléphone est le (+30) 23 85 05 12 11.

 

825d3 tortues dans laz nature à Prespa

 

825d4 l'une des espèces de papillons de Prespa

 

Puisque je parlais des espèces animales, certes une tortue n’est pas un animal bien exotique, mais il est toujours surprenant, pour le citadin que je suis, d’en rencontrer dans la nature au détour d’un chemin. Par ailleurs, Prespa héberge plusieurs espèces spécifiques de papillons, mais n’y connaissant rien je suis bien incapable de donner le nom de celui de ma photo.

 

825d5 plantes de Prespa

 

825d6 plantes de Prespa

 

825d7 Plantes de Prespa

 

En matière de botanique, je n’en sais pas plus qu’en entomologie. Tout ce que je peux dire, c’est que les originales plantes ci-dessus dont je ne peux donner le nom se retrouvent un peu partout dans la région de Prespa.

 

825e plantes aquatiques de Prespa

 

La flore ne se développe pas seulement sur la terre sèche. Dans les zones humides de Prespa, on rencontre également des nénuphars et nymphéas, des roseaux, et puis aussi ces plantes de ma photo qui dessinent par touffes dans l’eau de curieuses compositions d’un graphisme abstrait.

 

825f1 panorama de Mikri Prespa vers Agios Achilleios

 

Et tout cela dans des paysages somptueux. Ce panorama est pris du continent, devant le petit lac, en face de l’île Agios Achilleios et la passerelle flottante qui permet de s’y rendre à pied sec en moins d’un kilomètre.

 

825f2 le pont flottant sur Mikri Prespa vers Agios Achillei

 

Sur la rive, une haute colline permet d’avoir, du même paysage, une vue différente mais tout aussi enthousiasmante. On voit la longue passerelle flottante, le cordon de végétation aquatique qui relie l’île à la terre mais n’est nullement stable et n’autorise pas le passage, et puis il y a ces couleurs douces et fondues qui rendent la vue délicatement mélancolique. Non, non, le lac de Lamartine ne peut rien avoir à envier à celui-ci, j’en suis sûr.

 

825f3 zone humide de Prespa

 

825f4 zone humide de Prespa

 

Dans cet environnement de rivières, de lacs, de montagnes, d’étroites plaines fertiles, les paysages sont très variés. Dans la visite découverte où Foteini nous a guidés, nous avons pu voir, grâce aux puissantes jumelles et au télescope qu’elle avait apportés, les lieux où nidifient les pélicans et qu’il est strictement interdit d’approcher pour ne pas déranger les oiseaux. À cette époque de l’année, les œufs sont éclos et nous avons pu voir les jeunes pélicans encore peu pourvus de plumes. Cela, rien que pour les yeux, c’est inaccessible avec nos objectifs limités à 300 millimètres de distance focale (ce qui, sur les capteurs numériques de cette catégorie d’appareils, équivaut déjà à plus de 450 sur film argentique). Mes lecteurs ne pourront donc pas en profiter, ce que je déplore. Je me contenterai de ces vues des zones humides et sableuses, près du débouché de cette rivière dans le lac.

 

825f5 paysage de Prespa par temps orageux

 

Pendant les quelques jours passés à Prespa, il y a eu un très bref passage orageux, sans pluie, mais qui a donné au ciel et au lac des teintes particulières, comme ce vert émeraude agité de petites vagues. Puis il y a eu un splendide arc-en-ciel. J’ai été vraiment séduit par les couleurs de ce paysage. 

 

825f6 paysage de Prespa

 

825f7 paysage de Prespa

 

C’est surtout en fin de journée, quand le soleil est moins violent, que tout prend plus de relief. Les hautes montagnes qui entourent les lacs sortent de cette brume d’ultra-violet qui les fait paraître plus pâles, le lac devient plus inquiétant.

 

825f8 coucher de soleil sur Mikri Prespa

 

Splendide aussi est le coucher de soleil qui embrase le ciel. Puis le soleil atteint le sommet de la montagne, la lumière décline d’un coup, et les couleurs virent à l’orangé. Un moment à ne pas manquer.

 

825g1 observatoire pour amateurs d'oiseaux

 

Pour le touriste désirant voir des oiseaux, des observatoires ont très judicieusement été placés dans des endroits appropriés. Mais il est évident que l’idéal est d’être guidé. C’est grâce à Foteini que nous avons pu trouver les endroits les plus intéressants et les plus riches.

 

825g2 notre guide sur le grand lac Prespa

 

De même, il nous a été conseillé d’aller demander à Psarades un guide qui nous emmènerait en bateau sur le grand lac voir des oiseaux et des ermitages perchés dans la roche. Il est sympathique, il connaît bien son affaire, il nous a fait faire des découvertes magnifiques (dans le présent article on va voir des oiseaux photographiés lors de cette promenade, et dans mon prochain article ce seront les ermitages), et ensuite il nous a donné rendez-vous pour nous conseiller des masses de visites à effectuer en Macédoine et en Thrace. Cela vaut donc vraiment la peine que je donne ici ses coordonnées (mais, pour se sentir libre, dit-il, il n’utilise pas Internet). Il se prénomme Vasilis, son portable est (+30) 69 45 74 46 57 et on le trouve au village de Psarades, à la taverne Syntrofia (la dernière taverne sur le port).

 

825h1 cygnes sur lac Prespa

 

Avec Foteini, avec Vasilis, nous avons vu toutes sortes d’oiseaux en grand nombre. Et pas seulement, comme sur cette photo, des cygnes, même si je suis plus habitué à voir cet animal décoratif sur des lacs en ville ou dans des parcs de châteaux. Mais j’ai toujours plaisir à en voir, parce que me viennent immédiatement à la mémoire ces vers de Mallarmé dont je raffole, “Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui / Magnifique mais qui sans espoir se délivre / […] / Il s’immobilise au songe froid de mépris / Que vêt parmi l’exil inutile le Cygne”.

 

825h2 plus vite, petits canards, plus vite (lac Prespa)

 

Ces oiseaux ont l’air d’être des canards, mais je ne suis pas très sûr de ne pas me tromper. Je place ici cette photo parce que je les trouve désopilants, à pédaler à toute vitesse pour arriver plus tôt je ne sais où, et eux non plus. Rien ne leur a fait peur, ils ne vont vers rien de précis… Impossible de deviner ce qui se passe dans une tête de canard…

 

825i1 vol de cormorans sur lac Prespa

 

825i2 Les lacs Prespa abritent une colonie de cormorans

 

825i3 cormoran nain prenant le soleil (lac Prespa)

 

825i4 cormoran nain (lac Prespa)

 

Prespa héberge la plus grande colonie de cormorans pygmées de l’Union Européenne. Leur vol rapide est élégant, et lorsqu’ils plongent pour pêcher, ils restent si longtemps sous l’eau qu’on les croit perdus corps et biens, puis soudain on les voit réapparaître beaucoup plus loin. Ils aiment aussi se poser sur terre et rester les ailes étendues à se sécher au soleil.

 

825j1 Pélican à Prespa

 

Et puis ici à Prespa nous sommes au royaume du pélican (rassurez-vous, je vous ferai grâce aujourd’hui de la Nuit de Mai de Musset “Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage […] Puis, gagnant à pas lents une roche élevée…”). On trouve ici principalement des pélicans dalmates, la plus grande colonie au monde de cette race, et une vaste colonie de grands pélicans blancs qui, situation unique en Europe, nidifient avec les pélicans dalmates.

 

825j2 Grand pélican blanc, lac Prespa

 

Le pélican dalmate est un peu plus petit et il est tout blanc, alors que malgré son nom le grand pélican blanc a le bord des ailes noir, comme celui de la photo ci-dessus. Il n’est donc pas bien difficile de les différencier, même pour le profane.

 

825j3 Prespa, décollage de pélican

 

825j4 Prespa, décollage de pélican

 

Ces gros oiseaux ont du mal à décoller. Ils doivent courir sur l’eau, ou sauter à la surface, en battant le lac de leurs ailes pour parvenir à prendre leur vol. Quelqu’un ici m’a dit que pour se moquer, on les appelait des Dakota, par allusion au gros et pataud avion de transport de troupes Douglas C-47 dont on se demandait, en le voyant rouler sur la piste, s’il allait parvenir à s’élever.

 

825j5 vol de pélican sur le grand lac Prespa

 

825j6 Prespa, Megali Limni. Grand pélican blanc

 

Et voilà, c’est parti. Au début des années 1970, les pélicans nidifiaient en plusieurs endroits de Mikri Prespa, mais principalement dans la pointe sud, en territoire albanais. Mais l’Albanie a entrepris de vastes travaux de gestion de l’eau, ce qui a provoqué de grands troubles dans la colonie déjà en nombre décroissant. Les pélicans ont alors trouvé refuge plus au nord, en territoire grec. Sous la garde vigilante et active de la SPP, leur nombre a été multiplié par 5 au début des années 1980 et désormais avec un millier de couples la colonie de pélicans dalmates représente 7 à 10 pour cent de la population mondiale. Quant au grand pélican blanc, il continue de se bien reproduire, et ne semble pas souffrir du fait que ses plus proches congénères sont à plus de 800 kilomètres de Prespa.

 

825j7 Pelicanus onocrotalus, Prespa, Megali Limni

 

Une fois en l’air, ailes étendues pour planer, ce grand oiseau retrouve toute sa majesté. Cette fois-ci, c’est Baudelaire que je cite (même si ces vers s’appliquent à l’albatros) : “Exilé sur le sol au milieu des huées / Ses ailes de géant l’empêchent de marcher”.

 

825j8 Prespa, Megali Limni. Vol de pélican

 

Quoique je sois conscient d’abuser avec toutes ces photos de pélicans, je ne résiste pas à l’envie d’en placer une dernière. Elle est symbolique de la fin de mon article, puisque ce pélican s’en va... 

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

agence femme russe 01/02/2013 07:29

Il est très intéressant cet endroit!!

Télémètre 30/01/2013 17:49

La région de La Pocatière possède une longue histoire ornithologique. Charles-Eusèbe Dionne, premier ornithologue québécois, est d’ailleurs né à Saint-Denis-de-Kamouraska en 1846. De leur côté,
Willy Labrie et l’abbé René Tanguay ont récolté de nombreux spécimens dans la région entre 1930 et 1970. Depuis 1969, professeurs et étudiants du Cégep ont pris la relève.

miriam 28/01/2013 13:06

quelle variété! pour moi, la Grèce est maritime et méditerranéenne et cet article la montre lacustre, dalmate..

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