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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 19:30

543a Padula, procession de San Michele

 

Nous devions repartir de Padula il y a trois jours, sitôt terminée notre visite de la chartreuse, et puis grâce à notre nouvel ami Alfonso Monaco nous sommes restés jusqu’à aujourd’hui pour assister à la procession annoncée sur cette affiche, et il nous a permis de voir bien d’autres choses entre temps. Du coup, c’est aujourd’hui juste après la procession que, décidément, nous devions prendre la route, et ce soir, au moment où je rédige ces lignes, nous sommes toujours à Padula, mais je vais expliquer un peu plus loin pourquoi, une fois de plus, nous remettons notre départ.

 

543b1 En route vers S. Michele alle grottelle, Padula

 

543b2 en route vers la procession (par Natacha)

 

 

(N.B.: La seconde de ces photos est de Natacha) La procession part de l’église troglodyte de San Michele alle Grottelle, après la messe célébrée à 11h30 dans cette chapelle. Nous partons en camping-car et pouvons ainsi faire une partie du trajet, mais nous devons nous garer au parking du cimetière et terminer la route à pied. La cérémonie étant assez tard dans la matinée, il fait déjà bien chaud quand nous nous mettons en chemin pour parcourir les derniers kilomètres. Et nous nous trouvons par hasard à marcher auprès de deux sœurs dominicaines, enseignantes dans un établissement privé. L’une d’elles, sœur Maria Chiara Cudal (de face sur la photo), est philippine et enseigne l’anglais. Nous pouvons donc communiquer avec elle dans cette langue. C’est une jeune femme sympathique, ouverte, moderne, avec qui nous discutons un peu de tout, des langues parlées dans son pays d’origine, des élèves, etc. Ainsi, nous oublions un peu que nous ruisselons de sueur sous le soleil. Mais pour saint Michel, que ne ferions-nous pas ?

 

543c1 Padula, musiciens de la procession

 

543c2 Padula, Antonio Comuniello, musicien de la procession

 

 

La procession pourra compter sur deux musiciens, flûte et instrument qui ressemble à un biniou ou à une bombarde, dont jouent le grand-père et le petit-fils. Le premier, Antonio Comuniello, a une ferme là-haut dans la montagne à quelques kilomètres de Padula, où il élève des brebis avec le lait desquelles il fabrique du fromage tout ce qu’il y a de plus artisanal. Le second, Rafaele Arteca, étudie actuellement pour être dentiste, mais les vacances à l’université ont déjà commencé. Ce sont de vrais musiciens, de vrais artistes, et c’est merveilleux qu’ils jouent de ces instruments traditionnels.

 

543d1 Padula, on pare saint Michel pour la procession

 

543d2 Padula, saint Michel paré pour la procession

 

Dans l’église, la statue de saint Michel porte une épée métallique, un bracelet, un collier. Je ne sais dans quel métal sont faits ces accessoires, mais ils sont gris, ils sont ternes. Or saint Michel est de sortie, aujourd’hui, il doit être élégant, aussi lui enlève-t-on ses ornements de tous les jours pour le parer de bijoux dorés (ou peut-être même en or, je ne sais). Il est resplendissant, et prêt pour aller prendre l’air.

 

543e1 Padula, procession de saint Michel

 

543e2 Padula, procession de saint Michel

 

 

Précédée par la musique, la procession se met en route. Bien sûr, le maire de Padula est de la partie. Pour assister à la messe comme pour marcher en tête de la procession, devant la statue du saint, il a revêtu son écharpe tricolore, il est là à titre officiel. Pour qui est habitué à une laïcité "à la française", c’est toujours surprenant de voir cela dans un pays où la séparation des Églises et de l’État est inscrite dans la constitution.

 

543f Padula vue d'en haut

 

 

L’église rupestre est déjà haut dans la montagne, mais la chapelle dans laquelle on se rend est juchée encore plus haut. À un détour du chemin, on découvre Padula qui, d’en bas, semble haut sur sa colline, et qui, d’ici, nous montre l’échelonnement de ses toits rouges. On se rend compte, en la voyant ainsi, qu’elle se développe sur une demi-sphère, laissant déserte l’autre moitié de la colline, sans doute parce qu’elle est beaucoup plus abrupte, ce qui n’est pas peu dire car déjà la partie construite est sillonnée d’escaliers très raides et de rues en pente forte. D’en haut, d’en bas, sous tous ses angles ce village est photogénique.

 

543g Padula, chapelle terme de la procession

 

 

Nous voici arrivés. Cette petite chapelle dans la montagne est toute mignonne. Quelques prières sont dites, saint Michel est présenté à la Madone juchée sur un gros nuage blanc qui mousse comme de la chantilly. J’imaginais que l’on allait installer saint Michel ici pour y passer l’été, comme c’est le cas pour quelques statues que je connais en Bretagne et en Auvergne, et il y en a sûrement aussi dans d’autres régions de France et d’ailleurs. Mais pas du tout. C’est juste un petit tour, une promenade santé et retour au bercail.

 

543h1 Padula, la procession de saint Michel redescend

 

543h2 Padula, la procession de saint Michel redescend

 

 

Voilà la procession qui se remet en marche, on reprend le chemin de l’église rupestre. Les musiciens marchent toujours en tête, le curé et un autre prêtre les suivent, précédant la statue portée sur son brancard et la foule des fidèles. Loin de moi l’intention de prétendre que les gens ne sont pas convaincus, bien au contraire on sent une vraie foi chez la plupart d’entre eux, mais je ne ressens rien de commun avec la procession de saint Gennaro à Naples le premier mai. Là-bas, les gens attendaient le miracle du sang qui se liquéfie, il y avait un "spectacle", au sens étymologique de "quelque chose à observer", avec la signification que cela a pour eux sur le bonheur de la ville ou sur le malheur qui va la frapper dans l’année. Pour saint Michel, certes les fidèles le prient, mais sans attendre de lui un signe, on l’honore, on accomplit un rite. Il n’y a rien de grandiose, pas de faste extraordinaire, c’est une modeste procession dans la nature.

 

543h3 accordéoniste à la procession de san Michele, Padul

 

Un autre participant est venu avec son accordéon, dont il joue remarquablement. Mais ce n’est pas lui l’officiel de la musique, il doit se contenter de jouer sur le côté, un peu en retrait. Sans doute y aurait-il des choses à comprendre dans les relations entre toutes ces personnes, mais même en parlant la langue il faudrait des mois, voire des années, pour pénétrer les secrets de Padula, alors sans être italianisant n’y pensons même pas.

 

543h4 Padula, la procession de saint Michel redescend

 

Le chemin est long, et il a beau être en descente maintenant, les kilomètres de la montée se sont accumulés dans les jambes. Néanmoins, les fidèles suivent vaillamment, la queue ne s’étire pas trop. Quant à moi, pour prendre certaines photos (dont celle-ci), j’ai couru sur le côté, dans les hautes herbes, et je me dois d’informer les amateurs de gambades champêtres que dans la montagne de Padula les herbes sont sévèrement piquantes.

 

543i Padula, saint Michel de retour de procession

 

Et voilà, saint Michel est de retour chez lui. Il a de nouveau revêtu ses ornements du quotidien, les beaux bijoux dorés ont regagné leur coffret. Mais il est content, il a pris l’air et il est tout orné de fleurs.

 

Il y a une vraie chaleur chez ces gens. Nous sommes les étrangers, nous venons en curieux, nous ne parlons pas leur langue, et eux viennent à nous avec spontanéité. Je ne prétends nullement que ce ne sont pas de bons chrétiens qui appliquent la charité que leur enseigne l’Évangile, mais je suis convaincu que quand ils sont accueillants, gentils, disponibles, ce n’est pas avec l’arrière-pensée qu’il faut bien se gagner sa petite place au Ciel, mais parce qu’ils ont du cœur et de l’humanité. Et c’est ainsi qu’au moment où nous allions redescendre vers le parking du cimetière où nous attendait le camping-car, on nous a proposé de partager le repas que quelques uns, une vingtaine peut-être, ou une trentaine, je n’ai pas compté, vont prendre sur place. Ces gens ont dû se cotiser, bien sûr, mais on refuse que nous versions notre obole. Cette générosité, cette gentillesse qui vous adopte, ce sens de l’accueil et de l’hospitalité, sont vraiment émouvants, profondément touchants.

 

543j1 Padula, préparation du repas (par Natacha)

 

Natacha est allée dans le petit bâtiment sur le parvis de l’église, là où s’activent quelques personnes à la préparation du repas. Elle a proposé son aide et a eu du mal à faire admettre qu’elle pouvait donner un petit coup de main. Mais elle a quand même pris le temps de faire cette photo au moment où les traditionnelles pâtes italiennes plongent dans l’eau bouillante.

 

543j2 Padula, repas à la grotte de san Michele

 

Lorsque nous avons visité l’église rupestre, avant-hier, j’ai évoqué une première grotte largement ouverte et ornée de fresques. C’est là qu’ont été dressées les tables. J’aurais dû prendre ma photo au début du repas, je ne l’ai pas fait et c’est hélas moins esthétique de montrer une table avec les reliefs du menu, mais je tiens à montrer comme il a été merveilleusement inattendu et poétique de prendre ce repas amical, je dirais même fraternel, dans cette grotte ornée de fresques splendides.

 

Au cours du repas, nous étions en compagnie d’une dame charmante, Rosa, qui n’a pas perdu sa bonne humeur bien que la vie l’ait rudement éprouvée, comme elle nous l’a raconté. Nous étions aussi au voisinage de Rafaele Arteca, le futur dentiste musicien, et d’Antonio Comuniello, son grand-père musicien fabricant de fromage. Et c’est ainsi que nous voilà invités à nous présenter demain matin à la ferme pour voir cette fameuse fabrication artisanale. Le petit-fils viendra nous chercher au camping-car demain matin à 8h. Et voilà pourquoi nous ne partons pas aujourd’hui de Padula. C’est avec joie que nous acceptons cette invitation.

 

543k Padula, hommage à saint Michel avant de rentrer

 

Lorsque je parle de la sincérité de la foi, j’en vois une preuve flagrante ici. Nous avons célébré saint Michel, nous avons déjeuné chez lui, nous allons repartir et le laisser seul dans sa grotte. Alors, tout à fait naturellement, sans rassembler les foules mais comme pour eux seuls, Antonio et Rafaele se rendent dans l’église au pied de la statue et lui jouent un air, façon de l’honorer et de lui dire au revoir. Je suis conscient de me répéter, mais tout cela m’a profondément ému, je ne pourrai l’oublier.

 

544a Père Elia Giudice, curé de Saint-Michel, à Padula (

 

(photo prise par Natacha à l’issue de la procession) Le prêtre qui officiait, Illustrissimo Professore Elia Giudice, curé de la paroisse de Saint-Michel Archange située en ville, avait été informé de notre présence, il savait qui nous étions. Nous avons un peu parlé, et puisque je m’intéresse à sa ville il m’a proposé de me donner un livre dont il est l’auteur. Rendez-vous est pris dans sa paroisse ce soir à 18 heures, à l’issue d’un mariage qu’il doit célébrer dans l’après-midi.     

 

544b Padula, église de Saint-Michel Archange

 

544c Padula, église de Saint-Michel Archange

 

Nous nous rendons donc à l’heure dite à l’église située dans le haut du bourg. Natacha préfère me laisser seul rencontrer le curé, pendant ce temps elle va traquer les protagonistes du mariage pour sa collection sur les différences culturelles d’un pays européen à l’autre. Je suis reçu fort aimablement, et je repars avec le livre Gli Uomini Illustri dédicacé par son auteur. Je ne peux en parler ici, parce qu’au moment où je rédige ces lignes je ne l’ai que depuis quelques heures, mais je ne doute pas qu’il soit passionnant, et je ne vais pas tarder à me mettre à le lire. Je devrais plutôt dire à le déchiffrer à coups de français, d’espagnol, de latin et de dictionnaire… 

 

544d Padula, église de Saint-Michel Archange

 

Mais je ne peux quitter cette église sans lui jeter un coup d’œil. On voit ici la vaste nef avec une très belle chaire et une abside richement décorée, mais sans fresque. On voit aussi une statue de saint Michel à l’entrée du bras gauche du transept.

 

544e Padula, église de Saint-Michel Archange

 

Ce n’est pas l’abside, mais la coupole de la croisée du transept qui porte une grande fresque. Cette peinture est moderne, elle date de 1954, mais elle est clairement figurative, de façon très classique. On y voit l’Ange du Mal avec sa fourche en main, précipité en trompe-l’œil hors du cadre, avec son ombre figurée, par l’archange saint Michel. Je trouve cette fresque intéressante.

 

544f Padula, église de Saint-Michel Archange

 

Je parlais de la statue de saint Michel que l’on apercevait de loin. Le voici de près. Celui-ci est polychrome, et sa niche est tendue de riches draperies.

 

544g Padula, église de Saint-Michel Archange, bénitier

 

Avant de sortir, je remarque cette tête d’ange qui décore le bénitier.

 

544h1 Padula, en ville

 

544h2 Padula, en ville

 

544h3 Padula, en ville 

 

Nous reprenons le chemin de notre parking. Au hasard des rues, je remarque quelques portes intéressantes. J’aime bien observer les portes, et à l’occasion les photographier. Les deux premières, je les ai sélectionnées pour leur beauté, mais la troisième, qui est plus ordinaire, a retenu mon attention pour son originalité. À partir de l’escalier de la rue, quelques marches perpendiculaires permettent d’accéder à ce minuscule palier suspendu, sans garde-fou ni rambarde, si peu épais qu’il ne me donne guère confiance, et qui surplombe et protège une fontaine. Il a beau être tout petit, il constitue l’entrée de la demeure, aussi les occupants n’hésitent-ils pas à occuper un peu de sa maigre surface avec des pots de plantes vertes.

 

544i Padula, arc-en-ciel sur la ville

 

Pendant notre descente, nous sommes pris par un orage. Nous tentons de passer entre les gouttes… Dans cette ville, pas de porches où s’abriter. Bah, je ne suis pas en sucre, je ne vais pas fondre. Et puis l’averse est de courte durée, et ensuite le ciel nous gratifie d’un splendide arc-en-ciel. Hé oui, je sais qu’il y a une grosse tache claire sur ma photo, à l’angle de la maison. C’est une goutte de pluie sur mon objectif. Il ne faut pas regarder là, seulement le ciel.

 

Cette fois, c’est ferme et définitif. Lorsque nous redescendrons de la ferme, demain, nous partirons. Nous allons donc consacrer notre soirée à nous préparer, c’est-à-dire à tout caler pour que rien ne bouge pendant la route.

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Published by Thierry Jamard
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