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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 21:23

 

657a Lecce, Porta Rudiæ

 

Aujourd’hui, nous allons nous promener dans Lecce. Nous allons (j’adore ce mot italien) girovagare. Je l’aime encore mieux au gérondif, alors je modifie ma phrase, nous allons jouir de Lecce, girovagando par les rues. Désormais, nous sommes installés à l’est de la ville, sous les remparts, sur un parking bon marché et très tranquille. Évidemment, notre position n’est plus aussi centrale, mais nous sommes tout près d’une entrée de la ville qui donne sur une petite rue animée, vivante, sympathique que nous avons plaisir à parcourir et qui mène en quelques centaines de mètres à la cathédrale, qui est au cœur de la ville. Nous pénétrons en ville par la Porta Rudiæ, la plus ancienne porte de Lecce, qui porte le nom de l’ancienne cité vers laquelle elle donnait.

 

La porte d’origine s’est écroulée au dix-septième siècle, et la porte actuelle date de la reconstruction en 1703. Au sommet, on voit sant’Oronzo, l’évêque protecteur de la cité, et un peu plus bas, de part et d’autre, sont les statues des protecteurs secondaires, saint Dominique de Guzman et sainte Irène. On voit en dessous quatre colonnes, mais ce que l’on ne distingue qu’à grand-peine sur ma photo réduite, ce sont quatre bustes posés sur les chapiteaux des quatre colonnes. Et pour les identifier, ils sont accompagnés de légendes. Mais les légendes sont si haut placées, qu’elles sont quasiment impossibles à lire. Qu’à cela ne tienne, un panneau placé à hauteur d’homme, ce qui est plus logique, les transcrit. Mieux vaut, pour la logique chronologique, ne pas suivre l’ordre des statues.

 

Commençons par la deuxième : “Je suis roi et le fondateur de la cité, Malennius, fils de Dasumnus et petit-fils de Salo”. Au-dessus de la troisième colonne, on lit : “Je suis le roi Daunus, fils de Malennius, illustre par mon règne et par le maniement des armes”. Revenons à la première colonne : “Euippa, sœur de Daunus, qui ai survécu à mon frère, dans une main de femme j’ai su tenir le sceptre de mon grand-père”. Enfin sur la quatrième colonne : “Moi, Lizius Idoménée, par mon mariage avec Euippa, j’ai obtenu la cité que mon beau-père avait fondée et je l’ai agrandie”.

 

657b1 Lecce, palazzo à vendre 

657b2 Lecce, palazzo à vendre 

657b3 Lecce, palazzo à vendre 

Comme on peut le voir sur ce panneau, voici un palazzo à vendre. J’en ignore le prix mais après quelques travaux de restauration et de modernisation je suis convaincu qu’il ne doit pas être désagréable. Et sa situation dans cette rue au trafic limité et enviable. Avis aux amateurs.

 

657c1 Lecce, église Saint Jean Baptiste 

657c2 Lecce, chiesa di San Giovanni Battista 

657c3 Lecce, église Saint Jean Baptiste 

Poursuivons notre chemin. Voici l’église Saint Jean Baptiste. Nous sommes dans la ville qui se dit la capitale du baroque. Je ne sais pas si ce titre de capitale, qui revendique la suprématie, est justifié car d’autres villes, telle Raguse en Sicile, pourraient le revendiquer, mais il est vrai que le baroque domine à Lecce et qu’à chaque coin de rue l’œil est attiré par ces décorations surchargées, typiques de ce style.

 

657d1 Lecce, chiesa del Gesù 

657d2 Lecce, chiesa del Gesù 

657d3 Lecce, église du Jésus 

657d4 Lecce, chiesa del Gesù 

Il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour trouver une autre église. Celle-ci a été construite par les Jésuites, c’est la chiesa del Gesù. On la reconnaît au sigle de l’Ordre, encadré de deux très beaux anges fléchissant le genou. Je trouve amusant de constater que cet honneur est rendu à l’Ordre des Jésuites dans une grande sculpture bien visible au-dessus du portail, alors que Jésus lui-même est beaucoup plus petit, perché là-haut au-dessus d’une fenêtre, et écrasé par un immense aigle qui se détache du fronton sur fond de ciel. C’est un choix de décoration un peu nombriliste…

 

657e Lecce, chiesa di San Marco

 

Les guides recommandent l’église San Marco sur la grande place où se trouvent à la fois l’amphithéâtre romain et la statue de sant’Oronzo. Mais elle est toute enveloppée de bâches pour la réalisation de travaux sur sa façade, avec une immense publicité pour les sacs en cuir Dolly (jingle bags, disent-ils). Seule apparaît la petite porte latérale, mais elle est surmontée de ce beau lion ailé posant sa patte sur l’évangile, emblème de saint Marc, patron de cette église.

 

657f1 Lecce, Sainte Marie de Constantinople

 

657f2 Lecce, chiesa di Santa Maria di Costantinopoli 

Je vais revenir sur cette place, mais d’abord je continue mon tour des églises. Ici, c’est Santa Maria di Costantinopoli, encore une église baroque avec sa façade ornée d’une frise toute sculptée. Dans le tympan, au-dessus du grand portail, j’aime bien ces angelots ailés qui jouent sur la guirlande.

 

657f3 Lecce, Sainte Marie de Constantinople

 

657f4 Lecce, chiesa di Santa Maria di Costantinopoli
Cette église est ouverte. Nous y pénétrons pour voir un peu à quoi elle ressemble. En fait, il ne s’y trouve rien de bien original. Il y a certes quelques décorations qui évoquent le baroque, mais dans la nef, au premier coup d’œil c’est plutôt discret. En revanche, cette chapelle latérale dédiée à la Vierge Immaculée, entre ses quatre colonnes torsadées et fleuries, sous ces sculptures dont la figure centrale est difficile à identifier à cause des lumières brillantes du lustre, sans doute un Christ, est bien baroque. Tout l’autel, réalisé au dix-septième siècle, est en pierre de Lecce, le tabernacle est en marbre blanc, et la statue de Marie, parce que nous sommes à Lecce, est bien sûr en cartapesta, –en papier mâché.

 

657g1 Lecce, église Sainte Marie des Anges 

657g2 Lecce, chiesa di Santa Maria degli Angeli

 

Allez, encore une église. Cette fois-ci, c’est Sainte Marie des Anges. Ici, l’ambiance est totalement différente. D’abord, l’église fait un angle avec un autre bâtiment, et ensuite sa façade est beaucoup plus simple. Parce qu’elle est fermée je ne sais ce que révèle l’intérieur, mais nous ne sommes pas à l’extérieur dans le style baroque. Cette église est plus ancienne, elle remonte au seizième siècle. Pour exécuter les dernières volontés de son défunt mari, une noble Florentine crée l’église Santa Maria degli Angeli et le couvent attenant. En 1524, les Minimes de Saint François de Paule viennent s’y installer. La fondatrice, alors, leur lègue, par testament, en 1527, la concession d’une oliveraie pour leur assurer des revenus, et la somme de trois cents florins pour achever les travaux. Église et couvent étaient situés, lors de leur construction, hors les murs de la ville, mais voilà qu’à peine achevés les travaux, il faut s’y remettre parce que l’empereur Charles Quint décide que les murs de la ville seront repoussés pour englober une plus grande superficie, dont le couvent, qui se trouve partiellement sur le tracé de la nouvelle enceinte. Dans les années soixante du dix-neuvième siècle, les congrégations sont sécularisées, et les religieux doivent quitter les lieux. C’est en 1934 que l’église va être rouverte en tant qu’église paroissiale.

 

La lunette au-dessus du portail représente, œuvre de Francesco Antonio Zimbalo, une splendide Vierge assise sur un trône et couronnée par le chœur des anges. Elle porte sur ses genoux un Enfant Jésus se tenant debout et serrant dans sa main quelque chose que, même sur ma photo originale en grande dimension et meilleure définition, je n’arrive pas à identifier, mais qui ne semble pas être le globe terrestre que j’attendrais. Malheureusement, sa tête a été brisée. Ce Jésus est tout petit, sans proportion avec les autres personnages, et par ailleurs il n’est pas un nourrisson s’il tient sur ses jambes. Or, malgré cette invraisemblance, la sculpture est belle et harmonieuse.

 

657h1 Lecce, ex-couvent des Pères Célestins (conseil prov 

657h2 Lecce, ex-couvent des Pères Célestins (conseil prov 

Sur la première de ces photos, on voit encore une église. C’est Santa Croce, qui constitue le clou de la balade baroque. Par conséquent, c’est par elle que je finirai cet article, et pour l’instant je vais plutôt m’intéresser à ce grand bâtiment baroque, qui est l’ancien couvent des Pères Célestins et qui, après leur expulsion, est devenu aujourd’hui le siège du conseil provincial. C’est en 1352 que Gautier VI de Brienne, comte de Lecce et duc d’Athènes, crée un monastère pour les Pères Célestins et, l’année suivante, il leur fait attribuer l’église Santa Croce voisine. Mais, de même que nous l’avons vu plus haut, Charles Quint en 1549 fait modifier le tracé des murs et fait construire le château là où se trouve l’église. On va donc alors, simultanément, reconstruire le monastère que l’on voit sur cette photo et l’église Sainte Croix que nous verrons tout à l’heure. Tout en restant dans le baroque, on note une nette différence de style entre le rez-de-chaussée et le premier étage, ce qui est dû à un changement d’architecte. À l’époque napoléonienne, en 1807, l’Ordre des Célestins est supprimé, et leur monastère devient Palais du Gouvernement, ce qui impose une modification de la façade donnant sur la rue parallèle et, au cours des deux derniers siècles, de multiples réaménagements intérieurs pour adapter les bâtiments à leur usage administratif.

 

657i1 Lecce, amphithéâtre romain 

657i2 Lecce, amphithéâtre romain 

En attendant de retrouver Sainte Croix, assez de baroque. Nous sommes ici sur la grande place où San Marco est enveloppé de publicité, devant l’amphithéâtre romain. Je ne sais pas ce qui se prépare, mais tout plein de matériaux de construction y sont déposés et des ouvriers y édifient des bâtiments en vraie pierre mais seulement destinés à des représentations car reposant sur des structures en tubes et en planches. Probablement un spectacle, ou une crèche géante, mais sauf gros imprévu nous ne serons plus ici lorsque ce sera prêt parce que, cette fois c’est sûr, nous serons bientôt en Grèce.

 

657i3 Lecce, affiche anti caméras 

Sur un mur, cette affiche s’insurge contre les caméras partout. Elle dit que même pour qui n’a rien à cacher cette surveillance ne peut être admise. Avec la carte de crédit on peut savoir où nous sommes, à quel moment et ce que nous achetons, etc. L’affiche dit qu’une dictature qui veut tout savoir peut mettre des armées de policiers dans les rues, mais que les caméras font le même travail, de façon plus économique et plus discrète. Et si l’on pense que c’est moins dangereux parce que seulement matériel, on ne doit pas oublier qu’il y a un œil humain qui regarde les enregistrements. Suit le couplet politique sur le souhait sécuritaire des riches qui veulent espionner qui les met en danger, mais ne supportent pas eux-mêmes d’être surveillés.

 

657j1 Lecce, Sant'Oronzo sur colonne de Brindisi 

657j2 Lecce, Sant'Oronzo sur colonne de Brindisi 

C’est sur cette grande place du centre de Lecce que se dresse cette imposante colonne. Lors de notre passage à Brindisi avec notre ami Angelo, le 20 novembre, nous avons vu une grande colonne célébrant l’aboutissement de la via Appia, et la base d’une autre colonne. Cette autre colonne s’était effondrée en 1528. Mauvais présage, avait pensé la population, qui dès lors n’avait pas souhaité sa remise en place. Et puis, en 1657, les fragments récupérables ont été donnés à la ville de Lecce qui les a assemblés sur un haut piédestal et a posé tout au sommet la statue de son saint patron et protecteur, sant’Oronzo.

 

657k1 Lecce, cartapesta

 

657k2 Lecce, cartapesta 

657k3 Lecce, cartapesta 

Ici ou là, à Lecce ou ailleurs, j’ai eu l’occasion de parler de statues, de compositions en cartapesta, la spécialité de Lecce. Le style à la mode exigeant de multiples statues et décorations, l’usage du marbre ou d’autres pierres se révélait trop coûteux. Par ailleurs, le temps d’exécution des œuvres aurait nécessité un nombre d’artistes introuvable, les talents ne courant pas les rues. Ailleurs, à Palerme par exemple, on a multiplié les stucs, mais à Lecce on a imaginé cette technique du papier mâché. Demain ou après-demain, nous comptons visiter le château de Lecce qui héberge un musée du papier mâché, mais déjà tout au long des rues de la ville nous voyons des ateliers où l’on fabrique des statues ou divers objets, comme en témoignent cette affiche ou cet éléphant placé au milieu d’une rue piétonne. Ma troisième photo montre une vitrine dans le mur d’un bâtiment où un auteur anonyme a réalisé au début du vingtième siècle cette Madonna del Carmine en cartapesta polychrome.

 

657L1 Lecce, chiesa di Santa Croce 

657L2 Lecce, chiesa di Santa Croce 

657L3 Lecce, église Sainte Croix 

Et me voilà revenu, pour terminer, à la célèbre église Santa Croce, joyau du baroque. La voilà telle qu’elle apparaît au bout d’une rue, et de profil parce que la place extrêmement large mais peu profonde qui borde le monastère et l’église, comme nous l’avons vu précédemment, n’autorise qu’un recul très limité.

 

657m1 Lecce, église Sainte Croix 

Voici la célèbre rosace de la célèbre église de cette ville célèbre. Contrairement à ce que nous avons vu sur la façade de maintes églises ou cathédrales d’autres villes des Pouilles, cette rosace n’est décorée que sur le pourtour. Pas de ces rayons qui convergent vers une sculpture centrale et rejoignent l’extérieur avec un beau chapiteau. En revanche, le pourtour est très richement et très finement sculpté.

 

657m2 Lecce, église Sainte Croix 

657m3 Lecce, chiesa di Santa Croce 

657m4 Lecce, chiesa di Santa Croce 

Ces quelques sculptures donnent une idée de la décoration de la façade. Comme sous le balcon de bien des palazzi, la corniche en balcon est soutenue par des consoles ornées de grotesques et d’animaux. Cet homme avec une cuirasse sur le thorax et une tenue de légionnaire romain, un casque sur la tête, peine sous le poids. Sous ce balcon et au-dessus du niveau du portail une ligne de frise souligne la façade. La seconde photo ci-dessus montre l’un des cadres dont elle est constituée. Souhaitant terminer sur la troisième photo ci-dessus, je reviens aux consoles. Au-dessus du portail central, ce sont trois animaux. Et de part et d’autre, alternent un homme comme celui que j’ai montré, mais chacun avec son visage à lui et sa position propre, l’artiste ne se contentant pas de reproduire plusieurs exemplaires de la même sculpture, et un animal. Mais cette console-ci a cela de particulier que l’animal n’est pas seul. C’est une claire allusion à la louve romaine, car deux enfants humains se nourrissent de son lait. Et les divers animaux étant fabuleux, je n’aurais pas identifié une louve dans ce bizarre canidé s’il n’y avait eu la présence de ces enfants.

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Published by Thierry Jamard
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