Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 22:37

344a Rome- Sta Maria della Pace

 

Aujourd’hui, comme intention précise, nous n’avons que l’Area Sacra et la fontaine des Tortues, et pour le reste nous déambulerons ici ou là un peu au hasard. C’est ainsi que nous nous trouvons devant l’église Santa Maria della Pace, œuvre de Borromini déjà vue de l’extérieur le 21 décembre et que nous savons fermée aujourd’hui mais sur le côté, parce qu’il y a une exposition, et que de toute façon une buvette et une librairie sont installées là, nous avons accès au cloître.

 

344b Rome, Santa Maria della Pace

 

De plus, nous avons un nouvel angle de vue sur l’église, dont nous ne connaissions que la façade arrondie à colonnades.

 

344c Rome, Santa Maria della Pace

 

344d Rome, Santa Maria della Pace

 

Nous avons le temps de nous promener, de voir cette sculpture sur une tombe, et aussi cette fresque représentant la circoncision de Jésus. Le lieu est agréable, ce qui justifie que nous y restions assez longtemps, même sans "visiter" de façon précise. Au moment où nous pensons partir, Natacha a envie de faire une certaine photo, moi je me dirige vers la sortie. J’attends, j’attends, je vais jusqu’au bout de la rue pour le cas où je ne l’aurais pas vue sortir, personne. Soudain, elle apparaît : elle était ressortie par l’entrée, dans une autre rue du côté opposé, et ne s’était pas rendu compte de sa méprise, d’autant moins d’ailleurs qu’elle a demandé un renseignement à l’homme de l’entrée qui ne lui a absolument pas dit qu’il était en principe interdit de sortir par là…

 

345a Rome, area sacra, temple C

 

Après cette "aventure", nous nous dirigeons vers le largo Torre Argentina, place qui tire son nom de celui d’un bâtiment qui s’y trouve. Il ne s’agit en rien de la République d’Argentine. En effet, lorsqu’en 1503 un Alsacien, strasbourgeois, fit bâtir sa maison là où s’élevait autrefois une tour, il lui donna le nom de sa ville natale, Strasbourg s’appelant Argentoratum en latin. Recomposant le quartier en 1926, on découvrit sous le niveau du sol, remblayé au cours des siècles à la fois pour combler cette zone fortement marécageuse et pour la rendre moins sensible aux inondations dues aux crues du Tibre, un ensemble de quatre temples, sur cinq niveaux successifs, le premier se trouvant donc très profond.

 

Lors de la célébration de la marche fasciste sur Rome, Mussolini, très en verve en ce 28 octobre 1928, fit son apparition sur ce site, où les ruines semblaient vouées à la destruction pour faire du neuf, et déclara pour répondre aux réclamations des amateurs de l’Antiquité : "Je me sentirais déshonoré si l’on autorisait d’ériger ne fût-ce qu’un mètre de nouvelle construction sur ce site". La volonté du Duce fut respectée et lors de l’inauguration, quelques années plus tard, il lança : "J’aurais aimé qu’on m’amenât ici ceux qui s’opposaient à ces travaux, pour les abattre sur place".

 

Le temple ci-dessus, appelé "temple C" parce que le dieu qui y était vénéré n’est pas connu avec certitude, est un temple très ancien, du cinquième ou même du sixième siècle avant Jésus-Christ.

 

345b Rome, area sacra, curie (assassinat César)

 

C’est dans ce secteur, au sud de cette aire (ici nous regardons en direction de l’ouest), que se trouvait la curie de Pompée. C’est là très précisément que s’est déroulé le drame de l’assassinat de Jules César et son célèbre mot à l’adresse de Brutus, l’un des conjurés, que les Latins eux-mêmes ont reproduit comme "Tu quoque, mi fili", ce qui veut dire "Toi aussi, mon fils". Or les contemporains eux-mêmes se trompaient probablement. César se serait exprimé en grec, comme c’était l’usage dans la haute société, et comme il s’adressait habituellement à Brutus, et aurait dit "Kai su, teknon" que l’on pourrait traduire par un petit mot affectueux, du genre "Toi aussi, mon petit", le mot "teknon" étant neutre. Les nourrissons, parce que leur sexe ne s’affirmait pas dans leur comportement et que, garçons comme filles, on les traitait pareillement, étaient au neutre. On peut même dire, si l’on veut "Toi aussi, Baby", pour introduire, comme dans l’original, un mot de la langue étrangère à la mode.

 

345c Rome, area sacra, temple B

 

Le temple circulaire ci-dessus a peut-être été dédié à Junon mais, cette attribution n’étant pas sûre, les archéologues l’appellent "temple B". Il date du deuxième siècle avant Jésus-Christ.

 

345d Rome, area sacra

 

Dans ce champ de ruines prospèrent des escadrons de chats, dont cependant la population a, dit-on, décru ces dernières années mais était évaluée –par de très sérieuses études de 1967– à 784 000. Oui, je ne me trompe pas dans les zéros, il y en a trois. Plus de trois quarts de million. Je me devais d’en montrer un spécimen ici. Ces colonnes à l’arrière plan appartiennent au même temple circulaire B.

 

345e Rome, area sacra, latrines

 

En bordure de la rue à l’ouest ce canal est celui qui permettait l’écoulement de latrines publiques. Du bâtiment il ne reste rien ou presque, mais ce canal est particulièrement bien conservé.

 

345f Rome, area sacra, temple A

 

Ce temple-ci (appelé "temple A") a succédé, au premier siècle avant Jésus-Christ, à un autre plus ancien, sans doute du quatrième siècle. Il a également, par la suite, été utilisé comme église chrétienne dédiée à saint Nicolas. Telle que l’on voit ici son abside, il a donc été très remanié.

 

345g Rome, area sacra, temple A

 

Ce que l’on voit ici est une autre vue du même temple où l’on perçoit comment il a été surélevé au rythme des remblaiements du secteur. Les éléments les plus anciens et les éléments chrétiens sont intimement entremêlés, mais à coup sûr le sol en haut de l’escalier est de l’époque la plus tardive, tandis que les colonnes cannelées datent de l’origine.

 

345h Rome, area sacra

 

Sur un côté de la vaste zone de fouilles, un champ de pierres blanches, posées de chant, ne bénéficie d’aucune explication, ni sur les lieux, ni dans nos guides, et personne sur place n’est en mesure de nous renseigner. Du fait que ce secteur est entouré des filets orange en plastique délimitant les chantiers, je suppose qu’il s’agit de pierres dégagées récemment et destinées à retrouver une place qui leur sera assignée par les archéologues. Leur forme plate, mince, taillée en rectangles, laisse penser que ce sont les éléments d’un dallage, mais je suis bien incapable de dire de quelle époque elles datent ni à quel temple ou à quelle rue elles appartiennent.

 

345i Rome, area sacra

 

Et puis, sur le bord de ce secteur, une construction flanquée d’une tour carrée date du douzième siècle. En réalité elle a été reconstituée à l’ère mussolinienne comme faisant partie d’un ensemble de bâtiments d’habitation moyenâgeux. De l’autre côté de la rue que l’on voit sur ma photo de cette curie de Pompée dont je parlais au sujet de César, se trouve le Teatro Argentina.

 

345k Rome, teatro Argentina

 

345j Rome, teatro Argentina

 

Le texte que je vais citer est bien long, mais je crois qu’il vaut la peine d’être lu en entier. C’est Stendhal qui raconte, dans ses Promenades dans Rome, ce qui est arrivé lors de la première, qui eut lieu dans ce théâtre, du Barbier de Séville de Rossini.

"D’abord, Rossini avait mis un habit vigogne, et, lorsqu’il parut à l’orchestre, cette couleur excita une hilarité générale. Garcia, qui jouait Almaviva, arrive avec sa guitare pour jouer sous les fenêtres de Rosine. Au premier accord, toutes les cordes de sa guitare se cassent à la fois. Les huées et la gaieté du parterre recommencent ; ce jour-là, il était plein d’abbés.

"Figaro, Zamboni, paraît à son tour avec sa mandoline ; à peine l’a-t-il touchée, que toutes les cordes se cassent. Basile arrivait sur le théâtre, il se laisse tomber sur le nez. Le sang coule à grands flots sur son rabat blanc. Le malheureux subalterne qui faisait Basile a l’idée d’essuyer son sang avec sa robe. À cette vue, les trépignements, les cris, les sifflets, couvrent l’orchestre et les voix ; Rossini quitte le piano et court s’enfermer chez lui.

 

"Le lendemain, la pièce alla aux nues ; Rossini n’avait pas osé s’aventurer au théâtre ni au café ; il s’était tenu coi dans sa chambre. Vers minuit, il entend une effroyable bagarre dans la rue ; le tapage approche ;enfin il distingue de grands cris : Rossini ! Rossini ! ‘Ah ! rien de plus clair, se dit-il, mon pauvre opéra a été encore plus sifflé que hier, et voilà les abbés qui viennent me chercher pour me battre.’ […]

 

 "Bientôt on heurte à sa porte, on veut l’enfoncer, on appelle Rossini de façon à svegliar i morti. Lui, de plus en plus tremblant, se garde bien de répondre. Enfin, un homme de la bande […] : ‘Réveille-toi, lui dit-il, en le tutoyant dans son enthousiasme, ta pièce a eu un succès fou, nous venons te chercher pour te porter en triomphe.’

Rossini, très peu rassuré et craignant toujours une mauvaise plaisanterie de la part des abati romains, se détermine pourtant à faire semblant de s’éveiller et à ouvrir sa porte. On le saisit, on l’emporte sur le théâtre, plus mort que vif, et là il se convainc en effet que le Barbier a un immense succès. Pendant cette ovation, la rue de l’Argentina s’était remplie de torches allumées, on emporta Rossini jusqu’à une osteria
", où un grand souper avait été préparé à la hâte ; l’accès de folie dura jusqu’au lendemain matin."

Il n’y a aucune raison de mettre en doute ce récit de Stendhal quoiqu’il n’ait pas personnellement assisté à ces événements. En 1816, lors de cette première, il était à Milan. Il ne s’est rendu à Rome que du 13 décembre 1816 au 25 janvier 1817. Il n’empêche, il était en Italie à ce moment-là, il a toujours admiré et adoré Rossini, je suis convaincu qu’il ne raconte pas ici n’importe quoi. Quant à ces deux instruments dont toutes les cordes cassent ensemble dès le début, ce n’est pas un hasard mais à l’évidence un sabotage, et du coup on peut supposer que l’hilarité lors de son arrivée était orchestrée. Une hypothèse a été avancée : le ténor avait demandé à Rossini des modifications de sa composition et s’était vu opposer un refus. Or c’était un ami personnel de Pauline Borghèse, qui aurait monté cette machination pour le venger du maestro.

 

 346a Rome, fontana delle Tartarughe

 

346b Rome, fontana delle Tartarughe

 

346c Rome, fontana delle Tartarughe

 

 
Le deuxième but de notre promenade du jour n'est pas bien loin de l'Area Sacra. C'est la Fontana delle Tartarughe, ou Fontaine des Tortues, qui date de la fin du seizième siècle (1581-1584). Cette sontaine est située sur la place Mattei, du nom du palazzo qui s’y trouve. Guide Michelin en main, j’en cite quelques lignes : "Une légende romaine raconte que le duc Mattei, propriétaire du palais voisin et joueur invétéré, perdit sa fortune en une nuit. Son futur beau-père l’engagea alors à chercher une autre fiancée. Pour prouver qu’un Mattei, même ruiné, peut créer une merveille, il fit construire cette fontaine en une nuit".Tutti figli della stessa madre terraDans ce quartier, on voit de nombreuses boutiques très créatives. Par exemple, sur un mur a été peint un dessin au pochoir, comme on en voit un peu partout en France aussi, parmi les tags. Le propriétaire de la boutique, plutôt que de nettoyer la pierre de son mur, y a adapté un cadre, déformé en losange pour couvrir la forme du pochoir. Plus loin, une moitié de la boutique est occupée par ce tas de sable d’où émergent ces têtes de femmes. Sur la vitre, une affichette informe que cette œuvre de Fiorella Ivaldi, sculptrice, représente "

 
346d Rome, fontana delle Tartarughe

 


Sur cette même place, une plaque rédigée en latin est fixée au mur d’une maison. "Fernand Lorenzana habita cette maison, homme éminent par ses vertus très illustres, qui a accompli une œuvre remarquable et assidue pour la construction et la gloire de la Bolivie, du Costa Rica, de l’Équateur, du Guatemala, du Nicaragua, de la Nouvelle Grenade, des nations mexicaine, salvadorienne et vénézuélienne. La République Colombienne, célébrant le cent cinquantième anniversaire de la liberté [qui lui a été] rendue, par la pose de cette pierre consacre la mémoire reconnaissante d’un si grand citoyen. Année du Seigneur 1960".

 

347a Rome, Fiorella Ivaldi

 

 

Dans ce quartier, on voit de nombreuses boutiques très créatives. Par exemple, sur un mur a été peint un dessin au pochoir, comme on en voit un peu partout en France aussi, parmi les tags. Le propriétaire de la boutique, plutôt que de nettoyer la pierre de son mur, y a adapté un cadre, déformé en losange pour couvrir la forme du pochoir. Plus loin, une moitié de la boutique est occupée par ce tas de sable d’où émergent ces têtes de femmes. Sur la vitre, une affichette informe que cette œuvre de Fiorella Ivaldi, sculptrice, représente "Tutti figli della stessa madre terra", "tous fils de la même mère terre".

 

347b Rome, teatro de Marcello

 

Nous avons vu les deux éléments constituant le but de notre promenade, mais il est encore assez tôt, aussi continuons-nous notre descente vers le Tibre et le théâtre de Marcellus. J’en ai déjà montré des photos le 20 novembre, mais de loin. Le voici, impressionnant, en gros plan. Selon l’usage romain, la sœur d’Octave, l’empereur Auguste, s’appelait Octavie. Et cette Octavie avait un fils nommé Marcellus. L’empereur, inaugurant ce beau théâtre en 11 avant Jésus-Christ, le dédia à son neveu. Une fois de plus, je cite Stendhal : "Notre disposition à être touchés des choses antiques continuant toujours, nous sommes allés visiter les restes charmants du théâtre de Marcellus. C’est ce neveu d’Auguste, immortel à cause de quelques vers de Virgile : Tu Marcellus eris ! Ce grand poète les lut en présence d’Octavie, qui venait de perdre ce fils si aimable. […] Dix ans après la mort de ce Marcellus qui eût régné sur Rome, Auguste fit la dédicace de ce théâtre. Les Romains eurent le plaisir de voir tuer sous leurs yeux six cents bêtes féroces. Aujourd’hui, on chanterait une cantate où les vertus du prince seraient académiquement célébrées. […] Le jour de la dédicace du théâtre de Marcellus, la chaise curule d’Auguste s’étant rompue tout à coup, il tomba tout de son long sur le dos, ce qui fit grand plaisir aux vieux jacobins de Rome. […] Cette ruine est si jolie, entre si bien dans l’œil, comme disent les artistes, que la plupart des architectes, lorsqu’ils ont à placer l’ordre ionique sur l’ordre dorique, suivent les proportions du théâtre de Marcellus". À ces précisions historico-architecturales de Stendhal, j’ajoute que bien des pierres du troisième niveau ont été utilisées pour la construction du palais Farnèse, actuellement ambassade de France.

 

347c Rome, San Nicola in Carcere

 

Nous passons ensuite devant l’église San Nicola in Carcere. Comme on le voit, cette église dotée d’une façade fin seizième siècle s’appuie sur un bâtiment beaucoup plus ancien, qui a même intégré des colonnes du portique d’un temple dédié à la Piété, lui-même succédant à une prison (carcer, en latin) du deuxième siècle avant Jésus-Christ. On raconte qu’un vieil homme, à moins que ce ne soit une vieille femme, avait été enfermé dans cette prison, condamné à y mourir de faim et de soif, mais sa fille l’avait nourri de son lait et ces circonstances touchantes avaient entraîné sa grâce, on avait donné de la nourriture à l’une et à l’autre, et en 149 le temple a remplacé la prison. C’est de ces événements, présentés comme historiques et non légendaires, qu’est né le thème fréquent en peinture de la charité romaine, cette représentation d’une jeune femme donnant le sein à un vieillard.

 

347d Rome, temple de Vesta

 

Arrivant au temple dit de Vesta que j’ai déjà montré lors de notre visite le 27 décembre à la Bouche de la Vérité, mais que je mets ici dans son habit de nuit, nous décidons de rentrer à pied jusqu’au métro Piazza di Spagna, ce qui représente une bonne distance pour nous dégourdir les jambes.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Pierredechalon 13/01/2010 16:25


C'est avec un immense plaisir que j'ai pris connaissance de vos dernières ballades romaines.L'authenticité de votre témoignage, tant dans l'écriture que dans les photos est un vrai régal. J'attends
avec impatience les prochains épisodes. Bonne continuation et bravo! Pierredechalon


Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche