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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 09:00

895a Périclès

 

Pour diverses raisons, nous avons passé l’hiver à Athènes à notre retour d’Istanbul, et nous allons partir pour la France via l’Italie. Je viens de publier des articles portant sur quelques-unes de nos visites en Attique dans ces trois mois, mais avant de partir (provisoirement) je voudrais ajouter quelques images d’Athènes. Nous sommes dans la cité où est née la démocratie sous l’égide de Périclès, il me faut donc montrer ce monsieur. On sait que sa naissance avait dû être aidée de forceps, ce qui lui avait laissé un crâne allongé. Les modernes psychiatres diraient qu’il en était complexé, car pour le cacher il ne quittait jamais son casque en public. À part ce détail, cette statue est moderne et risque donc de ne pas être très ressemblante.

 

Parlant de démocratie, il faut cependant ne pas identifier nos régimes actuels avec celui d’Athènes dans la seconde moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ du temps de Périclès. En effet, la population de la cité (ville et alentours) est estimée à vingt mille citoyens environ, les femmes, les enfants, les métèques, les esclaves n’ayant pas voix dans les assemblées citoyennes. Vu ce nombre restreint de votants, la démocratie pouvait matériellement être directe, et la majorité des votes émanait directement des citoyens. Avec plusieurs dizaines de millions de citoyens et en outre distants de la capitale de près de mille kilomètres pour certains d’entre eux, notre démocratie est nécessairement représentative. Autrement dit, nous élisons en vote direct des hommes et des femmes censés nous représenter, des députés pour le pouvoir législatif, et pour le pouvoir exécutif le gouvernement reflète la majorité législative et le président de la République est élu lui aussi au suffrage direct. Dans ces conditions, nos “représentants” doivent nous représenter… S’il y a une manifestation, il y a dysfonctionnement: ou bien ce sont les représentants du peuple qui trahissent leurs électeurs, ou bien ce sont certains électeurs qui ne respectent pas ce qui émane de la volonté de la majorité, et qui s’opposent à la démocratie. Et il faut bien reconnaître que ce sont bien souvent, hélas, les élus qui ne respectent pas la volonté des électeurs et n’accomplissent pas leurs promesses électorales, mais on doit aussi constater que parfois les électeurs rejettent au moment de l’exécution des décisions qui étaient prévues dans le programme du candidat qui a été élu. Alors parfois j’entends dire que la gestion administrative, économique, sociologique est si complexe de nos jours que le citoyen moyen ne peut valablement exprimer une opinion valide parce qu’il ne possède ni la totalité des données du problème, ni la compétence technique pour envisager les moyens d’action et les conséquences de telle ou telle action. Et c’est sans doute partiellement vrai, mais l’argument est terriblement dangereux, parce qu’il signifie que les citoyens sont incapables d’opiner intelligemment, et par voie de conséquence il déroule le tapis rouge à la dictature d’un “despote éclairé”. Peut-être ici ou là y a-t-il quelques personnes qui s’accommoderaient de ce type de régime, mais je suis convaincu que la quasi-totalité des citoyens de France –dont je suis– rejetteraient avec horreur un régime autoritaire. Cela dit, j’y reviens, dans une démocratie représentative bien gérée, une manifestation de rue ne devrait pas pouvoir exister. Mais Périclès m’a entraîné bien loin d’Athènes.

 

895b1 anciens murs d'Athènes

 

Revenons à l’Athènes antique. Dans ce pays dont la civilisation est si ancienne, il n’est pas possible de creuser les fondations d’un immeuble, de tracer une ligne de métro, sans tomber sur des vestiges du passé. Ici (ma photo ci-dessus), ce sont des fragments du mur de Thémistocle (479 avant Jésus-Christ). On a identifié ce qui est très probablement la base d’une tour, le rempart extérieur, un fossé, ainsi qu’une chaussée marquée par les ornières causées par les roues des chars. Cette rue traverse le mur et la route périphérique. On l’a donc identifiée avec la route qui mène à Acharnes, faubourg d’Athènes situé plein nord de la ville (dans sa comédie Les Acharniens, qui a obtenu un premier prix à sa présentation et qui est un plaidoyer contre la guerre, Aristophane met en scène les habitants de cette ville, partisans de la guerre pour préserver leurs petits intérêts particuliers). La porte d’Acharnes n’a pas été formellement trouvée, mais il ne fait aucun doute qu’elle se trouvait ici.

 

895b2 route acharnienne à Athènes

 

Tout près de là, se trouve la place Kotzia, sous laquelle une bonne gestion de la ville a fait prévoir un parking souterrain. Projet avorté, parce que l’on est tombé sur des ruines antiques. Et, de 1985 à 1988, on a procédé aux fouilles archéologiques. On est ici hors les murs de Thémistocle, ce n’est pas un tronçon urbain de la rue d’Acharnes que l’on a découvert, mais trois voies dont le début de la route d’Acharnes. Et selon l’usage antique, des tombes ont été établies le long de la route, on a mis au jour un très dense cimetière en usage du neuvième siècle avant Jésus-Christ au troisième siècle de notre ère. Six cent soixante-douze tombes ont été retrouvées, contenant beaucoup d’offrandes funéraires. En 267, les Hérules, un peuple germanique venu de Scandinavie, déferlent sur Athènes et la pillent. À partir de cette époque de l’Empire Romain, le cimetière n’est plus utilisé, des ateliers de poterie et des maisons d’habitation sont venus le recouvrir ainsi que la route qui, en conséquence, n’était plus en usage. Ces fouilles ont mis au jour plus de trente fours de potiers, leur foyer inférieur, leur chambre de cuisson au-dessus, et deux d’entre eux avaient encore en place leur grille de terre cuite sur laquelle étaient posées les poteries à cuire. Ces ateliers ont continué à fonctionner durant tout le quatrième siècle.

 

895b3 Iera Odos à Aigaleo

 

Ailleurs, en creusant la station de métro Aigaleo (parfois transcrit Égaléo), on a retrouvé la célèbre Iera Odos (Voie Sacrée) qui menait à Éleusis. Là encore, on a préservé le site et on l’a juste protégé d’un toit et entouré au niveau de la rue contemporaine d’un garde-fou. La place sur laquelle se trouve la station de métro Aigaleo et ces restes de la route antique se trouvent à deux pas de la moderne rue, large et à très forte circulation qui porte ce nom de Iera Odos et que bordent toutes sortes d’industries. Quelques centaines de mètres plus au nord, le Leoforos Athinon (avenue d’Athènes), qui lui est parallèle, est la route moderne d’Éleusis et de Corinthe.

 

895c1 Athènes, sanctuaire de Zeus

 

Continuant à relever les sites antiques autres que les plus célèbres, le Parthénon ou l’agora, on trouve au pied du flanc nord de la colline de l’Acropole ce sanctuaire de Zeus. Mais j’avoue que sans l’indication qui en est donnée j’aurais eu du mal à l’identifier…

 

895c2 la voie des Panathénées

 

895c3 Athènes, le Théseion et l'agora

 

Nous voyons ici un Éleusinion et la route des Panathénées, cette grande célébration comportant une procession solennelle. Dans ce mot, on trouve “pan” qui signifie “tout”. En effet, l’Attique aurait été divisée, selon l’histoire légendaire, en douze communautés et c’est Thésée, le roi d’Athènes qui a succédé à son père Égée, qui serait parvenu à les unir en une seule cité-état. Depuis ce temps, on célébrait l’union des “Panathénées”. L’Éleusinion est un sanctuaire dédié à Déméter et Perséphone, rappelant dans la ville celui d’Éleusis. Au sixième siècle avant Jésus-Christ, il y avait déjà ici un autel à ciel ouvert. Au cinquième siècle est venu s’ajouter un petit temple ionique. La route des Panathénées, qui venait du quartier du Céramique et se rendait à l’entrée de l’Acropole, traversait en diagonale la place centrale de l’agora et venait longer ce sanctuaire.

 

895d1 l'Acropole vue de la colline de Philopappos

 

895d2 le Parthénon vu de la colline de Philipappos

 

895d3 l'Acropole au-dessus du théâtre de Dionysos

 

L’une de nos promenades favorites dans le centre de l’Athènes antique est celle qui monte sur la colline de Philopappos, juste en face de l’Acropole, au sud-ouest. Déjà à mi-hauteur une ouverture dans la végétation offre une vue sur l’Acropole avec le Parthénon, les Propylées, le théâtre d’Hérode Atticus, et en arrière-plan sur la droite la colline pointue du Lycabette. Du côté est du flanc sud de l’Acropole, se situe le grand théâtre de Dionysos et ma troisième photo est cadrée derrière lui, sur le mur de soutien de la terrasse de l’Acropole derrière le Parthénon.

 

895d4 le monument de Philopappos

 

895d5 le monument de Philopappos

 

Quand on arrive au grand monument que sa sœur avait fait ériger en souvenir de Philopappos, petit-fils du dernier roi de Commagène (voir mon article Fête nationale à Athènes daté du 25 mars 2011), on est au sommet de la colline, mais on peut s’avancer ensuite vers le sud jusqu’à son bord abrupt. C’est dans cette direction que j’ai pris les deux photos ci-dessus.

 

895e1 depuis Philopappos, Falère

 

895e2 Phalère et le Pirée

 

895e3 vue depuis Philopappos

 

De là, on a sous les pieds un très vaste panorama sur la ville. Tournant du sud vers l’ouest, on voit d’abord Falère (ou Phalère), le port d’Athènes avant que Thémistocle fasse équiper le Pirée. Comme on peut le constater, Falère est visible d’Athènes (première photo), pas le Pirée (deuxième photo). La troisième photo est prise plein ouest.

 

895f1 station de métro Akropolis

 

Cette photo de la station de métro Acropole est dédiée à ceux qui prétendent que les Grecs sont sales, et que leur métro est répugnant. La photo ci-dessus n’a pas été prise tôt le matin à l’ouverture de la station juste après le ménage, mais à 15h37 un vendredi.

 

895f2 station de métro Megaro Mousikis

 

895f3 station de métro Megaro Mousikis

 

895f4 la Callas, station de métro Megaro Mousikis

 

Et ici, nous sommes dans la station de métro Megaro Mousikis (littéralement “Grande salle de Musique”, un grand bâtiment moderne comportant plusieurs salles de concert à l’acoustique étudiée). La décoration représente, sur le carrelage des murs, des oiseaux en mosaïque posés sur des fils comme des notes de musique sur une portée, et certains s’envolant comme des notes légères. Et puis au-dessus de l’escalator, cette immense photo de Maria Callas.

 

895g1 Athènes, le marché, boucheries

 

Et puis parce que la vie se maintient aussi en mangeant, faisons un petit tour au marché central d’Athènes. Le grand bâtiment ci-dessus est entièrement consacré aux bouchers, tandis que les poissonniers occupent juste à côté un autre grand bâtiment. Les fruits et légumes sont vendus de l’autre côté de la rue, mais dans des boutiques accolées, pas dans un bâtiment unique.

 

895g2 Athènes, la foire aux livres

 

Pour terminer cet article de promenades dans Athènes, revenons à la culture, c’est plus noble que la viande (bof!). Sous un chapiteau se tient chaque année pendant quelques jours une foire aux livres où toutes sortes d’ouvrages sont soldés. Et l’on voit que les Athéniens viennent en nombre y faire leurs provisions. Ici, les touristes ne viennent pas, aussi la quasi-totalité des livres sont en grec. Mon niveau de langue ne me permet pas de lire couramment des romans ou des textes compliqués, mais j’ai quand même pu trouver deux ou trois livres à ma portée.

 

Et voilà, nous allons quitter pour quelques mois cette ville que nous aimons. Mes prochains articles porteront sur notre lent retour vers la France, avec quelques étapes encore en Grèce et d’autres, bien plus nombreuses, en Italie.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Annick Giagnoli 05/07/2014 09:52

Monsieur
Merci pour votre blog.
En attendant votre retour en Grèce... je relirai avec plaisir et délectation vos articles !
Excellent été et cordiales salutations
Annick Giagnoli

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