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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 11:56
De France et de Biélorussie, nous voici enfin de retour à Athènes. Et nous allons y rester encore un certain temps et cela pour plusieurs raisons. D’abord, en France, on me refuse le renouvellement de mon passeport et de ma carte d’identité, parce que je ne réside pas. Je me fais donc inscrire comme résident français dans notre consulat à Athènes et je fais refaire mon passeport. D’autre part, nous avons vu qu’il y avait plusieurs expositions temporaires intéressantes. Et enfin nous nous plaisons bien dans cette ville. Je consacre donc un article un peu fourre-tout à notre vie de résidents.
 
795a1 fouilles antiques dans le métro à Monastiraki
 
795a2 Traces de l'Antiquité à la station Monastiraki du m
 
795a3 Legs de l'Antiquité dans le sous-sol au métro Monas
 
Partout à Athènes, et je devrais même dire partout en Grèce, dès qu’on creuse un peu le sol on trouve des vestiges de l’Antiquité. On ne compte plus les stations de métro comportant des vitrines avec un mini-musée où sont montrées des poteries découvertes en creusant les galeries, ou des parois protégeant d’une vitre quelques mètres de canalisations d’époque classique, ou diverses autres choses. Ici, nous sommes à la station de métro Monastiraki. Le creusement de la station a dû être mené en parallèle avec des fouilles archéologiques qui ont mis au jour des habitats du huitième siècle avant Jésus-Christ au dix-neuvième siècle de notre ère. La rivière Eridanos qui part des pentes du Lycabette coule à travers Athènes avant d’aller se jeter dans l’Ilissos. De nos jours il est à sec à certaines périodes mais dans l’Antiquité il était toujours alimenté, et plus abondamment lors des pluies abondantes. Son lit faisait 2,60 mètres de large, bordé d’un sentier sur chaque rive. À l’époque de l’empereur romain Hadrien (117-138 de notre ère) la partie de son cours qui traversait la ville a été couverte d’une voûte de briques reposant sur les sentiers, et il a été utilisé comme égout, l’eau claire entraînant les eaux usées. La voûte recouverte de terre a supporté une rue ou un portique, et de part et d’autre, à une distance de 4,50 mètres, des bâtiments la bordaient, maisons d’habitation, ateliers d’artisans, entrepôts. Innombrables sont les découvertes que l’on a faites ici, ruines d’architecture, sculptures de marbre, sols de mosaïque, peintures murales, poteries, pièces de monnaie, objets métalliques ou en os, chacun de ces éléments permettant de dater le lieu de la découverte.
 
795b1 Expo photo d'Eugenie Coumantaros au musée d'Art Cycl
 
Le musée d’Art cycladique présentait une exposition de photographies de Eugenie Coumantaros, une photographe grecque qui a étudié la littérature anglaise à Princeton avec une mineure en photographie. Je me rappelle avoir apprécié une exposition de ses œuvres à l’annexe de Sparte de la Galerie Nationale en juin dernier.
 
795b2 Expo photo d'Eugenie Coumantaros au Cycladique, à At
 
795b3 Expo photo d'Eugenie Coumantaros à Athènes
 
795b4 Expo photo d'Eugenie Coumantaros à Athènes
 
Celle-ci s’intitule Beyond White. C’est une vision très personnelle des petites églises orthodoxes toutes blanches qui parsèment les paysages des îles grecques. Elle a ce don d’isoler des formes, et de jouer avec les couleurs, ici le blanc.
 
795c1 Expo Destruction de Smyrne, au musée Benaki
 
795c2 Expo Destruction de Smyrne, au musée Benaki
 
Une autre exposition était proposée par le musée Benaki. Elle a, paraît-il, nécessité quatre années de travail. Elle se rapporte à la destruction de Smyrne par les Turcs en 1922 (sur ma photo, on lit "ê katastrophê", mais le français a modifié le sens de ce mot qui nous vient du grec, car dans cette langue il signifie "destruction"). J’avais le droit de prendre des photos dans le hall devant la porte de la salle (celles que je montre ci-dessus), mais pas dans l’exposition elle-même, hélas. Je dois donc parler des événements sans images. Smyrne était dans l’Empire Ottoman, mais c’était une ville très cosmopolite, comprenant des Turcs, bien sûr, mais exerçant généralement des métiers manuels, et puis des Grecs, des Arméniens, des Juifs, des Occidentaux, qui s’adonnaient au commerce et menaient une vie aisée. Tout cela a fini par un bain de sang, la ville incendiée, des milliers de Grecs obligés de rejoindre une patrie qu’ils ne connaissaient pas (cf. les Pieds Noirs en 1962) et de repartir à zéro, d’autres étrangers refusés sur les navires qui n’étaient pas sous pavillon de leur pays. Aujourd’hui, Izmir qui succède à Smyrne est rebâtie complètement neuve car il n’y avait plus rien sous les cendres fumantes. Le musée Benaki gère trois centres, celui qui est proche du sénat et qui héberge cette exposition, celui du quartier du Céramique (art islamique) et un centre culturel dans une zone industrielle reconvertie, où nous nous sommes rendus parce que l’exposition est complétée par un film qui dure près de deux heures et montre des documents d’époque et retrace les faits. Tout cela est à la fois passionnant sur le plan historique mais aussi et surtout poignant sur le plan humain. D’ailleurs, devant les photos, et plus encore à la sortie de la salle de cinéma, beaucoup ne retenaient pas leurs larmes.
 
795d1 L'agora d'Athènes, vue de l'Aréopage
 
795d2 Vue de l'Aréopage, l'agora d'Athènes
 
795d3 Vu de l'Aréopage, le Lycabette, à Athènes
 
795d4 Vue de l'Aréopage à Athènes, l'Acropole
 
Nous n’étions jamais montés sur l’abrupte colline de l’Aréopage, un gigantesque monolithe de marbre gris. Son nom signifie "colline d’Arès", nom donné depuis que, un fils de Poséidon ayant violé la fille d'Arès sur cette colline, Arès avait été jugé par les dieux pour avoir tué le coupable, et avait été acquitté. On avait conservé l'habitude de s'y réunir pour juger des affaires criminelles, les juges étant choisis pour leur probité, leur indépendance, leur réputation d’honnêteté. C’est un lieu d’autant plus important que pour soustraire Oreste aux Érinyes qui sont chargées de venger les crimes de sang, Athéna avait obtenu d’elles qu’après le meurtre de Clytemnestre il soit jugé sur l’Aréopage. De là, on a une vue imprenable sur l’agora ancienne (deux premières photos), sur le Lycabette (troisième photo) et sur la toute proche Acropole (dernière photo).
 
795e1 L'UE participe aux fouilles de l'Académie de Platon
 
Il est un lieu symbolique à Athènes, c’est celui où Platon a professé ses idées philosophiques, à savoir l’Académie, dont le nom vient de celui du héros Académos enterré dans les parages. Une rue toute droite partant du Céramique menait en une quinzaine ou une vingtaine de minutes à pied à cette banlieue d’Athènes. Platon avait acheté ce vaste terrain et y avait fait bâtir un gymnase, c’est-à-dire un lieu où l’on s’entraînait à des exercices physiques, auxquels sont liés les exercices intellectuels et donc salles de conférence, salles d’étude, bibliothèque, ainsi que les lieux nécessaires pour l’hébergement de ses disciples, le tout dans de vastes jardins avec un temple d’Athéna. Platon a fondé son Académie vers 388, soit onze ans après la mort de son maître Socrate en 399, et y a enseigné pendant une quarantaine d’années. Voilà pourquoi il était indispensable pour nous d’aller sur les lieux. L’Union Européenne participe au financement de travaux évalués à deux millions d’Euros selon ce panneau qui dit "Création d’entrepôts muséologiques et consolidation de sections du site archéologique de l’Académie de Platon".
 
795e2 Débris de poteries à l'Académie de Platon
 
Le long d’une petite rue, un espace bien gardé par une grille surmontée de barbelés et garni de baraques de travaux type Algeco accumule pierres, tuiles, fragments de poteries, tambours de colonnes, tout un tas de produits de fouilles peu compréhensibles. Mais il est sûr qu’après organisation, il y aura à voir, d’autant plus que la protection du site signifie qu’il y a risque de vol d’antiquités intéressantes.
 
795e3 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
795e4 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
795e5 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
Mais de l’autre côté de la rue, la grille est celle d’un jardin public, et les Athéniens y viennent faire leur jogging, lire sur un banc, jouer au ballon, promener la poussette de bébé, se laisser promener par leur chien qui les tient en laisse ou vaque seul à ses occupations sur les pelouses. Et là, épars dans ce vaste parc public, on trouve ici ou là des ruines qui, de toute évidence, datent de l’Antiquité et sont en accès tout à fait libre. Libre aussi de toute explication, hélas. Ce que sont les bâtiments de mes photos, je l’ignore. Le plan que laisse imaginer ma seconde photo, la construction de ce soubassement en gros blocs de pierre, pourrait évoquer le sanctuaire d’Athéna. Simple supposition que le premier archéologue venu démentirait peut-être avec vigueur…
 
795f1 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
Curieux, de ma part, de publier cette photo. Les deux mots, en bas, "kados perittômatôn" signifient "poubelle". On s’en serait douté. Mais ce qui a retenu mon attention et qui m’a amusé, c’est le nom de Crottinette qui révèle une importation française et manifeste le souci de propreté publique (même si la réserve de sacs destinés au ramassage d’excréments canins est épuisée).
 
795f2a Tortues d'eau dans les jardins du Sénat, à Athène
 
795f2b Tortues et pigeons, jardins du Sénat, Athènes
 
Lors de chacun de nos déplacements au consulat de France, nous avons préféré, au lieu de prendre la correspondance du tramway à la sortie du métro à Syntagma, nous y rendre à pied en traversant le très agréable jardin public du Sénat, autrefois jardin du palais royal. C’est en même temps un jardin botanique, où quelques espèces d’arbres rares portent une étiquette mentionnant leur nom courant en grec et en anglais et leur nom savant en latin. Et puis il y a un bassin où grouillent les tortues d’eau. Un jour que nous étions en train de les observer s’évertuant de s’escalader les unes les autres, une dame est arrivée avec une de leurs consœurs dans un sac plastique et l’a lâchée dans le bassin. C’est sûr, on achète une adorable bestiole dont la carapace mesure deux centimètres de diamètre, et au bout de quelque temps on a un monstre de trente centimètres. Si l’on n’a pas la cruauté de tuer la tortue on est bien embarrassé. On le voit, les pigeons prennent leurs carapaces pour des rochers. C’était l’inverse pour l’aigle qui, à Gela en Sicile, en 456 avant Jésus-Christ, ayant saisi dans ses serres une tortue et sachant bien ce qu’elle était, avait pris de l’altitude et l’avait lâchée pour que se brise sa carapace sur ce qu’il avait pris pour un rocher, à savoir le crâne chauve du poète tragique Eschyle, le tuant. Légende moqueuse évidemment inventée par ses détracteurs.
 
795f3 jars dans les jardins du Sénat à Athènes
 
795f4 Bouc (capra aegagrus), jardin du Sénat, Athènes
 
Il y a aussi des enclos regroupant des animaux, très amusants à regarder mais à vrai dire pas très exotiques. Des paons, des lapins, des oies (avec des jars qui cherchent à se faire remarquer de ces dames par trop indifférentes), et ce bouc dont une plaque fixée sur le tronc d’un arbre donne les caractéristiques. Nom latin, Capra aegagrus, taille 1,40 mètre, poids 75 kilogrammes, espérance de vie 15 ans, et puis les remarques particulières "La ligne noire sur la colonne vertébrale est la caractéristique de l'authenticité. Les nœuds dans ses cornes indiquent son âge", selon ma traduction personnelle. J’ai cherché le mot KOMPOS dans mon dictionnaire et sur Internet, toujours la même traduction "nœud". En regardant ma photo du bouc, je ne vois pas quels peuvent être les "nœuds" des cornes de cet animal qui en indiquent l’âge. S’il s’agissait des anneaux il y en aurait beaucoup plus que les quinze maximum que l’on pourrait attendre…
 
795f5 Chats dans les ruines de la bibliothèque d'Hadrien
 
Poursuivons nos promenades. Et puisque je parle d’animaux, voilà une confrérie de chats qui n’ont pas payé leur billet d’entrée sur le site de la Bibliothèque d’Hadrien et qui se prélassent insolemment sur les étagères où les archéologues ont religieusement amassé leurs trouvailles.
 
795g1 Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721
 
795g2 Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721
 
Lorsque nous avions visité l’agora romaine, le 30 octobre dernier, j’avais évoqué la Medrese, l’école théologique ottomane, datant de 1721 et seulement entrevue depuis le site romain. Puisque nous passons devant ce qui en reste, j’en profite pour montrer un peu mieux ce portail.
 
795h1 Athènes, tango dans la rue pour publicité
 
Je voudrais terminer cet article par quelques scènes de rue. Comme ce couple en costume esquissant au milieu de la rue et sous l’œil amusé des badauds (dont nous faisons partie, évidemment) quelques pas de tango dénotant des danseurs bien peu professionnels. C’est que ce sont plutôt des mannequins, et une photographe les mitraille tandis qu’une autre personne réclame tel ou tel mouvement. Nous sommes tombés sur une séance de prise de vues publicitaires.
 
795h2 Athènes, en route pour relève de la garde
 
Tant de fois nous avons vu la relève de la garde devant le Parlement que nous n’y assistons plus. Nous avons vu le costume d’été, le costume d’hiver, le costume de grandes cérémonies. Mais aujourd’hui, alors que nous nous promenons boulevard de la Reine Sophie, nous croisons ce petit détachement qui vient de la caserne et va prendre la relève. Je crois n’avoir pas encore montré ici la tenue d’hiver.
 
795h3 graffito athénien
 
En France, lors de notre séjour, les seules questions qui nous ont été posées sur la Grèce concernaient la situation économique, les manifestations, les violences. Oui, il y a une crise économique et politique grave. Oui, les mesures d’austérité sont extrêmement sévères, oui elles sont très douloureuses pour le plus grand nombre. Oui, les images de violences montrées à la télévision sont bien réelles. Mais elles sont circonscrites à la place de la Constitution (Syntagma, devant le Parlement) et aux rues avoisinantes, le touriste ne court aucun danger sauf celui d’aider le pays en y venant et, alors que pendant un an nous avons sillonné le pays et vu des merveilles, célèbres comme Delphes ou Cnossos, moins visitées des Français comme Ioannina, le Magne ou la Canée, ces sujets semblent ne pas intéresser grand monde. Alors puisque tel est l’unique centre d’intérêt, parlons des problèmes en montrant ce graffito dans la rue. Un ouvrier portant une pancarte "Je suis en grève" chasse d’un coup de pied dans le derrière un homme au ventre rebondi en complet et chapeau, politicien ou banquier, je ne sais. "Ouste!"
 
795h4 Métro d'Athènes. Non, il ne pleut pas dans les coul
 
Ce jour-là, il pleuvait sur Athènes. Mais cette dame est entrée dans le métro, oubliant de refermer son parapluie. Lorsque j’ai pris ma photo, cela faisait bien deux minutes qu’elle marchait ainsi. Il m’a fallu extirper mon appareil du fourre-tout où je l’avais protégé de la pluie tout en me débattant avec les diverses emplettes effectuées en ville, et malgré ce retard j’ai quand même réussi à déclencher avant que, se rendant enfin compte que les couloirs du métro étaient étanches, elle ne referme son inutile parapluie.
 
795i mes coiffeuses à Athènes
 
Je ne voudrais pas quitter Athènes sans un mot de publicité (gratuite!). À Melun, j’avais ma coiffeuse attitrée et chaque fois que j’allais faire tondre mes (rares) cheveux, la relation était amicale. Eh bien ici à Athènes, nous avons passé tant de temps que nous y avons pris nos habitudes. Et nous avons déniché un salon de coiffure sans prétention, aux tarifs plus que raisonnables, mais d’excellente qualité, tant pour Natacha que pour moi. Et, ce qui est aussi très important lorsque l’on confie sa tête à quelqu’un, les deux (charmantes) jeunes femmes qui y officient, Viki à droite sur ma photo, ainsi que son assistante à gauche, sont gentilles, attentionnées, sympathiques. Leur anglais étant limité, la conversation en grec est nécessairement basique, mais avec des gestes (modérés pour ne pas faire dévier les ciseaux), des mimiques et un peu de bonne volonté, on communique très bien. Pour qui, de passage à Athènes ou y résidant, voudrait une bonne adresse, c’est dans la galerie du n°56 de la rue Panepistimio.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

univ 17/11/2015 11:34

Très intéressant article, et même les adresses sont utiles.
merci

Elodie 31/03/2015 15:48

Merci pour cet article et ces adresses qui m'ont été bien utiles (quoique je n'ai pas réussi à trouver le salon de coiffure) lors de mon séjour à Athènes. J'y suis restée pendant un mois afin d'explorer la ville et de trouver de bonnes adresses que je partage sur mon site http://www.goodmorningeurope.fr J'espère qu'elles vous seront utiles si vous y retourner :)

clovis simard 21/10/2012 18:17

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.20 - THÉORÈME de la CHUTE. CHAOS de l'Empire Romain.

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  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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