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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 20:22

Nous voici à Bari, la capitale de la région des Pouilles. À l’époque romaine, Barium (Bari) est loin d’avoir l’importance de ses voisines Taras (Tarente) ou Hydruntum (Otrante). Mais les Byzantins s’y sont installés, et lors des guerres de Byzance contre les envahisseurs Lombards Bari a été la tête de pont en Italie de la ville du Bosphore, centre stratégique, et au dixième siècle elle devient le siège de l’administration de toutes les possessions de Byzance en Italie. En 1071, elle est prise par Robert Guiscard. Comme ses voisines, elle voit l’embarquement des Croisades. Puis le règne de Frédéric II est la charnière entre son époque brillante et son déclin de plus en plus prononcé sous les Anjou et les Aragonais. Arrive l’époque napoléonienne et le règne de Murat, salué par la population comme un retour à la grandeur, parce qu’il étend la ville en traçant de grands axes qui lui permettent de se développer harmonieusement sans toucher au centre ancien. De retour en 1815, les Bourbons (d’Espagne) poursuivront l’œuvre commencée selon les plans de Murat. Enfin, dans l’Italie unifiée de 1860, Bari trouve son rôle de métropole régionale, mais poursuit son développement de façon anarchique. Il y a donc trois Bari : l’attachante ville ancienne, la noble ville de Murat, la quelconque, désordonnée et laide ville contemporaine. Aujourd’hui, Bari dépasse allègrement les trois cent mille habitants.

 

624a1 Bari, Lungomare

 

624a2 Bari, Lungomare 

624a3 Bari, Lungomare 

Nous avons trouvé au cœur de Bari, à un quart d’heure à pied de la vieille ville, un parking gardé jour et nuit qui accueille les camping-cars en toute sécurité, propose une connexion électrique, vidange des eaux usées et des toilettes chimiques, provision d’eau sanitaire et de consommation. On est à l’étroit entre deux voitures, mais ainsi on est à l’abri des cambriolages de notre domicile infiniment plus vulnérable qu’un appartement, on ne dépend pas des passages de bus aléatoires et qui ne circulent pas en fin de soirée, on n’a pas de problèmes de circulation dans des rues étroites totalement impraticables avec un véhicule de la taille du nôtre, ni de problèmes de stationnement. Sauf deux ou trois fois en dix jours de séjour à Bari, nous ne bougerons pas le camping-car de notre parking, et chaque jour nous longerons à pied le front de mer. Je me suis quotidiennement posé une question à laquelle personne n’a su me répondre, jugeant même étrange ma question : Ces jets d’eau qui montent haut dans le ciel, mais fonctionnent à des heures variables, parfois la nuit et pas le jour, certains élevés et d’autres bas ou même arrêtés mais pas toujours les mêmes, ces jeux n’étant visiblement pas déterminés par une machinerie compliquée qui les programmerait, je me demande s’ils sont produits par des pompes électriques capricieuses ou si ce ne sont pas plutôt des pressions tectoniques, ou gazeuses souterraines, qui meuvent des pompes, ou des forces de courants marins, ou encore si ce sont des sources sous-marines canalisées, que sais-je encore ? On voit ces jets d’eau sur ma première photo (15h21), et sur la seconde rien ne fonctionne (15h12 un autre jour). Sur la troisième, de l’autre côté de cette grande jetée se trouve le port industriel de Bari, tandis que la vieille ville commence à gauche, au débouché de la jetée.

 

624a4 Bari, Lungomare 

Sur cette photo où l’on aperçoit vaguement, dans le fond, le château d’époque normande et souabe, nous sommes au débouché de la ville de Murat sur la vieille ville, et cette avenue du bord de mer est gagnée sur la mer. Le courant ramène dans cette anse les détritus jetés dans la baie, et l’on peut voir que malheureusement bien des gens confondent la mer avec les bennes à ordures placées un peu partout. C’est désolant. Dans la rue, on prend la dernière cigarette du paquet et, d’un geste naturel, on laisse tomber l’emballage à ses pieds. On mange une pizza sur un banc public et on laisse le carton sur le sol, à deux mètres de la benne. Un type, voiture garée le long du front de mer (sous un panneau d’interdiction, cela va de soi) refait le plein d’huile de son moteur puis, avant de refermer le capot, lance d’un geste large le bidon d’huile vide à la mer. Mais devant moi, une Noire fait un grand détour pour aller mettre son petit papier de bonbon dans une corbeille ; et après cela, évidemment, on va entendre des racistes dire : ces gens-là ne savent pas ce que c’est d’être propre.

 

624a5 Bari vu par Saint-Non

 

624a6 Bari vu par Saint-Non 

J’ai déjà eu l’occasion de parler dans ce blog de l’abbé de Saint-Non (il écrit Non avec N final, mais son titre d’aristocratie tient à Saint-Nom-la-Bretèche, avec un M) qui a publié dans les années 1780 le récit de son voyage en Italie, abondamment illustré de gravures réalisées d’après les dessins de l’un de ses compagnons de voyage du nom de Desprez. Il intitule la première Vue de la ville et du port de Bari, et l’autre Vue de l’entrée et d’une des portes de la ville de Bari dans la Pouille : ville anciennement appelée Barium ou Barinon.

 

624b1 Bari, vieille ville 

624b2 Bari, la città vecchia 

624b3 Bari 

Nous avons parcouru la ville en tous sens pendant dix jours, nous avons flâné dans ses ruelles, nous sommes allés deux fois voir le château, trois fois la cathédrale, cinq fois la basilique Saint-Nicolas. Chaque jour, je suis revenu au camping-car avec une moisson de photos, chaque soir j’ai rédigé mes commentaires. Et puis comme je suis très en retard dans la publication de mes articles, nous avons quitté Bari sans que j’aie publié ce fatras désordonné de notes partielles. Aussi, j’ai jugé plus logique et plus intéressant, avant de publier, de reprendre le tout et de l’ordonner par sujet plutôt que par date. Ainsi, j’ai structuré mes notes et mes photos en six thèmes :

 

1/ Promenades dans Bari

2/ La cathédrale San Sabino de Bari

3/ Bari, le château normand et souabe

4/ La basilique Saint Nicolas de Bari

5/ La pinacothèque provinciale de Bari

6/ Citadella della Cultura

 

Ci-dessus, des photos prises à la nuit tombée. Même en réglant la balance des blancs sur lumière artificielle chaude, elles sont rouges et je ne suis pas parvenu, avec l’excellent Photoshop, à obtenir une teinte neutre. Finalement, c’est en noir et blanc qu’elles rendent le mieux l’impression que j’ai ressentie en les prenant. La première est prise sur la place de la cathédrale, l’église étant dans mon dos. La seconde est une petite rue comme il y en a tant dans la ville ancienne. On se dirait dans un décor de Cinecittà ! La troisième montre l’entrée d’un riche hôtel particulier, un palazzo.

 

624b4 Bari, Ingredere has edes quisquis amicus eris 

624b5a Post tenebras spero lucem 

624b5b Bari 

Voici d’autres palazzi de la vieille ville. Sur le linteau de portail du premier palazzo, on peut lire l’inscription en latin "Ingredere has edes quisquis amicus eris" (Qui que tu sois entre dans cette maison, tu seras un ami). Comme toujours, le Æ du latin classique est remplacé par E dans ædes.

 

Le second palazzo mérite deux commentaires. La famille noble des Sforza est célèbre en Italie, elle a donné les ducs de Milan parmi lesquels, par exemple, Ludovic le More (1451-1508). Le frère de Ludovic, Galeas, a eu deux filles et un fils, et ce fils a eu un fils et une fille prénommée Bona. Cette Bona Sforza (1494-1557) est donc petite-fille du duc de Milan Galeas Sforza et petite-nièce du duc de Milan Ludovic le More. À cette époque, les Aragon régnaient sur le royaume de Naples, et le duché de Bari leur appartenait. Et comme la mère de Bona était Isabelle d’Aragon, fille du roi d’Espagne, à sa mort Bona a hérité du titre de duchesse de Bari. Plus tard, elle a épousé le roi Sigismond I de Pologne et a ainsi ajouté la couronne de reine de Pologne à celle de duchesse de Bari. Elle a vécu à Varsovie, mais sans jamais laisser Bari qu’elle a administrée personnellement, où elle est souvent revenue et où elle est morte. Elle est enterrée dans le chœur de la basilique Saint-Nicolas. Son rôle est de première importance, parce qu’elle a importé la Renaissance italienne en Pologne dans les arts, dans l’architecture, et son influence s’est étendue jusque dans la cuisine traditionnelle de Pologne parce qu’elle y a introduit les légumes méditerranéens. Mais à tort ou à raison (jamais aucune preuve dans un sens ou dans l’autre n’a pu être apportée) une accusation très grave pèse sur elle. En effet, elle était violemment opposée au mariage de son fils Sigismond, futur roi Sigismond II, avec Barbara Radziwill, une calviniste (alors qu’elle-même est catholique, originaire d’une Italie catholique et reine d’une Pologne catholique) lituanienne (alors que l’alliance entre Pologne et Lituanie est en fait une colonisation de la seconde par la première, les Polonais regardant de haut les Lituaniens). Mais Sigismond ne l’a pas écoutée et a épousé Barbara. Quelques mois après le mariage, Barbara meurt empoisonnée. On a vite fait de conclure que la main criminelle était celle de la belle-mère. Et peut-être –mais peut-être seulement– ces soupçons étaient-ils fondés. Tout cela pour dire que ce second porche de palazzo, le palazzo Zizzi (pour être décent, il ne faut pas oublier l’un des Z…) est celui de la demeure de son médecin personnel. Le palais datant du début du seizième siècle, c’est donc ce médecin lui-même qui l’a bâti.

 

 

Sur le linteau, cette inscription : " Post tenebras spero lucem" (Après les ténèbres, j’espère la lumière). C’est une phrase de la Bible, Livre de Job. Adaptée en Après les ténèbres, la lumière, c’est la devise des Calvinistes (pauvre Bona Sforza !) et ça a été celle du Chili dans le passé (remplacée par, en espagnol, Por la razón o la fuerza, soit Par la raison ou par la force). Ce médecin de la cour ducale de Bari, Onorato Zizzi, cher au cœur de Bona Sforza, dit un de ses contemporains, était un favori de la duchesse. Puis, victime d’une accusation injuste, il est tombé en disgrâce et a été emprisonné avant que soit achevée la construction de son palazzo. Enfin lavé des accusations, réhabilité, libéré, il a fait achever la construction et a fait graver cette inscription dont le sens et l’intention deviennent clairs. 

 

 Les deux visages d’hommes de chaque côté de la porte sont ceux de Iapige et de Barione. La fondation de Bari remonte aux temps fabuleux ; on prétend que cette ville, dont les anciens auteurs parlent souvent, portait autrefois le nom de Iapige, fils de Dédale, et son fondateur ; qu’elle devint la capitale de la province de Iapigie, et s’appela ensuite Bari, de Barione, général des milices Peucéziennes de la Grande Grèce (Lettres sur l’Italie, A. L. Castellan, Paris, 1819).

 

624c Bari, borne milliaire romaine 

Sous les murs de la vieille ville la municipalité a dessiné une promenade qui longe la mer (en italien lungomare) puis, quand en se dirigeant vers la ville de Murat on atteint la fin des hauts murs, la promenade est bordée de fûts de colonnes antiques qui, de tailles diverses, souvent brisés, provenant de toutes sortes de bâtiments d’époques différentes, n’auraient pas de grande signification dans un musée mais décorent intelligemment la pelouse. Et l’une des colonnes n’en est pas une, c’est une borne milliaire romaine d’époque impériale, la borne numéro 128 de la prolongation de via Appia par l’empereur Trajan. Le tracé de la via Appia entre Rome et Bénévent reste celui d’époque républicaine, mais ensuite au lieu de piquer sur Tarente comme précédemment, il rejoint Brindisi en passant par Bari.

 

 

624d Bari, Santa Maria del Buon Consiglio 

Utilisant, elle aussi, des colonnes romaines ainsi que des colonnes paléochrétiennes, l’église Santa Maria del Buon Consiglio était une basilique romane primitive à trois nefs dont on foule encore aujourd’hui le dallage. Tombée en ruines, l’église a été conservée en l’état sur son emplacement et constitue une belle décoration pour cette placette.

 

 

624e Bari, chiesa e convento di Santa Scolastica 

 

Tout près se trouvent le couvent et l’église de Santa Scolastica. L’histoire de ce complexe remonte à 1102, lorsque l’abbesse Agnès reçoit du gouverneur de Bari une donation pour construire un monastère qui sera achevé vers 1120. En 1856 la communauté a été dispersée et le couvent est devenu un hospice de vieillards tandis que l’église, reconstruite au douzième siècle, consacrée de nouveau en 1579 et totalement rénovée au dix-huitième siècle, conservait son usage liturgique. Nous sommes ici juste au-dessus du port et, en 1945, un navire de guerre a explosé avec ses munitions, endommageant les bâtiments.

 

624f1 Bari, chiesa del Gesù 

624f2 Bari, chiesa del Gesù 

En 1583, une ancienne église Sainte Catherine a été donnée aux Jésuites par le chapitre métropolitain. Lesquels Jésuites entreprirent de remplacer cette église et entamèrent les travaux en 1589 et, le 28 août 1595, était consacrée la nouvelle chiesa del Gesù.

 

"Charles III bannit [l’Ordre des Jésuites] de l’Espagne en prescrivant au roi de Naples, son fils, et au duc de Parme, son neveu, de prendre à son égard la même résolution. Le 3 novembre 1767, au milieu de la nuit, toutes les maisons de jésuites qui se trouvaient dans le royaume de Naples, monastères et collèges, furent investies par des officiers du roi et par la force armée ; les portes ouvertes ou brisées, toutes les cellules occupées et gardées ; les pères jésuites, les novices, les élèves, réunis dans un appartement de la maison ; les meubles séquestrés ; chaque homme ne conserva que ses vêtements ; après quoi tous les jésuites furent conduits sous bonne escorte au port ou au rivage le plus voisin et embarqués sur des vaisseaux qui mirent aussitôt à la voile. Les vieillards et les malades eux-mêmes furent contraints de partir avec les autres […]. On apporta cet empressement et ces rigueurs à l’expulsion des jésuites […] pour dérober au peuple, par la surprise et dans les ténèbres de la nuit, un traitement plein d’irrévérence et un spectacle digne de compassion. Le lendemain matin on lut dans la ville des édits qui portaient : ‘Nous, le roi, usant de la suprême puissance indépendante que nous avons reçue immédiatement de Dieu, inséparablement unie par sa providence à notre souveraineté pour le gouvernement et la conduite de nos sujets, voulons et ordonnons que la compagnie dite de Jésus soit abolie pour toujours et exclue à perpétuité de nos royaumes des Deux-Siciles’. […] L’expulsion des jésuites a été diversement jugée ; les hypocrites et les sots l’ont vue avec douleur, les sages avec joie, la multitude avec indifférence. Le reste du clergé séculier et régulier s’en est réjoui par suite de sa malveillance naturelle ou de sa jalousie contre les anciennes grandeurs et la fortune passée des jésuite"s. (Histoire du Royaume de Naples depuis Charles VII jusqu’à Ferdinand IV –1734-1825–, par le général Colletta, ancien ministre, Paris 1835 pour la traduction française).

 

Par conséquent, après cette expulsion de 1767, l’église est tombée sous la juridiction du diocèse et l’école, en 1769, est devenue école royale. En 1813, Murat a donné l’église à la municipalité pour en faire un théâtre, mais avant que cela soit réalisé le concordat de 1818 maintenait l’église dans son rôle liturgique. En 1848, on finit par la fermer au culte mais en 1885 elle a été rendue aux Jésuites de retour, dans l’attente de leur installation ailleurs, après quoi on l’a de nouveau fermée. En 1986, l’archevêque de Bari l’a confiée aux chevaliers du Saint-Sépulcre. Telle est l’histoire mouvementée de cette église de Jésus.

 

 

624g1 Bari, Sant'Anna 

624g2 Bari, Sant'Anna 

624g3 Bari, Sant'Anna 

Je vais tenter d’être moins disert au sujet de cette église Sainte Anne. Sur sa construction et son origine, on n’a pas de document. Le premier document qui la mentionne, en 1196, émane de l’impératrice Constance et confirme –confirme, cela veut dire que c’était déjà le cas précédemment– la possession de l’église à l’archevêque de Bari. On peut seulement dire, d’après l’étude de la construction, qu’elle est du onzième siècle. Cette façade est d’origine, mais elle a été exhaussée en 1508 par la duchesse Isabelle d’Aragon. Un certain Stéphane (Étienne), en 1207, rapporta de Constantinople un bras de saint Matthieu destiné à l’abbesse de Sainte Scolastique. L’histoire ne dit pas pourquoi ce bras fut déposé ici à Sant’Anna avant d’être transféré à Sainte Scolastique, puisque nous avons vu tout à l’heure que la construction du couvent et de son église sont achevés depuis près de quatre-vingt-dix ans.

 

Au début du seizième siècle, Sainte Anne devient le centre de culte des Lombards de Bari, et c’est pour eux qu’Isabelle d’Aragon a fait rehausser la façade, réaliser ce portail Renaissance et restructurer le bâtiment. Saint Ambroise étant le patron de Milan, la capitale des Lombards, c’est ce qui justifie la dédicace de l’église à ce saint dans le nouveau portail comme le dit une inscription (non visible sur ma photo). Et si l’on n’a pas oublié que Bona Sforza, duchesse de Bari après sa mère Isabelle, était de la famille des ducs de Milan, on comprendra le lien particulier qui l’attachait à cette église et à cette communauté. Par testament, elle lui a laissé un don perpétuel. Dans le mur médiéval ont été conservées de nombreuses petites sculptures à la dimension d’une seule pierre, dont je montre trois exemples ci-dessus mais sur ma photo de la façade on distingue non pas les sculptures elles-mêmes, la qualité est insuffisante, mais des pierres qui paraissent porter une tache plus sombre, cela est dû à l’ombre de la sculpture.

 

624h1 Bari, Santa Chiara

 

624h2 Bari, Santa Chiara 

À la fin du douzième siècle, trois facteurs ont favorisé la multiplication de la présence allemande à Bari, d’une part le règne d’un empereur souabe, d’autre part le séjour dû à l’attente d’un embarquement pour Jérusalem pour cause de pèlerinage ou pour cause de croisade, d’autre part enfin la naissance de l’ordre des Chevaliers Teutons avec un établissement à Bari. Cette église a été construite pour tous ces publics de fidèles sous le nom de Santa Maria degli Alemanni, ou Santa Maria Theotonicorum (Sainte Marie des Allemands ou Sainte Marie des Teutons). En 1492, Ludovic le More demande au pape Innocent VIII que l’église soit transmise aux Clarisses. Le pape accepte, l’église prend le nom de Santa Chiara (Sainte Claire), mais reste sous la dépendance de l’archevêque protecteur de l’Ordre Teutonique. En 1539, Bona Sforza fait un don pour la restructuration de l’église, qui se libère des Chevaliers Teutoniques. À partir du dix-neuvième siècle, la vie de l’église et de son couvent devient chaotique. En 1809 les Clarisses, comme les autres ordres religieux, sont dispersées. En 1815, le complexe est vendu aux Sœurs de Santa Maria del Buon Consiglio, mais après l’unification de l’Italie il est de nouveau nationalisé et, en 1861, les militaires en font une caserne. En 1897 on abat la partie supérieure du campanile. En 1934 la Confrérie de Saint Luc s’y installe et restaure les lieux, mais en 1975 l’église est définitivement fermée au culte et apparemment privée d’entretien. Pauvre sainte Claire !

 

 

624i Bari, St Jean Chrysostome (13e siècle) 

Cette église catholique de rite grec (byzantin) dédiée à saint Jean Chrysostome (San Giovanni Crisostomo) a été édifiée au treizième siècle, selon le petit panneau jaune que l’on voit sur ma photo, fixé à la façade. Mais ce n’est pas tout à fait exact. Vers le milieu du onzième siècle, sur une propriété privée, est édifiée une église de plan basilical à trois nefs nommée San Giovanni a Mare. Un document de propriété daté de 1091 fait référence au propriétaire (famille Passaro) et décrit une abside au bout de la nef centrale. Parce que, encore aujourd’hui, la fête paroissiale a lieu le 24 juin, fête de saint Jean Baptiste, cela confirme l’hypothèse que ce saint Jean de la Mer n’était pas l’évangéliste mais le Baptiste. À la fin du treizième siècle, les travaux n’ont pas construit l’église, mais l’ont complètement transformée, remontant le niveau de son sol et abattant les nefs latérales.

 

 Bari, sur l’Adriatique, tournée vers l’Orient, a toujours connu des flux migratoires beaucoup plus importants du côté de la mer que du côté de la terre. En outre, après la Seconde Guerre Mondiale, tant la ville que toute la région ont accueilli de nombreux réfugiés grecs. Aussi l’église a-t-elle été choisie pour être destinée au culte de rite byzantin. Son autel baroque a dû être remplacé par un autel carré et une iconostase a été dressée.

 

624j Boutique à Bari 

 Je dispose encore de bien d’autres photos d’églises, de palazzi, de ruelles typiques, mais je crois que j’ai déjà été bien trop long et que cet échantillonnage donne une idée de la richesse architecturale de Bari. Je vais donc terminer mon article sur les promenades en ville avec cette affiche placardée sur la porte d’une boutique qui vend un peu de tout, sur la place de la cathédrale. Elle dit : "Nous vendons du riz joyeux pour les mariages. Ne tache pas les vêtements". Le riz que nous consommons à la maison, américain, thaï ou basmati ne tache pas les vêtements quand il est cru, je peux l’affirmer. Cuit, et surtout beurré, il n’en va pas de même. Si le riz vendu ici se distingue des autres, ce n’est donc pas cru, mais cuit. D’accord, mais l’usage, ici, est-il de balancer des louches de riz cuit à la gueule des jeunes mariés ? Difficile, dans ces conditions, de rester allègre, même avec la garantie que la robe de mariée ne gardera pas de traces.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

lavandine 04/01/2011 23:11


Excellente année 2011 et bonne continuation de votre voyage.


Jean-Marie LETIENNE 30/12/2010 14:16


Bonne année 2011 pour vous même et les vôtres. Encore merci pour tous vos articles passionnants.
Bien cordialement


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