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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 00:44
713e0 Vue satellite de Pylos
 
Parce que Pylos comporte de nombreux sites auxquels se rapportent des vestiges de constructions de diverses époques ainsi que des événements historiques, il est bon, je pense, de situer tout cela sur une image satellite à laquelle je pourrai me référer au cours du présent article.
 
Je ne reviendrai pas sur le palais de Nestor, qui a été l’objet de mon précédent article. Dans l’antiquité mycénienne, tout le secteur du port autour de la baie que l’on appelle aujourd’hui Navarino s’appelait Sphakteria. En français, nous disons Sphactérie. Dans le passage de l’Odyssée, chant III, que je citais dans mon précédent article, j’ai expurgé sous forme de points de suspension […] le passage suivant que je voulais réserver pour aujourd’hui : "Les Pyliens, sur le rivage de la mer, faisaient des sacrifices de taureaux entièrement noirs à Poséidon aux cheveux bleus. Et il y avait neuf rangs de sièges, et sur chaque rang cinq cents hommes étaient assis, et devant chaque rang il y avait neuf taureaux égorgés". Le verbe grec sphazô signifiant sacrifier, on voit quelle est l’étymologie du nom de lieu Sphakteria pour cet endroit où se pratiquaient de si abondants sacrifices. Mais au cours des siècles, le nom s’est limité à désigner cette île tout en longueur qui clôt la baie. Sur cette île se trouve la tombe de Paul-Marie Bonaparte, un neveu de l’Empereur, philhellène, qui s’était embarqué sur un navire britannique pour se battre contre les Turcs et qui s’est tué accidentellement en nettoyant son arme (né en 1808, il n’avait que 17 ans lors de cet accident survenu en 1825).
 
713e1 Pylos, île de Sphakteria (Sphactérie)
 
La voilà, sur cette photo, cette île de Sphactérie. Elle a aussi été le théâtre d’une bataille célèbre. Lors d’une première guerre de Messénie, en 680 avant Jésus-Christ, les Spartiates s’emparent de toute la Messénie, avec Messène, bien sûr, et Pylos. En 580, lors de la seconde guerre de Messénie, les Spartiates confirment leur domination, battant les Messéniens insurgés pour recouvrer leur indépendance. Lors d’une troisième tentative de se libérer, en 490, ils sont écrasés, la ville de Messène est rasée, ses habitants ainsi que ceux de Pylos s’exilent en Sicile, où ils fondent Messine. Pylos reste déserte. Puis vient la Guerre du Péloponnèse. En 425, Sparte assiège Corfou. Athènes envoie une flotte pour secourir son alliée. Contournant le Péloponnèse, la flotte doit, pour se soustraire à une tempête, se réfugier dans le golfe de Pylos (futur golfe de Navarin sur ma vue satellite). Le général athénien Démosthène (à ne pas confondre avec l’autre Démosthène, orateur et homme politique qui a vécu au quatrième siècle) décide, quand la flotte repart, de rester avec sept trières. Il occupe Pylos et la fortifie, dans le but d’en faire une base d’où il ferait des incursions en territoire ennemi pour affaiblir Sparte. Les Lacédémoniens, –Sparte et ses alliés– y voient à juste titre un danger et s’installent à Sphactérie, une partie de leurs troupes prenant pied sur le continent. Entre temps, les Athéniens ont libéré Corfou et 60 de leurs trières arrivent, en provenance de l’île de Zante. Les Athéniens cernent Sphactérie puis débarquent à l’aube, attaquent puissamment de front les Lacédémoniens, tandis qu’un détachement messénien, contournant l’île au flanc de la falaise, parvient sans avoir été vu à prendre l’ennemi à revers. Dans la philosophie spartiate, dans l’éducation des citoyens, on ne se rend jamais, on se bat jusqu’à la mort. Or à Sphactérie le général spartiate se rend, et 292 de ses hommes sont faits prisonniers, 128 autres étant tombés au combat, alors que les Athéniens ont perdu une cinquantaine d’hommes (désolé, devant ces morts à la guerre, je ne suis pas capable de dire "n’ont perdu que", car un seul c’est déjà trop, mais il est clair que la disproportion entre les pertes des deux camps confirme la grande victoire athénienne). Résultat, le moral des Athéniens est gonflé à bloc, le moral des Spartiates est au plus bas (ils se vengent en massacrant 2000 hilotes, ces hommes et ces femmes des cités conquises par Sparte, qui sont propriété de l’État et attachés à la terre, à la manière des serfs de l’ancienne Russie ou du Moyen-Âge en France). Pour faire face au fort athénien de Pylos, Sparte doit maintenir une partie de ses troupes en Messénie ce qui diminue d’autant son contingent ailleurs, et Athènes fait des prisonniers spartiates des otages qui seront exécutés si Sparte effectue encore un raid en Attique, comme elle en a l’habitude.
 
713e2a Pylos, Voïdokoilia
 
713e2b Pylos, Voïdokoilia
 
À quelques kilomètres de la ville de Pylos, mais accessibles par une mauvaise petite route qui met ces lieux privilégiés hors du monde moderne, se trouvent la superbe plage de Voïdokoilia, un demi-cercle absolument parfait de sable blanc et fin qui se développe sur 1,5 kilomètre et de mer d’une transparence parfaite, et la lagune de Gialova, écosystème privilégié, protégé, et pourtant en danger. Commençons par la lagune. Elle est de formation naturelle, mais il semble qu’elle n’existait pas à l’époque où Pausanias a visité les lieux. Couvrant une superficie de 2,5 kilomètres carrés et ne dépassant pas un mètre de profondeur, elle communique avec la mer par un étroit canal. Mais son fragile équilibre, qui s’est maintenu intact au cours des siècles, a été mis à mal par le modernisme. Des années 60 aux années 80 du vingtième siècle, la réduction du volume d’eau douce due aux prélèvements d’usage rural et la fermeture périodique du canal de communication avec la mer ont fait varier la salinité de l’eau et son niveau, causant de graves dommages à la faune et à la flore qui, pourtant, sont exceptionnellement riches. C’est ainsi que, chaque année à l’automne, la lagune se couvre d’oiseaux migrateurs. On a dénombré 245 espèces d’oiseaux différentes. Cette lagune est également le seul endroit d’Europe où l’on rencontre le caméléon d’Afrique. Pour le visiteur comme nous, il n’est pas évident de le rencontrer, ce caméléon. Quant aux oiseaux, en cette saison ils sont plus au nord. Mais le soir, nous avons été assourdis par les coassements des grenouilles. Comme on le voit sur la photo satellite, la baie de Navarino (Pylos), la plage de Voïdokoilia et la lagune sont toutes proches, or le port de Pylos situé au fond de la baie accueille toutes sortes de bateaux qui viennent alimenter le pays, et entre autres des pétroliers, avec les risques de marées noires. Ces risques ne sont pas hypothétiques, puisqu’en 1980, en 1986 et en 1993, trois naufrages de pétroliers dans la baie de Pylos ont causé trois marées noires, avec des conséquences dramatiques. Alors que dans la lagune on pêche environ dix tonnes de poisson par an, rougets, bars, anguilles, après la dernière catastrophe de 1993, pendant la saison de pêche 1993-1994 on n’a récolté que 3,5 tonnes de poisson.
 
713e3 Pylos, Voïdokoilia
 
713e4 Pylos, Voïdokoilia et Palaiokastro
 
J’en viens à la plage de Voïdokoilia. Une remarque sur ce nom : en grec moderne, OI n’est pas une diphtongue et se prononce I, mais reste diphtongué si le I porte un tréma. C’est pourquoi dans beaucoup de textes les caractères grecs du mot Βοϊδοκοιλιά sont transcrits en caractères latins Voidokilia. Je fais cette remarque parce que qui souhaite trouver sur un moteur de recherche des informations sur ce lieu doit entrer les deux orthographes. J’ai déjà dit la splendeur exceptionnelle de cette plage. Sa baie est protégée des vents, de chaque côté, par de hautes masses rocheuses, tandis que son pourtour est bas, seulement séparé de la lagune par des dunes de sable. Sur ma deuxième photo apparaît, au fond, juché au sommet du mont, Palaiokastro.
 
713e5 Pylos, Voïdokoilia et Palaiokastro
 
Après l’incendie vers 1200 avant Jésus-Christ du palais mycénien situé à Epano Englianos , la ville de Pylos s’est reconstruite ici, sur ce promontoire qui domine de deux cents mètres Voïdokoilia. Au sixième siècle de notre ère, les Arabes conquièrent l’endroit, mais comment ils l’ont occupé, on l’ignore car en fait, depuis la fin de l’Empire romain et pendant mille ans, Pylos a dû continuer d’être habitée mais elle ne nous a laissé aucune trace, monument, source littéraire, découverte archéologique. On se rappelle que le début du treizième siècle a connu un bouleversement du monde, avec, en occident, la prise de Constantinople par les Francs en 1204 et le démembrement de l’Empire Byzantin, et avec, en orient, le déferlement des Mongols de Gengis Khan et leur conquête de la Chine en 1206. En Grèce, ce que les historiens appellent la "période franque" a duré de 1204 à 1430, avec l’instauration d’une société structurée sur le modèle féodal français avec ses princes, ses ducs, ses comtes, ses barons et ses chevaliers liés par des rapports de suzeraineté et de vassalité. À la fin du treizième siècle, après 1278, une forteresse construite par le Franc Nicolas II de Saint-Omer, un Flamand, seigneur de Thèbes et huissier de Morca qui avait épousé la veuve du prince Guillaume de Villehardouin, a utilisé les bases de la citadelle antique. C’est le Palaiokastro, ou Vieux Château, tout là-haut, au-dessus de la Grotte de Nestor, et auquel nous nous sommes rendus en suivant le sentier que l’on voit sur la photo ci-dessus.
 
713e6 Pylos, Voïdokoilia (vue de Palaiokastro)
 
713e7 Pylos, Voïdokoilia (vue de Palaiokastro)
 
713e8 Pylos, Voïdokoilia (vue de Palaiokastro)
 
Ce sentier va bientôt monter plus fortement, jusqu’à la grotte de Nestor. De là, on peut admirer le panorama. Sur la droite, c’est la lagune. Puis le parfait demi-cercle de la plage de Voïdokoilia, avec son sable blanc et ses eaux transparentes, et par le chenal resserré entre deux masses rocheuses l’accès à la mer. Après la grotte, la montée devient un peu plus difficile, mais aux endroits plus délicats des fers fixés dans le sol servent de marches ou fixés dans la paroi servent de poignées pour se hisser. Finalement, c’est à la portée de tout le monde (même si nous ne rencontrons pas âme qui vive), et on découvre des vues superbes : ma troisième photo ci-dessus est prise à mi-chemin entre la grotte et le sommet.
 
713e9 Pylos, Palaiokastro
 
Au sommet, on ne voit du château que ses murailles, sans recul parce que le chemin qui les suit, envahi par la végétation, est étroit et longe directement la falaise. Mais de toute façon, la forteresse ne se visite pas. Il paraît que c’est pour raison de sécurité et parce qu'étant donné son état on n’y verrait que des tas de pierres au sol. À la suite de la conquête, les Francs avaient créé sur le Péloponnèse le Principat d’Achaïe, ou Principat de Morée. Ils s’y sont maintenus même après le retour à Constantinople d’un empereur Byzantin, Michel VIII Paléologue, 57 ans après la prise et le sac de la ville, en 1261. C’est ainsi que Saint-Omer a pu construire ici son château après son mariage avec la veuve du Franc, ancien propriétaire des lieux, et par la suite, en 1287, lui-même a été fait bailli de la principauté d’Achaïe par Robert, Comte d’Artois. Quarante ans plus tard, les Génois, désirant s’assurer une base contre leurs rivaux Vénitiens, s’emparent de la forteresse. Peu après, en 1366, Palaiokastro a été le théâtre d’une lutte entre Francs qui a duré un an. Le prince d’Achaïe Robert de Tarente est mort en laissant un héritier et une veuve, Marie Bourbon, laquelle n’entend pas donner le pouvoir à son beau-fils et, pour cette raison, doit s’opposer à une coalition dudit beau-fils, des barons d’Achaïe et de l’archevêque de Patra. Finalement, en 1423, le dernier Franc titulaire de Pylos, Zacharie II de Gênes, vend Palaiokastro à Venise. En 1500 les Turcs parviennent à s’en emparer. En 1572 Don Juan d’Autriche, le commandant de la flotte qui un an auparavant en 1571 avait remporté la grande victoire de Lépante (Naupacte) contre les Turcs, échoue à reprendre Palaiokastro. Lépante, puis cette tentative manquée à Palaiokastro, ces deux événements poussent les Turcs à construire un nouveau château et, au fur et à mesure de cette construction, à abandonner Palaiokastro.
 
713f1 Pylos, Neokastro
 
713f2a Pylos, Neokastro
 
713f2b Pylos, Neokastro
 
Et donc, en 1573, les Turcs construisent près de là où est aujourd’hui la ville moderne de Pylos, la forteresse de Néokastro, "Nouveau Château". Bien plus tôt, pendant la Guerre de Cent Ans, à la bataille de Crécy, était apparu un nouveau type d’armes, les armes à feu (que connaissaient déjà les Chinois depuis longtemps). Les ingénieurs européens, Italiens d’abord, suivis par ceux des autres pays, ont dès lors étudié avec de savants calculs mathématiques des formes et des structures architecturales mieux adaptées aux nouvelles armes, à ces canons qui ouvrent des brèches dans les murailles. Les Turcs, de leur côté, observaient attentivement ce qui se faisait du côté de l’Occident et à Néokastro ils se sont largement inspirés de ces techniques. Alors qu’auparavant il fallait empêcher l’assaillant d’escalader les murs, on les construisait relativement minces, mais très élevés, et entourés de fossés qui à la fois constituaient un obstacle à franchir sous les flèches de l’assiégé et ajoutaient à la hauteur des remparts. Désormais, ils sont moins hauts pour offrir moins de surface aux boulets ennemis, mais on les fait très épais pour mieux résister à la pénétration des boulets, et au lieu d’être verticaux ils sont plus épais à la base pour assurer une meilleure tenue au sol.
 
713f3 Pylos, Neokastro
 
Malgré ces différences techniques d’architecture, la forteresse continue à dresser ses murs autour d’une ville comportant une citadelle et des habitations ordinaires. Sur la photo ci-dessus, on voit la muraille, en arrière-plan, et des ruines d’une construction, en premier plan. Il est curieux de noter que Néokastro correspond, dans ses dates d’édification et de "fin de service", aux deux victoires majeures de coalitions chrétiennes sur la flotte de la Sublime Porte, Lépante, 1571, dernière grande bataille navale de la marine à rame, et Navarino (dont je vais parler tout à l’heure), 1827, dernière grande bataille navale de la marine à voile.
 
713f4 Pylos, Neokastro
 
Et s’il y a des habitations, il y a aussi une mosquée si des Musulmans occupent les lieux, ou une église pour les paroissiens chrétiens si les Turcs s’en vont. C’est ainsi que ce bâtiment, d’une très belle architecture sobre, a été construit au seizième siècle en même temps que Néokastro et dans son enceinte comme mosquée, puis est devenue l’église de la Métamorphose après la bataille de Navarino, quand les Turcs ont dû l’abandonner.
 
713f5a Pylos, Neokastro
 
713f5b Pylos, Neokastro
 
713f5c Pylos, Neokastro
 
Ici, nous sommes à l’intérieur de la citadelle de plan hexagonal, dans la cour centrale. Un chemin de ronde fait le tour des bâtiments, tout en haut. On y accède soit par la rampe que l’on voit sur la première photo (mais qui est interdite aux visiteurs), utilisée pour hisser des canons, soit par l’escalier de la troisième photo.
 
713f6 Pylos, Neokastro
 
Et, comme on peut s’y attendre, du chemin de ronde la vue est splendide, embrassant un vaste panorama sur la baie de Navarino avec à nos pieds l’église et les espaces boisés de Néokastro.
 
713f7 Pylos, Neokastro
 
Avant d’achever la visite de Néokastro en pénétrant dans le bâtiment qui, à l’entrée, abrite le musée, j’ajoute cette photo des boulets de canon tirés par les navires de l’alliance qui a défait les Turcs en 1827.
 
713g1 Pylos, musée de Neokastro, Rebelle avec le drapeau g
 
Les pièces présentées au musée concernent l’insurrection des Grecs contre l’occupant turc et la guerre de libération. Ce sont essentiellement des images, soit sous forme de gravures, soit sous forme d’assiettes décorées. Ici, nous voyons un rebelle avec le drapeau grec (qui n’est pas celui d’aujourd’hui).
 
713g2 Pylos, musée de Neokastro, Le massacre de Chio (Gre
 
Cette gravure de Greuze d’après le tableau de Delacroix représente Les Massacres de Chio. C’est à ce sujet que Victor Hugo, dans les Orientales, a composé L’Enfant :
             "Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
             Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil […].
              Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
             Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
                       Courbait sa tête humiliée […].
             Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
             Pour rattacher gaiement et gaiement ramener
                       En boucles sur ta blanche épaule
             Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront […] ?
             – Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
                       Je veux de la poudre et des balles."
 
713g3 Pylos, musée de Neokastro, Attaque d'un navire turc
 
Cette œuvre d’Henri Vernet représente l’attaque d’un navire turc. On le voit, ce navire est isolé, il ne s’agit donc pas d’une bataille navale, mais d’une attaque menée par des partisans
 
713g4 Pylos, musée de Neokastro, Bataille de Navarin, par
 
Encore une fois j’anticipe sur le récit que je vais faire tout à l’heure de la bataille de Navarino, mais étant dans ce musée je ne peux manquer de montrer maintenant cette image d’Épinal qui la représente.
 
713g5a Pylos, Neokastro, Femmes de Missolonghi à Patra
 
Lorsque nous avons visité Missolonghi, j’ai suffisamment longuement parlé des événements terriblement dramatiques concernant le siège et ses conséquences pour ne pas revenir dessus ici. Cette lithographie de Théodore Leblanc représente des Femmes missolonghiotes à Patra.
 
713g5b Pylos, musée de Neokastro, Théodore Kolokotroni,
 
713g5c Pylos, musée de Neokastro, Baron Favier, général
 
713g5d Pylos, musée de Neokastro, la Bobolina
 
713g5e Pylos, musée de Neokastro, Madon
 
Les quatre photos ci-dessus présentent des personnages qui se sont illustrés lors de la Guerre d’Indépendance. Le premier est Théodore Kolokotroni (1770-1843). D’abord klephte, il s’est formé dans l’armée britannique et, quand il a été amené à prendre part à l’insurrection, il était âgé de plus de cinquante ans, ce qui lui a valu d’être surnommé le Vieux. C’était un général qui a remporté des victoires dont les conséquences ont été importantes pour la cause grecque. Plus tard, il a été partisan de Capo D’Istria, premier gouverneur de la Grèce libre. Mais au moment où il s’est agi de trouver un roi pour la Grèce, il était du côté du parti russe, aussi les Bavarois, dont Othon était issu et a été désigné pour le trône de Grèce, le traduisirent-ils en justice, ce qui lui valut une condamnation à mort, mais il a été gracié.
 
Sur ma seconde photo, on voit le baron Nicolas Favier (1782-1855), un Français philhellène, héros de la défense de l’Acropole d’Athènes contre les Turcs en 1826.
 
Laskarina Pinotzis (1771-1825) est la fille d’un capitaine qui, pour avoir pris part à la première guerre russo-turque, avait été mis en prison par les Turcs, ainsi que sa femme enceinte, et de ce fait Laskarina est née en prison à Constantinople. Son père est exécuté, sa mère s’enfuit et se réfugie à Spetses, une petite île tout au bout de la péninsule qui s’ouvre à Nauplie. Veuve, puis remariée en 1801 avec un certain Bouboulis, elle en retire le surnom de "la Bouboulina". Elle est veuve une seconde fois en 1811, lorsque Bouboulis est tué par des pirates algériens. Elle utilise alors la fortune de son mari pour construire quatre navires de guerre. Après des démêlés avec les autorités ottomanes, elle intègre une association secrète qui prépare une insurrection, seule femme de cette association. En 1920, quand le plus grand de ses navires, l’Agamemnon, est terminé, elle achète des armes et les met à bord, elle recrute des troupes qu’elle finance et commande personnellement. Elle participe au blocus naval de Nauplie, de Monemvasia, à la prise de Pylos. En 1821, lorsque tombe Tripoli (centre du Péloponnèse), elle rencontre Kolokotroni, et elle fiance sa fille avec son fils à lui. Alors qu’elle avait consacré la totalité de sa fortune à la cause de la révolution, elle a été accusée d’avoir revendu à son profit des canons saisis à Nauplie, et elle a été contrainte à se retirer à Spetses. C’est dans une vendetta familiale qu’elle sera tuée en 1825.
 
Et enfin, cette jeune fille est Madon, fille de l’hospodar Nicolas Mavroguény, héroïne de Mykonos (une des Cyclades).
 
713h1 Pylos, musée de Neokastro,
 
Maintenant voici quelques assiettes décorées en relation avec les événements. Les légendes, sur mes photos réduites en dimension et en qualité, sont bien évidemment illisibles. Ici, il est dit : Les Grecs recevant la bénédiction à Missolonghi.
 
713h2 Pylos, musée de Neokastro,
 
L’étranger héros national, c’est Byron. Et, certes, il a payé de ses deniers, et il était dans les murs de Missolonghi lors du siège de la ville par les Turcs. Quoiqu’il ne soit pas mort d’une balle ou d’une lame turque, il a été victime d’une maladie qu’il n’aurait pas contractée s’il avait continué ses frasques en Grande-Bretagne. Mais il ne faut pas pour autant oublier les autres étrangers philhellènes. Et ici, c’est un Français illustre : Comité grec présidé par M. de Chateaubriand.
 
713h3 Pylos, musée de Neokastro,
 
713h4 Pylos, musée de Neokastro,
 
Ici, ce sont deux assiettes montrant des événements opposés. La première, Les Turcs emmenant les femmes et les enfants grecs, rappelle que lorsqu’il prenaient des Grecs lors des combats, les Turcs ne faisaient guère de prisonniers de la façon traditionnelle. Ou bien ils les exécutaient, ou bien s’ils les épargnaient ce n’était pas par grandeur d’âme ou par pitié, mais par profit car ils les vendaient comme esclaves. C’est donc le sort qui va être réservé à ces femmes qui vont entrer dans des harems, et à ces enfants qui vont devoir effectuer de durs travaux malgré leur jeune âge. Mais les prisonniers ne sont pas toujours les Grecs, et la seconde assiette représente Pacha fait prisonnier.
 
713i1 Pylos, place des Trois Amiraux
 
713i2 Pylos, place des Trois Amiraux
 
Quittons maintenant le musée pour jeter un coup d’œil à la ville moderne de Pylos. Elle s’ordonne autour de la place des Trois Amiraux. Ces trois amiraux sont un Anglais, Codrington, un Russe, Heyden et un Français, Derigny, dont les effigies sont sculptées en bas-relief sur trois côtés de la colonne dressée sur cette place en souvenir de leur rôle dans la bataille de Navarino.
 
713i3a Pylos, canon place des Trois Amiraux
 
713i3b Pylos, canon place des Trois Amiraux
 
713i3c Pylos, canon place des Trois Amiraux
 
Aux angles du monument sont placés des canons de diverses origines, témoins que la ville a été le cadre d’affrontements sanglants entre puissances.
 
713i4 Navarino par le Russe Ivan Aïvazovski (1817-1900), 1
 
Le moment est venu pour moi de parler (enfin…) de la bataille de Navarino. En 1821, au terme d’un siège de Néokastro mené par l’évêque de Methoni, les Turcs se rendent, 500 hommes en armes et 234 femmes, enfants, vieillards. Quelques mois plus tard, 52 officiers vétérans des armées de France, d’Allemagne et de Pologne arrivent pour renforcer la garnison. Mais les Turcs voulaient reprendre cette forteresse et, en mars 1825, après avoir repris Methoni et Koroni, l’Égyptien Ibrahim Pacha marche sur Néokastro par voie de terre et bombarde la citadelle défendue par 500 hommes, auprès desquels sont aussi enfermés 2500 femmes, enfants, vieillards. Une moyenne de 127 bombes par jour frappe le fort. Des navires grecs parviennent à apporter des canons et des munitions en même temps que plusieurs milliers d’hommes, et installent une garnison sur l’île de Sphactérie et à Palaiokastro. Jugeant que s’il prenait Sphactérie il paralyserait les deux forts, Ibrahim Pacha arrive, en avril, avec une flotte de 59 navires. Les Grecs ne peuvent résister et, en effet, Ibrahim Pacha reprend alors les deux forts. Il occupe le port de Pylos. Cette défaite grecque a eu lieu en mai 1825. Or en juillet 1827, à Londres, la Grande-Bretagne, la France et la Russie signent la Triple Alliance. Les trois puissances lancent aux Turcs un ultimatum : ils ont un mois pour mettre un terme à cette guerre. Fin août, non seulement les Turcs n’avaient pas tenu compte de l’ultimatum, mais ils avaient renforcé, avec des éléments turcs, la flotte égyptienne de Navarino. Les trois amiraux, Codrington, Derigny et Heyden, après s’être concertés, décident d’entrer dans le port et de jeter l’ancre près de la flotte turque pour l’intimider. Le 20 octobre à midi, les navires de la Triple Alliance entrent dans la rade. Un officier anglais muni d’un drapeau blanc pour parlementer est abattu froidement, et commence alors la bataille navale entre navires à l’ancre. Face aux 174 tués et 475 blessés chez les Alliés, les Turcs et Égyptiens ont subi une perte de 6000 morts et 4000 blessés. Telle fut la bataille de Navarino. Le tableau sur ma photo ci-dessus représente la bataille de Navarino, peinte en 1846 par le Russe Ivan Aïvazovski (1817-1900).
 
En Grèce, particulièrement dans le Péloponnèse, le bétail est essentiellement composé de chèvres et de moutons. Pour fêter l’événement et redonner des forces aux hommes, le cuisinier français cuisina un grand ragoût de mouton, avec des petits légumes parmi lesquels des navets, pour jouer avec le nom de Navarino. Ainsi était née la célèbre recette du navarin d’agneau.
 
Ibrahim Pacha, pour autant, n’a pas quitté Néokastro. Le parlement anglais craignant que la Russie ne tire avantage des événements s’est montré très critique envers cette bataille, Codrington a même été sur le point d’être traduit en justice car il avait été envoyé pour faire pression, non pour se battre, et il n’a été sauvé que grâce à Lord Russell. Les Français ont alors proposé à leurs alliés de se charger seuls de l’opération et, début septembre 1828 le général Maison donne l’ordre d’évacuer le fort. Les Turcs s’exécutent sans résistance, et Ibrahim Pacha sort le dernier. Maison s’installe alors à sa place et donne l’ordre à ses ingénieurs de dessiner les plans d’une place et d’une ville autour. C’est ainsi qu’en 1828 la Pylos d’aujourd’hui a vu s’édifier ses premières maisons.
 
Mais je dois maintenant citer Lamartine et la réflexion qui lui vient à l’esprit lorsque, en août 1832, en mer, il aperçoit cette côte : " Le 6, à midi, nous aperçûmes sous les nuages blancs de l'horizon les cimes inégales des montagnes de la Grèce : le ciel était pâle et gris comme sur la Tamise ou sur la Seine au mois d'octobre ; un orage déchire, au couchant, le noir rideau de brouillards qui traîne sur la mer ; le tonnerre éclate, les éclairs jaillissent, et une forte brise du sud-est nous apporte la fraîcheur et l'humidité de nos vents pluvieux d'automne. L'ouragan nous jette hors de notre route, et nous nous trouvons tout près de la côte de Navarin ; nous distinguons les deux îlots qui ferment l'entrée de son port, et la belle montagne aux deux mamelles qui couronne Navarin. C'est là que le canon de l'Europe a crié naguère à la Grèce ressuscitée : la Grèce a mal répondu ; affranchie des Turcs par l'héroïsme de ses enfants et par l'assistance de l'Europe, elle est maintenant en proie à ses propres ravages ; elle a versé le sang de Capo d'Istria, qui avait dévoué sa vie à sa cause. L'assassinat d'un de ses premiers citoyens ouvre mal une ère de résurrection et de vertu. Il est douloureux que la pensée d'un grand crime soit une des premières qui s'élève à l'aspect de cette terre, où l'on vient chercher des images de patriotisme et de gloire".
 
713j1 Oliveraie de la paix, à Pylos
 
713j2 Oliveraie de la paix, à Pylos
 
Comme très souvent, j’ai été trop long. Très rapidement, voici quelques images de Pylos aujourd’hui. Ici nous sommes loin de la ville moderne, juste devant l’entrée du site antique du palais de Nestor. Cet espace qui sert de parking pour les visiteurs est planté d’oliviers, et porte le nom d’Oliveraie de la Paix inscrit en français. Une plaque, en grec et en français, dit :
Dans chaque olivier se reflète un pays
Dans chaque branche un message de paix
Dans chaque fruit un vœu de prospérité
Fondation culturelle – Routes de l’Olivier
 
Et, tout le long du mur, au pied des arbres des plaques portant le nom d’un pays ont été posées. Il y en a vingt. Ou du moins dix-neuf, parce que l’une d’entre elles a été arrachée. Je ne sais de quel pays il s’agit, j’ignore si c’est par vandalisme ou parce que le pays n’est pas digne de figurer dans cette oliveraie. Voici les pays qui figurent ici (noms indiqués en grec et en français), de gauche à droite : Russie, Maroc, Émirats Arabes Unis, Liban, Arabie Saoudite, Palestine, Koweït, Égypte, Albanie, Slovénie, Yougoslavie, Chypre, Qatar, Tunisie, Algérie, Espagne, Libye, Jordanie, Syrie.
 
713k1 L'aqueduc de Pylos
 
Lorsque l’on entre dans la ville en venant de Methoni, on longe un moment ce grand aqueduc qui a été construit pour fournir en eau Néokastro.
 
713k2 Un habitant de Pylos vainqueur aux J.O. de Stockholm
 
Juste en face du grand parking où il est interdit de dormir (!), sur le port de la moderne Pylos, une plaque signale que dans cette maison est né et a vécu Kostis Tsiklitiras (1888-1913), vainqueur olympique des cinquièmes Jeux Olympiques de 1912 à Stockholm, Suède. On peut constater tristement que ce champion de vingt-quatre ans est mort l’année qui a suivi sa victoire.
 
713k3 Coucher de soleil à Gialova, près Pylos
 
Et, en guise de conclusion, ce coucher de soleil. Pylos est à l’entrée sud de la baie de Navarino, et commande la passe entre l’île de Sphactérie et le continent. Gialova, où est situé le camping où nous étions basés pendant notre séjour, est au contraire tout au fond de la baie, au milieu, face à l’île. C’est de la plage du camping que j’ai pris cette photo.

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Published by Thierry Jamard
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