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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 09:00

921a Les jumelages de Rimini

 

Après avoir vu la Rimini antique et moyenâgeuse, nous allons faire un petit tour dans la ville de la Renaissance à nos jours. Tombant sur ce panneau des villes jumelées, je ne pouvais manquer de marquer un temps d’arrêt puisqu’il y a appariement entre Rimini et Saint-Maur-des-Fossés, la ville où réside mon cher cousin Michel et sa femme Noëlle. Je leur adresse de bons baisers d’Italie. Je remarque aussi au passage le nom de Sotchi, en Russie, la ville qui organise les Jeux Olympiques d’hiver 2013.  

 

    921b1 Rimini, place des 3 Martyrs, Tour de l'Horloge 

 

    921b2 Rimini, l'horloge, Piazza Tre Martiri

 

Dans mon précédent article, je disais que les villes romaines étaient construites autour de deux axes qui se coupent à angle droit, le Cardo Maximus et le Decumanus, et que le forum, centre de la vie administrative, religieuse, commerciale et sociale, était une grande place qui se situait à leur intersection. Nous sommes ici piazza Tre Martiri, place des Trois Martyrs, là où s’étendait le forum antique. En cette place d’honneur se dresse la Torre dell’Orologio, la Tour de l’Horloge, construite lors de la restructuration de la place, en 1547. Elle a encore fière allure, quoiqu’elle ait perdu sa partie supérieure lors du tremblement de terre de 1875. Quant à son nom, la tour ne le doit pas tant à l’horloge supérieure, qui est toute banale, mais à l’horloge astronomique inférieure, dont le cadran indique le calendrier, les phases de la lune et les signes du zodiaque. Avec son mécanisme extrêmement sophistiqué, elle date de 1750.

 

921c1 Piazza Cavour, Rimini

 

921c2 le pape Paul V, piazza Cavour, Rimini

 

Pour importante que soit la place des Trois Martyrs, la place Cavour joue un rôle plus essentiel dans la vie de la cité. Au centre, la statue de Paul V, pape de 1605 à 1621. L’année 1796 voit les troupes françaises de Bonaparte entrer en Italie et arriver sur Rimini. Les sentiments peu amènes des Révolutionnaires français à l’égard de la papauté font craindre à la population de Rimini que les soldats ne s’en prennent à cette statue à laquelle ils tiennent. Aussi lui enlèvent-ils sa tiare et suppriment-ils l’inscription gravée sur la base, pour la remplacer par “San Gudenzo, patrono della città”, un évêque et martyr. Sa forme primitive lui a été restituée en 1940.

 

921c3 Rimini, piazza Cavour, Palazzo dell' Arengo

 

921c4 Rimini, piazza Cavour

 

Le Palazzo dell´Arengo, sur la place Cavour, est le siège de la Municipalité. C’est le podestat Mario dé Carbonesi qui l’a fait construire en 1204. Il a malheureusement subi au cours des siècles bien des modifications et lorsqu’au siècle dernier on a voulu le remettre dans son état primitif, il a été bien difficile de faire la part de ce qui était d’origine et de ce qui était plus récent. Le portique du rez-de-chaussée, lui, est à coup sûr d’origine. Là se trouvaient les bancs sur lesquels était rendue la justice. Il y a encore la pierre appelée, est-il dit, “Lapis Magnum” (ce qui m’étonne, parce que le latin Lapis, “pierre”, est masculin, tandis que l’adjectif Magnum, “grand”, est au neutre…) sur laquelle les débiteurs devaient frapper trois fois leur postérieur dénudé.

 

921c5 Piazza Cavour, Rimini

 

Face à ce palais, nous voyons la Pescheria Vecchia (Vieille Poissonnerie) construite en 1747 par l’architecte Francesco Buonamici. Ma photo laisse difficilement discerner, à l’intérieur, le long des murs, des tables de marbre qui étaient destinées à recevoir les caisses de poissons. Aujourd’hui, les passants s’y asseyent lorsque l’espace n’est pas utilisé pour des expositions.

 

921c6 fontaine Pigna, Piazza Cavour, Rimini

 

921c6b St Paul de la Fontana della Pigna (Rimini)

 

On reconnaît sur la gauche un petit bout de la Pescheria Vecchia. Au fond, c’est le théâtre municipal Amintore Galli, du nom d’un compositeur mort à Rimini en 1919. Le théâtre, lui, a été construit de 1843 à 1857 par Luigi Poletti et inauguré avec la première d’Harold (Aroldo) de Verdi le 16 août 1857. Les bombardements de la dernière guerre n’ont permis de récupérer de ce théâtre que la façade néoclassique et le hall principal.

 

Et au premier plan, c’est la Fontana della Pigna, ou Fontaine de la Pomme de Pin, en référence à l’ornement qui la couronne. Depuis l’époque romaine existe là une fontaine. C’était, en ce temps-là, l’unique source d’eau potable de la ville, située au bout d’une conduite de pierre longue de 900 mètres qui y amenait l’eau d’un puits, et ce n’est qu’en 1912 qu’a été construit l’aqueduc public alimentant enfin Rimini en eau potable. Elle garde le souvenir du passage de Léonard de Vinci le 5 août 1502. En 1540, on a voulu fêter la venue d’un légat du pape en tirant un feu d’artifice dans sa vasque. Résultat, la vasque a été gravement endommagée. L’année suivante, le pape Paul III de passage à Rimini donne de sa bourse personnelle cinq cents écus d’or pour la reconstruire. Je lis d’un côté que c’est Giovanni da Carrara qui, de 1540 à 1543, est l’auteur de la fontaine actuelle, et d’un autre côté que c’est Giovanni da Bergamo. Vu le style lombard, je pencherais pour le second, mais... En hommage à ce pape qui avait financé les travaux, une statue de saint Paul –son patron– a été placée à son sommet en 1545. Si, comme je l’ai dit, la statue de Paul V a été sauvée des déprédations des soldats français de Bonaparte, en revanche les canalisations de bronze de la fontaine ont été volées, et saint Paul a été délogé. Il est aujourd’hui au Museo della Città où j’ai pris la seconde photo ci-dessus et, vu son style lombard, il pourrait être l’œuvre du même Giovanni da Bergamo. Quand, en 1807, on a réparé les dégâts commis par les Français, c’est cette pomme de pin qui a remplacé saint Paul.

 

921c7 Piazza Cavour, Rimini

 

921c8 mesures officielles, Piazza Cavour, Rimini

 

Avant de quitter la place Cavour, encore un coup d’œil à cette élégante fontaine située entre deux palais. Et puis surtout cette curiosité, sur ce mur une plaque de marbre porte sculptées en bas-relief des mesures de longueur et de surface, avec la date de 1544. On sait que très longtemps chaque cité avait ses mesures à elle, ce qui ne facilitait pas les échanges. Mais au moins, avec ce tableau officiel, les citoyens de la ville disposaient d’une référence.

 

921d1 chiesa di San Francesco Saverio

 

921d2 chiesa di San Francesco Saverio

 

Quittons la piazza Cavour pour jeter un coup d’œil à quelques autres monuments de Rimini, comme cette église dédiée à Saint François-Xavier (San Francesco Saverio), ce qui désigne les Jésuites comme les propriétaires, encore appelée Église de l’Intercession (Chiesa del Suffragio). Elle a été construite au dix-huitième siècle sur le modèle de l’église du Gesû à Rome (cf. mon article Rome: St-Pierre-aux-Liens et le Gesù, du 31 décembre 2009). Lui était contigu le collège de Jésuites (aujourd’hui Museo della Città, objet d’un prochain article de ce blog) où a étudié le futur pape Clément XIV qui, une fois sur le trône de saint Pierre, a décidé en 1773 la suppression de la Compagnie de Jésus. Et le revêtement en pierre de la façade de l’église n’a pas été effectué. Ce travail de la brique, très surprenant, est ainsi visible.

 

921d3 palazzo Gambalunga (bibliothèque), Rimini

 

921d4 palazzo Gambalunga (bibliothèque), Rimini

 

921d5 palazzo Gambalunga (bibliothèque), Rimini

 

Tout près, dans une petite rue, cette grande entrée est celle de la bibliothèque Gambalunga. Alessandro Gambalunga s’était fait construire ce palais de 1610 à 1614. Le puits que l’on voit dans la cour date du dix-huitième siècle, mais il a été placé là seulement en 1928. Au rez-de-chaussée se trouvaient les écuries et les bureaux, et les appartements d’habitation étaient en étage. Le propriétaire des lieux était un collectionneur de livres passionné, aussi avait-il installé, sous les combles, à côté des logements des domestiques, un atelier de reliure. Il ouvrait sa librairie au public et, en 1639, à sa mort, il l’a léguée par testament à la cité de Rimini. Depuis, la bibliothèque a continué de s’enrichir, elle s’est dotée d’un département pour enfants et d’une médiathèque et compte aujourd’hui 286525 livres.

 

921e Rimini, palazzo Lettimi

 

Un mot du palazzo Lettimi, qui fut l’un des fleurons de l’architecture de la Renaissance à Rimini. Carlo Maschi, un homme d’État ayant exercé diverses hautes fonctions, s’est fait construire ce palais de quatre étages dans les premières années du seizième siècle, et une hypothèse attribue à Bramante le projet architectural. En 1570, Marco Marchetti, qui a travaillé au Palazzo Vecchio de Florence, vient pour cent dix écus d’or décorer le plafond du grand salon où seront reçus des souverains anglais et la reine Christine de Suède du temps où, après son abdication, elle vivait en Italie. En 1770, Andrea Lettimi acquiert le palais et y ajoute le dernier étage. En 1902, la famille le cède à la ville à la condition que l’on y installe l’école publique de musique et que le nom de Giovanni Lettimi lui soit donné. Enfin, les bombardements de 1943-1944 qui ont détruit ou gravement endommagé quatre-vingt-deux pour cent des bâtiments de Rimini vont le mettre dans le triste état où nous le voyons aujourd’hui. Sous les ruines, se trouverait le théâtre antique d’Ariminum, et des fouilles archéologiques devraient être entreprises. Par ailleurs, il serait question –je l’écris au conditionnel– que l’Université se porte acquéreur du palais pour le reconstruire et en faire l’un de ses établissements.

 

921f1 plage de Rimini

 

921f2 plage de Rimini

 

921f3 plage de Rimini

 

Mais quand on dit “Rimini”, cela évoque la plupart du temps un lieu de villégiature, la plage, la mer. Et en effet, Rimini bénéficie d’une plage de quinze kilomètres de sable fin plongeant dans une mer tempérée sous un soleil bien chaud une grande partie de l’année. D’où un afflux de touristes venus du monde entier, avec une mention spéciale pour la Russie. Dans les vitrines, on remarque beaucoup d’inscriptions en cyrillique. Conséquence de cet engouement du public, la ville compte 1433 hôtels, plus de 16000 maisons et appartements à louer, 385 restaurants, des bars et des brasseries à n’en plus finir, des boîtes de nuit. Mais ce qui est merveilleux pour les amateurs et abominable à mon goût, c’est que les établissements de bains se partagent la plage, et sur des pieds implantés fixes ouvrent en été des parasols sous lesquels ils disposent des chaises longues et des dizaines de milliers d’estivants de toutes nationalités étendent en infinies rangées parallèles leurs chairs qui ne se distinguent plus les unes des autres que par la couleur rouge homard que prennent les unes et le brun plus ou moins doré ou plus ou moins noir des autres. Il serait impossible de cheminer vers la mer parmi les corps entassés si n’étaient pas prévues des allées de béton où le stationnement à l’horizontale est interdit. En ce mois d’avril, tout cela revêt plutôt l’aspect d’un terrain militaire, c’est nettement plus avenant.

 

921g parc Federico Fellini, Rimini

 

En face de la plage, un grand parc, avec ce surprenant appareil photo. N’oublions pas que Rimini est la patrie de Federico Fellini. D’ailleurs, ce parc porte son nom, comme aussi l’aéroport de la ville.  

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Published by Thierry Jamard
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