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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 09:00

Rimini est une cité antique. Antique, mais pas si vieille qu’Ancône, par exemple, ancienne colonie grecque qui remonte aux alentours de 400 avant Jésus-Christ. C’est le sénat de Rome qui, en 268 avant Jésus-Christ, envoie là six mille Romains et Romaines pour fonder une ville. Ce sera la colonie d’Ariminum.

 

920a1 Rimini, l'Arc d'Auguste

 

920a2 Rimini, l'Arc d'Auguste

 

920a3 Rimini, il Arco di Augusto

 

Après l’assassinat de Jules César, c’est la guerre civile. Octave, son petit-neveu, vainqueur de Marc Antoine à Actium en 31 avant Jésus-Christ, rétablit à Rome le sénat et les formes de la République. Les formes seulement, car en fait il réunit sur sa personne tous les pouvoirs. Le Sénat, la grande majorité des citoyens, le considèrent comme le sauveur de la démocratie républicaine. Début 27, il imagine un coup très habile, en démissionnant de tous les pouvoirs. Résultat, on le sollicite, on insiste pour qu’il revienne. Feignant de céder à la pression, trois jours plus tard, soit le 16 janvier 27 avant Jésus-Christ, il accepte de revenir. Immédiatement, en reconnaissance, le Sénat lui décerne le titre d’Augustus, qui a une valeur religieuse. Il a aussi le titre décerné aux généraux victorieux, celui d’Imperator. Il ne tardera pas non plus à être considéré comme le premier des citoyens, Princeps. Même si le mot français “empereur” vient du latin “imperator”, c’est le mot “princeps” appliqué à celui qui détient, à partir d’Octave Auguste, les pleins pouvoirs, que l’on traduit par “empereur” quand on le rencontre dans les textes anciens appliqué à Tibère, Caligula, Néron, Trajan, Hadrien et tous les autres.

 

920a4 Rimini, l'Arc d'Auguste

 

920a5 Rimini, il Arco di Augusto

 

Dès l’année de son avènement, on construit ici pour l’Auguste un arc de triomphe de 14,90 mètres de large sur 17,50 mètres de haut. L’endroit est important, non seulement parce que Ariminum est un grand port, mais parce que ce port a justifié qu’y aboutissent deux des routes les plus fréquentées, la via Aemilia qui la relie à Placentia (aujourd’hui Piacenza, ou Plaisance en français) et la via Flaminia qui la relie à Rome. C’est au point d’arrivée de cette via Flaminia qu’a été élevé l’arc d’Auguste, si célèbre à Rimini que je le montre sous toutes ses coutures, de jour précédemment, de nuit ci-dessus puis vu de l’intérieur de la ville vers l’extérieur.

 

920a6 Rimini, sur l'Arc d'Auguste

 

920a7 Rimini, sommet de l'Arc d'Auguste

 

Ces deux médaillons sont sculptés sur la façade et au-dessus, sous les créneaux, une grande inscription est aujourd’hui partiellement détruite. Elle disait, paraît-il (mais après Italiæ vieis , le dernier mot visible que je lis de mes yeux, clairement, est consilioalors que l’on me dit …Italiæ vieis et auctoritate):

 “Senatus Populusque Romanus

 Imperatori Cæsari divi Iulio filio Augusto imperatori septem consoli septem designato octavom via Flaminia et reliqueis celeberrimeis Italiæ vieis et auctoritate eius muniteis”

 Soit:

 “Le Sénat et le peuple de Rome

 À l'Imperator César Auguste fils du divin Jules, Imperator sept fois, consul sept fois et consul désigné pour une huitième fois, en raison de la Via Flaminia et des autres voies d’Italie très fréquentées restaurées sur sa décision”.

 

920b gravure ancienne de Rimini

 

Cette gravure de Bernardo Rosaspina sur un dessin de L. Ricciardelli date de 1835 et représente “l’entrée orientale de Rimini”. Elle nous permet d’apprécier l’ampleur des changements autour de cet arc. Il est vrai que près de 180 ans ont passé depuis cette date…

 

920c1 murs antiques de Rimini

 

920c2 murs antiques d'Ariminum

 

L’arc d’Auguste était donc, au bout de la via Flaminia, une porte de la ville. En tant que porte, elle était une ouverture dans un mur continu. Ces murs qui remontent aux années qui ont suivi la création de la ville, au troisième siècle avant Jésus-Christ, existent encore partiellement, mais ne sont plus contigus à la porte. On peut constater qu’il en reste cependant de longs tronçons.

 

920c3 Ariminum, cardus maximus

 

À Rimini comme ailleurs dans les cités dont l’origine remonte à l’Antiquité, les travaux de voierie modernes, ou les excavations pour établir les fondations de nouveaux bâtiments, font découvrir des vestiges du passé. Ici, nous promenant dans la rue du 4 novembre, nous tombons sur un espace entouré de palissades. En contrebas, au niveau de la ville antique, a été mis au jour un tronçon du Cardo Maximus, terme qui, dans l’urbanisme romain, désigne l’un des deux axes principaux d’une ville, orienté nord-sud, et qui coupe à angle droit l’autre axe, le Decumanus, au niveau du forum.

 

920d1 Rimini, le pont de Tibère

 

920d2 Rimini, le pont de Tibère

 

920d3 Rimini, le pont de Tibère

 

Autre grand monument antique, le pont de Tibère. Cet empereur est celui qui a immédiatement suivi Auguste. Mon professeur de latin, au lycée, nous avait donné ce moyen mnémotechnique pour retenir les 12 césars: Cés-Au-Ti-Ca-Clau-Né-Gal-O-Vi-Ves-Ti-Do, soit César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus, Domitien. C’est en fait Auguste qui en a initié la construction en 14 de notre ère, l’année même de sa mort survenue le 19 août. C’est donc Tibère qui l’a achevé en l’an 21, et c’est son nom qui lui est resté attaché. Ce pont marque le départ de la via Aemilia (Piacenza) et de la via Popilia (Ravenne et Aquilée). Il franchit la rivière Marecchia, qui dans l’Antiquité s’appelait Ariminus (c’est pourquoi les colons romains, en s’installant sur ses rives, ont appelé leur ville Ariminum). La Marecchia connaît des crues au courant très violent, ce qui a amené les architectes du pont à calculer une inclinaison et une forme des piles propres à lui assurer la solidité nécessaire. Des sondages récents ont montré que les piles massives reposaient en fait sur des pilotis de bois. Et l’on voit qu’en effet il a résisté depuis deux millénaires, non seulement aux crues et aux tremblements de terre, mais aussi aux aléas des guerres. Au sixième siècle, l’Empire Byzantin cherche à reconquérir l’Italie alors détenue par les Goths. L’empereur Justinien envoie Narsès, à la tête de son armée, face au roi goth Totila. Après avoir écrasé la flotte de Totila à Ancône (36 des 47 navires goths envoyés par le fond), Narsès marche sur Ravenne et, au passage, prend Rimini où les Goths échouent à couper le pont. Cela se passait en 551. Beaucoup plus tard, le pont résiste encore aux bombardements de la Seconde Guerre Mondiale.

 

920d4 Rimini, le pont de Tibère

 

920d5 parapet du pont de Tibère (Ariminum)

 

Cette résistance exceptionnelle lui permet d’être ouvert sans problème à la circulation des voitures qui pourtant représentent des masses bien supérieures à celles des chars de l’Antiquité ou des carrosses des derniers siècles, et peuvent engendrer des vibrations plus importantes malgré l’amortissement procuré par les pneumatiques. J’ai lu quelque part que certains attribuent à Vitruve, ce génial architecte et ingénieur romain, la construction du pont. Je ne sais pas comment ils s’y prennent pour lui attribuer cet ouvrage, car même si les dates de naissance et de mort de Vitruve sont inconnues et situées approximativement, il est en tous cas certain qu’il était mort avant la fin du premier siècle avant Jésus-Christ, peut-être trente ou quarante ans avant le début de la construction du pont. Ma seconde photo ci-dessus, qui représente une portion du parapet de marbre, permet de discerner –avec un peu de difficulté, je l’avoue– les mots Divi Augusti, qui attestent que le pont a été initié par Auguste et non par Tibère.

 

920e gravure du pont de Tibère à Rimini

 

Le même dessinateur et le même graveur que pour l’image de l’entrée de la ville sont à l’origine du Pont romain de Rimini, lui aussi daté de 1835. Je me demande d’ailleurs si ces deux gravures ne sont pas tirées d’un même livre. Je les au photographiées au Museo della Città auquel je consacrerai un article à part.

 

920f1 Rimini, l'amphithéâtre antique

 

920f2 l'amphithéâtre de Rimini

 

920f3 l'amphithéâtre, Rimini

 

On le voit, avec Auguste la ville d’Ariminum a été soignée comme le méritait son importance. C’est au début du deuxième siècle de notre ère, du temps de l’empereur Hadrien (119-138), qu’elle a semble-t-il atteint son âge d’or. L’immense amphithéâtre, dans la maçonnerie duquel on a retrouvé une pièce de monnaie de cet empereur, pièce qui sert aux archéologues d’indice pour sa date de construction, est la dernière grande réalisation dont a bénéficié Ariminum dans l’Antiquité. De tout le monde romain, c’est le deuxième amphithéâtre par la taille. Son arène ovale mesurait 73,76 mètres sur 44,52 (alors que le record est détenu par le Colisée de Rome, construit en 80 de notre ère, avec 86x54 mètres). Le bâtiment entier, lui, faisait 117,72 mètres sur 88,08. On y donnait les traditionnels combats de gladiateurs ainsi que des combats entre animaux de races différentes et aussi entre hommes et animaux.

 

À la fin du troisième siècle, on n’y livre plus de combats, et ce vaste espace est utilisé comme lieu de stockage de matériaux de réemploi. Il est plus avantageux d’utiliser des pierres toutes taillées provenant de démolitions plutôt que d’aller en tailler de nouvelles dans des carrières parfois éloignées du lieu d’utilisation. Cet usage s’est amplifié lors du développement du christianisme qui a systématiquement démonté les temples païens pour construire des églises. Il y avait donc des professionnels de la récupération et de la vente de ces matériaux de construction où allaient faire leurs emplettes les architectes et les entrepreneurs. Et puis au Moyen-Âge on abandonne ce quartier, les gens vont y cultiver quelques légumes, on y trouve aussi une léproserie. Ce n’est qu’en 1843 que l’érudit local Luigi Tonini s’y intéresse et effectue des sondages à ses frais. On procède alors à quelques fouilles qui font apparaître certaines structures de l’amphithéâtre. Un siècle plus tard survient la Seconde Guerre Mondiale, la ville est sévèrement bombardée, l’amphithéâtre devient une décharge des décombres de la guerre. Enfin, depuis les années 1960, un programme de sauvegarde a permis de dégager ce qui pouvait l’être et de protéger les ruines.

 

920f4 Rimini, reconstitution de l'amphithéâtre (Bornaccin

 

920f5 Rimini, reconstitution de l'amphithéâtre (Finamore)

 

Ma première photo ci-dessus représente une proposition de restitution sur une eau-forte de Bornaccini (dix-neuvième siècle). C’est très fantaisiste et sans valeur archéologique, tandis que ma seconde photo montre une reconstitution beaucoup plus scientifique, basée sur les éléments mis au jour dans les fouilles, et qui est due à N. Finamore. J’ai pris mes photos de ces gravures sur le panneau explicatif du site de l’amphithéâtre, dont l’affiche a subi l’affront de l’humidité et de l’exposition aux rayons du soleil, mais l’image est encore suffisamment lisible pour être intéressante.

 

920g1 Rimini, la Porta Montanara

 

920g2 Rimini, la Porta Montanara

 

Au début du premier siècle avant Jésus-Christ, en 88-87, a lieu la première guerre civile entre Marius, représentant le parti plébéien, et Sylla, soutenu par les aristocrates. Ariminum penche du côté de Marius. Cela lui vaut de la part des partisans de Sylla de subir de gros dommages. Devenu consul, Sylla reconstruit et fortifie la ville. Ici, il construit la Porta Montanara, une porte de ville à deux arches, l’une pour l’entrée et l’autre pour la sortie afin de pouvoir contrôler les flux plus aisément. Ici arrive une autre voie, la via Arretina qui longe le fleuve Ariminus (Marecchia) et est très fréquentée par les troupes. Puis, dans les premiers siècles de notre ère, l’une des arches est occultée, englobée dans les murs des constructions voisines, et l’on ne conserve que l’autre arche, agrandie et renforcée, qui restera en usage jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Dans les années qui ont suivi, au milieu des décombres de la guerre, la ville a subi une fièvre de reconstruction. On abat tout ce qui gêne les nouveaux plans, et cette porte qui avait traversé tant de siècles et tant de conflits est détruite. Archéologues, historiens et autres amoureux du passé ont réussi à extraire des murs avoisinants ce qui avait subsisté de l’arche occultée, et ont reconstitué ces restes à proximité, là où aujourd’hui on entre dans la ville ancienne après avoir longé la Marecchia. Comme pour l’amphithéâtre, j’ai récupéré cette photo sur l’affiche explicative, mais ici rien ne dit d’où provient l’image. Œuvre d’un photographe anonyme, carte postale…

 

920h1 Il Castello di Rimini

 

920h2 le château de Rimini

 

920h3 sur le château de Rimini

 

Ville antique… Je devrais plutôt dire ville ancienne, parce que j’y rattache ces images du château, du Castello di Rimini commencé en 1437 et achevé une quinzaine d’années plus tard. C’est Sigismond I Malatesta (1417-1468) qui l’a fait construire par le grand peintre, sculpteur et architecte florentin Brunelleschi, mais sur des plans auxquels il avait tenu à travailler lui-même. Cette résidence des Malatesta au quinzième siècle a été par la suite très largement amputée pour n’avoir plus qu’un usage militaire. Elle a en outre été renforcée pour résister à l’usage des armes à feu. En 1821, on y installe une caserne de carabiniers et en 1826 on abat les murs extérieurs et on comble les douves. Aujourd’hui, après une longue période d’abandon, le château est utilisé comme cadre pour des expositions temporaires. Et comme il n’y en avait pas lors de notre séjour à Rimini, nous n’avons pas vu l’intérieur. Nous avons dû nous contenter de rester devant la porte, sous ce blason de marbre blanc.

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Published by Thierry Jamard
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