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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 01:23

470a Roma, vittoria Polverini

 

 

 Depuis la semaine dernière et les élections régionales, les affiches de campagne ont fait place aux remerciements. Le processus électoral, ici, n’est pas le même qu’en France. Chez nous, on élit les conseillers régionaux (ou généraux), et c’est eux, ensuite, qui élisent leur président. Ici au contraire, chacun des candidats annonce, lors de la campagne, qui il souhaite comme président. Renata Polverini bénéficiait d’une large coalition de centre et de droite, tandis qu’en face il y avait une coalition de gauche dans laquelle chacun des candidats désignait sa concurrente. Les écologistes, quant à eux, tout seuls, se vouaient à une troisième personne qui, autant le dire, n’avait aucune chance. Et c’est Renata Polverini qui est la nouvelle présidente, pour qui se prononcent entre autres les candidats du parti de Berlusconi. Sur cette affiche, elle est rayonnante. Le publicitaire a eu la bonne idée de lui donner du relief en mettant sa main hors du cadre.

 

470b Rome, Saint Pantaléon

 

Nous sommes allés près de la piazza Navona parce que nous souhaitions chercher des livres à la librairie des éditions Gangemi et au passage nous avons décidé d’entrer dans cette église San Pantaleone, ou Saint Pantaléon, que nous voyons souvent mais où nous ne sommes jamais entrés.

 

470c Roma, San Pantaleo

 

C’est une petite église qui n’est pas déplaisante, avec ses belles colonnes de porphyre, mais elle ne me laissera pas un souvenir impérissable.

 

470d Roma, San Pantaleo

 

Il me faut quand même faire une mention spéciale pour la très belle voûte en trompe-l’œil. Le sommet, avec Dieu et son rayonnement, n’est pas ce que je préfère, mais l’impression de relief donnée par tous les personnages qui gravitent autour est remarquable.

 

470e Roma, San Pantaleo

 

Allez, avant de sortir encore un petit regard vers le chœur. De part et d’autre, est suspendue cette file de lampes dorées qui ne sont pas laides. Seulement un peu kitsch.

 

470f1 Rome, Pasquino

 

Nous dirigeant juste derrière cette église, nous passons devant Pasquino, qui n’est plus muet. Voici l’une de ses remarques. C’est intitulé "Pensée triste". Puis il dit : "La plus grande faute de B[erlusconi] est d’avoir lobotomisé une grande quantité de citoyens en les transformant en sujets télé-porno-dépendants, adorateurs de l’argent facile et racistes".

 

470f2 Rome, Pasquino

 

Et une autre. "Si la femme (qui le nie ?) a toujours été considérée par l’Église comme à moitié sorcière, elle est encore plus pénalisée par la loi anti-avortement qui la prive de liberté". Voilà donc le genre de choses que l’on peut trouver dans la bouche de Pasquino. Ou plutôt sur le panneau mis à la disposition de qui souhaite le faire parler.

 

470g1 Rome, piazza Navona

 

Depuis que nous sommes à Rome, très souvent nous sommes passés par la piazza Navona, mais jamais jusqu’à ce jour nous n’avons eu l’occasion de la voir dégagée des tentes de vendeurs de toutes sortes de choses après celles du Marché de Noël, puis de palissades de travaux. Vue ainsi, elle montre mieux son origine d’amphithéâtre de Dioclétien et l’on admire mieux la belle façade de Sant’Agnese in Agone, œuvre de Borromini.

 

470g2 Rome, piazza Navona

 

On a coutume de montrer la fontaine des Fleuves, du Bernin, située en plein milieu de cette immense place, au pied de l’obélisque, mais il ne faut pas négliger la fontaine du Maure, qui n’est pas mal non plus.

 

471a1 Rome, éléphant Bernin

 

471a2 Rome, éléphant Bernin

 

De là, nous nous rendons sur le parvis de Santa Maria sopra Minerva. J’ai déjà montré le 15 décembre comment est ornée cette place, avec un éléphant sculpté par le Bernin, surmonté d’un obélisque. Voici l’animal en gros plan. Bonjour... Au revoir.

 

471b Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Ce jour-là, nous avions déjà visité cette église qui a succédé, comme son nom l’indique, à un temple de Minerve, mais puisque nous sommes ici, nous y jetons de nouveau un coup d’œil. 

 471c Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Par exemple, je n’avais pas spécialement remarqué cette peinture sur bois dans la chapelle de l’Annonciation. Elle représente la Vierge de l’Annonciation remettant la dot aux enfants pauvres présentés par le cardinal Torquemada. Au moment où l’archange Gabriel est en train d’annoncer à Marie qu’elle va enfanter le fils de Dieu, avec la colombe du Saint Esprit qui volette autour d’elle, elle ne prête pas attention à cette nouvelle et se préoccupe de donner une bourse aux Lilliputiens que sont ces enfants et le cardinal, tandis que là-haut, à gauche, Dieu le Père, les deux bras en avant, semble prodiguer sa grâce. Surprenant. En fait, je plaisante, mais je trouve ce tableau très plaisant à regarde. Il a été réalisé en 1500.

 

471d1 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

Nous voici, dans le bras droit du transept, dans la chapelle Carafa, décorée de fresques réalisées de 1489 à 1493 par Filippino Lippi. Au-dessus de l’autel, c’est également une Annonciation au cours de laquelle la Vierge est occupée à autre chose. Ici, c’est saint Thomas d’Aquin en train de lui présenter le cardinal Oliviero Carafa qui a acquis cette chapelle.

 

471d2 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

C’est vraiment une fresque merveilleuse. On ne peut qu’admirer la légèreté des ailes de l’ange et leur mouvement, le drapé des vêtements, les couleurs, la composition avec ces personnages qui observent la scène de l’extérieur, et enfin l’expression des visages.

 

471d3 Rome, Santa Maria sopra Minerva, Filippino Lippi

 

Je ne peux résister à l’envie de zoomer pour un gros plan de Marie. Pureté du visage, finesse des doigts, mouvement des cheveux, harmonie du vêtement… Si je n’avais pas épuisé les pièces de monnaie dont je m’étais muni, j’aurais continué indéfiniment à alimenter la minuterie qui éclaire cette chapelle.

 

472a Rome, Panthéon

 

472b Rome, Panthéon

 

À deux pas de là, se trouve le Panthéon. Nous l’avons visité le 15 décembre, mais nous y retournons quelques minutes. Nous allons bientôt (?) quitter Rome, nous voulons revoir les endroits que nous avons aimés ou qui nous ont frappés, et le Panthéon en est.

 

472c Rome, Panthéon, tombe de Raphaël

 

Notamment, nous allons saluer ce grand peintre Raphaël. Au-dessus de sa tombe, ces deux colombes s’embrassent.

 

472d Rome, Panthéon

 

En repartant, vite, une photo de l’arrière du bâtiment. Habituellement, on montre sa façade avec ses admirables colonnes de granit, mais ce gigantesque bâtiment circulaire paraît alors avec un portique plat qui ne permet pas d’en apprécier la forme. Voici une vue qui montre à quel point le panthéon est massif.

 

473a1 Rome, Sant'Agostino, Madone des Pèlerins, Caravaggio

 

Nous retournons piazza Navona, nous la traversons et nous rendons à Sant’Agostino pour revoir notre cher Caravaggio. Cette Madone des Pèlerins, nous l’avons vue en exposition temporaire à la Villa Borghese, puis ici même en reproduction photographique grandeur nature parce qu’elle était encore en exposition. Mais aujourd’hui, c’est la vraie de vraie qui est là sous nos yeux, c’est l’huile sur toile peinte entre 1604 et 1606, et la photo n’est nullement interdite. Un régal.

 

Ce tableau que l’on appelle traditionnellement Madone des Pèlerins a été réalisée comme Madone de Loreto et, à ce titre, on s’attend à voir Marie enveloppée dans sa dalmatique. Bien loin de là, elle est sur le seuil de sa demeure, et elle accueille ces deux pauvres personnages qui viennent lui rendre hommage, à elle et à son fils. En 1642, Baglione, chroniqueur de la vie des artistes de son siècle, dit que ce tableau a été acclamé par le peuple, qui s’y est reconnu.

 

473a2 Rome, Sant'Agostino, Madone des Pèlerins, Caravaggio

 

Mais le temps a passé, et il a été considéré comme scandaleux par une majorité, qui a réclamé qu’on le décroche, voire qu’on le brûle. C’était manquer de respect à la Vierge et à Jésus que de mettre en leur présence ces gens sales, en haillons, et surtout ces deux pieds crasseux. Les commentaires ont surtout mis en exergue ces deux pieds, c’est pourquoi je les montre ici en gros plan. Malgré tout ce remue-ménage, les frères Augustiniens en charge de l’église ont toujours refusé d’enlever ce tableau, un grand merci à eux. Il avait été commandé par le marquis Cavalletti qui avait renoncé à la vie mondaine et avait pris, avec sa femme, le chemin de Loreto comme simple pèlerin, ne s’épargnant aucune peine, aucune souffrance, voyageant nu pieds comme c’était l’usage lors des pèlerinages, pour essayer ainsi de rencontrer la Vierge. Très probablement, quoique nous n’en ayons pas de portrait avec lequel faire des comparaisons, ce couple de pèlerins représente le marquis et sa femme eux-mêmes, et ce serait alors pour bien montrer leurs efforts, leurs souffrances, leur renoncement au monde, que l’artiste aurait placé ces deux pieds au premier plan comme des symboles. Et la Vierge, qui avec un sourire accueillant et bienveillant, comprend leur intention, accepte leur sacrifice et leur offre son fils, son modèle est la petite amie du Caravage.

 

Si j’aime tant ce tableau, je ne pense pas que ce soit un effet de mon admiration habituelle pour le Caravage. Il est si plein d’humanité, de sensibilité, de compassion que je ne peux rester indifférent. Et puis, une force extraordinaire vient de cette composition en diagonale que ce peintre aime tant, la lumière qui unit en ligne droite les pieds, le fond de pantalon usé, le visage du pèlerin, le corps de Jésus, du coin inférieur droit au coin supérieur gauche faisant le lien entre l'offrande de la souffrance et la rencontre du Seigneur.

 

473b Rome, Santa Maddalena

 

Nous passons ensuite devant Santa Maria Maddalena, et aussitôt notre manie de visiter toutes les églises nous pousse à l’intérieur. Dès 1320 il est fait mention à cet endroit d’un petit oratoire et d’un hospice annexé, dépendant de la confraternité de la Bienheureuse Marie-Madeleine. En 1586, l’ensemble est concédé à saint Camille de Lellis qui en fait la maison mère de l’ordre des Ministres des Malades, qu’il a lui-même fondé, et il y meurt en 1614. De 1640 à 1649, l’église d’abord puis le couvent sont reconstruits. L’élégante façade concave a été dessinée en 1696-1697 par l’architecte Giulio Carlo Quadri. Hé oui, malgré ces lignes très particulières, elle n’est pas l’œuvre de mon cher Borromini, déjà mort depuis trente ans, le pauvre. On ne peut évidemment reconnaître les braves gens des sculptures de cette façade. Ce sont, en bas, saint Camille de Lellis et saint Philippe Neri, et en haut Marie-Madeleine et Marthe.

 

473c Rome, Santa Maddalena

 

Cette belle statue en bois du quinzième siècle représente, on s’en douterait, la Maddalena, avec ses longues mèches de cheveux ondulés qui lui retombent sur les épaules. Je lui trouve un air très moderne qui me plaît, avec sa ligne épurée et élégante.

 

473d Rome, Santa Maddalena

 

Plusieurs fresques illustrent la vie de Marie-Madeleine. Ici nous la voyons essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux. Personne ne semble lui prêter attention, tandis qu’à l’arrière-plan Marthe s’active à la cuisine.

 

473e Rome, Santa Maddalena, sacristie

 

Cette sacristie construite de 1738 à 1741 est somptueuse, avec ses dorures partout, et sa voûte contemporaine de la construction (1739). La sacristie est destinée à la préparation des offices, elle n’est pas faite pour recevoir les fidèles, par conséquent cette magnificence résulte d’un pur goût pour l’art, très éloigné de l’utilitarisme actuel.

 

473f Rome, Santa Maddalena

 

Nous repassons dans l’église et, pour sortir, nous nous tournons vers cet orgue et sa décoration d’un baroque foisonnant. On se dirait presque dans l’église de Wies, en Bavière, qui est restée dans ma mémoire comme le sommet de ce style. Je suis loin de n’apprécier que le style dépouillé, mais il y a des limites ici dépassées qui ne sont pas de mon goût.

 

Mais tant pis, parce que la journée m’a (nous a) permis de voir tant et tant de belles choses que nous repartons les pupilles éblouies.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

de saint albin 01/04/2013 19:54

je trouve cette visite de Rome intelligente, sensible, et agréable à regarder pour celui qui vient de passer la journée à voir les mêmes églises... Bravo

JACQUELINE/Mina 30/11/2010 13:26


Je découvre par hasard votre blog..et j'admire vos articles sur l'Italie. Je suis résidente à Rome depuis longtemps et j'administre des communautés sur over blog , en particulier Italie et Carnets
de voyages. Je serais heureuse de vous y compter.
Je vais continuer à voyager dans ce pays que je connais bien mais grace à vous!!
A bientot j'espère


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